SUI
non celle da malbeur, ne peut jamais être aussi malheureux que Thomme , et ce qui le prouve , c'est qu'il ne souffre jamais an point de désirer la mort ; il ne se tac pas , et de tous les êtres de la terre , Fhomme est le seul capable de suicide.
On dira que c'est parce qu'il est le seul capable d'une comparaison entre la vie et la mort. — Non, l'homme se tue par crainte de la souffrance : il la redoute plus que la mort \ et cependant , nous venons de le dire , il se tae rarement par suite de douleur physique, ce qui démontre encore combien les affections morales sont plus poignantes, plus vides d'espérance, plus difficiles à supporter.
Dans le suicide, c'est l'ame qui tue le corps; c'est le moral qui, d'intention comme de fait, brise le physique en nous désafiectionnant de la vie. Jamais le corps ne peut avoi? un motif de se détruire, en supposant qu'il en ait Va possiBilité , car le corps ne sent rien par luimême^ puisqu'il ne vit que par la présence de l'ame. C'est dans l'ame que sont la cause et le moyen de destruction de ces corps. Prétendre qu'un corps peut se tuer, (^est comnie si l'on disait qu'une pierre peut se briser par sa propre volonté.
L'homme qui se suicide est convaincu qu'il détitiira son corps , mm non qu'il détruira son ame. Il se tue à tout hasard, il dé»re le néant, mais sa* conscience lui ait qo^il y a un Dieu et quPil n'y a pas de néant.
Cependant, à mes yeux, lé suicide n'est pas du courage; il ne pourrait être considéré comme tel ou comme acte de force et de vertu , qu'autant qifil aurait pour but de procurer un grand bien à ses semblables ou de leur éviter un grand mal. Par exemple : un personnage royal sert de brandon aux discordes civiles, aux agitateurs de la pairie; il se tue pour arrêter l'effusion du
sang et ramener Tordre et la paix. L'aetion est coora* geuse, mais est-elle licite? C'est au moins douteux.
Le suicide peut aussi être la conséquence d'un grand déFouement , d'un grand amour , d'une grande amitié. On se tue pour sauver quelqu'un qui nous est cher, on se tue parce qu'on ne peut supporter l'idée de le perdre ou la pensée du mal qui peut l'atteindre. Un père, pendant la révolution , marcha à l'échafaud pour son fils ; c'était un suicide, mais il était noble et génèrent.
En novembre 1835, le nommé Valet, fabricant de toiles à Si. -Denis, s'affligeait beaucoup de voir son fils conscrit et de n'avoir aucun moyen de le faire remplacer. U alla consulter un homme de loi sur les moyens d'exemption possibles , mais il n'en existait aucun qui le concernât. Alors, Valet s'enquit de l'exemption d'un fils aîné de femme veuve ; après s'être assuré qu'elle était bien dans la loi, il retourna chez lui , traça un écrit qui exprimait le motif de sa mort, puis se brûla la cervelle»
Ces exemples de générosité, d'amitié, d'amour, sont si peu communs, qu'on ne saurait les faire entier en ligne de compte. Le suicide est presque toujours égoïste ; ce qui le prouve, c'est précisément la rareté des suicides qui ne sont pas la suite d'un mal qui nous soit purement personnel.
Je dirai plus : Thomme qui se tue sacrifie presque toujours autrui à lui-même, car cet homme a un p^e, ou une épouse, ou des enfans, ou des associés, ou des amis, ou des ouvriers, ou des domestiques, et pourtant il considère pour rien le tort ou le 'chagrin qu'il leur fait , et pour échapper à lui-même , il les livre à l'abandon , à la misère et à la douleur» Le suicide , je le répète , n'est donc pas plus un acte de vertu ou d'humanité qu'un acte de courage.
Le suicide peut même être la suite de la poltr<mnerie.