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à peu près le public tout entier, considérant la tragédie qui se prépare comme un malheur inévitable, se bomen à en détourner les yeux, comme fait un homme sensiMe en passant près d^un abattoir où il voit un mouton sons le couteau du boucher.
D'autres, par. des propos imprudens, en hâteront k dénouement :
« C'est une querelle de ménage, dira Fun, n'allons pas nous en mêler. »
• 11 y a dix ans qu'il la rosse ainsi , dira l'autre; elle n'en est pas morte. Pour une fois de plus , elle n'en mourra pas davantage. Les femmes sont comme les chats, elles en réchappent toujours. »
« Ça ne me plaît guère de voir ainsi martyriser une femme, dira un troisième; d'autant plus que c'est ooft bien digne femme qui n'a que des bras pour travailler et des yeux pour pleurer. Mais qu'y faire? C'est son mari, après tout , et chacun conduit son ménage comme il l'entend. »
« Ce sera un bonheur pour elle, dit un quatrième; pour souffrir ainsi, il vaut mieux en finir une bonne fois.»
« Si elle avait de quoi payer une séparation, s'écrie un cinquième, ça se terminerait sans malheur. Mais comment faire? La justice coûte. C'est comme le vin à trente, ça n'est pas fait pour les pauvres. »
« Quand j'ai vu qu'il la battait deux jours après It noce, s'écrie un sixième, oncle de l'époux , je lui ai dit; Si tu y vas comme cela, mon neveu, ce .ne sera pas long» Mais prends-y garde , tu as le vin mauvais. Ne t'ai-je pas trouvé un jour la main levée sur ta mère, ma propre sœur? Ça passe la permission, garçon: et quant à ta femme , tu aurais pu , du moins , attendre la fin du mois. »
« Ne jasez donc pas ainsi, dit un septième, vous ailes
loi causer do désagrément. Si an malheur arrifait, on dirait qu'il y a assassinement. Quand vous Faurez fait coffrer , en serez-vous plus gras ? Ah ! les parens ! les parens ! c'est un fléau dans une famille ! »
Bref, tout en compatissant au sort de la victime, persoDDe ne dit un mot pour la sauver, et chacun se garde plus encore de tenter une démarche auprès de fautorité. On craint de se faire un ennemi ou seulement d'être appelé comme témoin. D'ailleurs, à quoi servirait cette démarche? Vous allez le voir.
Tandis que Texécution annoncée fait ainsi le sujet des commérages du quartier, notre ivrogne, au cabaret, entouré de ses intimes, est en bntte à leurs lazzis. Ils le plaisantent sur son gourdin , ils disent qu'il Ta coupé trop court , qu'il est moins long que les cornes que sa icmme lui fait porter, qu'elle a des os trop durs pour de si mvais bois, etc., etc. Enlin, ils lui disent tout ce qu'il kt pour l'animer et le confirmer dans sa résolution : non fi'ils en veuillent à la pauvre femme , elle ne leur a jamais fait de mal , ils ne la connaissent peut-être pas. Ils poussent cet homme au meurtre par légèreté , par jactance, par ton, car la plus vile canaille se pique aussi d'avoir le sien. C'était pour l'histoire de rire , dira ce plaisant de mauvais lieu, quand on lui reprochera d'avoir, par ses propos atroces , exaspéré le mari et hâté ainsi la catastrophe.
Abandonné de tous, comment la malheureuse échapperait-elle? Sûre de mourir aujourd'hui ou demain, elle est presque résignée a son sort. De minute en minute , eUe attend son bourreau.
U n'est pas loin. Devenu furieux par l'ivresse et les propos de ses amis, il vocifère dans la rue en frappant Itt murs et le pavé de son lourd bâton. Transie de
peur, la malheureuse n'en comprend que trop l'emploi.
Il le lui a dit, et en ce moment encore il le prodanèà haute voix : on Tentend hurler qu'il va y avoir un fameux carnage et que c'est ce soir que sa gueuse y passera.
Ici, je le demande, la raison, rhumanité, ousimplenaU Tamour de Tordre, n'exigeraient-ils pas qu'on sauvât cette femme de la rage de cet insensé et cet insensé de hûméme? Au défaut de la police, puisqu'elle ne se mêle pai de ces choses, le premier venu ne pourrait-il pas s'eutparer de l'ivrogne et l'enfermer jusqu'à ce que le boi sens lui fût revenu ? Non , la loi s'y oppose ; et cet homme charitable, accusé de détention arbitraire, serut lui-même poursuivi, condamné et emprisonné, le toot dans l'intérêt des ivrognes et du maintien de leur inviolabilité. Aussi , celui-H^i s'escrime-t-il à son aise. H injurie l'un, menace l'autre, et joue à tort et à traven de son bâton, au risque de blesser les passans.
C'est ainsi que cette béte ivre commande à la foule, comme à un troupeau d'esclaves. Oui , tels sont nei usages , telles sont les scènes qui se renouvellent jouN nellemeiit. Permis au premier drôle de se déclarer le roi de la rue , avec droit d'insolence et presque de nt et de mort sur tout ce qui y passe. C'est un ivrogne, dira-t-on, laissez-le faire.
Cependant celui-ci n'est plus qu'à quelques pas de son logis. Nul encore n'a songé à venir en aide à la victime. Une seule voix secourable se fait entendre : c'est cdk d'un pauvre enfant qui , saisi de terreur , a quitté la place où il jouait. Dans cette figure hideuse que chacoi fuit, il a reconnu son père : Maman, sauve-toi, voilà papa.
