‹ Hommes et choses (volume 3)Chapitre 77 sur 110 · SUS · texte numérisé non relu

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Chez lai , il vous donnera un coup de couteaa pour Pomission d'un coup de chapeau; et sMl vous manque, il léguera sa vengeance à son fils.

On a vu des hommes de génie d'une susceptibilité extrême. J.-J. Rousseau la poussa jusqu'à la démence; mais le génie et la folie se touchent.

On en pourrait citer d'autres qui, pour une misérable querelle d'amour-propre , ont sacrifié leur vie et leur talent. Tel a éxïrit dix mauvais volumes pour défendre une mauvaise page.

Les chanteurs, les artistes et comédiens, qui devraient être faits aux avanies , car il n'en est aucun * que les sifflets épargnent , sont très-susceptibles entr'eux. Ils ne pardonnent pas un mot, une allusion qui mette en doute leur talent, leur esprit ou leur mémoire. Quelques-uns y ajoutent leur moralité et leur conduite. Il est bien entendu que c'est lorsqu'ils n'ont ni l'une ni l'autre.

La susceptibilité, bien qu'elle semble être la conséquence de quelque position ou de certain métier, est rarement acquise; c'est un vice inné, et le nombre des petits enfans susceptibles est très^grand. Chez beaucoup , ce défaut s'affaiblit par le contact des autres enfans. Mais si Tenfant susceptible est un fils unique élevé au logis, gare à lui : sa susceptibilité s'accroîtra des égards qu'on lui montre, des caprices qu'on lui passe, et il pourra quelque jour en payer la façon.

Voyez: Haine, rancune.

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TAILLEUR. Un tailleur avait rëpasda un prospectus qui débutait ainsi : « Avis à ceux qui font usage de vétemens. » On s'est moqué de lui; on a eu tort, cet honnête industriel s'adressait non pas seulement à son quartier on à sa ville, mais urbi et or6i. Il avait hx les voyages de Robinson Crosoé, et savait que Tusage des vétemens n'est pas qniversd.

Au fait, pourquoi les hommes ont-ils besoin de se vêtir et n'ont*ils ni écaille , ni plumes , ni fourrures , comme tons les autres animaux?

Cette nudité n^iodique-t-elle pas une création manquée ou une espèce dégénérée? Figure^vous un oiseau sans plumes , un quadrupède sans poil , bref , un chien sans peau: Fagréable bête que cela ferait! Nous avons beau

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vanter notre lin d'Egypte, notre laine d'Espagne, notre duvet de Cachemire, nos foulards de l'Inde, nos draps de Sedan et d'Elbœuf, et rexcellence de nos tailleurs, une bonne fourrure tenant à la chair nous serait à la fois plus commode et plus belle que Thabit le mieux coupé.

Si nous ajoutons à la gêne et au disgracieux de nos vêtemens les infirmités auxquelles leur poids ou leur légèreté nous expose , le temps qu'il faut perdre à les mettre et à les ôter , les dépenses continuelles dans lesquelles ils nous jettent , dépenses qui excèdent , pour bien des gens, celles de leur nourriture et de leur logis, et qui deviennent ainsi la cause principale de la misère du peuple et de sa démoralisation , nous reconnaîtrons que le refus, que nous a fait la nature, d'un cuir imperméable, bien tanné, bien moufflu, ou bien emplumé, ou à défaut d'une bonne carapace de tortue ou d'une coquille de limaçon, est un tort véritable et la preuve que nous sommes des êtres bâtards et mal bâtis.

Quoiqu'il en soit, puisque nos habits sont un mal nécessaire, il faut bien supporter ceux qui les font, car le mal serait pis si personne .n'en voulait faire*

J'ai toujours aimé le noble orgueil de ce tailleur parisien qui demandait cent-^treote francs d'an habit à nn provincial. Celui-ci , trouvant le prix élevé , offrit de fournir le drap. Le taiUeur accepta, fit l'habît, et envoya un mémoire montant à cent-trente francs. La pratique s*en étonna. Il répondit qu'il ne faisait payer qoe so& talent et donnait toujours. le dra|^ par^essua le marché.

Le tfiilLeur parisien, s'il a la vogue, se considère moins comme un ouvrier que comme nn artiste. Le plus modeste s'abaisse jusqu'à s'intituler négocient. Le fait est qM« c'est, à Paris, nn négoce des plés importans; il <^<Mmpe vingt mille ouvriers , fait vivre soixante nrîlle personnes, et jette dans la consommation quarante mil-

lions. Un étabiisseoMnt de maître taitfeor s'y Tend jusqu'à trois cent mille francs. Le gain , sur an habit , est de trente-tiois poor cent, terme moyen.

11 y a des tailleurs renommes ^ulement pour nne spécialité : Tun fait bien les habits , Paatre les redingotes, celui-ci les pantalons» celui-là les gilets ; tel autre ne fera bien que les guêtres. Un fashionable doit ainsi avoir trois tailleurs.

Les tailleurs passent pour être voleurs, c'est chose possible ; mais ils pourraient également passer pour volés , car le nombre de gens qui ne 1e^ paient pas est certainement aussi grand que ceux qui les paient. €'est peut-^être parce que les tailleurs sont réputés fripons, que tant de gens n^hésitent pas à les friponnér.

Notre costume , eu France , a été bng-^temps laid et incommode. H est encore laid aujourd'hui, i4 t'est même plus que jamais ; mais quant à la commodité , il a gagné quelque chose. Si nons ne pouvons pas tourner le cou i caose de la ci^vate , du moins nous pontotts ployer le genou , ce qui n'était pas facile lorsqu'on portait h culotte serrée. Notre pantalon est ignoble , mais il eât b<m Vêlé contre les mouches, et Phiver contre les rhumes*

Ceci me rappelle ce mot d'urt de nos ruiâ. Lorâqtie François I^' était prisonnier en Espagne, des Espagnols qui le vl^tàient ne se découvrant pas devant lai, il leur dit : « Messieurs , gsrdez vos efiapeaux , je garde mon baut-de-^cbausse ; nous pourrions nous enrhumer, vous et moi. »

Depuis long-temps, les tailleurs pansieus sont tHar^ ebands drafpierâ^ et l'on a va ce qa'il pouvait en coûter à se servir de leurs ciseaux* Ce n'est guère que dans les proviirees éloignées et dans les villes de troisième et qua-» trième ordre , que le tailleur consent encore à faire un habit arec le drap qu'on lui fournit; il se borne à voud

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