‹ Hommes et chosesChapitre 10 sur 95 · ANC · texte numérisé non relu

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En Asie, on vend les femmes sans vendre l'amour : c'est à celui qui achète à tirer de sa marchandise le meilleur (Mirti possible.

En Europe, on achète Tamour sans acheter la femme. A cet effet , il y a dans toutes nos villes des ëtablissemens légaux où Ton vous sert l'amour piqué, bardé, enfin tout prêt à mettre sur table.

En outre de ces grandes boutiques, il y a de petits débits particuliers tenus par des marchands avec ou sans patente et qui vendent aussi de l'amour à tout venant à un prix très-raisonnable.

Ces grands et ces petits débits ne sortant pas d'ailleurs de la catégorie des ëtablissemens de détail, il ne faut pas les confondre avec les agences, les maisons de confiance, d'assurances et de discrétion et autres grands comptoirs, où on ne vend que de l'amour garanti en gros et demigros.

La vente d'amour en gros rentre dans l'article mariage. On s'adressait autrefois, pour cette partie, à la maison Willaume. Maintenant, c'est à la maison Foy, à la maison Saint-Marc ou Chatillon et autres.

Le demi-gros consiste dans l'amour qu'on achète an mois ou à l'année ; sorte de bail de trois, six et neuf mois, selon la volonté des parties.

Tous ces divers genres d'amour ne sont pas encore cotés à la bourse, mais cela viendra.

A ces amours purement commerciaux et dont le tarif est connu d'avance des contractans , on peut en ajouter un autre également marchand, mais non à prix fixe. C'est un amour qui se paie en bouquets, en albums ou livres de messe, en loges de spectacle; puis enfin, selon les progrès du sentiment, en bagues, en châles, en bijoux et même en bonbons et confitures. C'est l'amour de la femme dite honnête, de la femme qui n'en fait pas son état; amour

donne gratis en apparence, mais qui, de fait, ne coûte pas moins que Pautre et souvent beaucoup plus. Cet amour sans budget est celui qui , d'ordinaire , conduit le plus vite l'amoureux à Sainte-Pélagie ou à l'hôpital.

Ceci ne change rien à la question, et sons quelqu'aspect qa'oo l'envisage , l'amour n'en est pas moins un appétit comme celui de boire «t de manger , et le plus affamé est le plus amoureux.

L'amour est donc une faim. Mais dans la manière de satisfaire cette faim , ou si vous voulez , dans l'art de manger, il y a des nuances sans nombre ; et du monstre marin qui engloutit Jonas sans autre préparation que (Pouvrir la gueule , à Apicius qui emploie cent cuisiniers à préparer son repas, la différence est grande.

J'en conclus qu'en amour, comme en cuisine, il y a des liops et des Apicius ; en d'autres termes, des goinfres, des gfcmtons , des gourmands , des friands et des gourmets ; sans compter ceux qui se nourrissent de fumée ou d'espérance et qu'on peut comparer au gastronome sans argent.

Le goinfre est celui qui, tenant peu à la qualité, mange à la première table venue. Il veut manger beaucoup et manger souvent, n'importe quoi. Mangeur ignoble , qui avale sans mâcher et parfois s'étrangle à la première bouchée.

Le glouton, un peu plus raffiné sur la qualité^ne Test pas plus que le goinfre sur les moyens; il l'est même moins. Si celui-ci est le loup, le glouton est le renard. Il se rue sur toutes les proies , les saigne et les abandonne. C'est encore une vilaine espèce d'amoureux.

Le gourmand vaut mieux ; c'est un jeune homme de fort appétit, mais pourtant qui ne mange pas de tout indistinctement. Il voit à la halle une belle poularde , il la marchande et l'ach^Ue pour s'en régaler seul , s'il est

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(K)ssible. En d'aiUres termes, c'esi un fils de fafluUe «çui rencontre au bal une demoiselle dont la figure rinfcéresse^ II la fait demander en mariage et il l'épouse, après publw cation des bans» dans ia forme ordinaire.

Le gourniand ferait un bon mjari , si la gourmandise n'>était pas ambitieuse. Mais il arrive qu'après avoir mangé d'un plat, il en veut manger d'un, autre, pais d'un autre ; et quand il veut revenir au premier, au plat du ménage, il n'a plus d'appétit.

