‹ Hommes et choses (volume 3)Chapitre 53 sur 110 · SEN · texte numérisé non relu

SEN

du moins est-il certain qne si la pensée ne s'éveille pas, les sens n'agissent point par eux-mêmes. Quelque frappant que soit un objet posé devant mes yeux, je ne le verrai pas jusqu'à ce que la pensée ait dit: il y est; tandis que même lorsqu^il n'y est pas't si Famé a la conviction qu'il y est. Je le vois comme s'il y était. La pensée peut tromper les yeux, mais les yeux ne tromperont pas la pensée, et quand nous croyons quMls la trompent , c'est absolument le contraire et c'est la pensée seule qui est dans l'erreur.

Il faut d'ailleurs un contact quelconque entre l'œil et l'objet. Quel que soit le point oii ils se rencontrent, il y a union , par conséquent toucber. Pour que l'œil puisse rencontrer ou voir un objet , il faut que l'ame se porte elle-même sur cet objet, ou cet objet sur l'ame. Alors c'est l'ame qui l'attire à elle, car l'ame aussi a sa matière, puisqu'elle vit et qu'elle a action sur tontes les autres matières.

D'après ceci, le sens qui se serait prononcé le premier dans Pêtre lors de son réveil, serait le toucher, ou plutôt chaque sens n'aurait été et ne serait encore qu'une modification de ce toucher.

Dans les odeurs , dans les couleurs , dans la lumière , dans le son; il y a certainement quelque chose de palpable, non pour nos mains peut-être, mais pour des organes plus délicats. La lumière, lé bruit, l'odeur nous frappent, nous blessent même. S'ils nous blessent , il y a choc, il y a toucher. On peut donc dire à la rigueur qu'il n^y a qu'un sens, mais nous en tenant aux divisions reçues et prenant comn^e spécialité ce qui n'est qu'une division ou une conséquence, nous reconnaîtrons que tous les sens ont une connexité telle, que rarement un sens agit seul: si Pun manque son effet, Pautre insiste et s'efforce de le remplacer.

SEN ur

Ainsi, chez l'homme, le premier mouvement est de toucher; s'il ne senj pas, il regarde; s'il ne Toit pas, il écoute: il ne pense guère à flairer que lorsque l'odeur le frappe.

En ceci nous différons des animaux: c'est en flairant que beaucoup d'entr'eux commencent la reconnaissance d*une chose ou d'un être; mais, chez eux comme chez les hommes, un sens confirme ce qu'annonce l'autre, le toucher confirme ce que présente la vue, la vue ce qu'indique l'odorat. Cependant un sens peut gagner par l'absence d'un autre, non par un effet inné, mais par l'exercice et la nécessité.

Par l'effet contraire ou le défaut d'usage, le sens s'affaiblit.

L'odorat, si utile aux animaux et à l'homme dans l'état de nature, n'est plus qu'un organe de luxe pour l'homme civilisé ; presque jamais il ne nous sert dans les circonstances essentielles ou pour résoudre une question importante.

Aussi l'odorat chez les hommes est-il excessivement grossier si on le compare à celui des animaux qui distinguent, non-seulement à quelle espèce appartient l'être dont ils sentent la trace, mais si cet être est jeune ou vieux, mâle ou femelle, et s'il leur est connu.

C'est par l'odorat qu'un chien reconnaît ce qui a appartenu à son maître, même longtemps après que ce maître s'est éloigné. C'est aussi à l'aide de l'odorat qu'il le cherche à travers de vastes contrées et qu'il finit par le trouver: et pourtant notre chien domestique est loin d'avoir l'odorat aussi subtil que son. analogue sauvage*

Les êtres de chaque espèce ont toujours des sens et des organes adaptés à leurs besoins et aux Ueux qu'ili^ habitent, mais ces organes peuvent se modifier d'^jprès ces besoins et ces localités.

M6 SÊJK

€é^e moïRfieaHon âes Seris ef des organes peut aller 'jtisi[u^â leur disparition complète ; et nne raee qui potnrl»att vivre dans une obscurité absolue, perdrait, après un certain nombre de générations, jusqu'à ia tt^e des yeux.