A ce cri de 3on enfant, l'amour maternel la ranime: ce n'est plus pour elle qu'elle craint, c'est pour lui. Elk s'élance dans la rue , le prend dans ses bras et s'enfuit L'ivrogne veut la poursuivre, mais ses jambes avinéa s'y refusent. Dans sa rage , au risque de tuer la mèR
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fi renfiiiit, il leur lance son arme qu'ils invitent, mais qui atteint on spectateur qui se fâche et qui , ramassant la Mssue, allait la dt*'charger sur la tête de Fivrogne, quand liigt personnes se précipitant, lui arrêtent le bras. Re« marquez bien que pas un seul n'avait bougé quand c'était la femme et Fenfant qu'on menaçait. Pourquoi? Cest que c'était sa femme et son enfant. 0 populace inbécile! Oui, je dirais que tu mérites tous les maux fà f accablent, si ceux qui, par leur insouciance égoïste, par l'absurdité de leurs lois ou l'usage qu'ils en font, te laissent dans la fange où tu barbottes, n'étaient pas pins •capables que toi. Mais cette fange commence à déborder : fi'ils y prennent garde , elle les étouffera avec toi.
La paix fiaite entre le passant et l'ivrogne , on remet poliment à celui-ci son bâton, en lui indiquant la route fi'a prise sa femme. Les plus obligeans lui offrent même è le conduire et , au besoin , de lui prêter main-forte, lus leur assistance est inutile : la fugitive a gagné un Mbre quartier; là elle a disparu.
Pendant deux jours on la cherche inutilement. On com* BKnce même à dire qu'elle s'est suicidée. Enfin , on apprend qu'elle s'est réfugiée chez sa mère.
Ici le public se prononce encore pour V ivrogne. Ce n'est qa'un cri contre les parens : voler une femme à son mari ! s^écrient tout d'une voix les commères; quelle horreur! et la malheureuse qui a abandonné son époux 1 qui lui a pris son enfant, qui l'a laissé là sans feu, sans soupe, tans même faire un point à ses bas! En voilà-t-il une coquine ! Ah ! si on l'assommait , celle-là , elle ne l'aurait pas volé! Ainsi disent les commères.
Cependant ce pauvre mari délaissé, suivi d'un nombreux eartège , car il a , tout le long du chemin , conté son malheur de cabaret en cabaret et recruté tous les buveurs
attendris, est arrivé devant la porte de son beau-père
14t BiT
qoll oomBCBOf par accabler ^injcrn, ft crd du mîliai de la me. afig <Toe tout if iLoiJe fn j^nêît. La popolaee M dionis : ■ Cc«unffe. hii rn^^-t-Ms: Tvpmids ta finmae, raoo brarr bomiDe. ft d r'&D^-lTzi-eB de façon que Vtam ne kri ptecoe p!c? de le q::'Tt-r. »
lÎBSÎ enconnçé . Té^tciT octraré entre de force àin son beao-p^re. rîpîlîard dtî»:i* qu'il envw, d^on conp di pied, tonber à la ren^f-rse: puis, d'un revers de inahi,! fait à son tour f.irou'^tt^r s: be^le-nière: car cTest aiaa qu'on entend le respect p^'ur W p^areos au dix-neurièM siècle.
Ceb dit. il chercbe sa f^mme . mais sans posToir h découvrir. Il remet en i^ «on gourdin . casse et brin tout dans la maison . acx £r:iD i« apy«laudîssemens de la foule . qui faurait bien Tolc>ntiers secondé dans celle besoffoe. si le commissaire n'eut paru.
Le tumalte croissai.t et le founlÎD ne cessant pas db jocer , les feniarm-^s p-rrÏTenî, E?l-ce pour calmrr ee furieui? Non. ie :îs p :ur ?rr^îor sa ft-mme. 11 ne s'agît que de la trouver. Ni^s aj'?ns de la force puUiqne, aecootnmés â ce ffenre d'inves-ifiratioo. Font bientôt découverte enferma dnn? une arm«?ire avec son enfent. Ul la saisissent et h remettent -^ut: mriins de son mari qui, sans plus tarder. vou!;-.it c:>mniencer la danse. l.es gendarmes rengagent à at'en'ire i]u'il soit chez lui.
La mère . ëplorée . 2ll':t de soîi geudre à Fautorité, tâchant d^attendrir l'un ou l'autre, offrant même, malgré sa pauvreté, de rej>rendre sa fille et de la nourrir. }Êm c'est en rain. La loi est là. et le mari s^est prononcé: Fépouse et Fenfrnt «loivent lui être remis. L'ivrogne, qui ne tient pas à F enfant, le jette à son aTeule et il se saisit de sa femme qui frémit comme le patient sur lequel le bourreau met la main.
Il sort triomphalement, chassant devant lui sa rictime
que poursQÎvent les huées du public. Les gendarmes sorveilleiit le cortège et Tordre de la marche, car le commissaire, en homme prudent et qui ne s'écarte jamais de la légalité, a pris le devant pour opérer la réintégration de la fugitive au domicile conjugal. Dans n sollicitude et son amour des bonnes mœurs, il a néme prescrit aux gendarmes de surveiller le logis pendant tout le reste du jour , de peur qu'elle ne s'échappe de nouveau. Mais la précaution est inutile. Menacée à la fois par les gendarmes et par la populace , injuriée , poussée , frappée par son bourreau , qui de temps en temps, de la pointe de son gourdin, d'un coup de poing dans le dos ou d'un coup de pied dans les reins, hâte la marche et redresse ses jambes qui ploient , c*est à demi-morte qu'elle a passé ce seuil.