Le friand, sans appétit biea prononcé, inconstaut par nature , n'adoptant aucun mets , veut successivement les goûter tous. Il est au glouton ce que Saint-Preux est à Don Juan; c'est un chat à procédés qui flaire beaucoup ei dcchirc peu ; néanmoins qui déchirerait aussi et déchirerait toujours s'il n'était pas eucpre plus friand de sa peau que de celle des autres. C'est l'amoureux^de société, le courtisan de toutes les belles qui, généralement, n'en font, pas grand cas; et telle beauté que .n'effraie ni le goinfre , ni le gourmand , repousse avec dédain les ado-* rations du friand.

Le gourmet est le friand perfectionné , le friand qui tourne à l'idéologie ou qui ne vise qu'au superfin, qu'au céleste, et parfois le trouve où personne ne le voit; bref, c'est ce dégustateur en vins qui les reconnaît au bouquet et qui s'éprend quelquefois d'une bouteille que de moins fins amateurs prendraient pour du Surenue.

Après le gourmet vient, comme type final, le soupirant, espèce plus vaporeuse encore. Bien des gens prétendent que ce n'est qu'une variété du platonicien. Nous en parlerons plus tard.

Toutes ces nuances secondaires n'existent , d'ailleurs , que dans notie civilisation. L'amour moral n'étant qu'un raffinement de la pensée , n'est , de fait , que l'amour physique plus ou moins déguisé; c'est toiyoui-s l'attrait d'un

scie pour un autre , toujours le de'sir ou le besoin de se reproduire. Il existe chez toutes les créatures. Il vient chez les animaux à des époques déterminées, chez les hommes en tout temps; mais chez les uns, comme chez les autres, sans qu'ils s'y attendent et souvent safis qu'ils le veulent.

Sauf quelques cas rares , toute compagne est égale à Panimal. H suffit qu'elle soit de son espèce , et la plus belle pour lui est la plus proche.

L'homme , notamment l'homme civilisé , y met un peu plus de façon. C'est la main, c'est le bras, c'est le pied, c'est la démarche, le regard, le son de voix qui éveille chez lui le désir et détermine son choix.

Quant à la bonté , la vertu , l'esprit même , ils entrent bien rarement dans les causes de l'amour. Mettez toutes ces qualités dans une femme laide, elle n'en sera pas moins l^ar vous un objet de répulsion , comme vous le serez peor elle, fussiez-vous Homère ou Virgile, Charlemagne « Louis XIV, si vous avez soixante ans et portez perruque.

En un mot, si les qualités morales d'une femme ont contribue à entretenir par l'estime, l'amour que sa beauté a allumé, jamais ces quahtés sans cette beauté, ou, à défaut, sans la fraîcheur de la jeunesse, n'ont fait snrgir Famour, pas même l'amour platonique; et cette passion désintéressée , cet amour si pur, si dégagé des sens, à ce qu'on dit, n'est, lui aussi, éveillé que par la grâce et les appas. Enfin, le poète lui-même, tout impudent menteur qu'il soit, n'a jamais osé mettre son héros au pied d'une Ârmide borgne on bossue , et jamais non phis il n'a ému le cœur d'une Tterge pour nn cfdoratenr dans la position de ces oiseaux qu'engraisse, dépouillés de leur crête, le pays dé Canx.

L'amour dégagé et Fidée de possession est donc impossible : c'est un mythe. Celui qui croit l'éprouver Se trompe et prend pour amocir ce qni' n'est qhè son fab-simile.

Le désir qu'attise rimagination et qu'irrite Tobstade , peut porter rhomme aux plus grands excès et même aux plus grands crimes.

Il devient plus terrible encore, quand à celle soif ardente de la possession se joint la crainte que cette possession n'échappe ou ne soit partagée. C'est alors que rameur coupe la gorge à l'objet aimé, ou lui administre l'arsenic ou Yacqua tofana, ou bien encore le fait coudre dans un sac et jeter dans le Bosphore.

C'est aussi cet amour qui nous mène au suicide et plus souvent à la folie. Qu'est-ce que l'amour? demandait-on à un médecin. — C'est une congestion cérébrale bénigne. — Comment peut- on en guérir? — Par la diète, les sangsues et la saignée.

