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bms ces hommes qui ont laissé tme si horrible celébritë sont morts a?ant quarante ans, quelques-uns avant trente, et leur règne politique n'a duré que deux à trois ans et souvent beaucoup moins.
Voici, d'ailleurs, une remarque d'autant plus curieuse qu'elle est exacte: sur soixante- trois présidens de la Convention nationale, vingt-deux furent mis hors la loi, seize furent guillotinés, trois se sont suicidés, huit ont été déportés , six emprisonnés à perpétuité , quatre devenus fous sont morts à Bicètre, deux seulement moururent tranquillement.
Ce mot de Mirabeau : « La révolution, comme Saturne, dévore ses enfans, » s'est donc vérifié en tout point.
SUFFRAGE UNIVERSEL. {Octobre, 1848). Qaelqu'un a dit: {e ip&w^h a tué la nation. Cette expression est vraie, car le peuple n'est pas la nation. Le peuple est la matière propre à en faire une.
A eette proposition tant soit peu hérétii:)ne, n'allez pas crier re^ô; Ayez patience, et vous verrez que je n'ai pas tort.
Prenons les choses dès le principe. Qu'esN^ que le peuple? Est-ce la partie ignorante, grossière et corrompue de la population, la plèbe comme on la nomme? Ou bien est-ce eette population tout entière ?
Dans le premier cas , ou si le peuple est la plèbe , il a'€St donc pas la nation.
Dans le second cas, si c'est la population en masse qui constitue le peuple , la masse ne sera pas encore la nation, car lorsque vous appelez la nation à délibérer, vous en excluez d^abord les femmes et les enfans qui, néanmoins, sont quelque chose, peuple au moins; Vous le voyei: donc bien, le peuple n'est pas la nation.
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Ensuite, avez-vous tort oa raison d^cxcUire les femmes et 1^ enfans de la nation ou de la partie qui délibère? Oui, quant aux enfans; non, quant à certaines femmes qui valent dix fois certains hommes. Mais puisque , à l'imitation des sectateurs de Mahomet, vous avez décidé que les femmes ^ne font point partie de fespèce humaine, il serait rationnel de reconnaître que certains hommes, évidemment inférieurs à leurs femmes, n'en font point partie non plus.
Impossible, me direz-vous; la nation se trouverait ainsi réduite à moitié, et ces imposantes réunions de deux cent mille hommes, tous électeurs et éligibles, tomberaient à cent mille ou au-dessous.
En ceci, le mal serait petit, car on a remarqué que c'est toujours des grandes foules que sortent les grandes sottises. La folie, comme la peste, est contagieuse: elle Test d'autarit plus que la masse est plus compacte.
En admettant le principe du suffrage universel des hommes, j'admettrais donc des restrictions à la qualité d'homme, d'homme intellectuel s'entend. Déjà, comme BOUS venons de le voir, vous avez décidé que la femme n'était pas homme et ne pourrait jamais le devenir, quels que fossent son caractère, son intelligence, et même les services rendus à la patrie.
Vous avez également reconnu qu'lauclm individu ne devenait homme que le jour où il avait accompli si» vingt-et-unième année, et qu'il ne Tétait pas plus à vingt-et-un ans moins une heure, moins une minute, qu'il ne l'était le jour de sa naissance. Ceci est chose jugée et il n'y a pas à y revenir. Je ne demandfe donc pas que les femmes fassent partie de la nation, ni les enfans non plus, et qu'ils aient droit de souveraineté ou de vote ; mais je vous- renouvellerai cette question : Si, dans ceux que vous avez qualifiés hommes parce
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qnMls portent un chapeau, une culotte, un habit ou une veste, et de la barbe au menton, vous reconnaissiez quMl y a eu erreur de personne et que les dits êtres barbus et culottés ne sont réellement que de^ enfans et même quelque chose de moins, est-ce que, nonobstant l'évidence, vous persisteriez à les maintenir dans la catégorie des hommes, contrairement au vieux proverbe qui dit que riiabit ne fait pas le moine? Quant à moi , je ne puis vous le conseiller; et sur ce point devenant St.- Simonien, je vous dis: à chacun selon sa capacité: des jupes à Madame , des chausses à Monsieur , et au petit une poupée et un morceau de sucre, car si vous lui mettez en main le bâton de commandement, il pourra bien, Tinnocent, le briser sur sa tête, sinon sur la vôtre.
— Votre homme enfant est une exception, me direzvous. — D'accord, mais une exception qui n'est pas tellement rare que je ne puisse vous en trouver une douzaine par rue, une centaine par ville et un millier par canton. Maintenant, faites l'addition et comptez pour la France entière.