Les curieux restent à la porte , espérant que la danse fi commencer et qu'ils pourront en avoir les prémices, an du moins jouir de ses cris. Mais ils sont trompés daosleur attente, et l'autorité, pour que le mari ne soit pas troublé dans l'exercice de ses droits d'époux , a fait fermer les portes et les fenêtres. Nos amateurs n'enlenfirent rien. La victime, évanouie dès le premier coup, i^eut pas la force de crier et perdit le sentiment de ceux qui suivirent.
Malheureusement sa constitution était forte , le sentiment revint. Alors Dieu sait les tortures qu'elle endura pendant quatre jours: des coups sourds, puis de longs gémissemens et enfin des cris plus faibles furent entendus soir et matin. Le cinquième, ils cessèrent entièrement.
Les trois jours suivans , tout resta silencieux duns le logis; et on la croyait morte, quand, chassée par le besoin, elle reparut tigrée, zébrée, bossuée, couturée : elle n'était qu'une plaie. Véritablement, il ne mentait pas celui qui disait qu'elle avait la vie dure!
C'était un peu de pain et d'eau qu'elle i^eniâi chercha. Son mari n'était pas rentré depuis soixante lieurea, et h croyant morte sans doute , il ne lui avait laissé oî m goutte d'eau, ni une once de nourriture.
L'infortunée supportait ses propres maux ; die ««ntail qu'ils allaient finir. Mais le souvenir de son esdaat et 11 crainte qu'après elle ce ne fut sur lui que tombât la ragl de Fivrogne, la poursuivait. Profitant donc de l'abseon de celui-ci et soutenue par une voisine à peu près àm la même position matrimoniale , elle va trouver le nO" gistrat; et lui montrant son corps saignant, ses os brisé^ et lui répétant les menaces de mort qui lui sont £ÛU| journellement, elle demande, poiu* elle et son enfant, protection à la loi.
Le magistrat lui répond : « La loi punit le crime d ne le préjuge pas. Vous vivez, il n*y a rien à fsdre : on ne peut punir un époux pour avoir donné un soufflet à m femme. Or, le nombre et la nature des coups ne changeflft rien, au fond, à la question. Qu'il frappe avec un plumeai ou avec une bûche , qu'il vous fasse une égratignan| avec le bout de l'ongle ou qu'il vous écorche vive aveo un scalpel, c'est absolument la même chose aux yeux da législateur. La loi ne saurait tout prévoir ni faire «a tarif des sévices de ménage. Mais qu'un seul de ces sévices» que le moindre de ces coups vous donne la mort, le lendemain, que dis-jc, cinq minutes après que votre dëeis sera juridiquement constaté, la justice reprend ses droitl et son glaive sera suspendu sur la tête du coupable. I ne s'agira plus que de trouver des témoins et de prouver la préméditation. Reposez-vous , à cet égard , sur am zèle. Aux horribles contusions dont vous êtes couverte i il est facile de voir que vous êtes au terme de vos souffrances , et que bientôt cet hontme brutal aura à répondre de ses actes. C'est par une idée heureuse et
HAT fié
luflice vous sait gré , que vous arec £adltté sa TOUS présentant à elle dans un état qui n*a pas e commentaire et qui , je le rép^e , amionee le I dénouement de ce drome.
\ doute votre famille et vons-inéme ponviex désirer iénouement fût autre, mais que pourrait-H être? tse ou la séparation. Le divorce n'est plus dans , et la séparation n'est pas dans la conscience istrats : elle blesse la morale et Tordre public, itrez donc dans le domicile conjugal dont vous à été trop long-temps éloignée, car si votre mari 'ous réclamer ici , mon devoir serait de vous ! en son pouvoir; et en cas de résistance de lit , de vous y contraindre par tous les moyens . et même par la force. • Et là-dessus , il hii fit ! quitter son cabinet.
luvre femme obéit et retourna cbez elle. Elle rait plus sortir vivante. Mais ie dénouement fut )mpt encore que 1^ magistrat ne l'avait prévu, H-enant au cabaret la démarche qu'elle avait faite, i , qui la croyait morte depuis trois jours , l'ai soir même.
it tenu sa parole, la justice tint la sienne : il fut jugé, condamné, pour meurtre par imprudence, mois de prison. Il n*y a pas de mal ; il pourra , le serrurier, épouser sa seconde, pensez peut-être que ceci est une hisftoire faite ir? Oh! que non. Le conte de la Barbe-BlMte is si conte que Ton paraft le croire ; et les mar- 5 lemmes et d'enfans que la justice atteint ne sont bien petit nombre. C'est qu'en France, les aMissommis à coups de poings , à coups de ipieds , à de barre de fer , ne 'comptent pas, pas plus^ (fat a'oB exécute à 'coups d'épingles o« p» la pifvatioA
de pain , d^air et d'eau. La justice ne connatt que troii moyens de tuer : le couteau, le fusil, Tarsenic. Hors ds là on meurt toujours de mort naturelle, ou comme nooi venons de le dire, par imprudence; et Fimprùdent, cpn en est quitte à peu* de frais, est aussi toujours dispose i recommencer.
La marche est donc bien tracée pour quiconque a aiM femme dont il veut se défaire. U peut la tuer à coiipi de bâton. Le public et la justice n'y verront qu'ai accident ou une mort naturelle.