Sans nous conduire aussi loin, l'amour peut nous rendre simplement imbécile et nous donner, en raison même de son ardeur, toutes les allures de l'indifférence. Après de longues années de désir et d'attente, paralysant subitement nos facultés, il nous jette si heureux et si tremblant aux pieds de notre amante, que nous n'y trouvons plus d'autre expression que celle de notre estime et de notre respect, qualités qui, j'en conviens, tendent à épurer l'amour, mais qui, pourtant, ne sont pas là en situation; car tout estimables qu'elles sont , elles pourraient , si elles avaient mission de repeupler. le monde, nous jouer un mauvais tour.

En amour, et les moralistes les plus sévères en conviennent, la vénération a toujours fait une triste figure. Aussi, quand cette vertu les prenait trop fort à la gorge, nos pères, un peu superstitieux sur la matière, se croyaient ensorcelés et avaient recours aux exorcismes. Quant à leurs femmes, elles s'adressaient aux tribunaux on, à défaut, au voisin.

Mais, comme je l'ai dit, tous ces raffînemens, toutes ces

tendresses verbales, légales et municipales tiennent à la ciTÎiisation bien plus qu'à la nature. Chez les barbares, les hommes primitifs, chez la plupart du moins, on ne fait pas Tamour, on ne le sollicite pas, on ne le vend pas, on ne le donne pas, on ne le reçoit pas, on le prend , on l'arrache. C'est l'action du fort sur le faible , du vautour sur la colombe, du lion sur la gazelle qu'il dévore parce qu'il a foim. Quel est l'animal que le loup aime , dit quelque part Sbakespear ? — L'agneau.

Néanmoins, il n'en est pas ainsi chez tous les sauvages ni méuie chez tous les animaux. Quelques-uns, animaux et sauvages , ont autant et plus de délicatesse en amour qoe bien des peuples dits civilisés ; et la constance de certains oiseaux, leur tendresse, leur galanterie, leur défouement pour leur femelle pourrait nous servir de modèle. Le serin, le rossignol, presque tous les oiseaux chaoteurs chantent pour leur serine quand elle couve et fichent, par mille attentions, de lui être agréable. Parmi les grands quadrupèdes, il y a aussi des exemples d'amour dâlcat. L3 tigre , malgré sa parenté avec le chat , est , dit-on, amant attentif et point coureur. Le cerf, dans nos climats, est plus inconstant ; mais aussi la biche lui faitelle souvent aclieter ses faveurs par une indifférence qu'il ne peut vaincre que par une cour longue et assidue.

Nous pourrions multiplier ces exemples, mais ils changent peu le fond des choses ; ils prouvent seulement que dans certaines positions les faits et gestes de toutes les créatures se ressemblent, et que l'amour, nonobstant ce qu'ont dit et fait les législateurs, les moralistes et les romanciers de tous les pays pour l'ennoblir, n'en est pas moins, de toutes les passions, celle qui, dans sa cause comme dans ses effets, dans sa marche comme dans son dénouement, dans ses incidens mêitie, nous rapproche le plus de la bête, ou, si l'on aime mieux, rapproche le plus la bête de nous.

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Ajoutons que de tous ks appétits, c'e^t celai qui peut nous mettre dans la position la plus difiicile, parfois même la plus ridicule. Un homme qui meurt de faim n'a rien de plaisaut, mais un homme qui meurt d'amour n'a que trop souvent le privilège de nous faire pouffer de rire.

C'est probablement pour cela que le célibat a, dans tous les temps, été en grande considération parmi les docteurs, et que tant de moralistes, de philosophes et d'économistes ont si fort applaudi aux individus qui ne veulent pas en produire d'autres.

Voyez : Amour platoniquB, oélibat, amour ei autorités.

AMOUR DE SOI. Vous avez un aaiour-propre désordonné, disais-je à M. C.

— Moi, monsieur, moi, de l'amour propre, s'écriait-il indigné; moi, le moins orgueilleux des hommes. Ahl monsieur, comment pouvez- vous me faire un semblable reproche !

