‹ Hommes et choses (volume 3)Chapitre 39 sur 110 · REM 16S · texte numérisé non relu

REM 16S

du mal d'autrui; dans le remords nous ne souffrons que du nôtre.

Le remords ne voit que les furies qui le poursuivent: tout est hideux pour lui, tout est juge, tout est haine, tout est glaive, tout est enfer.

Le repentir voit moins de sang que de larmes, il voit la victime qui lui tend la main et lui pardonne.

L'homme est plus sujet au remords, la femme Test plus au repentir. C^est que pour avoir des remords il faut la force de les supporter; si la femme a des remords, elle en meurt ou devient folle.

Le remords se révèle par des gestes brusques, des regards convulsifs, il s'exprime par des cris, des sanglots.

Le repentir se manifeste par des soupirs et des larmes ; il n'a rien de saccadé, rien de hagard; son agitation n'est pas celle des bétes de proie; ses mouvemens sont lents, ils tiennent de l'abattement , mais plus souvent de la résignation ; son aspect n'effraie point comme celui du remords, toujours il y a en lui quelque chose de doux et de rassurant; il peut, par instant, se frapper la poitrine ou toucher la terre de son front , tandis que le remords se la brise contre les murs après s'être arraché les cheveux.

Un homme bourrelé de remords passe subitement d'une tristesse noire à une joie forcenée, il chante, il rit aux éclats.

Un homme qui se repent n'est jamais gai , parce quUl n'oublie jamais son repentir.

Le remords se plaît aux exercices de force: il est écuyer, spadassin; il aime les bals, les festins, Torgie.

Le repentir les fuit.

Les plaisirs font oublier sa peine au premier.

Us la ^rendent plus vive pour le second.

Le remords engendre tour à tour l'audace et la pu-

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