L'opinion est non moins indulgente sur l^abitode qu'ont certains maris du peuple d'appliquer à leur seul usage tout ce qu'ils gagnent , et de laisser leur femme et leurs enfans s'en tirer comme ils peuvent. U en est même qui , ayant des épouses actives et laborieuses, se font nourrir par elles , sans jamais mettre un sou dam la communauté. Leur femme est leur métairie : ils se sont faits rentiers, ils mangent, boivent et dorment Vrais chanoines du prolétariat, leur vie est douce, el pourtant, chose incroyable, leurs femmes n'en sont pas moins battues. « Ah ! quelle porte j'ai faite , s'écriait m de ces faineans qui avait laissé mourir la sienne à 11 peine ; quelle perte ! il faut maintenant que je gagne mi vie! »
Quand ces faits sont fréquens et à la connaissance d( tous, comment se fait-il qu'on ne puisse pas citer ni seul cas où la justice soit intervenue en faveur de l'époust opprimée, de l'épouse pauvre, s'entend. Quoi', lorsque la loi oblige le mari à défendre sa femme et à la nourrir on lui permet de la rouer de coups ou de la laisse) mourir de faim, elle et ses enfans ! Oublions un instan les préjugés populaires et tous les dictons de vaudevilk ou de cabaret sur les défauts des femmes et les droit des maris sur leur peau et sur leurs os ; envisageon!
la question sous son aspect moral et pesons-en aussi les conséquences sociales. Quoi! battre une femme ce n'est rien! Quoi! avilir réponse et la mère aux yeux de ses CBfans , leur enseigner , par votre exemple , vous père , TDus chef de famille, Tabus de la force, la violence, la cruauté , ce n^est rien ! ! Moi, je dis que c^est beaucoup. Battre une femme est une lâcheté , battre la sienne est no crime ; oui, un crime, quels que soient ses torts. Estelle adultère, Favez-vous surprise dans les bras d'un autre, répudiez-la, si la loi vous le permet, mais ne la dégradez pas.
La frapper comme un vil animal, c'est plus que la tner, c'est l'abrutir , c'est la mettre plus bas que la GUe des rues, que la dernière des créatures; car cette fille des rues vous n'oseriez pas la frapper. Si vous le faisiez, die vous traduirait en justice, elle vous ferait condamner à des dommages et intérêts. Elle pourrait fuir, au moins, lais réponse, enchaînée au domicile conjugal, ne le peut pas. Et c'est quand cette loi la he et vous la livre sans défense que vous la torturez , et vous ne le faites que parce que vous le pouvez sans danger, que parce que eette loi aussi dit, en trouvant encore un reste de vie dans ce corps sillonné de blessures: Ce n'est rien y c'est un mari qui a battu sa femme.
Selon moi, la législation laisse ici à désirer : peut-être même est-elle à refaire; et puisqu'elle défend à l'époux de coudre l'épouse dans un sac, comme en Turquie, et de la jeter à l'eau , elle ne devrait pas permettre de la tuer en détail. Elle ne devrait pas souffrir davantage qu'il la laissât mourir de faim. Çst-ce que , dans Tune ou TauU-e circonstance , le magistrat ne devrait pas intervenir d'office? Est-ce que le tribunal, devant la notoriété Fublique , ne pourrait pas prononcer la séparation de <iorps et empêcher ainsi qu'un de ces corps ne brisât
Pautre? Est-ce que là De seraient pas résprit et la lettn de la loi?
Si l'usage nous fait considérer les sévices de marié femme comme choses indifierentes et excusables, n'est-tt pas par le plus pitoyable abus du raisonnement , par te j plus indigne oubli de toute pitié? Chez certains peapleii aussi, on regarde comme chose indifférente de rôtir mi homme ou de le taillader.
An lieu de sévir avec une rigueur implacable contit des délits sans portée , délits de convention , qui soit répréhensibles sans doute , mais qui pourtant ne blessent que les droits du fisc , c'est sur ces crimes de lèsehumanité que je sévirais; c'est contre ces hommes që abusent de leur titre d'époux et de père, c'est contre on lâches qui frappent jusqu'à la mort des êtres foibles et désarmés, c'est contre ces ivrognes féroces qui, toujoun excusés , semblent avoir acquis, avec rimpunité,le prî- j vilège du meurtre et le droit de s'abreuver de sang et de larmes quand ils sont soûls de vin. Ah! si quelques exemples étaient faits, si la loi, trop long-temps sileii- • cieuse , parlait enfin ; si , en se gorgeant d'alcool , le buveur éhonté savait que l'ordre public l'attend à la i porte du cabaret et va lui demander ce qu'il a fait de | sa raison ; si , au premier cri de la femme ou de l'enfant \ qu'il déchire , cet ordre protecteur du faible mettait la main sur le bourreau et lui faisait expier, par quelques jours de cellule , de pain et d'eau , ses velléités sanguinaires , l'habitude lui en passerait bien vite , et nous m verrions plus tant de ces cruautés, de ces douleurs, de ces misères dont ici, avec des couleurs si sombres, nous n'avons pourtant donné qu'un faible aperçu : cniautéf • qu'on pourrait à peine croire, si les preuves n'en étaieat partout , s'il ne suffisait pas d'interroger le premier itiénage de ^pauvre, ou mieux encore, la notoriété po-
tique ; enfin , si clnique jour de Tanoëe , il ne pétrissait » sous nos yeux quelques-unes de ces victimes de la ^ravation et de l'ivresse.
