SI 6 SUP
Les petits enfans sont superstitieux avant tont; ils croient au diable et aux esprits bien long-temps avant de croire en Dieu. Devenus bommes , Dieu n'est pour eux que le grand Croquemitaine ; ils le prient pour qu*il ne leur fasse pas trop de mal ou pour qu'il les protège auprès du diable, avec lequel ils ne le croient pas aussi mal qu'on le prétend; c'est même le plus grand mérite qu'ils lui trouvent. Bref, c'est à la peur que sacrifient les trois quarts des dévots de toutes les religions, et si l'on analysait leur dévotion, c'est le diable seul qu'ils adorent. Partout la superstition mine ainsi la religion , parce qu'elle en fait oublier le but, et qu'elle finit par en détruire l'esprit et nous faire perdre de vue jusqu'à Dieu lui-même.
La superstition n'est pas moins contraire à la morale et à l'humanité : le superstitieux est impitoyable, et pour son fétiche, il oublie père, mère, femme, enfans, ou il les lui sacrifie sans pitié.
Malgré les efforts de la religion et de la saine philosophie pour détruire la superstition, elle survit on elle renaît sans cesse. C'est que si on la combat d'un côté, de l'autre on Tencourage. Les chefs des peuples ont cru y voir un moyen de gouvernement , et ce qui est pis , c'est que parmi les ministres de certains cultes, quelquesuns aussi y ont cru voir un moyen de religion. Les uns et les autres se sont trompés: un peuple superstitieux est en décadence, il tourne à la barbarie ou à la corruption , car la superstition s'allie très-sou?ent à l'immoralité: presque tous les grands criminels sont superstitieux.
En France, il y a moins de superstitions qu'autrefois,
mais 11 y en a encore. La croyance aux sorts et aux
sorciers y est fort répandue ; on y croit à Paris comme
ailleurs , et dans les hautes classes comme dans les der-
leres. J y ai connu une pythonisse qui a fait fortune avec