Ce qne faf^ à la longue l'habftnde et la nécessité physiques/Pâme peut le faire spontanément; imagination nbsorbe souvetit un sens au profit d^un autre. H est vrai que l'annulation du sens n^est que momentanée, mais ne durât-elle qu'dn quart-^'heure , elfe prouve la possibilité du fait.

Il est à remarquer que l'absence ou la disparition d'un t)u plusieurs sens, n'influe point sur Pintélligence de l'individu qui en est privé, et qu'un sourd et muet ou qu'tin aveugle (leirt avoir autant de génie qu'un homme ayant tous ses sens.

Sans doute cet homme de génie manquera d'un instrument utile, mais H pourra y su{)pléër par un autre qui, dans ce cas, prendra, par ce double exercice, un développement extraordinaire. C^st ^nsi que cet aveugle 'dura l'ouïe ou le toucher d'une finesse extrême , et qoè la vtie dn sourd et muet et rintettigencè de cette vue hd fera saisir tout d'abotd des combinaisons de signes et des mesures ^u'un homtne pourvu de tous ses sens h'appi'éciera qu'après de longs calculs.

Un Écossais, James Mitchëll, mort il y a peu â^aïinées, taé sourd-tiiuet et aveugle, avait acquis une finesse extrême de toucher, de goût et d'odorat. C^est à l'aide dé ces trois sens qu'on avait développé son intelligence, et non-setilement il n^était paà idiot, mais il était sut>érfëur à beauconp d'individus doués de tous leurs sens, <ft sdn jùgemMt était |iarfoitement i^ain.

Ija •ûùésàù des ^èns petit, sans doute, aider à la ptdssance de Tame et mieux encore à fkj^j^ci'tÏQfà de là

«En M9

volonté; Béânmoms^ od se Inaperait si fon ToaMt mesBrer sur cette perfeetîoii' des sens le raqg intelleotael de TiDdivida.

L'oQ pourra .mtee en ërer des indactions coiitrai#es^ d'après ee qtti selpaa^soi» nos yeox, les êtres dbnt rmtelligenee a le moins de port^, sont sotetrtrat cenx doDt les sens en ont davantage.

La raison en est simple: c'est qne l'être inteUi^eal arrivant plus vîte à la perception et à l'œuvre par un ealcal de l'esprit que par rap^ication des sens, use phià de l'un qne des antres; 'eonaéquerament les sens perèéift en finesse dans la métAt .proportion que l'espdt gagné en perception. < ^

Les sens servent plus aux besoins et aux parois qu'aux QCtôs de l'esprit. C'est ponr satisfieiire à ces besoins que les passions agissent avec lie plus d'ardeur et d'en^traînenient. Un boninle ptut^ séos doute, avoir à la fc^ du génie et des goûts sensuels , mais ordinmrement cib goûts ne €9ontribaent ni à nourrir ni à étendre le génîa.

€eei tend encore à protiver que si les sens on leilr principe constitutif font partie des facnltés de Patne et èe ses effets , ils ne sont nnttement Pune de ses oanseSk

Dès Idrs^ il £ài]t admettre aussi que Taihe a préaêÛ^ les sens, qu'elle est plus forte qu'eux, oti qbe Finfiiieace qu'elle peut exereer sur les élémens est plus puis^aftite que celle qu'Us ont sur eU^.

Les êtres terrestres n'ont qne cinq sois qbi repré^ sentent les principaux éléodei» parmi lesqnds ils «vivant, mais leB élémens terrestres ne Stmt pais les senls dont iilè compose la masse universelle. Dans M monde où il j aurait d-autres élémeaa, il y aurait d'aulres sens et d'autres organes. ^

n est probable qu'il existe des. êjbres dont la fuîMnee de sens est infiniment supérieure à la nôtre : sur la

tfo smi

terre même, l'homme peut passer pour un être aux sens obtus, puisque ce n'est que par la force de son génie et par les instrumens qu'il a créés qu'il supplée à leur faiblesse et arrive à voir ce que sa raison a entrevu.

