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Ce discrédit ne se borne pas aux vins : vos draps , considérés comme les meillears de PEarope , sont aujourd'hui tenus pour les plus mauvais, parce que pour gagner davantage, vous les avez fait tds. 11 en est ainsi de bien d'autres choses.
De toutes ces fautes, nos voisins profitent. Partout où ils voient que nous débitons des marchandises médiocres, ils en offrent d'excellentes et à moindre prix, dûssentiis y perdre. Mais ils n'y perdent pas long-temps, car dès qu'ils nous ont exclus du marché, ils vendent aussi cher qu'ils veulent; mais toujours ils vendent de bonnes choses.
Si nous voulons que l'étranger rende à nos produits l'estime qu'il leur portait, il faut que nous leur rendions la qualité qu'ils avaient; il faut que le gouvernement y tienne la main et qu'une expertise sévère, à la sortie de France , y déjoue les fraudes de toute nature. Tout le monde y gagnera , même celui qui voulait frauder , car il sera obligé de mieux faire , et il assurera ainsi un débouché constant à son industrie.
Quand nous aurons pris des mesures contre. les fripons qui exploitent l'étranger , nous ferons bien dVn prendre aussi contre ceux qui exploitent la France. Je ne vois pas trop pourquoi nous serions drogués , so* phistiqués, empoisonnés, volés, pour que mon voisin le cabaretier devienne gros seigneur on membre du conseit général ; j'aimerais autant qu'il parvînt an même résultat par toute autre voie.
Quand on nous vend, par exemple, du cheval pour du bœnf , de Feau de craie pour du lait, du poil de chameau pour de la laine de ^cachemire , etc. , n'ai-^e pas le droit de me révolter?
— Dénoncez le coupable , me dira-t-on. — Bien. Mais en perte de temps et en frais, j'aurai doublé mon propre mal sans venir beaucoup en aide à celui d'autrui , car
si je gagne mon procès, ce qui n'arrive pas toujours» le falsiGcateur sera coadamné à yÎDgt-cinq francs d'amende, c'est-à-dire à la cinquantième partie de ce qu'il a gagné à sa falsiGcation qu'il peut renouveler quarante-neuf fois sans y perdre ; et c'est ainsi que sa condamnation , en tranquillisant sa conscience, devient pour lui une sorte de garantie ou de prime d'encouragement.
Ajoutez qu'il va dire partout que je suis un dénoiïciatcur, et que son avocat, pour arrondir sa période, me traitera de mouchard en pleine audience: de façon que ce sera moi le volé , et non pas lui le voleur , qui sera mis au piloH de l'opinion.
Ne pouvant donc le poursuivre sans danger pour ma bourse et mon honneur , j'aime mieux lui débiter un petit sermon : cela ne lui fera pas grand mal et me fera du bien à moi, en me rafraîchissant le sang. Je lui dirai donc : • Mon cher voleur , avec la moitié de la peine que vous vous données pour être un fripon , vous pourriez être un honnête homme , et probablement en étant honnête, vous gagneriez le double de ce que vous gagnez à ne l'être pas.
• Par conséquent,, lorsque vous croyez me duper, il arrive bien souvent que vous vous dupez avec moi , et ' quelquefois même que vous vous dupez tout seul. >
A ceci il secouera la tête et me montrera son magasin bien fourni et son coffre plein. Je ne dirai pas non , car la chose est palpable , mais j'ajouterai : tout ce qui hdt n'est pas. or , et j'en reviendrai à mon idée que c'jBSt loi qui est volé.
U y a deux moyens à peu près sûrs d'être toujours dupe en ce monde, c'est de tout croire, ou bien de ne rien croire. Oui, les trois quarts des embarras où l'on se trouve dans la vie marchande comme dans toute autre, viennent de ce qu'on n'a pas dit la vérité ou qu'on n'y a pas cru.
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Il est des gens qui éproQvent le besoin de tromper ; il y en a d'antres qui ne peuvent se passer de Fétre. C'est tant pis pour les uns comme poar les autres , nais surtout pour les premiers.
En définitive, une tromperie est toujours un mauvais placement ; on y met dn sien. Mais y gagnerait-on en ce monde, il est à la fin un grand règlement de compte, un grand résumé £nal où tout individu est aune, compté, mesuré, pesé pour ce qu'il vant. Alors, celui qui croyait avoir fait bien des dupes reconnaît qu'il n'en a Fait qu'une seule: lui-même.
La morale de ceci , mon très-affectionné fournissenr , est que vous me vendiez tonjonrs de bonne marchandise, au meilleur prix possible.