— Mais vous voulez avoir raison en toute chose. — Moi, grand Dieu, que vous me connaissez peu! — Jamais vous ai*je vu céder sur un seul point? — Mais je cède toujours^ — Enfln, à vous en croire, vous êtes infaillible.

*- Infeillible , non ; mais vous devez reconnaître que Je me trompe rarement, je puis même dire que je ne me trompe jamais.

— C'est s'avancer beaucoup.

— Ce n'est pas trop, puisque vous n'avez pu rien objecter à ce que j'ai eu l'honneur de vous dire.

--Mais, monàeur, vous ne m'avca rien dit; car j'ai entendu des mots, mais pas une chose qui ait rapport à U question qui nous oeeupe.

— Eh 1 bien, vous Je Voyiw 1 la preuve que j'ai ràiaoU n'est-elle pas aisquiflë? CoUvaînou par la force de h

vérité , ne pouvant pas répondre à mes argamens , vous les âadez. Si j'avais eu des doutes sur la bonté de ma cause, ceci les dissiperait entièrement.

— Hais encore une fois, monsieur, quels sont donc vos argumens?

— Ah ! vous ne les connaissez que trop bien; mais ne pouvant échapper à votre conviction, vous êtes contraint de me dire : je n'ai pas compris.

Telle est, mot à mot, la conversation que j'avais avec un homme qui n'était pas un imbécile , tant s'en faut , mais dont l'amour-propre et la foi en son infaillibilité administrative paralysaient les moyens et quelquefois le bon sens.

ka surplus, Fexcès d'amour-propre est peut-être moins dangereux que son absence totale. Quand un homme Wnbe dans cette insouciance absolue de lui-même, on peut être assuré qu'il n'est plus bon à rien. Aussi, Dieu a foi une obligation de l'amour de soi quand il nous a dit : Aimez votre prochain comme vous-même.

Si l'on veut analyser les vertus humaines, on reconnaîtra qu'il n'en est aucune, même la modestie, qui ne tienne à cet amour. Il est vrai qu'on pourra dîre la même chose des vices, et l'on dira vrai, puisque l'amour-propre est la conséquence première de l'individualité.

L'amoup-propre peut être considéré sous bien des faces; mais nous ne l'envisagerons ici que comme nuance de Forgueil et de la satisfaction de soinnême.

Les causes ou les effets qui peuvent produire en nous cette satisfaction sont si variés et souvent si contradictoires, qu'il faudrait un volume pour les indiquer.

Tel indîvida sera fier de ses bottes vernies, tel autre de son chapeau bien brossé ou de sa canne à pomme d'or, mû une tadie de boue qui délnstrera ses bottes ou le cootaet da stc de plâtre qui blanehira son chapeau, va

tout d'un coup abaisser cet orgueil jusqu'à l'humilité : le regard fier dont il toisait le passant tombera piteux sur la macule , comme celui d'un auteur sur son manuscrit refusé. On voit que si sa vanité vient de peu , elle s'en va pour moins encore.

Nous avons cité ailleurs ce roi sauvage qui avait obtenu du capitaine d'un navire européen de se faire teindre, par le peintre du bord, le nez en vermillon. Ce roi, bon diable avant cette étrange distinction, devint tout-à-coup le tyran de ses sujets. Nouvel Assuérus, il se croyait d'une autre essence qu'eux : ce n'était plus un homme , c'était un dieu.

Cette bouffée d'amour-propre dura tant que le vermillon tint à son nez. Dès qu'il n'y en eut plus trace, le prince fut, comme devant, doux et modeste.

La superbe qu'éprouvait ce digne monarque de se sentir le nez rouge n'a rien de plus étrange que celle qui épanouissait, sous Louis XV, ce jeune gentilhomme en coivsidérant ses talons rouges; ou celle que nous éprouvons nous-méme quand nous pouvons montrer un bout de ruban à notre boutonnière.

On dira que ce n'est pas du ruban que nous sommes fiers, mais de ce qu'il. indique: la supériorité de notre mérite. N'en est-il pas de toute chose ainsi? Ce beau fils si orgueilleux *de ses moutaches cirées à l'œuf, est-ce de son poil et de son œuf qu'il est fier ? Non , il l'est de l'air distingué ou de l'aspect redoutable que, selon lui, cette parure lui donne.