Cette impuissance de ses sens n'ôte donc rien à sa puissance inteUectaelle , mais l'extension de ces mêmes sens ne pourrait-elle pas y ajouter quelque chose? S'il avait la finesse d'oute où d'odorat de certains quadrupèdes , si son regard était aussi perçant que celui de l'aigle, s'il l'était cent fois, mille fois davantage, s'il pouyait, sans télescope, lire dans les astres, s'il pouvait voir à travers les couches de la terre, si au lieu de ses cinq sens il en avait dix, vingt, trente, si une nouvelle série de sensations, de jouissances et de passions était ainsi ouverte devant lui, en auràit-il moins de science et de puissance? Or, nous le demandons encore, n'est-il aucun être qui jouisse de semblables facultés, et tous les globes sont-ils aussi misérables que le ndtre? Ce n'est pas yraisemblable, et notre orgueil ne peut pas aller jusqu'à dire que nous sommes, après Dieu, les plus grands, les plus heureux et les plus puissans des êtres? Si nous le croyons, il faut croire aussi que notre pTanète est la plus riche j la plus belle, la plus parfaite et la mieux gouvernée de l'univers. Alors que sera-ce des autres?

L'homme est sans contredit le premier des êtres terrestres, mais il serait peut-être le dernier du moindre de ces soleils qui nous entourent.

La rdigion nous dit et la raison nous prouve que l'homme est un être déchu qui péniblement s'agite pour reconquérir le ciel qu'il a perdu.

Ce ciel, il le reconquerra, parce que si ses fautes l'ont jeté sur cette terre maudite, la botlté du Cr(%teur en lui donnant l'ittimortalité lui a ouvert l'immensité.

SENSATION. Dç qM9i se <ïOf»|^so la vie? Be. seiiAatio0s. Quand elles oessent, lu vie esl kievte, elle n'a plus la conscience d'ellermôme, «t une oiiiBute de nM»a«enieiit laisse plus de Iraces qu'un siècle d'immobilité.

Iab sensAtippa viennent da L^ains , mais iie s'^reiUeat f(mrtaMt.<i»e paff un effet «Klërimir; cel effet naît du contact d'upe autre Ame, <jki dboîc de la maAière ou du souvenir 4e l'un et de Fautoe.

£a dehors de. oes eonditions»' il n'y a plus de seasations, il n.'f a ptos de cqDsdenoe de la vie; la Tie a'en existe pas moioSf car la Tîe c'est Fome, et Famé est ijiilestructible, mais la pensée sooomeiilie et la vie a'a plus d'action. Ge sommeil peut durer des siècles, des millions de siècles.; mais, dans oetCe position, de ces^ millions de siècles à un jour., une heure, une minute, il n'y a aucune différence sensible ; le temps marche pour les auikres, mais ne marche pas pour Famé endormie. Pour elle il n'y a plus de temps, et le temps ne recommence qu'à sa première sensation.

Alors, qu'est-ce que la vie? Qu'est-ce que la mort?

Sur la teffi!e, la vi» c'est la oaissaoce, puis la croissance et Faction d^oo coups organisé pour nous mettre en rappof^avee la matière.

Lft mot t c^est ta dissolution de ce corps.

Mais cette forme matérielle, utile pour marquer le temps, serurt^'elle unique? Cette ame aura-t-eHe été bile pMir ce cecps èe quelques joetis?'

Non, la vâe A'est pas là, le temps n'y est pas daran-'. tage ott plutôt le temps n^est tikH comme mesure , pas plus que le.oovps a'est' quelque .ehtise comme- du^ée.

3i cet édi^ eovpot el , si cette - forme s'uffàisse et s'^P^wte, kieutôt ette se .nelère et toojows aussi no9 aei»9ti«iis se léveitteat aveo elle, «an il n*«Bt. ni ne* peut T «Toir pdQPiFaHie ^ ^nuneit sansfin.

nr 10

Sk votre cœur est pat de crimes, poncqnoi donc redouter la mort quMid elle ne condait qa'aa rajeunissement de la vie, quand elle n^est que la crise qui précède le réveil?

Qif est-ce que la vie dans un corps vieux et cacochyme ? L'animal, quand il est dans la force de Tâge, n*est-il pas plus heureux que Phomme à son décliti et même que Tenfant dont les facultés languissent ou sommeillent?

Sans ce renouvellement incessant des organes, sans ce peu de durée des corps, que deviendrait la sensation? Ne le voyons*nou8 pas par notre propre expérience: qui peut dire que cette sensation est chez nous à cinquante ans ce qu'elle est à vingt, à quatre<*vingts ce qu'elle est à cinquante? A cent ans, la vie est purement Végétative; que serait-elle à deux cents?

