‹ Hommes et choses (volume 3)Chapitre 78 sur 110 · TAI · texte numérisé non relu

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assurer qu'il est détestable et que le marchand vous a surfiait de moitié.

II est une classe de tailleurs plus accommodante encore, cVst le couturier ou tailleur villageois, qui se transporte chez la pratique devant laquelle il coupe le drap et établit le vêtement. De ce modeste industriel à son superbe confrère de Paris, la distance est grande.

J'ai connu un honnête Gascon qui ne donnait jamais un habit à confectionner avant d*avoir mis dans une balance le drap , la doublure , le til , les boutons ; puis les pesant devant l'artiste , il lui disait : « Il £aut que vous me rapportiez le même poids. »

Quand le tailleur n'est pas trop fier ou trop pénétré (}e son importance, il est assez ordinairement facétieux; il aime à conter si on l'écoute, ou à chanter si on ne l'écoute pas. II faut dire qu'il chante presque toujours faux et sans mesure , mais ee n'est pas cette mesure-la qui intéresse le plus ses pratiques.

Le raccommodage, si estimé du tailleur de village et le plus clair de son revenu , est presqu'inconnu à Paris et même dans nos villes de second ordre: un tailWr en vogue s'y croirait déshonoré si un habit snp((orté était aperçu sur sou établi. Aussi, que la couture dû vôtre se lâche, que le collet se froisse, qu'un parement se fripe ou se déchire , il y est à peu près impossible d'obtenir qu'il y mette la main. S'il y consent, c'est sous le plus stricte incognito, au plus profond de son arrièremagasin, et parce que votre mémoire n'étant pas encore soldé, il craint de se brouiller avec vous.

Je ne saurais dire combien cette antipathie des tailleurs citadins pour l'habit porté et l'horreur que leur inspire ce qu'ils appellent la friperie, même quand l'habit n'aurait pas huit jours , deviennent une gêne et une entrave lorsque vous êtes à Paris ; et si la Providence n'y avait

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pas mis à la portée de tout le monde la race utile des portiers et des concierges sachant, soit par eux-*mémes, soit par mesdames leurs épouses, manier plas ou moins Faiguille et le ciseau , il vous faudrait bien souvent , comme un simple étudiant , recoudre vous-même vos boutons et refaire vos coutures.

De cette haine des tailleurs pour les raccommodages, il ne faudrait pas induire qu'on ne. sache pas raccommoder les habits à Paris et les remettre à neuf. Non, le commerce du vieux y est des plus florissans: les piliers des halles et le Palais*Royal lui-même en font foi. L^art de restaurer la défroque y est porté à une perfection que nous envie TEurope , qui d'ailleurs en profite. Non-seulement on approprie à Paris un habit graisseux et maculé et on lui rend son lustre , mais quelque râpé qu'il soit , ou lui rend son poil , et la métamorphose est si complète qu'on est tenté de croire à un miracle.

Malheureusement , le miracle dure peu , et ce tissu tout fantastique a justement la solidité du voile d'Ar<\pbné. Gare donc aux accrocs , et ne passez pas trop vite votre manche, de peur que votre main ne sortQ par le coude.

Aussi, l'élégant de bas étage qui s'approvisionne a ce bon marché a-t-il souvent besoin d'y retourner ; et de vieux habits en vieux habits, il se trouve, avant la fia de l'année , avoir plus dépensé que le groa capitaliste qui ne porte que des nabits de cent-^trente francs, car il faut rendre cette justice à nos tailleurs à la mode, ils ne livrent que du .bon.

A quoi sert id la bonne qualité, dira^t^on; use-t-on jamais un habit?-— Non, sans doute, on ne lui demande que de faire sa saison. Mais si votre domestique qui en hérite, n'en exige pas davantage , c'esM^dire une autre

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saisoD, le panviïe diable à qai le ^it laquais le Tend ou le donne en exigera bien autre chose, et celui qui lai succédera, plus encore. De même que le cheval de luxe, rhabit de drap lin suit tous les degrés rétrogrades de réchdle sociale :. du maître passé au vakt, et de celuici à Partisan, il a d'autant plus de fatigue à subir qu'il lui reste moins de force pour la supporter.

C'est ainsi que d'habit il devient frac , puis veste , et enfin gilet-rond. Dans cet état , c'est le manceavre qui te porte, jusqu'à ce qu'il le jette ati mendiant qui, luimême, s'en pare tant qu'il en reste une loque qui peutêtre encore, sqnelette de veste, ira faire un gilet à son petit dernier.