1 quoi sert la civilisation , s'il s'y commet plus d'à- 9d\és que dans la barbarie, et des atrocités plus dies? A quoi bon la loi, si, entourée d'obstacles, bardée avoués, d'avocats, de greffiers et d'écritures, on ne peitf I implorer le bénéfice que l'argent à la main? Alors le n'existe de fait qu'on faveur du riche ; elle ne pro*pt que le fort , elle n'est point pour le pauvre , ei la wive la voici : ^
Vous avez vu l'indifférence des agens da la forée ibiique, du commissaire, du juge, pour les souffrances \ la femme du peuple. Vous les avez vus, d'un commun tord , lui refusant leur appui et la rejetant k soq •rreau. Eh bien ! supposez que cette femme ainsi Vrtyrisée soit riche, quVile ait un nom, un rang, une aille , croyez-vous que son supplice eût duré une maine ? Non ; celte même force publique, ce commisire, ce magistrat, ces juges se seraient levés en m9sse xir arracher au monstre sa victime; et, à défaut, tous K journaux auraient tonné contre l'ogre. Oui , tnndis que dans npe ville il y a cent femmes ^vres journellement maltraitées, battues, déchirées par «r mari , il n'y en aura pas une seule appartenant à I dasse aisée, à celle des gens dits comme il faut , qui prouvera un traitement semblable ni même qui en proche. Cependant les femmes de cette classe ont aussi Ici maris ivrognes , sanguinaires , féroces , des maris VU, eux aussi , se feraient un plaisir de les torturer, ^rquoi donc s>q gardent- ils; pourquoi, lorsqu'ils ('givrent, ne soqt-ils pas ce que sont les autres ivrognes? C'est que l'ivrogne lui-même a le sentiment ^ u oonservfljlion» L'ivrogne peuple n'a rien i ereindre ,
puisqu'il n'a rien à perdre : sa femme n'a nî rang , m nom, ni or pour se défendre. L'ivrogne riche se rappdlè que la sienne a tout cela; et ne Teût-elle pas, il sait que sa propre fortune répond pour lui et qu'il lui faudra payer chaque coup qu'il donnera. On veut bien battre ' sa femme , on veut bien la tuer , mais on ne veut pas qB'il en coûte.
Que celui-ci, comme l'autre, soit sûr de l'impunité; que , pas plus que l'autre , il n'ait rien à redouter de l'opinion , et l'on verra si la femme titrée sera ptn ménagée que Tartisane. Le malheur* de celle-ci , loi cruautés dont elle est victime naissent donc évidemment des causes que j'ai déduites et que je résume ainsi : ■
1* L'indulgence qui excuse les fautes commises da l'ivresse.
2" Le préjugé qui ne veut pas considérer comme ifr (âme l'homme qui abuse de sa force pour maltraiter ihto femme. '^
3* La faiblesse des agens de l'autorité et des magistrats eux-mêmes qui, jusqu'à certain point, partagent ici les superstitions de la fouie.
4* L'inexécution ou Tinsuftisance des lois et surtout cet entourage de frais qui rend un tribunal inabordable pour le pauvre et la justice trop chère pour sa bourse.'
Les remèdes sont :
V L'annotation et, en cas de récidive, remprisonnement de tout individu rencontré ivre dans la rue ou dans un lien public.
2* La poursuite d'office de tous les sévices ou coups portés à un être humain quelconque. Punition double quand le fait aura été commis dans Tivresse.
3* L'exemption de tout frais pour les pauvres qoî portent, devant un tribunal, une plainte fondée.
Les coups sont bannis de notre code pénal, de notre
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eode militaire et même de notre code d^esclavage. Il est temps qu'ils soient bannis de nos mœurs. Je le demande, a-t-on jamais rendu un être meilleur en le battant? Non, fu plus un enfant qu^un cheval : on rend l'un méchant et sournois , et Pautre rétif. Il n'est pas un meurtrier qni n'ait commencé sa carrière de crimes par un coup de poing ou une bourrade. Si , dès ce premier fait, on lui •?ait lié les bras, il serait peut-être honnête homme.
Il en est de même de l'ivrogne. La première fois qu'un iMNDme s'est enivré, si le magistrat l'avait admonesté, fl serait resté sobre.
Je ne peux trop vous le dire : réprimez d'une main lérère l'ivrognerie et la brutalité, réprimez -la dans traies les classes , et tous pourrez alors arriver à la Qf iiisation véritable. La vOtre , ou ce que vous nommez iei, n'existe de fait que dans la minorité de la nation. li majorité barbare ou corrompue est , par son ignonoce, sa cruauté et sa stupidité, au-dessous du sauvage Béme.
Voyez : Ivresse, circonstances atténuantes.
BEAUTÉ. L'homme , dans sa modestie , a pris sa forme comme type de la beauté. Aussi, en a-t-il revêtn h divinité. Si la mouche avait conçu l'idée de Dieu, elle aussi l'aurait peint à son image.
Un homme ne peut jamais être beau pour une mouche.
hrar cette mouche , Vénus et Apollon sont des êtres
ttonstrueux , informes , hideux , comme elle-même l'est
poor ce ciron cent fois plus petit qu'elle.
Prenant les choses telles que nous les avons faites
et nous posant comme type de la perfection des formes
vivantes, nous dirons : la beauté inspire l'amour ou Fad-
Biration , et quelquefois l'un et l'autre.
EUe inspire Famoiir quand il s'agit d'uAe f^mme.
L'admiration quand il est question d'uo mouuoieiNt oq d'un astre.
EuOn, elle inspira à la fois Tadroiration et ramoir, quand Tobjet vivant est à nos yeux un çhef-if«aivn di j grâce, de grandeur H de beauté.
Mais quVst-ce que la beauté?
La solution n'est pas facile. La beauté réelle ou eélesie, celle qui est basée sur le vrai., est toujours la beanté, quels que soient le tcDoips , le lieu et l'œil ^m la tm* sidèrent.
