‹ Hommes et choses (volume 3)Chapitre 98 sur 110 · VIE · texte numérisé non relu

VIE

Tous les inondes , toutes les masses , tous les corps grands et petits, inertes ou vivans, ont commencé par une molécule autour de laquelle d'autres corps se sont groupées par l'effet du poids ou de la puissance attractive du vide.

Voyez : Densité, poids, contre-poids.

VIE SAUVAGE. La vie sauvage, quelque malheureuse qu'elle paraisse, a sans doute bien des charmes, puisqu'il est presqu'impossible d'accoutumer cent qui l'ont menée, au calme, à l'abondance et même au luxe de la vie privée.

Lorsque le Canada appartenait à la France, on envoya plusieurs fois de jeunes Français s'établir parmi les Iroquois , dans l'espoir qu'ils les amèneraient , par leur exemple , à se rapprocher des habitudes sociales. Ces jeunes gens ne revenant pas, on fut à leur recherche; et les envoyés , à leur grand étonnement , reconnurent qu'au lieu d'avoir rendu Français les sauvages, c'étaient ceux-ci qui avaient rendu sauvages ces mêmes Français. Oui, les missionnaires avaient pris absolument les mœurs et les habitudes de ceux qu'ils allaient convertir. Quelquesuns même étaient devenus chefs. 11 fut fort difficile de les ramener à la vie des villes. C'est Charlevoix , dans sa Nouvelle France, qui cite ce fait.

Ceci est d'un grand enseignement et prouve qu'il ne faut pas un si long temps pour passer de la civilisation même la plus avancée à l'état le plus complet de bar* 1)arie. Un siècle du système égaKtaire et communiste de MM. tels et tels suffirait, et en l'an 2000 , nous serions antropophages.

On pourrait d'aiHeurs se tromper en croyant quil y a une différence si grande entre l'existence des sauvages

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actuels et celle que nous menions au moyen-âge. La féodalitë, telle qu'ell» existait chez nous, est, à peu de chose près, le gouvernement présent des peuplades de TAmërique septentrionale et de TOcëanie. La royauté y est ordinairement héréditaire , l'aristocratie y existe partout , et les places de chefis sont réservées à un petit nombre de familles privilégiées qui traitent leurs sujets comme nous traitions les serfs et comme nos colons traitent leurs nègres.

Dans quelques îles, la caste noble appartient à une autre race, probablement celle des conquérans : tels étaient les Francs et les Gaulois. Là, comme partout, les classes aisées sont plus belles et plus fortes que les castes pauvres. La misère et l'esclavage n'améliorent aucun peuple , ni moralement ni physiquement.

VIEILLARD 9 VIEILLESSE. Capricieux et fantasque, le vieillard reprend tous les penchans, tous les entralnemens, tous les abandons de Tenfant, hormis la gaîtë. Cependant, il a souvent son insouciance, son ignorance de Favenir. S'il craint la mort, c'est avant l'âge de la décrépitude; mais rendu à ce point, il ne s'en inquiète plus, il n'y croit même pas. Dans cette situation, le vieillard n'est pas malheureux.

Il ne l'est pas non plus quand, avec la conscience de sa faiblesse physique et des souffrances qui l'accompagnent, il a conservé sa puissance morale. Il voit cette mort comme un terme à ses maux , et il l'attend avec résignation.

Nous avons blâmé le peu d'égard que le siècle avait pour la femme; il est un dédain plus répréhenslble encore : c'est celui qu'il a pour les vieillards. Ceci est un signe indubitable de la décadence du sens moral d'une

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nation. À Papogëe de lear (çrandear, c'est-à-dire de leur raison, tous les peuples qne ritistoire honore ont res(»ectë les vieillards.

^ 11 est pénible de dire que c'est un de nos grafids écrivains et même de nos grands philosophes, Molière, qai a contribué le plus, en France, à ridiculiser la vieillesse et à affaiblir le respect filial. Chaque fois qne cet autenr n>et un vieillard en scène, il noas le montre vicieux oa imbécile, et souvent Tun et l'autre.

Nous dirons, pour excuser Molière, qu'en ceci il suivait moins son goûl que celui dn public qui , entiché de la littérature grecque et latine, voulait encore trower du grec et du latin dans nos comédies de n»fiars. Molière a donc imité les Grecs et les Lstins :* Térence et Plaute , restaurés et fort embellis , mais non moralises , ont revécu dans ses pièces.

La mode de bafouer la vieillesse date donc, en France, de cet auteur qui l'avait prise des anciens déjà corrompus et décroissans. Mais chez ces anciens, chez ces Grecs, chez ces Romains, tandis que les poètes chansonnaient les ancêtres, le gouvernement avait du moins le bon sens de les hunorer et de tes défendre.

Chez no«s , tout an contraire , le gotfreraement s^'est mis de la partie, et quand un homme a atteint les It*mites de l'âge mûr, quels qne soient sa sapëriorité réelle, sa science, son génie nnéake, il est censé incapable et mis à la réforme, au grand détriment de nos aibires; enfinii il n'y a pias dans nos codes, si en retranche l'hôpital et le droit d'y entrer, une dfspo^ion en faveur des vieillards. Aussi voyez comme on les traite en fil* mille et comme <m les reçoit dans les lieux publics ! On lesr y tolère , mais c'est toitt. iillez donc pifoposcr à ee fasJiioHabte iipbevbe de céder sa place au théâtre, fût-ce à Nestor lu^oaéne ^ il vons rira au mci y et d'nn CMjj^ de coude il rejettera Nestor à la porte.

Comment compter sur Pavenir d*aa peuple qui n'a pas le bon sens de comprendre que la boue qu'il jette au iront de son père, son fils rattachera au sien? Honore ton père, si tu veux vivre; voilà surtout ce qu'une nation ne devrait oublier ni en politique ni en morale.

VIEILLIR. La vieillesse n'est que l'enfance d'une autre vie. Vieillir, c'est rajeunir, c'est se rapprocher d'une existence nouvelle y d*un état de bien-être dont nous ne sommes sëparé que par un corps usé et cacochyme. La mort n'est que la crise qui amène le renouvellement de l'enveloppe. La mort, c'est le raieunissement de la vie.

VIN FRANÇAIS : FALSIFICATION. On ne boit pins de vin fraaçais à l'étranger ou l'on en boit peu. Pourquoi? Est-ce qu'il n'est pas bon? — Il est excellent. — Est-ce que l'étranger ne l'aime pas? — 11 l'adore. — Bsirce que les droits sont trop chers? — Us sont généralement modérés. — Pourquoi donc l'étranger n'en de^ naode*t-ii plus , ou ne l'aehète-t-il pas quand nous lui en portoiès san& qu'il le demande?

— Pofirqum? Je vais vous le diie: c'est que noua le tvompoiifl, c'est ^ue nous le volons; o^est qu'au lieu de vifigt-cinq bouteilles par caisse, nous œ lui en livrons que vingt-trois; c'est qu'au lieu d'un litre dans chaque bouteille , nous ne mettons qi^e soixante-neuf centilitres ; a*est qu'au lieu de bon vip, nous lui donnons de la pi- «piette et quelquefois pis, car la piquette est innocente, mais le vin du commerce est empoisonné: le campêche en fait la couleur, la litharge le bouquet.

Les conséquences sont toutes, simples : mettez de cOté la loyauté, çt votre ruine est proche.

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