— Mais ce n'est pas encore la majorité. —Patience, vous y arriverez, et plus tôt que vous ne pensez.
N'est-il pas évident qu'en mettant, comme vous le faites, la sottise, l'ignorance et l'inconduite sur la même ligne que la raison , le savoir et la moralité , en leur accordant les mêmes droits et les mêmes privilèges, en les encourageant enfin, vous ne pouvez manquer de les étendre journellement et d'augmenter bien vite le nombre des sots , des ignorans , des débauchés , et finalement d'arriver à votre majorité de brutes.
Et c'est à elle que vous livrez la nation. Mais les Romains , dans les jeux de leurs cirques , ne jetaient aux bêtes que les condamnés et les gladiateurs, et vous, dans vos jeux politiques plus désastreux encore, c'est la nation
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que vous leur jetez. Oui , la nation , entendez-rous, car j'en reviens à mon dire : le peuple n'est pas la natUm. Et par peuple, comprenez-le bien, je n'entends pas ceux qui manquent de fortune, j'entends ceux qui manquent de bon sens.
Ensuite, en faut-il conclure que ce peuple ne puisse sortir de son ruisseau? — Il en sortira quand vous voudrez qu'il en sorte, non d'un saut et comme Minerve de la tête de Jupiter, mais petit à petit et moyennant des soins convenables. C'est un traitement que vous aurez à loi faire suivre, traitement qui sans doute ne rajeunira pas les vieillards, ne fera pas un athlète du paralytique, et des membres sains des membres gangrenés , mais il fera que nos enfans, aujourd'hui étiolés par le vice et la misère, ne passeront plus sans intermédiaire de l'adolescence à la décrépitude , et qu'ils deviendront des hommes de fait parce qu'ils le seront de cœur.
Parmi les moyens de guérison , il en est un que jç vous ai souvent indiqué et que je vous recommande encore, parce qu'il est simple et facile; c'est peut-être à cause de cela qu'on ne l'a jamais employé. Ce moyen est d'éloigner du pauvre ces pièges tendus partout à sa bourse, à sa santé, à sa moralité ; ces débits de boissons et de liqueurs alcooliques, véritables antres de perdition, et qui , dans certaines localités , sont presqu'aussi nombreux que les rez-de-chaussées. La réduction du nombre de cabarets amènera celle des ivrognes et conséquemment de la plèbe, et la nation augmentera d'autant.
Vous avez encore dans le vote universel un moyen de hâter ce résultat : faites que la qualité d'électeur cessant d'être banale, ne soit accordée qu'à la conduite et à la moralité : or, la voie la plus courte et la plus sûre pour arriver à cette moralité, c'est l'instruction. Poussez donc le peuple à en acquérir , et à user des
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écoles ouvertes à ses enfans. Jusqu'à présent, il en a peu proBté, et pour eux et. pour lui. Pourquoi? C'est qu'il n'a, selon lui, nul intérêt à le faire.
Faites qu'il en ait un. Qu'il en ait un aussi à se bien conduire , et déclarez que pour être électeur, il faut :
10 Savoir lire et écrire.
2^ Avoir une religion, un état ou un moyen d'existence honnête.
30 N'être point publiquement annoté pour habitude d'ivrognerie, de vagabondage, de mendicité et de brutalité.
40 N'être pas repris de justice ; ou pendant trois années consécutives après l'expiration de la peine, avoir mérité l'estime de ses concitoyens par une conduite irréprochable ou de grands services rendus i Thumanité.
Ces restrictions au droit de vote et de souveraineté sont dictées par le sens commun; et pourtant combien d'objections ne vont-elles pas soulever!
La première sera celle-ci : qui sera juge de la capacité électorale? — Qui? — La nation. Que chacun soit jugé * par ses pairs. Qu'un juri soit établi par canton, par commune, par ville et village. Que ce juri décide annuellement et an scrutin, ceux dont les droits électoraux doivent être ajournés ou suspendus , sauf appel à un juri supérieur.
— C'est l'élection à deux degrés, s'écrie-b-on. — Qu'importe; en eut-elle trois, où est le mal?
— Mais c'est du monarchisme tout pur. — Non. Si l'exclusion ne porte que sur le défaut d'instruction , de moralité, de capacité, si la qualité d^électeur est attribuée à la valeur personnelle et non à la fortune , à la caste ou à la position, il n'y aura ni monarchisme ni privilège, et votre gouvenement , plus moral et par cela même plus stable, n'en sera pas moins populaire.
