‹ Hommes et choses (volume 3)Chapitre 72 sur 110 · SUI · texte numérisé non relu

SUI

U est des individas qui se tuent par peur de la mort : ridée qu'elle va venir, qu'elle vient, qu'elle est proche, qu'ils ne peuvent lui échapper , leur est insupportable , et ils se précipitent dans le mal qu'ils redoutent. C'est le procédé de Gribouille.

Les moralistes, en repoussant avec raison le suicide, se sont demandé si l'homme qui, par des pratiques exagérées de dévotion , abrège la durée de sa vie et se condamne à iine mort lente, doit être considéré comme saicide? Je résoudrai la question négativement : l'intention fait tout ici. 11 est certain que tel religieux ou religieuse abrège sa vie , mais il l'est également qu'il n'a pas l'intention de Tabréger. C'est la règle de son ordre qui le tue, et non pas lui qui veut se tuer.

Si on le considérait comme suicidé , on pourrait , à plus juste titre, mettre dans cette catégorie l'ivrogne, le libertin et même la jeune fille si ardente à la danse et à tous les plaisirs. Mais ici encore on veut boire, danser, se réjouir, et non mourir.

Le suicide, contagieux dans son fait, l'est plus encore dans sa forme. Chaque époque a présenté une manière faForite de se détruire, et nous ne sommes pas au bout. On fera de nouvelles découvertes à cet égard, reposezvous-en sur rimagination des hommes de ce temps.

Au surplus , ceci n'est pas une simple présomption , et déjà nous sommes à l'œuvre. Qu'un individu se tue d'une manière bizarre, insolite, crnelle, atroce même, on est certain qu'il aura bientôt un imitateur. En 1835, un bourgeois de Paris se jette exprès sous la roue d'une voiture chargée de pierres qui traversait le faubourg St.- Denis. Quelques jours après, un autre en fiait autant avec des circonstances absolument semblables. Etait-ce le besoin qui les y poussait? Non; l'un avait sur lui mille francs en billets de banque , et l'autre cinq à six

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cents francs. Le premier inventa ce moyen , le second voulut en user.

Néanmoins, malgré les facilités que les chemins de fer offrent pour ce genre de mort, ce n'est pas celui qui a prévalu. Depuis dix ans , le charbon fait fureur , et quoique l'asphyxie soit une mort lente , douloureuse , terrible , ainsi que le disent tous ceux qui en sont revenus, hommes, femmes, enfans, tous en veulent essayer. Que les curés refusent une sépulture honorable à ceux qui se suicident ou se font tuer en duel, c'est en qaoi je les approuve, et je ferais certainement comme eux, non pas pour insulter aux uiorts qui probablement ne s'en soucient guère, mais pour apprendre aux vivans qu'ils ont manqué a la société et à la religion. Il est complètement déraisonnable de dire à une société , a une institution quelconque : « Je ne me soumets pas à vos prescriptions, et je veux que vous fassiez comme si je m'y étais soumis. » Moi, chrétien, irai-je dire à un Turc: « Je veux absolument être enterré à la Mecque , près du tombeau de Mahomet? » La qoestion est positivement la même. Acceptons les clauses du contrat, ou si nous les rejetons, n'en réclamons pas le bénéfice.

Toutefois, je ne propose . d'infliger ce stigmate au suicidé que lorsque son intention sera réfléchie et volontaire, car celui dent l'intelligence est fascinée et qui se tue dans un accès de hèvrc chaude, ou biçn dans un anéantissement moral tel qu'il n'a plus Ja conscience de ce qu'il fait, celui-là est un malade et noti un coupable; et ici surtout il ne faut point oublier cet axiome : dans, le dcmUy abstiens^toi.

Si le suicide a ses singes, il a anssi ses spécula leurs ; c'est un moyen comme un autre de gagner sa vie. De rusés industriels, après avoir bi«f| cal<^lé la longueur de leur couteau et la puissance d'un eontre-p)»i$on , ou

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