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Ah ! sHl n*avait pas peur d'être arrêté , comme il sérail bientôt sur l'instrument! mais il D*ose, et pourtant il est si près.
Tandis qu'il est combattu entre le désir de s'élancer en avant et la crainte d'être rejeté en arrière , voici nn espoir qui renaît en lui, car l'ambition est ingénieuse en consolation : si son bonheur voulait , se dit-il à part , que le troisième aide n'arrivât pas, ou que, par ane négligence des premiers servans, il y eut quelque chose à balayer, à laver, à essuyer, enfin une corvée que les valets mêmes dédaignent de foire. Si ceux-ci semblent réclamer une assistance, faire un appel à une bonne volonté, s'ils paraissent enfin désirer quelque chose, avant même qu'ils n'aient parlé ; à leur première parole, à leur premier geste , il répond : me voilà ; et il est déjà à côté d'eux , et sans même attendre qu'ils aient accepté ses services, il s'empare de la besogne.
Ne croyez pas qu'il agit par intérêt, qu'il se fera payer; il n'y songera même pas, et s'il avait de Targent, c^est lui qui paierait. 11 est trop récompensé par la place où il se trouve, il est au comble de ses v<bux. Dans sa félicité , il a oublié qu'il n'a pas mangé depuis la veille.
Ici l'on pourrait interrompre notre récit pour dire qae Jean Flipot est un être idéal ou du moins un type exceptionnel.— 11 est si peu idéal, si peu exceptionnel, que là autour de cet échafaud, si les aidéi avaient eu besoin de quarante sous-aides, de cent, de plus encore, ils les auraient trouvés à l'instant même. Oui, cent badauds tout prêts à se donner ainsi en spectacle^, s'y seraient précipités.
Arrivés là, si tous n'eussent pu s'y tenir, s'il n'en eat fallu que la moitié, ils se seraient battus poUr les places, oui, égorgés pour Thonneur de s^asseoir sur les marches de la guillotine, et pouvoir encore ici dire: « J'y étais,
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j'étais le mieux placé ; j*ai vh l'homme comme je vous vois , et touché le bourreau comme je vous touche ; il avait an gitet rouge et une chemise blanche , avec une queue. Ça faisait deux bien beaux hommes ; seulement , je n'ai pas remarqué celui qui a coupé le cou à l'autre. » C'est, d'ailleurs, ce qu'il n'a pas cherché à éclaircir; cela ne le regardait pas. Il était venu pour voir couper une tête, on en coupe une, il n'a rien à dire, le programme a été rempli. Seulement, il aurait bien murmuré, bien crié, bien battu du pied, si l'on n'en avait pas coupé, car, selon lui, c'eut été tromper le public.
J'ai dit que c'est une tête qu'il voulait voir tomber, et que le reste de la personne lui importait peu. En ceci je me trompe : il aurait trouvé la fête plus piquante, si c'eut été le condamné qui eut décapité le bourreau , et s'il en avait eu le choix, c'est ainsi qu'il eut terminé la pièce. A moins, toutefois, que le bourreau et le patient réunissant leurs efforts , n'eussent saisi le curé pour le mettre sous le couperet, ce qui eut porté sa joie à son comble, non qu'il en veuille au curé, tant s'en faut, il est même fort disposé à lui rendre service, mais c'est qu'à ses yeux c'eut été tout-à-fait drôle de voir couper une tête ayant une calotte.
Tel est l'enfent des rues , tel est le peuple , car le peuple est et sera toujours enfant; c'est ainsi que Fa fait notre civilisation.
Voyez : Emeute et émeutier, gouvernement^ etc.
STYLE. Celui qui a dit le premier: le style if est Vhommey a fait bien des sots. En effet, pour être homme, oa veut se faire un style; et pour s'en faire un, on défait la langue.
De là tant de noiots bizarrement enffîés arrivant , en
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gros yolume, à ne dire que ce que tout le monde a. dit, on ce qui est pis, à ne rien dire du tout.
Avant d^écrire, il me semble qu'il faudrait avoir quelque chose à écrire, et ne pas séparer le style de la pensée, car la pensée est l'honame au rooifts autant que la manière de rexprimer.
Sans doute cetle manière peut être lâehe et prolixe; on en a des exemples. Si c'est là Thooime, il n'est pas beau , mais il y a remède à tout , et à Taide des aaais et des connaissances, on peut toujours refaire la phrase et rendre net et concis ce qui était flasque et diffus. Dans ce cas , pour parler exactenoent , il faudrait dire : le style c'est l'homme et ses amis.
