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iTait été laissé deux fois pour mort sous les corrections paternelles. Quant à sa seconde femme , elle avait , par ses soins, reçu trois fois Textrême-onction.
> C'était un fort brave homme, disaient ses voisins; il n'avait que ce défaut: la main un peu légère (ils voulaieot dire un peu lourde). C'était le trop de sang , ajoutaient -ils; un seul verre le mettait en train, alors il Callait qu'il battît quelqu'un. Quel dommage! un si brave homme. »
Ce brave homme avait eu aussi le malheur de briser la tête à un de ses apprentis, en lui jetant une barre de fer : circonstance qui, disaient encore les voisins, avait manqué de lui causer du chagrin , car il avait été mandé devant le magistrat qui lui avait enjoint d'être plus circonspect à l'avenir, n se le tint pour dit quant aux apprentis , mais son ■énage n'y gagna rien : l'habitude était trop invétérée. fk soir qu'il rentrait ivre et conséqucniment en humeur de battre, ne trouvant sous sa main ni son marteau ni ses enfaus , que , par précaution ( c'était la Saint Eloy , lête des forgerons), la mère avait cachés, il s'en prit à la pauvre femme qui, enceinte de six mois, était malade et couchée des suites du martelage de la veille. 11 l'arracha de son lit, la foula aux pieds, et la laissa pour morte.
Comme c'était un brave homme et qu'enfin c'était sa femme , ses voisins n'y virent pas grand mal. Il n'en fîit pas de même des voisines ; elles crurent qu'il y avait mis de la malice et prétendirent que c'était lui qui avait caché son marteau pour motiver la chose des coups de pieds sur le ventre , et ceci , parce qu'il avait eu l'idée d*en prendre une troisième. Mais c'était nure calomnie. !l Sa femme, qui accoucha d'un enfant mort, n'en mourut pas cette fois, et il ne fut veuf qu'un an après. Si vous pensiez que les braves gens de cette espèce
sont rares, vous vous tromperiez; et ces hommes qui, dans leur ivresse , frappent et tuent sans motifs et même sans remords , puisqu'ils ne s'en souviennent plus quaod ils sont dégrises , sont un type fort commun chez la populace qui les excuse, et, jusqu'à certain point, 1m protège.
C'est donc à Tivrognerie qu'on doit attribuer en grande partie les sévices dont sont victimes les femmes du peuple. Sans doute il est des hommes qui battent la leur, mène sans avoir bu, mais cela n'est pas ordinaire. Ces brutaux de sang-froid, ces hommes cruels à huis-clos, sont hei* reusemcnt une exception assez rare. J'en ai entendu citer un que le bruit public accusait de garotter et de bâillonner sa femme, pour la battre plus à son aise. AncieB courrier, il la battait ainsi avec une cravache pendant (kl heures entières. C'est par son propre Ois, enfant de sept à huit ans, que les faits furent révélés et dénoncés par k bruit public aux magistrats qui n'y donnèrent aucune suite. C'était encore une affaire de ménage.
Ici le peuple aurait été plus sévère : il appelle ces maris-là des enniessous ou des sournois et les aime peu, parce qu'ils se cachent pour faire leur coup.
Tels ne sont point les ivrognes : ils ne tiennent pas du tout à l'incognito et s'inquiètent peu si les porteg ou les fenêtres sont ouvertes; et quand ils procèdent à leurs exécutions , on croirait en vérité, qu'à l'imitation des anciens seigneurs hauts justiciers , ils veulent kl rendre publiques. 11 y en a même qui corrigent madajne en pleine rue , ou bien encore chez un voisin , $i c'est là qu'elle s'est réfugiée; et le voisin n'aura garde de s'y opposer, il croirait manquer aux convenances.
Aussi, ces maris batteurs sout-ils si bien connus dans leur quartier, sans en excepter même du commissaire, qu'il n'est personne qui ne puisse dire combien leurs
voisines ont reçu de coups pendani U quinzaine et oombica elles en recevront la quinzaine suivante. Ce calcul est fort simple. Le nombre de fêtes et de dimanches , auxquels on peut ajouter les lundis et même souvent les mardis , faisant juste celui des jours où les maris seront ivres, on peut facilement établir le compte de ceux où ces femmes seront battues.
11 est même de ces femmes dont on pourrait dresser d'avance Textrait mortuaire, et par un acte de notoriété anticipé, déterminer à peu près iVpoque où Tépoux sera reuf. Le dépérissement de ces infortunées est assez visible. Quand elles sont arrivées à cet état , leurs maris les nomment rosses, et la fréquence et la violence des coups augmentent toujours avec Tâge et le dépérissement, c'està-ëire avec les progrès de l'état de rosse. Une femme «t faite pour être battue : une rosse l'est pour être anommée. 11 fout être conséquent en toute chose. Aussi, Il femme qualifié^ de rosse peut-elle se considérer comme morte.
In vino veritas. Notre ivrogne ne fait pas mystère de ses intentions. 11 a dit , à qui voulait l'entendre , qu'il en avait assez comme cela , qu'il fallait que sa femme y passât, et qu'un jour ou l'autre il ferait un malheur. 11 a même montré un gourdin qu'il avait été couper à cet effet; et le gourdin y est entièrement propre, car il suffirait pour étourdir un bœuf. Aussi tout le monde , j compris toujours le commissaire de police, le confident obligé de tous ces mystères de famille , plaint-il sineèrement la pan\re femme condamnée à mourir sous le bâton de l'hy menée.
11 n'est pas sans exemple, cependant, que quel(]u'ame charitable ne cherche à faire sentir à cet homme l'horreur it\ de sa conduite et à le détourner de son projet. Mais ;c «"«t on, sur mille, et la grande majorité, c'est-à-dire