VINAIGRETTE. N'allez pas croire que la vinaigrette dont il s'agit ici ait quelque rapport avec ce mélange de bœuf froid et de persil, reste dn bouilii de la veille et qui remplace le rôti dans les lieox où il n'y a pas de broche; non, la vinaigrette est un véhicule qni lient le milieu entre la titière et le oliaise à porteur, et qui circule au moyen d'un quadrupède en deux volumes : l'un tire et l'autre pousse. Ce quadrupède, en partie double, qui n'a jamais été décrit par Bttffun ni par aucun naturaliste , ne ressemble pas aux autres aninanx : il est vêtu comme vous et moi, et fome sa pipe comme un homme. L'espèce se nomme Tinaigi-ier , et l'individa Jacques , Pierre ou François , selon le goût ou la fantaisie de son parrain , car s^il a des enfans , on les baptise.
La vinaigrette sert aujourd'hui encore, juillet 1851, au transport des naturels nobles ou bourgeois d'une de dos bonnes villes de France, lorsqu'ils vont au bal, an spec-
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tade , Yoire même à Tëglise. C'est une botte carrée montée sur deax roues, avec un brancard dans lequel se met la partie du quadrupède qui tire , tandis qu'à Farrière de la boîte se pose l'autre partie de Tanimal ou son arrière- train.
Le vinaigrier est ordinairement mâle; cependant il y en a qui sont hermaphrodites, c'est-à-dire qui sont homme et femme. Alors , le quadrupède s'appelle monsieur et madame: monsieur traîne et madame pousse.
De même qu'il existe des vaisseaux et des corvettes ou des navires qui portent, les uns du trente-six et les autres du vingt^quatre, ceux-ci avec un équipage de cinq cents hommes, celles-là avec cent ou cent-cinquante, il Y a aussi des vinaigrettes qui contiennent un bourgeois et d'autres qui en contiennent deux, et parmi les bourgeois je comprends les bourgeoises. Quant à la manière de traîner , elle ne diffère en rien , et le quadrupède ne s'informe pas plus de la nature du chargement que le mulet du sac de son ou de farine qu'on lui met sur le dos.
La vinaigrette est excessivement commode pour ceux qui sont dedans et à l'abri du vent et de la pluie. On arrive ainsi brouetté jusqu'à la porte du ^alon ou de la salle à manger. Cependant, la vinaigrette a aussi ses inconvénieiis : oomnie Je quadrupède ne va qu'au pas, il ne peut pas suivre le cheval qui trotte, et quand il se trouve pris entre deux fringans équipages , il n'est pas à la noce, non plus que celui, celle ou ceux qu'il charrie. Si, dans un moment d'effroi, il lâche le brancard, il en résulte que la boîte tournant sur l'essieu , comme la terre sur son axe, les pieds de la personne voiturée se trouvent, en une seconde, pirécisément au point où était sa tête , et si le vina^^ier n'est plus là pour abaisser le brancard , force est au voyageur de rester dans eette
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position assez peu commode , surtout pour les dames. Mais heureusement qu'un tel accident n'arrire pas tous les jours , et qu'on est presque certain de ne pas faire son entrée au bal en faisant le poirier, comme disent les gamins , c'est-à-dire la tête en bas et les pieds en haut.
En 1848 , quelques philosophes de la veille s'imaginèrent que traîner une voiture ravalait l'humaniti^ , et que s'il était loisible à un électénr , à un éligible de pousser une brouette , il ne l'était pas de s'y atteler : ils voulurent donc supprimer les vinaigrettes. Mais il aurait fallu d'abord supprimer les vinaigriers qui , plus 'amis de la soupe que 'des votes et trouvant l'état bon, prétendirent que le premier droit du citoyen était de vivre de sgn métier quand il était honnête , et qu'il n'était pas plus dégradant de porter un homme sur son dos qu'un chien sous son bras.
Ce raisonnement convainquit tout le monde; les vinaigrettes furent décorées de la devise sacramentelle : Liberté, Egalité, Fraternité, Comme par le passé, les nobles et les bourgeois s'y emballèrent librement, et les vinaigriers s'y attelèrent fraternellement.
VINGT-CINQ FRANCS PAR JOUR {Avril ms).
C'est trop ou trop peu.
Ti'op pour vivre , et pas assez pour faire fortune. Ce n'est qu'un incitant à vouloir la faire sans rien faire.
A ces vingt-cinq francs, que gagne un homme riche? — Un bon dîner par jour.
Qu'y gagne un ouvrier ? — Un bon dîner par jour peut-être aussi , avec la perspective de trouver le sien , celui de sa femme et de ses eofiams , mauvais pendant tout le reste de sa vie.