D'après ceci, notre style, de même que nos habitudes et nos goûts, nous viendrait un peu de tout le monde ; et j'ai remarqué que ce qu'on appelait le cachet d'an auteur n'était parfois rien autre que le retour des mêmes mots, des mêmes phrases, des mêmes pensées, répétant à chaque page ce que les gens sans style ne mettent ordinairement qu'à chaque feuille.
Quoiqu'il en soit, si quelqu'un a réellement un style caractéristique, un style qui lui ressemble, ce doit être l'écrivain qui songe le moins à s'en 'faire un, quelqu'esprit original disant bizarrement ce qu'il pense, ou plutôt pensant bizarrement ce qu'il dit. Alors, si ce n'est pas le l'homme tout entier, il y en a au moins quelque chose.
Un auteur peut avoir en lui un ^yle tout fait» un style qui tombe de sa plume comme la pensée de son cerveau, style enfin qui tout d'abord se formule nettement et auquel il ne peut rien changer sans le rendre i;Hre. Ces écrivains improvisateurs sont raife$ et se distinguent toujours par un cachet d'originalité : tels furent Montaigne et Rabelais.
D'autres, que la surabondance de kurs pensées étouffe.
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sont obligés de les jeter à pleine main sur le papier , puis de les passer au crible ou d'en faire un triage. S'il est bien fait, ils trouvent un style dans ce fouillis, et un très-bon style* Ainsi firent Rousseau , Buffon , Chateaubriand et la presque totalité de wfs boos et grands écrivains; tandis qu'une foule d'autres ne sont devenus ni grands ni boas, parée qu'ils eurent la prétention de bien écrire du premier jet , prétention d'ailleurs trèscommode, toute favorable à la paresse et dès-lors à la médiocrité , car le génie lui-même ne Ï9àX rien sans peine ou sans travail.
La difficulté pour un homme qui se croit du mérite et plus encore pour cdui qui en a véritablement, n'est pas d'écrire; car en quoi écrire consiste-t-il , si l'on ne regarde ni à droite ni à gauche? A laisser courir sa pensée dans sa tête et sa plume sur le papier; c'est un passe-temps, une simple rêvasserie, bref, un exercice de flâneur on de convalescent. Mais relire et corriger, mais eifocer , voilà vraiment un travail , un vrai métier de manœuvre et de galérien.
C'est même pis , car c'est se découper de sa propre main, se taillader, se morceler soi-même, se traiter comme ApoUon traita Mqrsyas, se mettre la chair au vif; c'est ea&i être son propre bourreau. Or , s'il est beaucoup de gens qui le tentent, il en est fort peu qui le fassent, et au premier coup de scalpel ils disent : assez ; et c'est ainsi que le style c'est Thouime , si l'on veut , mais l'homme qui n'est ni rasé ni peigné.
ST¥L£ RÉV0I.UT10IVNAIRE , OaâJTEURS DE LA COI^TVENTION. Que le style soit l'homme , c'est possible, venan»*nous de dirie ; mais ce qqi est plus clair encore , c'est que sans foire l'homme , le temps ou, la
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circonstance fait souvent le style ; et Cicéron , sous le règne de Tarquin , eut parlé tout autrement que sous celui d^ Auguste.
En politique et surtout en révolution , si Ton jugeait les hommes par leur dire et leurs écrits, on se trooi-^ perait souvent.
Robespierre, qui ressemblait peu à un agneau on à un philanthrope, n'a jamais ou presque jamais mis en avant de maxime sanglante , et la plupart de ses discours prêchent Thumanité et le patriotisme 1q plus pur. En voici des preuves:
« Quel ami de la patrie, disait-il à la Convention le 8 thermidor, peut vouloir survivre au moment où il n'est plus permis de la servir et de défendre l'innocence opprimée? Pourquoi demeurer dans un ordre de choses où l'intrigue triomphe de la vérité , où la justice est un mensonge, où les plus viles passions occupent dans les cœurs la place des intérêts sacrés de l'humanité? •
Qu'on ne pense pas que la peur le faisait parler ainsi ; non, à l'époque de sa puissance, pendant ces jours où il se vautrait dans le sang, il s'exprimait de même.
D'ailleurs, je cite ces phrases entre mille; on les rencontre à chaque page de ses discours politiques , même ceux qui soufflaient le meurtre et signalaient les victimes ; mais l'hyène aime à lécher sa proie.
D'autres , au contraire , étaient prodigues d'images atroces : leurs discours , leurs proclamations faisaient frémir, et ils ne versaient que peu ou point de sang. André Dumont est de ce nombre; il y en a encore d'autres.
