‹ Hommes et chosesChapitre 22 sur 95 · AYA · texte numérisé non relu

AYA

AVANTAGEUX. C'est un terme fort usité des marchands pour faire cesser rindécision d'un acheteor et déterminer son choix entre deux objets. Celui-ci tA le plus avantageux, diront-ils ; prenez-le. Laissez dire h marchand et ne le prenez pas; car ce qui est avantageai pour vous ne peut Têlre pour lui.

Avantageux se dit aussi d'un homme qui a quelqiie chose de plus que de la confiance en lui-même : e'eit le diminutif de présomptueux.

Dans le vieux langage, on appelait avantageux celui qui savait , au mieux , profiter de ses avantages. C'était 11 synonyme de fin, d'habile.

La vie de l'homme se passe ordinairement à se demander ce qui lui est ou ce qui ne lui est pas avantageux. C'est la question qu'il se fait avant toutes les autres et celle qu'il se fait encore après.

La solution plus ou moins bonne est ce qui neuf conduit à la fortune ou à la misère. Nous avons le choix; reste à le faire bon.

En résumé , l'avantageux c'est l'équitable : le meiUeor choix est toujours celui que la probité nous indique.

AVARICE. L'avarice est une débauche d'avenir. Elle est fondée sur cet axiome : ce que l'on mange est pris sur ce que l'on pourra manger; et c'est ainsi qu'il c8t des êtres qui craignent d'user du présent et qui ne demandent à ce qui est que ce qui conduit à ce qui n'esl pas encore. Le présent n'est donc pour eux qu'une attente, un désir ou une douleur.

L'avarice, à proprement parler, n'est pas l'amour de l'or ou de l'argent: la preuve, c'est que si ces métaux devenaient aussi communs que les cailloux, l'avare jetterail son trésor à l'eau. L'avarice est, comme presque tous les

antres vices, Texcès d'une qualité; c'est une prudence excessive, une prévoyance peu raisonnée. Aucun avare ne vit sans Tintention de se donner un jour les jouissances 90'il se refuse. Jeune, il veut économiser pour Page mûr. dans rage mûr, il vent économiser pour la vieillesse. irrivé à la vieillesse , Téconomie est pour lui une habiiide, une seconde nature. Alors il économise sans s'exiliquer pourquoi et seulement parce qu'il a toujours économisé.

L'avarice n'est donc que l'amour de la propriété poussé rop loin. Or, l'amour de la propriété, nécessaire à la xmservation de tous les êtres, l'est aussi à leur déveoppement. C'est une qualité indispensable pour le maintien le Tordre et de la famille. Nous avons donc eu raison de iie que l'avarice n'était que l'application exagérée d'une Ycrta.

^ambition peut aussi entrer dans cette préoccupation #f?enir. On veut être magniûque après sa mort ou avoir les héritiers riches et puissans. C'est de l'orgueil postlume, de la générosité d'outre-tombe.

Cette avarice est certainement moins odieuse que celle de l'homme qui , avare pour les autres , n'est prodigue que pour lui seul. 11 regrette tout ce qu'il ne consomme fis lui-même. En ceci, il y a peut-être moins d'avarice proprement dite que d'égoisme.

L'avarice n'est pas étrangère aux animaux. Chez eux, comme chez les hommes, elle satisfait le sens futur aux iépens du sens présent. Elle leur promet une abondance âoignée ou seulement une garantie contre un mal qu'ils

|ré?oient : la soif, la faim, le froid. Elle nait doue aussi

de la crainte de manquer.

L'avarice de l'animal a pour objet un os, une touffe

d'herbe, une poignée de grain ou de racines, une place

^ il peut s'étendre, une branche où il doit attacher son

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