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D'aillears, je ne vois pas bien nettement que Tëlectioa en masse ait oontribaé beaucoup à populariser le nouvel ordre de choses. Certaines gens qui s'entêtent à juger les effets par les causes, vont jusqu'à prétendre qu'elle a fait pi^cisément le contraire, et qu'aujourd'hui, si l'œuvre démocratique marche, c'est évidemment à reculons.
Quelle est la raison de ceci? Est-ce intention ou mauvaise volonté de ceux qui nous dirigent? Est-ce incapacité? Est-ce impossibilité réelle? Ces trois causes peuvent bien y être chacune pour une part; néanmoins, je suis tenté de croire qu'ici l'impossibilité domine. En gouvernement, rien ne s'improvise, et la liberté pas plus qu'autre chose. On ne peut , du soir au matin , passer de la monarchie à la république, ou de la septième sauter en philosophie. Dire à brdle pourpoint à dix millions d'hommes : je vous fais tous gouoemans, autant vaudrait leur dire : je vous fais tous professeurs de droit ou docteurs en médecine. Hélas ! le temps des miracles est passé, et le St.-Esprit ne descend plus sur le front des apôtres. Aussi , ce grand peuple a-t-il trébuché dès le premier pas : il a voté tout de travers d'abord , et aujourd'hui il ne veut plus voter du tout. Allez donc le fefire voter de force. Pour avoir, une année trop tôt, ôté ses lisières à votre petit dernier , vous êtes cause qu'il s'est casse le nez. Trouvez maintenant quelqu'un qui le lui raccommode.
Gomme tout ce qui est nouveau est beau, les choses, au début , se sont grandement faites : tout le monde a spontanément été voter, quitte à savoir ensuite pour qui il votait. 1>epuis, il eii a été tout autrement, et je connais des cantons de six mifle électeurs où les élections ont été faites par moins de six cents votans. Ce n'est donc pas toi^ours la grande quantité d^éfecteurs qni feit le grand nombre des suffrages. Ce n'est pas même celui
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des YOtans qui donne invariablement celui des votes, car je ne puis admettre dans la balance , non plus que les gouttes de pluie qui y tombent, les votes jetés au hasard.
— C'est toujours bon pour faire le poids, me direz-vous.
— Non, pas même à faire le poids, sinon le faux poids. Si voter c'est choisir, si choisir est réfléchir et savoir
ce qu'on prend , si voter enfin est l'expression d'une opinion ou de quelque chose qui y ressemble , ne pas avoir d'opinion , c'est rester en dehors de la question , c'est jeter un chiffon dans une urne, et rien de plus; bref, ce n'est pas voter.
Vous le voyez, le nombre des votans ne fait pas toujours celui des votes. Ce n'est donc pas beaucoup d'électeurs ou de gens ayant le droit de voter qu'il vous faut, mais beaucoup de ceux qui veuillent voter et qui sachent pour qui et pourquoi ils votent.
Ensuite, je vous en rends juge, offrir un vote à celui qui vous demande du pain , est-ce une bonne charité? Que fera-t-il de ce vote? En dînera-t-il , à moins qu'il ne le vende? Dans sa position, c'est le seul usage rationnel qu'il en puisse faire. Voulez-vous qu'il le donne pour rien, ou est-il plus juste qu'on le lui prenne?
En Angleterre, on vend son vote au plus offrant' et dernier enchérisseur. La probité n'y consiste qu'à ne pas le vendre à la fois aux deux concurrens. Les parens et amis du candidat, quand ils lui font la galanterie de ne pas recevoir d'argent , touchent leur part en bière , gin ou bœuf, qu'ils consomment sur place. Aussi lord Cochrane disait en plein parlement : « J'ai bien le droit de vendre mes électeurs, puisque je les ai achetés. J'arrivais d€ rinde chargé d'or, je me présentai à N***, et je traitai avec les bourgeois pour acquérir leurs suffrages. Pour la somme que je liear ai donnée, ils auraient nommé aussi bian le chien de bflsse-ooor de lord B^*^"^. »
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Ed France, ce commerce de voix, quoique moins honoré, n^est pas moins étendu; seulement, on y met un peu plus de forme ou d'apparence. Sous l'andien gouvernement, sauf pendant la dernière année, on ne recevait pas d'argent proprement dit, c'est-à-dire la pièce qu'on vous met dans la main", c'était une place que Ton voulait pour soi ou l'un de ses proches, c'était une croix d'honneur , ou bien encore un chemin pour la commune , pourvu que la commune consentît à passer devant notre porte. C'était aussi une somme pour les pauvres, parce que les pauvres nous coûtent et qu'on aime mieux qu'ib coûtent à d'autres ; c'était un clocher pour l'église du ?illage , parce que nous y sommes notaire et que la doche en fera souvenir les villages voisins.