Le sang était la figure è la mode, l'image favorite de l'éloquence du moment.
Barrère disait : « Le vaisseau de la révolution ne peut arriver au port que sur une mer de sang. »
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St.-Just : « Un révolutionnaire doit être prêt à marcher dans le sang et dans les larmes. >
Ghaumette : « Les hommes qui font couler des flots de sang doivent nécessairement être submergés par le sang. »
« Donnez un verre de sang à ce cannibale , disait Vergniaud en montrant Marat; il a soif. »
Robespierre montant à la tribune et ayant la gorge embarrassée, Garnier (de PÂube) lui cria: « Le sang de Danton te sort par la bouche. >
Poultier , en parlant de Lebon , disait : « Il a sué le sang. »
« C'est lui , répétait Legendre en montrant Carrier , c'est lui qui a rougi la mer par le reflux ensanglanté de la Loire. »
La faux , la foudre , la hache , la torche , la massue étaient encore des images fort en vogue et plus ou moins heureusement employées.
Collot d'Herbois disait: « Qui de vous n'eut voulu anéantir ces traîtres et donner à la faux de la mort un mouvement tel qu'elle ait pu les moissonner tous à la fois! »
« Les voyez-vous, s'écriait Courtois, ces dévastateurs lançant la torche dévorante sur les monumens des arts et du génie? »
Il ajoutait: « 0 Lyon, cité fameuse, quel est donc ce nouveau Gengis qui , la hache et la foudre à la main , fond sur tes murs! •
Il dit encore : « L'instrument terrible de la mort , comme une plante vénéneuse , s'est reproduit sur tous les points de la République. »
A une autre époque, il attaque les démagogues : « Où sont-ils ces animaux qui se sont disputés pendant une année les lambeaux palpitans de la patrie , ces vils eunuques blessés de la puissance des puissans? » IV 13
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C^est encore lai qui s'écriait: « Cc&t la coDspiratîon de la sottise et du crime contre le génie et la verta. Craignez que ces désorganisa teurs ne vous offrent bientôt pour nourriture que les cadavres de leurs victimes. »
Isnard répondait au peuple qui se plaignait de n'avoir pas d'armes pour repousser les étrangers : • Vous n'avez pas d'armes, prenez les os de vos pères et frappez. »
Voici encore une phrase d'Isnard: « Les foudres de Rome s'éteindront sous le bouclier de la liberté. »
Puis il ajoutait : « H faut que la masse des citoyens forme un colosse puissant qui, debout devant les nations, saisisse d'un bras exterminateur le glaive national, et le promenant sur les terres et sur les mers , renverse les armées et les flottes. »
Au milieu de tout ce pathos et de ces images ou ridicules ou sublimes, on entendait parfois des mots fins et piquans , et quelques orateurs maniaient fort bien répigramme. Les jeux de mots même n'étaient pas dédaignés.
Quand Lafayette perdit sa populaVité, on le surnomma Gilles-César.
La réunion de Barnave aux deux Lameth , après la mort de Mirabeau, fut appelée le tfiumgu^umt.
Un autre triumvirat fut ainsi dépeint :
Connaissez-vous rien de plus sQt
Que Merlin, Bazire et Chabot?
Non, je ne çonoaiB rien de pire
Que Merlin, Chabot et Bazire;
Et personne n'est plus coquin
Que Chabot, Bazire et Merlin. "^
Jean Rewbel étant membi:e du DireQtotre , son beaufrère s'appelait Bapinat , son secrétaire For£iit , et son
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adjoint Grugeoa. On disait que Forfait était le positif,' Rapinat ou Grugeon le comparatif, et Revbel le superlatif.
Tout le monde connaît ces quatre vers :
Ce bon Suisse que l'on roine Voudrait bien qae Ton décidât Si Kapinat vient de rapine On rapine de Bapinat.
Ces facéties prouyent-elles que Merlin, Bazire et Chabot étaient sots et coquins; que Lafayette était un Gilles; Barnave et les deux Lamcth des gucnx; Rapinat, Forfait et Grugeon des pillards? Pas le moins du monde. Peut* être parmi ces hommes s*en trouvait-il de très*honnéles ; mais la rime n'en porta pas moins son coup , et son effet dure encore.
Le mot sana^culotte fut bien souvent employé de la manière la plus comique. Maribou , conventionnel , re*prêchait à Fourcroy le long silence qu'il gardait. Celuici, se moquant de lui, lui donna pour excuse la nécessité où il était de pourvoir, par son travail, à la subsistance du sans-culotte son père et des sansKîulotte ses sœurs.