N'en doutons pas, ce que Dieu a fait est bien fait, et la mort sur la terre n'est que le rajeunissement de la vie.

SERIEUX^ SÉRIEUSE. Ne mêlez jamais la plaisanterie aux <^K)6es sérieuses , et faites nettement la part de chacun, sinon bien des auditeurs s*y tromperont; ils prendront au sérieux votre plaisanterie et riront de votre chose grave.

Il est des gens qui, dans leurs écrits comme dans le monde, ne savent jamais être ni sérieux ni phiisans à priopoiS, et c'est ainsi qu'ils vous dotoent envie de pleurer quand ils veulent vous faire rire, et vicê^versà.

Un bomme naturellement sérieux est presque toujours fatigant quand il veut continuer longtemps sur le ton de la pluisanierie; mais ce qui est souvent très-cmnique, 9^^ celui qui 9 bouffon par nature, se croit obligé d'être sérieux du jour .^u lendemain , parce qu'il est reçu

SÉR »sa

docteur on DODimë substitut. Le eombat du caractère contre la robe, et de l'esprit de métier contre l'habitude, est quelquefois très-risible pour l'observateur.

Il est des physionomies qui ne peuvent jamais paraître sérieuses. J'ai tu Brunet l'acteur , racontant tristement ses chagrins domestiques ou ses souffrances de poitrine, et les auditeurs se tenant à quatre pour ne pas pouffer de rire; ils se croyaient encore au spectacle et se rappelaient le d^espoir de Jocrisse.

Un jour Talma, dans une comédie de société chcE W^« Hocquart , voulut faire ce rôle de Jocrisse. H le fit bien, mais pourtant chacun, habitué à le voir sérieux, se chatouillait pour rire , nul n'en avait envie.

11 est un proverbe qui dit: 9érimx comme un âne qu^on étriUe^ c*est que cette cérémonie donne en effet beaucoup à penser à l'âne, naturellement réfléchi, et qui n'est pas bien certain si ce n'est point une première préparation pour le tondre et l'écorcher.

Ce qui ressemble parfaitement à l'âne sous la main du palefrenier, c'est l'écolier qui s'achemine vers le eonfes-*nonnal; sa mine moitié espiègle, moitié contrite ou pateline, a tout-à-fait la physionomie du grison quand les deux oreilles lui pendent sur le dos; mais son sérieux n'est pas tenace, et il en a déjà perdu une bonne partie lorsqu'il sort de la boîte.

Il est une souffrance presqu'intolérable: c'est l'obligation de tenir son sérieux devant une parole ou une action ridicule, gravement dite ou faite dans un lieu où la gravité est d'obligation; alors, véritablement, c'est pour en mourir, surtout si la cause vieiA d'une personne qnç vous devez respecter on craindre. Quand votre envie de rire est airivée à son paroxisme , quand elle ne tient plus qu'à vos lèvres que vous mordez ou à Totre mouchoir que vous mâchez, si quelqu'un frit

tu SiR

enUsoére m fûl-ee qu'un piit ifflfemptibte , it devient comaie rétincelle dans la posdre et te rire éclate eft tonnerre universel: et pTos la vktime se fiche, plus oet homme, dont vous avex tout à espérer oq à cisaindre, ▼«us nenaoe, plus vous rires; it vous mettrait le pi»* tolet sur la gorge, que vous ririez encore.

ITaHe pas vu dms une cour d'assises rire en même temps le pubHe, les juges, les témoins, les jurés et jusqu*aux accusés eux-mêmes, et il s^^^jsstit d^une peiae capitale? Cest qu*il est des cas oè garder son sérieux est, non-sentement difficile, mais im|>e8sibl0.