Lorsqu'il s'agit d'écarter un concurrent, noos y mettons aussi moins de brutalité que nos voisins. Par exemple, nous ne cherchons pas, comme en Irlande, à lui casser la tête avec une bille de bois déguisée en pomme cuite, ou à lui faire rompre le cou en sciant nuitamment l'échafaudage des hastings. Non , nous sommes à la fois plas polis et plus ingénieux: nous ferons contre lui xm libelle diffamatoire, nous attaquerons ses mœurs, sa probité, sa conduite, ou à défaut celle de sa femme, de sa sœur ou de sa fille.
Si nous avons de la conscience ou craignons une plainte en calomnie , nous nous bornerons à faire insérer dans les journaux quelque petit avis dans le genre de celui-ci :
• M. M*** , ancien conseiller référendaire , qui s'est annoncé comme candidat à la députation du sixième arrondissement de Paris, vient d'être atteint d'une subite aliénation mentale. •
Ou bien: « M. H***, ancien député ministériel qui se présente au collège de ***, a été mordu par un chien que l'on croit enrage : c'est un malheur. »
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Ou encore : « Une pauvre ouvrière de la rue St.- Denis, nommée ***, est accouchée hier de trois enfans mâles bien constitués. La rumeur publique assure que M. N*** (le candidat) en est le père. Nous aurons enfin un représentant qu'on pourra nommer le père du peuple, »
Quelquefois on improvise une 'petite scène: M. *** arrive tout ému dans la salle électorale; il tient un papier ; on lui demande ce qu'il a ; lisez , rëpond-il ; on lit : « M. *** (le candidat) a renoncé à la vie, • La salle entière pousse un cri de douleur, car M. *** est fort aimé; il aurait eu la presqu'unanimité. Cependant on vote pour un autre: à quoi bon voter pour un mort! Le tour est fait. On relit le journal; un mot y avait été lacéré : c'était à la vie politique qu'avait, quatre ans avant, renoncé M. ***
Quant aux hommes de lettres, leur enterrement électoral devient plus facile encore. On y arrive par un procédé des plus simples : on passe leurs écrits à l'alambic, on en extrait quelques phrases, on les isole ou bien on les rapproche , et l'on en compose une grosse sottise qu'on dit extraite de leurs œuvres choisies.
Si on n'a pas ces œuvres sous la main ou si le temps manque pour les lire, Timagination y supplée : on invente et on cite des passages qui n'y sont pas. C'est un mensonge, c'est un faux. Qu'importe ! on en sera quitte pour dire qu'on s'est trompé, mais on ne le dira qu'après Télection.
Aujourd'hui , grâce à la naïveté de la grande armée des électeurs, ces malices sont presqn'inutiles. On traite les imbéciles en imbéciles : à la paille et au foin. Avec un verre d'eau -de-vie de dix centimes par tente, ou deux si l'on est généreux, on peut faire dans sa matinée ample récolte de voix; et plus d'un amateur se sont fait âire^ à cabaret ouvert^ pour deux cents éous et mêyie à moins.
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On cite pourtant , dans je ne sais quel département , nn gros rentier qni a dépense plusieurs milliers de francs. Il fit, pendant quinze jours, parcourir les campagnes par ses agens, les poches pleines de pièces de cinquante centimes et d'un franc qu'on distribuait une à une ou deux à deux selon les ambitions. On trouva peu de consciences à l'abri de ces magnificences.
Mais la plupart des éligibles , ou plutôt encore les courtiers qui travaillent à forfait, aiment mieux obtenir les voix pour rien, et ils y réussissent généralement. . Il y a, pour ceci, plusieurs moyens aussi naturels qu'efficaces. Le premier est de demander à l'électeur illettré, sous prétexte qu'on a pu le tromper, à voir son bulletin, de le lui escamoter et de le remplacer par un autre.
Le second, c'est d'avoir une plume, un encrier, d'exercer gratis les fonctions d'écrivain public, et d'inscrire son propre nom sur toutes les listes qu'on vous présente, en effaçant ceux dont on craint la concurrence.