Pour i'individu terre<;tre, pour l'boKKne, la \>emié jest. chose Uès-variable , parce que l'bonupe j4ige qioiiM m qui est que c^ qu'il sent, et qu'il sent plutôt d'apnly ^s babi tuiles et ses préjugés que par sa BMure ou p» le rapport effectif qii'i existe entre lui et £)e qiii «fft» Par conséquent In beauté ou la iaidem* des femmes, q/i | semblent cliose si positive, ne sont pour Uà'\, dans bicf * des cas , qu'affaire de convention ou quelquefois de jSff^ timent. Cette femme est pour nous la plus belle, f^yrce que c'est celle que nous aimons le mieux. Ne l'aimonsnous plus , c'est la plus laide. J'ai donc eu raison de dire qu'il était m;d aisé de doGnir ce qui coQSjUtiiait j pour nouç la beaiité d'une femme. ^
J'ai entendu un voyageur af&ntier qae le pays oi les femmes étaient les plus belles rétait l'Abyssinie; let chacun de lui rir^ au nez quand il ajoutait qu'elles étaient d'un no^r d'ébène. Ces rires élaieB.t<-i|s |^ fondés que ne l'auraient été ceux de l'Abyssinien <Ievi^ qui on aurait djiit que la bc'auté n'était compPtiiJile qulavjBp la blancheur de la j^au, La couleur est çurloutja partie c()uv<ei)tioiirve|lie d^e J^ beauté. Celle d'une iemufi €QU$i^ privcijxaU^Q^l^l; idays l'élégance d^ tormo» ^ h r^Mtoitié des traits.
BBA l&S
il y a des femmes jatHies , bronzes , rouges et chottkty et je suis convaincu qu'elles peuvent être tout aossi belles que les plus blanches ou les plus noires, et qu'un cercle composé de beautés de toutes couleurs ^rrait , préjugé à part , ofiPrir un spectacle tout aussi séduisant que nos bals le mieux parés et le plus à la •ode. Ce qui me le fait croire , c'est que Mahomet, qui 8^ connaissait, » orné son paradis de femmes de toutes les nuances.
Nous venons de dire que la beauté consistait dans Pélégance des formes et la régularité des traits. Cette iéCnition , sans résoudre la difficulté , en soulève une litre ; car on nous demandera : qu'enlendez-vous par âégance des formes et régularité des traits?
Un Lapon dira à sa maîtresse : « Vous avez trois CMidées de haut, vos yeux sont deux lignes presqu'imffreeptiblfs, tos joues proéminentes se marient bien à Mtre menton pointu , votre nez épaté s'étend agréable* •ent sur vos joues d'im vert olive , et votre bouche leaible vouloir mordre vos oreilles. Vous ne ressemblez 01 rien à ces filles du midi que la nature a traitées en ■irâtre, en leur donnant de grands yeux, de petites bouches et un nez fin. »
On dira que ceci n'est que badinerie et qu'un Lapon iTa jamais parlé ainsi à sa Laponne. Cest possible , passons dose à d'autces.
Les femmes des Samolèdes, quoique blanches, ont le trin noir. Les hommes ont les jones boufGes , le front bas, les yeux fauves, le teint basané. Il y a pourtant ^ amoureux et des passions dans ce pays comme dans le nôtre, et dès lors ces figures étranges ont tMri leuf charme^ S'il n'agit pas sur nous , est-ce h huté de ces figures ou la uOtre ? Et ne pourrai t- •■ pas nom rétorquer rargometit? Celte nymphe , dont
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la taille longue, fine et plate fait tourner toutes les têtei à Paris, en ferait-elle tourner une seule chez les S^ moièdes ou même chez les Turcs où Ton n'apprécie k beauté qu'au poids?
Cette admiration pour les os n'a pas toujours ezisM chez nous. La maigreur et Fembonpoint y ont altenuK ti?emrnl eu leur règne. Lorsque , sous la régence , k mode était d'avoir, comme objet de luxe et d'ammblemeiiti une fille de l'Opéra , le ncc plus ultra de l'élégance Mk de ravoir aussi maigre que faire se pouvait; et la jikm étique était toujours la plus chère.
Pins tard , on en est revenu à l'embonpoint. Il lut fort ' bion payé à son tour, et les femmes qui n'en avaient pM s'en faisaient un factice.
Je ne sais si aujourd'hui les os ont repris faveur, mak les toilettes tendent toutes à faire ressortir les angles.
Le goût des os est d'ailleurs tout spécial aux Françak; C'est à eux qu'on doit la Venus squelette. Chez kl. autres peuples , quels que soient les préjugés sur k ' couleur , la peau et les traits du visage , on ne sépare guère la beauté d'une honnête rondeur. Si je ne mê trompe, ce culte de la maigreur en France a dû, dam -, le principe, venir d'un homme gras. Le contraste est, cm i le sait, un des premiers talismans de l'amour comme de l'amitié. C'est ainsi que nous voyons les individus de haute taille donner la préférence .aux petites femmes et les petits hommes s'éprendre de la virago.
Cette séduction du contraste a pourtant ses limites; elle ne dépasse jamais certaines proportions. Le goût do grand ne s'élève point chez l'homme jusqu'au colossal et ne descend pas jusqu'à l'exigu. On ne cite ni géante ni naine qui aient fait une passion. Cependant la naine aurait plus de chance que sa concurrente. L'enfant trouve de la beauté chez sa poupée, parce qu'elle est migooQoe
BEA. va
w quMIe se rapproche de sa taille. Mais donnez à cette oénie poupée la corpulence d'un tambour-major, il en lora peur.
Les yeux de cette femme sont réputés beaux , parce fQ% ont un quart de ligne de plus que les yeux d^une autre. Mettez un quart de pouce, et elle vous paraîtra un Bonstre.