C'est seulement en quittant le dos du moutard qu'il s'achemine vers le fumier. Mais avant qu« d'arriver à ce terme des vanités bumaiiies , que de choses n'a-t-il pas vu! Que d'orgueil, que de misères n'a-t-il pas couvert! Que d'orgies , que de vices , que de crimes auront passé devant Ini ! Un habit ayant suivi la carrière ordinaire et qui n'aurait senti battre que des cœurs innoceos, pourrait, de notre temps, être mis sous verre comme la plus rare et la plus belle des reliques, et le tailleur qui l'aurait fait mériterait d'avoir une statue. Mais , hélas î un tel habit n'existe pas en» ce monde , et s'il faut le chercher , c'est dans le ciel et sur le dos des ajlges et des ckémbioB.

Ce nfest pourtant point dans cette classé de prédestinés que lesr tailleurs de hauts lieux ont choisi lieur patron : les anges portent des jupes , les chérubins s'en- tiennent an costume des amours ; et l'aiguille du tailleov aurait ici fort peu d'ouvrage à faire. C'est done do bienheureux saint Martin» qui a tooiours passé pour un saiht bte» couvert et. ennemi des giieniiteS) dont ils ont fait éteetion. Hononma^e. dene , eit n-oublions paS' qne Phommage

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qni lui agrëe le plus et le plus sûr moyen de nous le readre propice, c'est d'acquitter exactement, et sans y rien rabattre, le mémoire de notre tailleur.

TALENT. Le premier de tous est de savoir persuader aux gens qu'on en a.

C'est aussi celui qu'aujourd'hui l'on cherche le plus généralement à acquérir ; et l'on a raison y car une fois acquis , il nous pousse dans les arts et les sciences , dans la politique et les lettres, et nous Tant à la fois richesse et renommée.

Quand certains grands talens contemporains ne seront plus là pour démontrer leur mérite , je ne sais pas ce qu'il en adviendra, car il sera assez difficile à d'autres de faire cette démonstration.

Et pourtant l'on voit de ces gens trônant au pinacle. On les nomme grands citoyens, grands artistes, grands orateurs, grands administrateurs, grands politiques, grands liommes même.

Ceci n'est pas un des moindres mystères de notre époque , mystère que nos descendans essaieront d'éclaircir , mais il est déjà si peu dair pour nous , que je doute qu'ils réussissent. Ce que je puis seulement y comprendre, c'est cpie l'homme qui n'a pas de talent , mais qui sait faire comme s'il en avait ou dire sans cesse qu'il en a , aura cent fois plus de chance de le faire croire que celui qui , avec un mérite réel et des œuvres qui le prouvent, n'a personne pour les prôner ou ne sait pas se prôner lui-même.

Ainsi, bonnes gens qui demandez quelle science vous donnerez à votre fils, donnez-lui celle de faire croire aa taknl qu'il n'a pas : cela v^ut mieux cent fois que le mérite auquel personne ne croit.

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TAXE SUR LES CHIENS. Depuis vingt ans, voilà dix fois au moins que je vois reparaître aux chambres législatives ou dans les conseils généraux, la proposition d'établir une taxe sur les chiens. Cette proposition est toujours motivée sur des causes graves et parfaitement rationnelles.

« 11 y a sans doute des chiens utiles, dit la proposition , mais il y en a aussi qui ne le sont pas. On en peut même citer qui sont parfaitement nuisibles. •

Les chiens utiles sont les chiens de berger, les chiens de garde et quelques chiens de chasse. Mais à quoi bon ces roquets qui, embusqués sur leur porte, n'ont d'autre occupation que d'aboyer à la lune, courir après les chevaux, se ruer sur les passans et leur implanter les dents dans les mollets quand ils eh ont et qu'ils croient pouvoix \e faire impunément?

 quoi servent ces énormes dogues que leurs maîtres, aussi grossiers qu'eux, n'aiment que parce qu'ils étranglent proprement un animal inoffensif et un homme au besoin?

A quoi servent les chiens de chasse qui ne chassent pas ou qui , par leur manière de chasser , font plus de tort à un champ en une heure que tous les animaux naisibles de la commune n'en feraient en un an?

A quoi servent ces chiens flâneurs qui infestent nos villes dont ils battent continuellement les rues, ne rentrant chez leur maître qu'aux heures de repas et profitant de toutes les portes ouvertes pour aller prendre lenr dessert chez autrui?

A quoi servent enfin les chiens enragés qui, annuellement, causent de si terribles accidens?

Tout ceci saute aux yeux , et ce qui n'y saute pas moins, c'est que les douze à quinze millions de francs que coûtent annuellement à nourrir les trois à quatre millions de chiens qui puHulent en France pourraient

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