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quelquefois , de Tesprit toujours , mais il mangua trop sonyeut de jugement.
Sur beaucoup de points, la science aussi lui faillit. En physique , en géologie , en astronomie , il a avancé des erreurs grossières. Lui encore a cru à son infaillibilité, n a pensé que l'esprit et les données théoriques pouvaient suppléer à T étude des faits; il oublia que la science de la nttore est tout entière d'observation.
Quoiqu'il en soit, encensé de son vivant à l'égal d'un dieu, encensé encore après sa mort, il atteignit, il y a cinquante ans, l'apogée de sa gloire; mais déjà l'on prévoit que la postérité en rabattra quelque chose. Il sera classé parmi ks auteurs légers , les écrivains agréables , et l'on ne comprendra guère comment il a pu, comme penseur, faire école et remuer l'Europe.
L'orgueil de ces hommes eut bien souiFert s'ils eussent pt croire à un tel revirement.
fl Be feut pas confondre avec l'amonr-propre la confiance fli soi-même. Lorsque cette confiance est fondée sur l'appréciation juste de ce que l'on vaut et de ce que l'on peut, die conduit ordinairement à de grands résultats.
La confiance en soi est une qualité indispensable dans Ifs hommes d'Etat , dans les chefs de peuple , dans les généraux d'armée , enfin dans les hommes d'action ou d'impulsion; car du manque de confiance naît celui de résolution.
U faut cependant prendre garde que celte confiance en ions ne soit de la présomption , de l'entêtement , ou ce sentiment qui nous pousse à faire une sottise, seulement parce que nous avons dit que nous la ferions.
(Test cet amour têtu de nous ou de notre dire qui a «anse la chute de bien des empires et la ruine de tant (Thommes. Nous en avons eu, dans notre siècle, de tristes et grands exemples.
Une étude approfondie de l'amour de soi nous conduirait ici à Tcxamen de presque toutes les passions. Mous renvoyons donc aux articles qui les concernent.
AMOUR ET AUTORITES. Quelque mal qu'on ait dit de l'amour et qu'on en pourrait dire encore, car il a bien ses imperfections et même ses défauts, on ne saurait nier que nous ne lui devions quelque reconnaissance; et pourtant si on le juge à notre manière d'agir à son égard, il semble que nous le tenions pour le plus grand ennemi de l'espèce humaine. Homme et femme , prédicateur ou philosophe , moraliste ou politique , c'est à qui fera pis contre lui et lui suscitera le plus d'entraves.
Dans' la vie ascétique, faire l'amour est un crime. Dans la vie du monde, c'est une honte et souvent jin délit.
Un homme peut être condamné à l'amende pour avoir embrassé sa femme devant témoins : c'est un outrage aux mœurs.
Il peut être envoyé en prison pour avoir foit une déclaration à une fille : c'est une tentative de séduction. Enfin, il peut aller aux galères pour lui avoir baisé la main: c'est un attentat à la pudeur.
Code criminel, code civil, code administratif, code rural, code mihtaire, code moral, tous les codes enfin dirigés contre l'amour arment à sa poursuite les juges, les commissaires, les appariteurs, les sergens, les huissiers, etc., leur enjoignant de le saisir et appréhender au corps avec arc , flèches , carquois et autres pièces de conviction , partout où ils pourront le surprendre.
N'allez pas croire que ces magistrats et agens de la force pubhque adoucissent la rigueur de la loi et qu'on n'usera pas, contre ledit amour, de tout l'arsenal de la légalité. Non-, traqué dans les villes, s'il se réfugie dans les champs,
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il voit entre deux épis surgir un garde champêtre qui, sa commission à la main, lui déclare procès- verbal et conclut à la confiscation de son arme avec cinquante francs d'amende.
0 Vénus ! quand vous sortiez du sein de l'onde parée de vos seuls attraits, et toi, Cupidon, quand tu voltigeais près de ta mère avec tes deux petites ailes , sans jupe ni paletot , que vous fûtes bien in'îpirés de ne pas vous présenter sur nos rivages ; car , saisis immédiatement par un douanier ou un gendarme et conduits devant le maire oa le sous-préfet , vous eussiez inévitablement été condamnés à la géole.
Entouré de tant de pièges, menacé par tant d'ennemis, qui donc de notre temps voudrait faire l'amour? Aussi la mode en passe-t-elle ; et s'il est encore des gens qui s'y aventurent, on peut dire qu'ils sont bien osés.