Ce que nous ne mettons pas toujours en ligne de compte quand nous nous prononçons sur la beauté, c'est riofluence de Tentourage. Nous oublions souvent ce pniferbe : Dans le pays des aveugles , les borgnes sont rois, (Test ainsi que les voyageurs nous ont fait la description ittrayante de la beauté des femmes de certaines îles kiotaines ; et Tune de ces beautés , amenée en Europe , l^CBt trouvée être l'analogue d'une guenon ou à peu |iès. Alors on a crié au mensonge , et pourtant personne iliivait menti. Le voyageur avait vu la jeune sauvage au ■lieu d'un groupe d'autres filles pins ou moins hideuses. IPayant, depuis des mois, rencontré que les figures gou- Ironnéos des matelots, une face un peu moins sale, un pea moins jaune , un peu moins rogue , un visage de femme cnOn, lui a semblé une beauté accomplie.
Le désappointement n'est pas même étranger à nos piys : tel amoureux qui n'avait connu sa maîtresse qu'an village , où il n'y avait qu'elle à marier , croit épouser h reine des belles. 11 épouse, en eifet, la reine des belles de Pendroit. Mais an premier déménagement , il n'en peut croire ses yeux : il lui semble que le nez de sa kmme s'est alongé, que sa bouche s'est agrandie, que les yeux se sont rapetisses, entin que son ensemble est devenu rustique et disgracieux; pourtant rien n'a changé <iue le cadre.
Un homme ne peut d(mc pas «attester qu'une femme est belle lorsqu'il ne l'a vue qu'entourée de laides ;
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Comme il pourrait ëgalemrnt se tromper ffi ^«fifiill de laide celle dont la compagnie ne se coiiipoderaif que de divinités. Ceci explique Tinconslance en amour. 1 est évident que si ce qui est vraiment beau bous panissait toujours tel , noos ne le quitterions jimiais pour k pire. La disposition physique , le tempérmnent si fêi a veut, peut, non moins que Tencadrement , contribuer à * nous faire paraître une femme belle on laide. Un éCialier de rhétorique ne croit pas aux femmes laides: tiMle femme, pour lui, est belle on jolie.
Plus tard, Tbomme éprouve le sentiment opposa? te malade qui a la jaunisse voit tout jaune. Il y a inaà des individus qni voient tout laid. Ils fH'étettdent ^ntf le à monde dégénère » qu'autrefois toutes les femmes t^takMI charmantes, qn'aojourdliui toutes sont le contraire. 0^\ ^ns-1à bientôt ne croiront pas plus à la jeunesse qol la beauté. La raison , c'es.t qu'ils sont devenus vient Û laids.
Le demi-jour est favorable à la femme. Il y a beancoèj^ de belles de nuit. La trop grande clarté , comme la Wtf grande puissance du regard , fanerait les fleurs les plot fraîches. Supposez que nos yeux, acquérant la force d'n microscope solaire, nous £ass(mt voir toutes les imperfections, toutes les rugosités, tous les animalcules qai couvrent la peau la plus nette ou la plus satiaée ^ aè en serait la beauté des femmes?
Où seniit-clle- encore si , analysant les traits d'une iigure, nous pouvions saisir ses rapports avec la pensÀ et reconnaissions que ce sourire caressant , que ees regards attractifs ne sont souvent que le voile de Fenvif, de la fourberie et de toutes tes mauvaises passions? Hélas! ces traits si beaux en apparence, nous oiTriraieit tous les étémens de la laideur.
En déûuitive, quel est le principe de la beauté comoe
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k h laideur? L^ame. Oui, In benntë physic^e n'est que b réalisation de la beautd morale ; c'est son rcfli^t «qui ^ jfté ail dehors, s'y constitae et s'y maintient.
Si cet enfant est né beau , c'est que sa nainre primitive est bonne. S'il déprave cette nature , sa beaulé dteneore peut exister encore « mais peu à pen elle se BodiOera ; et bientôt elle révélera à l'œii de l'observatmr une expression qui ne sera pitis la beauté et qui, à force de contracter la physionomie , s'imprimera sur les traits mêmes et y restera. C'est ainsi que la beauté éerifnt la laideur.
Le contraire pent arriver. Cet être né arec une apparence repoussante , parce qu'il a les germes de tous ks vices, pent, en étouffant ces vices, en les remplaçant fir des vertus, acquérir une figure qui< laide encore am )n*mier aspect, n'en offre pas moins, quand on l'étudié, ies beautés réelles. Celte beauté et cette laideur ne feront pas celtes qu'on nomme artistiques; muis rapydons-nous que nos yeux sont faibles et nos préjugé» (rands.
Eu résumé, tenons-nous en garde contre toute pre^ Bière impression, quand il s'agit de prononcer snr la hiaiité on la laideur. Sinon nous nous mettrofns souvent lins le cas de nous eoitt redire nou^-mémes et de eon venir fie nous avions déclaré beoM ee qui est laid et laid O0 qui est beau.
BÉCASSE. Cesft un oiseafu qui a de gros yeux , de fines jambes et un long bec, qui niche dafis les bois et naBge des vers dans kâ marais ou ailleurs , quand il « trouve.
Ufte bécasse est aussi une créature humaine portiM iiq^ j qui tient éë ia béguedle et de la eluiûe : deœt
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espèces plus commanes en France que dans aucane antrt partie du monde.
La bécasse humaine, comme les deux rariëtés dont elle se rapproche, tient d^ordinaire aux classes aisées de la société. Elle y naU de la sottise des pères et mèici et se perfectionne de celle des maîtresses de pension, <m plus tard , des soins de leurs maris , quand elles ci trouvent.