Les hommes obligéis par état à dire d'une manière sérieuse les choses qui le sont le rnniss, ne peuvest pes toujours euxi-méoMs r^ister à ces entrahicmeiis. On a vu des acteurs qui, par leur saog^froid imperliir* bable dans le genre bouffon , avaient conquis le fia.veiir du public, être, malgré cette longue pratique de b scène burlesque, tont^à'^ooap plia d'im rire que ni k» sifflets, ni les buées, ni les meuaces du parierre ne pouvaient calmer^

Brunetn'en fût pas plus exempt que les autnes, ee fiit même ce qui l'obligea de quitter le théâtre plus tôt qu'à ne Vaurait fait^ Bn vieiUiBsont,. il riait le premier dés sottises ^ïl déèitail: dès. lors, il en risît tout seul.

Potier riait rarement, cependant je Tat vu aussi obligé de renoneer à ok nMe , paocc qu'à eertais passage il était, quoi qu'il fit, pris> d'un accès de fou rins.

Perlel seul était iudéridable et jamais^ dit^on, on ne l'a vu sourire* E est vrai qu'ayant fisift un long s^our en Angleterre, iby avait! gagné le spleen et qufii- en: estm9rt.

On a prétendu la mémt Ohose de Carlin^ Tiirleqaiii ftimeux des ItalieDS. Lui^ qui it^ dans» las rôlns qi^ii âbyrovisait» pouffer de rire pendant vingt ans Puis

Uml entier, ^it hors de la scène plus grave, plus séiieux qu'iia juge sur son si^e.

Par BB contraste assez bizarre, j'ai connu qudqueç ni^strats qui , dès quMis avaient mis bas la toge , n'aimaioit qu'à rire et batifoler: tel était l'a vocat-gënëral de Marchangy. Matgrë sa figure cadavéreuse et sa maigreur de squelette , il était chez lui rieur et même enfant ; il s'amusait pendant une heure d'une mouche et d'un calemboarg.

M. Martin (^u Nord), étant mimstre et garde-dessceaux, avait eeuservé toiite sa gaîlé: il se plaisait à conter et contait bien,' puis riait ^e tout son cœur du conte qu'il vous avait ^t ou de celui que vous lui faisiez , car, sous ce rapport , il n*était pas exclusif.

Les personnes qui ont le plus souffert et qui se trouvent même encore en feoe du danger, ne sont pas exemptes de ces aocès de rire que peuvent faire naître les circonstances les pins futiles. En 1829, le jour même que fut connue In nomination du ministère Polignac, la duchesse d'éngottfême i!l&it à Bieppe ; tUe voulut aller au spectacle, et j'eos l'honneur de l'y acconB4[»agner. C'était nue taroupe d'eufans qni jouaient, et jouaient assez mal. 4Ia seul petit garçon av«it bi«n saisd l'esprit de son rôle, qui était cdui id'un jéntte paysan )espîjègle faisant le niais. Je ne sais 4|uei ^ouvelûr ceci pouvait jvappeler il la dn^ tfaesse, mais elle ordinsÂreinent tsi teiste, elle qt^i nous avait annoncé, peu d'heures avant, la cÔRipQsiliop de.«e miaistère formé loontre son opîniqn , se mit à soiyrire dès le premier quoHbet ide Feûfant; tHiis 'cUe en vint, à ni%, puis à pouffer, et obartiMeifois que le; ^miii> rentrait en scène, !ses .rires ;i:eoQnnneBçaient; biealôt la salle entière y prit.pavt, car , ainsi .applaudi, l'euftint devint véeitablemeAt plaisant, et rexoelknte /femme nit sans contrainte jusqu'au bout.

itê sm

(Test probablement la dernière fois quelle Ta fait, car, de ce moment , les soucis qui entouraient la Camille royale et ses embarras devinrent de jour en jour plus graves, plus menaçans, et la catastrophe qni renversa Charles X était si facile à prévoir, quMI est impossible qu'elle, si clairvoyante, en ait pu douter.

SIMPLICITE. Dans notre civilisation maniérée, la simplicité est devenue si rare que lorsque, par hazard, nous la rencontrons, nous restons devant elle comme en extase.

C'est qu*il est bien plus facile de Fadmirer que de la peindre et surtout de Timiter, U est telle femme laide qui fera tourner toutes les têtes seulement parce qu^elIe est simple et naturelle.

Celle qui, à cette simplicité. Joindrait l'esprit et la figure, deviendrait la reine du monde.

