VÉ
le plus obstinément repoassés et qaî ont dur^ le moins.
L'homme est ainsi fait : donnez-lni à choisir entre une selle et un bât, c'est le bât qu'il prendra indubitablement. Si , par distraction ou accident , il a pris la selle , il la rejettera bi^tôt en disant qu'il ne la sent pas sur son dos; et il reviendra au bât, qu'il estimera d'autant mieux qu'il lui écorchera plus rudement l'échiné. C'est un instrument fort et solide , dira-t-il , tout fier de l'ornement qu'il porte, surtout si on y ajoute une bride, bien qu'il eût préféré un licol comme allant mieux à sa figure.
De cette disposition naturelle à l'homme et spécialement à nous , mes chers compatriotes , qu'est-îl résulté, et qu*a gagné la patrie à notre dernière émancipation? Ici encore, l'amour du bât a prévalu. L'on voulait faire un conseil de sages, et l'on a fait un gynécée de fons. Pourquoi? C'est que les sages ne s'improvisent pas, et qu'avant de donner un droit à un homme, il faudrait lui apprendre ce qu'est ce droit et ce qu'il en peut faire.
Il l'apprendra par Fusage, répondrez -vous. Erreur! car îl commencera par en faire un mauvais usage , et cela fait , voyant qu'il n'en résulte pour lui que dn mal, il dira: cela n'est pas bon, et il n'en voudra plus. If'est-ce pas précisément ce qui est arrivé daÉs nos provinoes, oh Ton ne peat plus décider les citoyens à faire acte de civisme,^ qu'en les menaçant des ganilsatres?
Bref, pour avoir improvisé la République , pour Fardir mise en route avant de savoir celle qu'elle pouvait faire, et même avant de comprendre précisément ce que c'était qu'nne Répubtique, vous n'avez pas la République; car je ne pense pas que vous nommiez ainsi la chose sens nom sous lafaeUe nous vivons. Non , cehi ne ressemble en rien à un r^me républicain. Gontedtez-vous d'affir* mer que vous y voyez un régime quelconque, et que
RÉP ISi
nous ne nageons pas dans les limbes, vers les rives de rinoonna.
Tout chemin mène à Rome , dit le proverbe ; pourquoi donc désespérer? Un vent fiivorable ne pent'^il pas s'ëlever et nous conduire an port ou à la bonne République?
Je ne demande pas mieux, cor c^est celle-là que je réclamais le 10 mars dernier. Je la comprenais alors et je crois la comprendre encore anjourd^hni , malgré les brouillards qui, depuis, ont surgi et qui l'environnent.
Cette République que je veux, est celle de. famille, ou le gouvernement au profit de tous.
Je veux un gouvernement qni ne soit pas une exptoi* tation des places au bénéfice d*nn parti *, qni ne soit pas une arène ouverte à quelques-uns et une impasse pour tout le reste.
Un gouvernement assez fort par la confiance qu'il inspire , pour n'être pas contraint d'armer la moitié de la nation pour se défendre de Tantre moitié.
Un gouvernement à l'abri de Tinfluence du sabre et dont soit à jamais banni rimpOt du sang ou le recrutement forcé, le plus improductif, le plus lourd et le plus destractenr de tous les impôts.
Un gouvernement qui agisse plus sonvent qu'il ne parle.
Un gouvernement où l'on ne nous donne plus, en échange du meilleur de notre substance, des mots vides et des droits stériles. Un gouvernement où la vie du gouverné ne soit plus usée en devoirs factices, ou dans l'exercice d'une souveraineté Illusoire.
Un gouvernement qui assure à tous l'air et l'eau , qui ne sacrifie pas à l'intérêt fiscal, la santé et la moralité in peuple.
Un gouvernement qni offre à chacun une édueatlon rationnelle et pratique, un éducation inère du travail et qui en donne à la foi< le goût et Faptitude. C'est moins rv 8.
183 RBS
le travail qui manque au peuple que la volonté, et surtout la capacité indispensable pour rendre ce travail fructueux.
Un gouvernement qui protège la faiblesse contre là force, la femme contre Thomme, l'homme contre luimême, c'est-à-dire contre ses vices et l'alcool qui les enfante, qui défende surtout Tenfanoe contre l'exemple, la sottise et la brutalité.
C'est par Tenfant qu'on peut reconstituer la société. C'est ainsi qu'à une génération gangrenée, à un peuple esclave de ses vices et de sa misère, succédera une race forte, intelligente et véritablement républicaine.
La nation présente croira l'être, mais ne. le sera jamais: c'est une branche dont la sève est desséchée et qui s'affaisse sous le poids de son bois mort. Elle ne produira plus , et l'avenir du tronc n'est que dans ses jeunes rameaux. Dévouons-nous donc à leur dév^oppement.