Je sais qu'à cette accusation de haine à l'amour portée contre l'autorité on pourrait opposer ce que nous avons dit ailleurs, ou que dans toutes nos bonnes villes on tenait, sous la protection des magistrats, boutique d'amourettes où chacun pouvait, à juste prix, louer un cœur au jour, à l'heure ou à la course, selon son caprice ou l'état de ses Gnances.
Oui, j'ai cité ces élablissemens patentés où l'on vend des osnrs de hasard, comme des vieux habits aux piliers des halles ; mais qui osera soutenir que c'est à l'amour qu'on a voulu ici Iressef des couronnes et élever des autels! Qu'on appelle ces bouges des temples et l'on pourra nommer les abattoirs des hippodromes ; car ces soi-disant temples à l'amour sont les lieux où on le sacrifie, où on Pégorge. Non, là n'est pas l'autel de l'amour, mais son in pace, mais son charnier, mais son Montfaucon ; et celui qui les inventa fut yn athée à Vénus.
D'ailleurs , si la police tolère ces tendresses banales ,
l'opinion ne les tolère pas , et ici encore ressort cette vérité que, dans nos mœurs européennes, Pamoar pris en lui-même est sévèrement prohibé.
Est-ce un mal ? Non, et je suis ici de l'avis de la prohibition. Mais en stigmatisant Tamour illégal, ne pourrionsnous pas venir un peu plus en aide à l'amoar légal?
Or, cet amour légal, celui-là même qui vise au mariage, est-il encouragé comme il devrait l'être? La haine que la loi porte à l'amour vagabond n'a-t-elie pas atteint auâsi l'amour fidèle? Bref, le code civil, comme le code criminel, ne seront-ils pas un peu en désaccord avec le code amoureux?
Nous avons déjà dit qu'avant même de savoir oh l'amour en voulait venir, Tautorité morale le tenait pour péché et l'autorité civile comme chose contraire au bon ordre et attentatoire aux mœurs.
11 en résultait que pour ne pas sortir de la voie légale, ce n'était pas aux pieds de sa maîtresse qu'un amant devait se jeter, mais bien à ceux de monsieur le maire, ou, à défaut, de son adjoint, à qui il devait avant tout déclarer son ardeur. Enfin, c'était seulement, tous ces préliminaires remplis, après enquête, affiche et publication, et la permission expresse de l'autorité , qu'un homme pouvait librement laisser parler son cœur et dire à l'objet chéri : au nom de la loi, je vous aime. Donc je vous invite, et, au besoin, je vous requiers de m'aimer aussi.
On voit, d'après ceci, que l'existence de la race humaine tient essentiellement à celle des autorités ; car il est évident que s'il n'y en avait plus, ou seulement si elles ne voulaient pas se prêter à la circonstance, l'homme et la femme ne pourraient plus s'aimer, ou du moins savoir qu'ils s'aiment, ce qui nous mènerait droit à la fin du monde.
On a prévenu, il est vrai, une partie du danger, en créant beaucoup de mairies et en ouvrant non moins de
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registres. C'est quelque chose ; néanmoins la nriesure n'est pas complète, puisqu'il faut que chacun soit marié à sa propre mairie, par son propre maire ou son propre adjoint, lesquels pourtant ne peuvent être indéfiniment sur leur siège municipal pour y attendre les amoureux. Ainsi ma remarque subsiste.
Je dois ajouter, à la louange des fonctionnaires de nos jours, qu'ils refiisent rarement leur assentiment à l'action matrimoniale , et que l'autorisation donnée , les époux peuvent s'aimer à leur guise, se cajoler ou se battre, selon qne le cœur leur en dit et qu'ils ont compris la manière de faire l'amour.
Quant à l'autorité morale , elle est moins large dans Fapplication ou la direction à donner aux choses amou- WQseS. D'abord, en permettant aux époux de s'aimer, elle ie leur permet pas de se battre. Ensuite , elle n'entend |tts qu'ils s'aiment trop. L'amour , comme on Ta depuis Jmg-temps démontré , est un véritable poison qu'on peut comparer à l'arsenic , à l'acétate de morphine , à l'acide prossiqae, etc. Dès-lors, vous prévoyez qu'il ne sufSt pas qoe TOUS soyez autorisé à en faire emploi; il hnt que cet emploi soit fait avec les précautions nécessaires et comme doit rétre un ingrédient qui deviendrait mortel si Ton dépassait , ne f(\t'Ce que d'un centigramme, la dose prescrite. Ce n'est donc qu'en grain, qu'en miette, qu'en scrupole, qu'en prise homéopatique soigneusement préparée et étendue d'eau , qu'on doit foire , même en ménage , Qsage de Famour.
