‹ Hommes et choses (volume 3)Chapitre 6 sur 110 · H FIA · texte numérisé non relu

H FIA

qm nos grands santeurs de touches, nos grands éqni* librîstes de dayiers, qui ne sont que cela et dont les compositions tapotantes se bornent liux inspirations de leurs grands doigts, ne soient pas de grands hommes poiif nos neveux. Peut-être même ne le seront-ils plus, l^ur nous, l'année prochaine, car dans cette succession de grands pianistes, je vois que c'est toujours les plus aouveaux qui sont les plus grands , et que leur grandeur ne dure guère plus que la qualité d'un piano qui n'atteint jamais sa septième année sans mourir poussif» eût-il coûté vingt-cinq mille francs.

D'après cette analogie entre la dorée de l'instrument et celle du musicien , j'ai toqjours pensé que les deux choses avaient la môme origine, et que c'étaient les grands facteurs ou les Ârohimèdes do la lutherie qui » en inventant les grands pianos, avaient inventé les grands pianistes.

Quant à leur titre de grands hommes , il est de l'inyention des journaux et dii public, et il ne fout pas en accuser les luthiers.

Maintenant, puisque nous en sommes à l'analyse de la grandeur, voyons quelle est la différence entre un grand piano et un petit piano, et, par suite, entre un grand pianiste et un petit pianiste.

Un grand piano est grand , moins par sa taille que par SB robe et par sa qualité. Sa robe sera de palîs^ sandre incrusté de bois plus précieux encore; ses pieds auront des formes étrusques, grecques, égyptiennes, et seront relevés de dorures et d'argentures. (Test la contrepartie du gilet de velours et du lorgnon d'émail du grand pianiste, parures qui n'augmentent ni le son de Fun ni le talent de Tantre; ce serait plutôt le contraire.

Quoiqu'il en soit, il reste encore au grand piano, aa ptaao de prix, un son yelouté (c'est le terme reçu) qui

PIA Ift

le distingue da petit ou da piano commim, dans lequel le clapotage ou le tic-tac du moulin s'entend plus fort n est vrai qn*ii s'entend aussi dans le grand piano et qu'il s'y entendra toujours, mais il s'y entend moins. C'est dans ce plus ou moins que réside le velouté,

Bevenons au grand pianiste. Ce* qui distingue encore le grand pianiste du petit, c'est une dose supérieure de dextérité à croiser les mains et à en faire sauter une par-dessus l'autre, puis à rouler vivement les dix doigts sur les touches , comme les baguettes sur im tambour , en faisant , avec les pieds , une manœuvre analogue. S\ vous appréciez la difBculté que présente Texécution simultanée de toutes ces voltiges , vous verrez qu'on peut, réellement se rendre aussi étonnant sur le piano que sur la guimbarde, les castagnettes, le tambour de basque et la corde raide.

Maintenant , nous allons conduire l'audileur en face d'un grand pianiste donnant un grand concert dans la capitale. Nous avons pris nos billets ; nous sommes dans la salle; nous y avons attendu deux heures. Enfin, toutes les formalités sont remplies, le grand homme paraît. U commence par un morceau à grand orchestre: violons « basses, flûtes, cors, tout retentit à la fois, et je n'entends pas plus de piano que s'il n'y en avait jamais eu aa monde. Enfin le fracas s'apaise et le premier $oh com* mence. Mais soit que le puissant tutti nous ait rendus sourds , soit que le grand piano et le grand pianiste soient enriiumés, ils font, quoiqu'ils réunissent tous leurs efforts , justement l'effet d'un petit grillon qui voudrait foire sa partie dans une cathédrale, au milieu de deux gros chantres, avec l'accompagnement du serpent.

C'est égal, les solo sont courts, les ttUti sont longs; je n'en suis pas fâché , et les sons harmonieux de tous ces instrumens dont il n'est pas un , fÛt-ce la contre*

le PU

basse, qui ne soit plus apte au chaut qwe le piano, me jtemplis&ent du moins agréablement les oreille» et m'offrent des masses d'harmonies qui atmonceat le génie du coniliositeur. Ce compositeur, c'est Mosard ; le gica&d pianiste a trop à penser pour perdre son temps à febriquer des «ymphonies et surtout à les écrire : c'^st bon pour des maniea?res. Il improvise, et c'est de trois à quatre improvisations que se compose le concert , comme « d'ailleurs, tons les concerts des grands et petits pianistes.

Mais chut ! l'inspiration vient. Silence profond. 11 roule ses doigts sur le clavier et regtode l'auditoire. {Applcnhdksemens). Il les roule en sens contraire, en produisant l'harmonieux roulis de la flûte de pan et des marchands et vinaigre. {Applaudissemens prolongés). Il a annoncé line tempête, c'est l'éclair qui la précède.

Après réclair vient le tonnerre: boum^boum. Il donne lEots ou quatre coups de poing sur le malheureux ontil dont on entend briser les cordes. {Mouvement général d'admiration, sauf, pourtant, Tamateur qui a prêté son piatto).

après le coup de tonnerre vient la pluie : tk, tie^ tic, tic, tac, tic. C'est ici le piano lui-même dans toute sa pureté native. Aussi les cœurs les plus durs ne ré* sistent pas à cette pluie que te grand artiste exprime en Usant sauter ses mains comme des greiiouilles en go* guette. Les cris : hraoo I bramasimol retentissent de toute jpatt. Oh! quel homme! quel artiste!!

Les chut étouffent ces exclamations ,. car on ne veut lien perdre de ces prodiges.

Après la pline, vient le brait des torréns. Id, les pieds du grand homme attirent . surtout l'attention des vrais connaisseurs ! Qu'il fait bon de le voir enjamber d'une pédale à une antre. U y en A une qtii crie un peu, mais eeta ne nuit pas. k ^ensemble : c'iàst l'imiMion du vent

Page 1