SINGER 5 IMITER 5 COPIER. L'être terrestre a la faculté de tout copier, mais il ne peut effectivemeiit rien produire que lui-même. Dans tout le reste, il n'est qu'imitateur; les arts et la poésie ne sont qu'une imitation plus ou moins exacte, plus on moins gracieuse et colorée. Le premier des peintres , comme le premier des poètes, ne fut qu'un copiste; et il n'y a effectivement qu'un producteur: Dieu.

Mais c'est moins de l'œuvre que nous avons à parler, 'que de la propension à faire ce que font les autres. Le besoin de l'imitation, notamment chez les êtres faibles, est Vutt des plus impérieux de la nature; dans certaine position il est pour ainsi dire involontaire, et je ne sais quel entraînement mécanique nous fait rép^r la grimace que nous voyons faire.

L'îmiUtîoD semble alors venir d^iin fluide <|ai, en agissant sur les muscles de Tud à la suite d'une affectidii morale, transporte sur un autre le reflet porement matériel de celte affeelion. C'est ainsi que cet amateur, sensible à la musique, laissera voir sur sa figure les sensations de son ame et que celui qui le regarde, sans que cette musique l'impressionne, sans même qu'il puisse l'entendre, répétera dans ses traits les mêmes mouvemons; ce dernier, à proprement parler, ne sera que le miroir de l'autre.

C'est également ainsi que la contraction qu'éprouve le risage d'un bomme qui a peur s'imprime sur le visage de celui qui le voit, avant qu'il n'ait peur lui-même: effet qui tient plus aux nerfs qu'à la volonté, et qui, parement machinal, n'a que l'apparence de l'imitation.

L'homme, nous venons de le dire, est essentiellement imitateur, c'est à ce penchant à l'imitation que nous devons toute société. Sous ce rapport , l'imitation est un bien, mais elle a aussi ses inconvéniens , et peut-être ne sont-ils pas moins nombreux que ses bienfaits, car l'homme est pins porté à imiter ce qui est nuisible que ce qui est utile. C'est ainsi que le vice se propage et que le mauvais exemple a plus d'influenee que le boa: le mauvais a pour aide nos passions, et le bpn n'a que la raison, qui est un auxiliaire assez froid et jama^ très-pressé de se mettre à l'œuvre.

Dans les arts, l'imitation a él^ funeste .quand , re** poussant la nature, elle a voulu cc^pier l'art,, parce que prenant souvent cet art pour le ¥rai» elle est tombée dans le faux.

Je ne me suis jamais expliqué pourquoi , dans les écxAe& de dessin, de peinture ou de sculptqre, ou commence par faire copier des copies; c'est, selon moi, le contraire qu'on devrait Dure, on donpei:«it . h nature

fDur noâMe lau Aébuftffit, s«tif à iféctiiér ^ foutes par ^âés copies qa'on lui prëseiAérait eostitte ccftdme leririê -de coibpairsiiBoii.

Il en est de même dans Fart du comédien; on exerce le débutant ou H s'exerce lai-néme à copier tel ou td acteur, c'est^à-^lire Tbomme tel qn^il est sur Ib scène, mais non tel qu'il est dans le monde.

On rét'Ottdra à ceci que dans le frionde les hommes sont également «n sdène; que toute la différence poor relève serait d'imiter un mauvais comédien au Ken d'en copier un bon. G')^st -possible ; mois aussi c'est l'homme quand il revient à sa natute et à sa belle et bonne nature que Je tous dis d'imiter.

Une imitation-, non bioins funeste que IMmitation du faux, est celle du laid, <]u hideux, du dégoûtant. Le dégoûtant est è la mode; nous semblons nous plaire à Yeniuer des ordures et à en composer nos livres et ^s tableaux.

C'est cette impulsion dlmilation mauvaise qui , après far d^énéraiion des tnœilk's, b ëmené celle du goût et iHientét celle des arts; ca^r, ici encore, tout se suit et s'endiaîûe : te matfvaiâ p<^te fait le mauvais peintre qui ^it'le mauvais scnlpteur et le pire iBrchitecte, et tous '«nsemble^ne tout que la répétition du 'mautals goflt du '^publie. 'H est éertain qU^-si ce public réprouvait le mauvais, le mauvais ne sttl^gitait pds;il ne naît que des -emsouingemehs ({uHlilh donne.