Ehî bien, si j'ai blâmé les mesures un peu trop restrictives, un peu trop hérissées de difficultés que le code civil et Tautorité munieipale opposent à l'amour honnête et à ses préliminaires, difficultés qui le conduisent trop souvent à celui qui ne l'est pas, je suis complètement de Favis de Pmtorité canonique lorsqu'elle rationne l'amoufr artivé an
port, c'est-à-dire devenu conjugal. Mes raisons les voici :
L'hymen, disent les uns, est le tombeau de Famour, et ils ajoutent : c'est une très-belle expression , qui indique bien comment l'amour doit être traité au logis. L'hymen, disent les autres, est une potion calmante, c'est une mesure de pre'caution contre l'amour et un moyen d'amener sans amour ce que , dans le principe , la nature ne produisait que par l'amour. Bref, le mariage est l'amour ajusté à Tordre légal.
A ceci je réponds : pourquoi l'hymen est-il un tombeau et une potion torpide? C'est que nous abusons d'abord de l'hymen et que nous faisons si bien la noce le premier jour, le premier mois, la première année, mangeant, prodiguant, gaspillant tout, que nous perdons, pour le reste de notre vie, le goût de la faire, en ménage du moins. Ce n'est point l'hymen qui a tué l'atoour, c'est la folie*des hommes, c'est l'abus, c'est l'inconduite.
La morale a donc raison quand elle dit aux époux : ne mangez pas votre blé eu herbe et n'usez de l'amour qu'en petite portion et comme on doit le faire d'un mets indigeste. C'est le seul moyen de faire durer Tamour. La modération est l'hygiène du cœur comme elle l'est de l'esprit. En ménage, de même qu'en gouvernement, elle est la garantie de l'ordre et de la paix : ajoutons de la vie et de la santé.
Vous le voyez, la morale, tout en ayant l'air de lésiner et de chicaner l'amour , l'entend beaucoup mieux que le magistrat et que les amoureux mêmes ; et je suis si complètement d'accord avec elle sur l'emploi en amour du régime homéopathique, que je prétends qu'on n'est heureux qu'ainsi. S'il fallait en donner des exemples , je ne les chercherais pas loiB : j'irais droit aux meilleurs chrétiens it ma parpisse; si l'amour s'est jamais fixé quelque part, c'est dans les ménages sages et croyans.
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Malheureusement, le nombre en est petit. Nous ne nous sommes donc pas trop avancé en disant qu'envisagé sous Je point de vue politique et social, l'amour n'avait rien de précisément récréatif; et que ce cortège de maires et d'adjoints , cet entourage de délits et de peines et ces miUe et un dangers menaçant sans cesse le corps et l'ame, le cœur et la tête, offraient un ensemble si peu rassurant et dès-lors si peu attractif, que bien des gens avaient préféré y renoncer.
Passe pour ceux-là; mais le plus grand nombre a adopté, comme médium , l'abus ou l'amour en dehors des lois. Or, l'abus n'est jamais un bien; disons plus, c'est toujours nn mal. N'y aurait-il donc pas moyen d'y mettre fm en fayorisant un peu plus l'amour légitime? A ceci il y aurait profit pour tout le monde, car l'amour anormal, l'amour libre, peut donner des instans de plaisir, mais jamais dos joors de bonheur.
Qndle est la cause de l'extension qu'a prise et que prend encore l'amour abusif? C'est que non-seulement on n'encourage pas l'amour sage, l'amour à bonne fm, mais qu'on semble tout faire pour le décourager. Il n'est pas <ravanie qu'on ne lui suscite, pas de traverse qu'on ne loi oppose : recrutement militaire, défense administrative, papiers introuvables, formalités coûteuses, etc.; enfin, on croirait qu'on veut le faire acheter cent pour cent plus cher que l'autre. Tâchons de remédier à ces fâcheuses dispositions des lois, et tout le monde s'en trouvera bien.