Tel sera orgueilleux jusqu'à la folie de la beauté de sa femme et de celle de ses enfans. Ce sentiment, que d'ailleurs je ne blâme pas, est pourtant purement personnel, car cet homme peut en même temps être trèsmauvais père et très-mauvais mari. 11 est orgueilleux de la beauté de sa famille, comme il le serait de cdle

de ses chevaux qu'il n'en vendra pas moins quand il en trouvera bon prix.

L'amour-propre est inhérent à certaines professions : jamais comédien , eût-il été sifflé pendant vingt ans, n'a cru qu'il était mauvais comédien. Jamais coiffeur non plus n'a admis qu'il pouvait manquer de goût et coiffer mal.

Quant au poète , il ne croit à la médiocrité de ses vers que le jour où il a acquis la conviction de la supériorité de sa prose. Peut-être reviendra-t-il à ses premières amours , mais vous pouvez être assuré qu'il ne sera jamais en même temps modeste en vers et en prose.

Le mathématicien doute encore moins de son mérite : il méprise tout le monde; et même parmi les matliéma- ^ciens, il n'en aime qu'un : lui.

L'amour-propre est, dans quelques individus, poussé jusqu'à Tadmiration. Non-seulement ils s'aiment, mais ils s'adorent, ils se considèrent comme le type de la perfection physic[ue ou morale et quelquefois de l'une et l'autre.

Pour l'ordinaire, les individus ainsi pénétrés d'euxmêmes sont laids et sots; car, par une étrange anomalie, ce ne sont presque jamais les très-beaux hommes ou les très-belles femmes qui sont idolâtres de leur beauté; ce sont les individus qui en ont peu, ou plus souvent encore ceux qui n'en ont pas.

Quant au moral, le contraste est plus frappant encore. On a vu des hommes d'esprit se donner à tout propos, soit dans leurs discours, soit dans leurs écrits, de l'encensoir par le nez. Mais il est bien peu d'hommes de génie à qui on ait eu à reprocher un tel ridicule, ou s'ils avaient cette grande opinion d'eux, ils avaient du moins le bon sens de la dissimuler.

Quoiqu'il en soit, cette haute idée qu'un homme a de hi-méme, ce contentement de son être, s'il était continu,

serait véritablement un état de béatitude, fliais il a seç reviremens, et ces gens si satisfaits de leur personne, étant souvent en contact avec des individus qui le sont beaucoup moins, sont exposés à de cruels mécomptes. Ajoutons que la malice humaine prend un plaisir singulier à mystifief les fats.

Cependant l'amour-propre ne s'affiche pas toujours ainsi, et quelquefois il s'enveloppe d'un manteau de modestie. Rien de plus irritable que ces faux modestes. Vous êtes ) sûr de vous en faire des ennemis, quand, les prenant am ^ mot sur le peu de cas qu'ils affectent d'eux-mêmes, vow ji semblez les croire sur parole. jl

Lorsque ces hommes, si humbles en appparence, sortent de leur caractère , quand , jetant leur masque , ils le montrent tels qu'ils sont, ils deviennent parfois étonnaas de naïveté vantarde. J'ai conservé la lettre d'un d'eux qui , m'écrivait : « J'ai plus de mérite que vous , mais je sutf *i beaucoup plus modeste. " ,|

Parmi les faux modestes on peut , sans crainte de se ^ tromper, ranger Jean-Jacques Rousseau. Il s'encensa lui- ^ même jusqu'à l'asphyxie ; mais , plus souvent encore , il I s'humilia jusqu'à l'abnégation : humiliation dans laquelle \ il entrait plus d'amour-propre que dans l'encensoir.

Au total , ce fut un homme d'un grand esprit , m^ d'un orgueil plus grand encore: orgueil qui venait peul^ être moins de sa nature que du point infime dont il était parti et des flagorneries incessantes dont il fut l'objet Né de nos jours, il aurait été moins vanté, et peut-^tiie y eût-il gagné en caractère et même en talent. Il est certaifl que des volumes de Rousseau , qui vivent sur leur répor tation , passeraient aujourd'hui inaperçus ; et dans la génération actuelle , il n'est pas un individu sur di^ loiUe qui ait lu ses œuvres.

Je dirai la même chose de Voltaire» Il eut du gim

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