Dans certains villages, les notables distribuaient des bulletins ployés arec défense de les ouvrir, et on dirigeait ensuite vers l'urne le troupeau électoral. On a même vu des électeurs, pour plus de garantie, conduits sous escorte. — Ce sont là encore deà exiseptions » dira-t-<$n. — Exceptions qui, rénnie», font les neuf dixièmes des votes, et je maintiens que dans beaucoup de localités, sur cent électeurs, il y en avait cplatr^•Tingt•dix qui votaient sans savoir pour qui , et qui aujourd'hui même ne le savent pas encore.
Que conclure de tout ceci? Qu'il n'y a rien de parfait en ce monde, et qu'un gouvernement républicain peut avoir ses abns comme tous les autres , même avec le suffrage universel.
Bst^^e'à dire qu'il fatille renoncer à ce suffrage ou an principe du vote par tons les citoyens? I^uUement.
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11 faut seulement le régulariser et ne le rendre applicable qu^autant qu'il soit réel, c'est-^-dire qu'il soit le vote de celui qui a voté. Ouvrez à tous les mêmes voies ; offrez à tous les mêmes droits, mais faites acheter chacun de ces droits par une vertu au moins.
Dans l'état actuel des choses , ce droit de suffrage , bien loin d'être utile au peuple, n'a été, jusqu*à ce jour, qu'une arme entre les mains de ses ennemis. On a abusé de son ignorance et on en a abusé contre lui. U faut donc que le peuple cesse d'être ignorant ou qu'il cesse d'être électeur , car il vaut mille fois mieux pour lui ne l'être pas, que de l'être comme il l'est aujourd'hui.
Faites donc qu'il comprenne avant de le faire voter; et gardez-vous d'oublier ce que j'ai eu l'honneur de vous dire: si, pour vous, la qualité de citoyen ne comporte pas l'intelligence, si vous mettez sur la même ligne le savant et l'ignorant» l'individu qui pense et celui qui ne pense pas, l'homme honnête et rangé et le vagabond qui n'est ni l'un ni l'autre, si vous leur donnez la même valeur morale et le même ascendant, politique, enGn s'ils ont les mêmes droits sans avoir les mêmes mérites, tous arriverez à un nivellement sans doute, mais à ce nivellement rétrograde qui ramène une nation vers la terre et la conduit pas à pas au plus honteux et au plus lourd de tous 1q3 despotismes: celui de la sottise.
Hélas! je croyais que son règne était pdssé; je me suis trompé! et le bon sens, mis à l'ordre du jour, est encore une fois renvoyé à la question préalable!...
SUICIDE. En l'an de grâce 1837, quelques amateurs ayant vanté l'excellence du suicide , sans toutefois en faire usage pour eux-mêmes , la mode en prit* , et aujourd'hui 17 juillet 1851, elle dure encore, et Ton se
sui so»
tue à plaisir. H n'y a pas jusqu'aux enfans qui ne se procurent ce passetemps pour se dispenser d'aller à récole.
On s'étonne qne le suicide soit ëpidémique, rien pourtant de plus simple ; et je conçois la contagion morale nou moins bien que la contagion physique. En effet , rimitation est » de tous les entraînemens de ce monde , le plus fort, le plus général, et le petit calcul qui suit fera voir pourquoi un suicide peut et doit même en amener un autre.
Pour faire une chose , il faut le vouloir , et pour le vouloir , il faut y penser. 11 est donc évident que si personne ne pensait à se suicider, nul ne se suiciderait.
Qu'il arrive que cette idée de se tuer , qui n'était venue à qui que ce soit pendant un siècle ou plus, entre on beau matin dans la cervelle de quelqu'un , qu'il la réalise , qu'on le sache et qu'on en jase , ce qui se fait partout où il y a des commères, il est clair que ceci va donner matière à réflexion et commentaires à toutes les langues à vingt lieues à la ronde. Les unes désap^ prouveront le suicide ; les autres , sans Tapprouver , ne cUront pas qu'il a tort; d'autres enfin lui donneront eomplèCement raison. Bref, à totce de s'en occuper, d'y songer, d^en parler , le goût ou le caprice de mourir viendra nécessairement à l'un des discoureurs.
Que celui-ci fasse comme le premier , qu'il veuille absolument se satisfaire , qu'il se tue : redoublement de commérage, de réflexion, de commentaires, de coups de langue enfin; et s'il y a le double de gens qui songent au suicide, il y a le double de chances pour qu'un troisième en essaie, et c'est aussi ce qui arrive.
L'action des langues se quadruplant, il y a en mou*vement quatre fois plus de commères et quatre fois autant de beaux esprits tenant la plume qui , par leurs