Qu'on ne prenne donc pas à mal ce qu'on vient d'entendre. Il n'est pas de si petit récit , de si mince badinage qui n'ait sa morale , et celui-ci a la sienne. Que voulons-nous ? Concilier , s'il se peut , l'amour et rhymen , ôter au premier ses caprices et ses ailes , et à l'antre ses dégoûts et son air magistral. On n'est pas assez convaincu chez nous, et le gouvernement moins que
tout autre, que l'hymen, base de la famiUe, Test aussi de Tordre et de la force publique; car lui seul, en définitive, nous attache au sol et à la patrie. Or, beauooup trop de gens ont cru qu'on pouvait s'en passer.
Qu'a fait La loi pour arrêter les progrès de cette ôroyanee? Quel avantage réd a été accordé à l'hymen ? L'homme marié est-il plus heureux que le célibataire , e^-il plus riche, plus considéré, plus occupé? Non, c'est le contraire.
Que gagne le prolétaire à avoir un cœur et à en disposer sincèrement, moralement, bref, à être honnête homme et bon père de famille ? La misère !
Si vous n'avez pas rendu l'hymen attrayant, si vous ne savez pas faire qu'il nous enrichisse, faites du moins qu'il ne nous ruine pas et ne conduise pas celui qui n'a que ses bras, à mourir de fatigue ou de misère.
Avec le bien-être, vous ferez rentrer l'amour au ménage, ou, ce qui vaut mieux encore, la confiance et l'amitié.
Voyez : Amours célibat, hymen, conseription, mariage.
AMOUR PLATONIQUE. C'est l'amour en dehors des sens et qui tient plus de l'imagination que da ■ tempérament et du cœur.
C'est aussi une amitié légèrement saupoudrée de désir.
C'est peut-être encore une admiration artistique et une sorte d'adoration pittoresque.
Enfin , si on l'approfondit trop , on peut y trouver un calcul , une espèce d'hypocrisie , un moyen détourné d'arriver à l'autre amour.
Cependant cette hypocrisie peut, à la longue, acquérir sa bonne foi. Celui qui aime ainsi, à force de se dire q«c sou désir est dégagé des sens, doit finir par y croire.
La position de l'amant platonique n'est pas aussi fâcheust qu'on pourrait le penser ; ce peut même être un état de
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félicité perpétuelle : la satiété n'y est pas à craindre. La disette ne Test pas davantage. L'amant platonique rêve tous les repas qu'il ne fait pas; ou s'il en fait, il se contente de la quintpscence des mets et souvent même de leur arôme. Son amour est dégagé de la matière, autant qu'il est possible en ce monde matériel.
Il fut un temps où l'amour platonique était en grande estime en France : tous les romans de l'époque l'avaient pris pour texte. Les choses ont bien changé depuis. Si quelque beauté Taccepte aujourd'hui, c'est seulement comme accessoire ou condiment de l'autre amour et ^ar dessus le marché : encore n'est-ce que dans la classe riche et oiseuse.
Chez le peuple, c'est un sentiment à peu près inconnu: Tamoureux de cette espèce, quand par hasard il s'y montre, y est tout simplement qualifié d'imbécile, en termes moins polis.
Si les femmes, en général, font si peu de cas des platoniciens en amour , c'est peut-être parce qu'elles n'y croient pas. Elles les prennent pour des être malins qui font les morts, et elles s'en méfient.
Si elles jugent qu'ils sont bien morts, elles les détestent.
Hâas ! c'est que les proverbes ont toujours raison. Il en est un qui dit qu'un homme mort ne vaut pas un chien eo vie. Aussi, l'amoureux platonicien est ce qu'on nomme aujourd'hui l'amoureux transi; lequel amoureux , depuis cent cinquante ans , n'a été le héros d'aucun roman ni d'aacuoe histoire.
En résumé, l'amour [^tonique est un sentiment tout CieUee et en dehors de la nature. Ce n'est ni l'amour ni l'amitié. Ce n'est point la passion ; c'est à peine le désir. Complètemeiit stérile, cet amour touche de près à l'indifférence ; et comme il ne devient ordinairement ni époux ni père, son existence importe fort peu à la patrie et à la 0oire natconale.
Les amateurs d'antiquités ont remarqué qu'à Paphos, Amathonte et Cythère , on n'avait jamais rencontré de temple, de chapelle, ni même d'oratoire dédié à l'amour platonique , et qu'on n'avait nulle part découvert sa statue.
Nous n'en avons pas fini avec l'amour et son martyre, et nous dirons ailleurs la suite des tribulations auxquelles la sensibilité du cœur peut exposer un homme.