Quelque3 chansons eurent aussi, à cette époque, une influence politique qu^on pourrait à peine croire aujourd'hui. Je ne parle pas de la Marseillaise fli du Réveil du Peuple, mais du Ça ira^ des Chemises à Gorsas et autres niaiseries. À quoi attribuer leur succès? Ce qui donna lieu a cette dernière fut un mot dit à la tribune par le conventi(mnel Gorsas, qui prétendait que tout ce qui avait appartenu à la famille royale était pro[»'iété nationale, conséquemment qu'on devait arrêter le bagage xk Mesdames qui émigraient» car la nation, ajoutait-il, pourrait s'écrier: vous emporta mes chemises. Le lendemain partit la ichan-
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son , depuis devenue historique. Elle était d'un nommé Marchant , chansonnier royaliste , qui écrivait dans un journal intitulé : les Actes des Apôtres.
Cette chanson voua Gorsas au ridicule et frappa de mort son parti.
Anacharsis Cloots, baron prussien, devenu conventionnel français , s'intitulait l'orateur du genre humain. Le peuple, estropiant son nom, le nommait Canard-six. Il s'était déclaré Tennemi personnel de Jésus-Christ. Robespierre prit la défense de Jésus-Christ qui eut en lui un singulier avocat, et. envoya le pauvre homme à Véchafaud. Il n'était que ridicule et peut-être un peu fou, il ne méritait pas la mort.
Parmi les plus étranges folies de la révolution , fut la religion inventée par Chaumette, ou le culte de la Raison. Une prostituée, louée à la journée, était promenée dans les rues, puis placée sur Tautel, et on l'adorait. Mais le pire était qu'on contraignait de très-honnêtes femmes à jouer ce rôle et à être ainsi, demi-nues, offertes au regard de la foule.
On cite la fille unique d'un relieur de la rue du Petit- Pont, jeune personne de seize ans, qui mourut de peur à la suite de cette apothéose.
Momoro força sa femme , belle et pieuse , à jouer ce rôle. On la vit placée sur l'autel de St.-*Sulpice, pâle et versant de grosses larmes.
Ces pauvres déesses n'étaient qu*à plaindre , surtout lorsqu'on les divinisait de force. Mais il apparut, à cette époque , une classe de femmes dont aucune histoire n'a donné le modèle : c'était ce qu'on appelait les tricoteuses. EUes allaient dans ks tribunes de la Convention pour applaudir aux motions les plus incendiaires. Ces femmes étaient payées, et pour gagner double journée, elles tricotaient pendant les séances: de là leur nom.
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Elles firent, plus tard, un troisième métier également
rétribué : c'était d'accompagner les victimes à Téchafaud pour les injurier. Alors , on les qualifia de harpies , de furies; mais le peuple leur donna .un nom plus carac^ téristique , il les appela lécheuses de guillotine.
Une chose fort étrange , c'est que la plupart de ces hommes de sang étaient de mœurs très-douces.
Tallien était galant, aimable et fort bien vu des femmes.
Danton , le féroce Danton , avait un amour passionné pour la sienne, et il n'est mort que parce qu'il ne voulut pas la quitter.
Robespierre, rentré chez lui, s'occupait de fleurs, de serins , de chardonnerets , et aimait d'un amour platonique , dit-on , la fille d'un menuisier chez qui il demeurait, et avait l'intention de l'épouser.
Marat, avant la révolution , n'avait jamais passé pour un homme méchant ; c'était un chimiste instruit et dont les ouvrages jouissaient d'une eeitaine estime. Gomment s'esl-il ainsi subitement transfornié en bête féroce? En écrivant, en pérorant : l'encre ennivre comme le vin.
Voici un fait consigné dans les mémoires de la révolution, et qui serait incroyable s'il n'était pas vrai :
M. Jourgniac de St.*Méard, échappé au massacre des prisons, fit paraître une brochure intitulée : Mon agomie de trente 'huit heures y onsLt jours après sa sortie de l'Âbbaye. Cinq jours plus tard, elle fut mise en vente, c'est-à-dire le 20 septembre 1792. Curieux de savoir ce qu'en pensait Marat, il lui en remit sise exemplaires et fut ensuite le vqin pour connaître son opinion. Marat lui dit qu'il l'avait lue avec le plus grand intérêt; seu-» lement , qu'il était fâcheux qu'il eut cherché à apitoyer le public sur le sort du mercenaire Beding, et qu'il eut parlé de la bénédiction de l'abbé Lenfant.
On reste frappé de stupeur en songeant que presque