L'imitntidn (Jui joue en grand rûle dans 'lé 'code sdciâl iOu r«^gldrmération des hommes -jjrar filles, provinces et royaumes , est aussi pour beaucoup dans l'association des aiiimaùx entr'eux, etîde eéux-ci avec les hommes.

Peur vWre ensemble, il font voulofh" ensemble un Certain nombre de <%ose!s setnblal^es, ou si on ne le Teut'pas, Mm^iteédér'à'fe VèloÉté d'iiutrui, sinon il en

sot ,9»

résulterait bientôt inconfiatibilittS , puis désorganisation de la société.

L'association n^est donc véritablement qn^une oonaéqaenee ou une application du penchant à IHnûtation , et cette association a des résultats pins ou moins utiles, plus ou moins progressifs, sdon que IMmpulBion imitatrice a pris sa direction.

Limitation chez les animaux renfermés dans un cerde plus étroit que chez les hommes, n*est, aux ye«x de beaucoup , qu'un mouvement mécanique. Ceci est vrai quelquefois, et nous avons tu que les hommes n'en sont pas entièrement exempts; mais cet état mécanique n'est pas plus ordinaire chez ks uns que chez les autres , et comme nous , les animaux ont leur imitation réfléchie : ils veulent copier et ils copient , et quand un perroquet apprend à parler et un serin a seviner, ce n'est certainement pas par une imitation involontaire on un entraînement purement machinal. Le perroquet imite les paroles, comme le serin les notes de l'instrument, parce qae les >sons lui plaisent; il imite enfin parce qu'il désire , savoir, et il le sait parce qu'il le répète pour Rapprendre.

L'imitation involontaire est dans cette terreur eonvolsive qui saisit un troupeau à l'aspect du mouvement d'effroi de l'animal qui est en tête.

C'est aussi à- cette impression en quelque sorte électrique qu'on peut attribuer 'ces brusques mouvemens d'une volée de pigeons quand, se dirigeant à tire-d'aile îers un but , ils s'en détournent spontanément et se jettent tons à droite ou à gauche, ' comme s^ils étaient mns par une machine.

Cette espèce d'impulsion «se fait aussi sentir dans quelques-uns de leurs cris d'appel: à un .signal donné, ils font tous entendre les mânes sons.

DiaiB lenr:S cfaants, la chose se.. passe différemncAt :

130 sm

roiseaa écoute avant de prononcer sa phrase, et il répète celle quMl a entendue , car Toiseau chanteur, même dans rëtat sauvage, a son chant naturel et son chant acquis; il trouve, dans ses parens ou ses voisins , des professeurs, et il en reçoit des leçons.

L'imitation ou l'éducation qui n'en est qu'une des voies, ne se borne pas là chez les oiseaux. Il n'est aucun de nous qui n'ait vu une hirondelle invitant ses petits à voler. Sa première leçon est de leur en donner l'exemple en voltigeant doucement autour du nid ; die sait que les petits la regardent et s'unissent à elle d'intention. Ne le font-ils pas, elle insiste; elle s'en approche, leur présente de la nourriture, puis s'éloigne un peu. C'est ainsi qu'elle leur inspire peu à peu le désir de venir à elle. La volonté éclose , l'exécution suit. Bientôt vous les voyez voleter timidement d'abord , mais les progrès sont rapides, et après quelques jours d'exercice, ils sont en état de suivre leurs parens.

Dans la construction des nids , il y a à la fois impnlsion , instinct , imitation et expérience , c'est-à-dire que l'oiseau fait son nid par une force innée qui l'y pousse et lui en indique les premières conditions. Ensi^te, il le perfectionne par imitation ou par sa propre expérience. Les oiseleurs distinguent fort bien le nid d'un jeune couple de celui d'un plus âgé.

Parmi ces derniers , oh reconnaît aussi celui qui est l'ceuvre d'un individu intelligent et soigneux. L'oiseau négligent ou pressé hix son nid tant bien que mal , et quoiqu'établi sur le même plan , du premier coup d*œil on en saisit les défauts. L'oiseau lui-même finit quelquefois par les voir et les corriger.

Bans la migration des animaux , s'il y a une cause déterminante , l'absence de nourriture , le besoin d'en ehercher et conséquemment la nécessité d'aller dans les

Page 1