Telle est , gouvernans , votre mission ; telle est la nôtre, gouvernés. Si nous sommes réduits au rôle d^enfans , qu'un jour, du moins, nos enfans soient des hommes. Fondons pour eux la République; mais, avant tout, entendons-nous sur ce que c'est qu'une République. Donnons tout ce que nous promettons , et pour cela , ne promettons que ce que nous pouvons donner.
Probité, réalité, telle, devrait être la devise de toute constitution, de tout pacte g«u«rerii«meatal.
Idalhenreusement , offrant tout et ne donnant rien, c'est la devise contraire que nous anrons choisie.
RESPIRATION. Pour que l'organe de la respiration
ait pu s'établir che^ks êtres terrestres, il a fallu d'abord que l'air fût , et que l'indiyidu eût besoia de le respirer. Avant l'existence de l'organe, il y avait donc ane cause
vivante qui pouvait éprouver et apprécier Tcffet de l'air. Les poumons et les formes qui .les enveloppent ont, indubitablement, été créés d'après la nature de Taijr existant. Si cette nature changeait, si Tatmosphère où nous vivons s'appauvrissait d'oxigène et devenait ainisi impropre à la respiration, l'homme disparaîtrait de la terre; ou l'organe de sa respiration, et coiiséquemment sa forme changerait d'aspect en changeant de destinalion.
Voyez: Formes: de leur accord avec la localité.
RESURRf^CTIONISTES. C'est une dasse d'indnstriels qui, en Angleterre, approvisionne les chirurgiensdocteurs , ou leurs amphithéâtres , de cadavres , qu'ils vont prendre, Dieu sait oii. Ce n!est pourtant pas d'eux que nous voulons parler ici, mais de leurs analogues, ou de cette espèce de savatis qui s'occupe, en France, à fouiller les bibliothèques et les arditves pour y découvrir, non pas les bons auteurs., mais les mauvais»
« Est-il plus mal de déterrer des os que des sottises, disait lord Byron, et vaut- il mieux, pour Tame d'un pauvre homme, être en un in^8<^, mis au pilori dans nne boutique, que d'être pendn en chair et os à un gibet placé dans un chaoïp ? »
11 est, en efi'et, passablement étrange que lorsqu'il paraît tous les jours tant de sots livres, il y ait des gens qui croient qu'il n'y e& a. pas assez, «t qui, toute lear.vie,. suent sang et eau pour en exhumer encore.
Ces savnns rétrospectifs . ont surtout ua> faible pour les auteurs incompris, et qoand ils ont le bonheur d'en trouver un que persohne n'a lu et pour cause , et qu'ils peuvent le mettre, au jour, ils en sont aussi fiers que si eux-mêmes avaient fait le volume.
Iê4 HOM
Ceci donne de Pespoir à tout le inonde ; et un savant de Fan 2aoo pourra , xm joor aussi , déterrer messieiirs tels et tels pour en foire une seconde édition, à moins qu'en cherchant bien, il no reironve intégralement la première.
ROMAN. Poarqooi y a-t-il t^nt de romans? C'est qu'fl n'y a pas d'homme, quelque médiocre qu'il soit, qui ne puisse faire un mauvais roman et même un bon , s'il a de la chance. Le roman se fait tout seul ; il suffit que celui qui l'entreprend soit sujet à rêver éveillé et sache assez d'écriture pour mettre sur papier ce qu'il rêve. Le français ici n'est pas même indispensable; c'est l'affaire du prote : d^aitleurs le romaa est de toules les langues.
Ensuite, que ce rêve soit gai ou triste, amnsant ou ennuyeux, peu importe; un roman se Kt quand même; il est toujours bon pour quelqu'un ; s'il ne l'est pas pour l'antichambre, il Test pour la cuisine ou ponr te commissionnaire du coin. En règle générale, le livre qui ennuiera l'hoaune d'esprit amusera l'imbécilie: la preuve, c'eét qoe les roman» les pins appréciés des portières, les mieux goûtés des soubrettes, sont toujoars les Bioins bons , et le degré d'admiration qu'il leur inspire est invariablement établi sur cehii de leur insignifiaoec.
Qn'importe encore! Est-ce qu'an bon roman dure plus qu'un mauvais? C'est souvent le contraire, et jamais roman quelque vanté, vendu et lu qu'il paisse être, ne survit à la saisan qoi l'a vu naître. Célèbre en janvier, ii'est comfilèteaent oublié en aofût; et Von pourrait faire im joli volume da nmn des romanciers aujoiird?faai parlaitement inconnusi, qui ont, depuis trente ans, joni toniva-^tour^ pendant leur semestre, d'une réputation européenne.