H est des bécasses qui ne le sont que par ton et seulement aux jours de fêtes. En quittant leur robe de bil, elles dépouillent aussi leurs griffes et leur bec , et redo» viennent boimes femmes. C'est qu'elles n'ont de bécasse que la mine.
Quant à la bécasse pur sang, la bécasse. de fonds, c-est autre chose. Agréable aux étrangers, elle réserve son humeur bécassière pour Fintimité et les paréos. C'est, de tous les oiseaux , le plus difûcile à vivre.
Chaque créature a son vice. On le connaît et l'on s'ca gare; on le guérit m^me quelquefois, mais la vraie bécasse reste toujours telle. Sa bécasserie croît même avec l'âge : ridicule dans sa jeunesse , l'âge mûr la rend insupportable.
Arrivée à ce point, sa maison n'est plus tenable. U seule chance de salut qui reste à son mari on à sa femitle , c'est qu'elle prenne un amant. Alors ayant une chair à déchiqueter, s'acharnant sans répit sur le malheureux , elle n'aura pas le temps d'en becqueter d'autres.
H est vrai que la réaction est terrible quand, l'amant réduit en miette, la bécasse ne trouve plus matière i larder, ou ce qui est pis, lorsque cet amant, s'arra* chant à son supplice , l'ubandoune. Malheur au mari , malheur aux parens, malheur aux domestiques, la bécasse devient véritablement enragée : piquant à droite, piquait
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i gauche, devant, derrière, par tous les bouts, semblable k iiD chardon , on croirait quelle ifest que pointes , griffes et bec.
Cependant il peut arriver que la bécasse se fasse dévote, non pour être martyr, mais pour en faire. Elle y est vraiment experte , et jamais les bourreaux d^Antiochus ni les tortionnaires de Caligula ne s'en tirèrent mieux.
D'après cet exposé, on sent tout ce que la physiologie de la bécasse pourrait présenter d'intérêt et combien de Mènes dramatiques, tragiques même en surgiraient. Mais c'est un travail que je n'ose entreprendre. La bécasse D'est pas facile à peindre ; car si vous la peignez de proGl, elle prétend que vous lui avez fait un nez trop k)Dg ; si vous la peignez de face, elle croit que vous ne ki on avez pas fait du tout. Il ne reste donc plus ({u'à Il peindre de trois quarts. Mais ne dira-t-ellc pns que fDus lui avez fait ce nez de travers? Tout ceci pourrait knner lieu à discussion, et pour rien au monde, je ne voudrais me faire une querelle avec une bécasse.
Laissant donc son histoire à faire à nn plus brave , BOUS passons à la bécassine.
La bécassine est un diminutif de la bécasse , diminutif çii peut lui-même se partager en trois nuances : double bécassine, bécassine et bécaut.
La double bécassine est une puissante demoiselle qui n'attend qu'un mari pour devenir bécasse. C'est la bécasse en chrysalide , mais bécasse au fond , bécasse de cœur et d'ame. Elle n'a de bécassine que les plumes, et elle parviendra certainement au premier emploi du geere , si les circonstances s'y prêtent , c'est-à-dire si Tépoux vient ; car le mariage est indispensable pour donner à la double bécassine tout son développeinent physique et moral.
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D'aillonrs, elle n^est pas, phis que la bécasse, sensible 9 Famour ou à ramitié. De même que tous les oiseaux de son espèce , sa sensibilité n'existe que dans la \mik de son b(*c.
La bécassine simple, on bécassine pitrpreinent dite, Al «ne espèce distincte et de mœurs quelque peu difTérenles» BUe est moins forte au nioral ,. car la taille n^est pn toujours ici une indication suflisante. Les bécasses les plus redoutables, les plus féroces sont parfois les plus petites en apparence. Je dis en apparence , parce que sous cette faible enreloppc elles sont tout muscle» tant nerf, loul bec.
II n'en est pas ainsi de !a bécassine simple. Elfe ne devient ni bécasse , ni donble bécassine ; elle reste ce qu'elle est. Quelquefois même , si sa béca^serie ifeU qu*une suite dé réflucnlion , elîe passe avec l'âge.
Le bécaut est la bécassine qtii sort de l'œuf. Cest oM (>etîte fille bien frisée, bien pomponnée, bien grimacière^ et que sa mère, bécasse elle-même , dresse pour sa Survivance. Le bécaut, selon ses dispositions^ naturelles, deviendra bécasse, donble bécassine, bécassine ou resten bécaut. C'est au temps et aux circonstances à en décîder.
Nbus allons maintenant poser une question grave ôt qui pourra fortement intéresser les naturalistes, potn lesquels spécialement nous écrivons ces lignes. Cetl( question la voici : Y a-t-il des Wcasses mâies ?
Nul doute que la solution ne doive être âfOnkiativé. La preuve es! la continuité de Tespèce.
On me dira qriVlfe peut venir de greffes et de botilures. Cela e^t vrai aussi ; mais je dirai l'un n'empéclK (ms l'autre, et quiconque a Ta moindre notion de (yfiff- ^ne le dira comme moi. U f a doUc des bé^as^iis mâles. Si on ne les reconnaît pas totrt d'abof^, M
qae tfurs facultés 9*exerccnt sur d'autres élémens et eouséqnemineiit d*unc antre manière.
La béeassfrie (W hommes a des ronséquences sinon plus graves , du moins plus immt^dintes. Un coup de bec attire parfois un conp dVpëe, ou à dt^faut, un coup de poîng , et ce qui est pis, un ridicule. Aussi rhoiimie bécasse n'ose pas trop le paraître, fl bécassera à huisdos avec quelques amis qui cesseront bientôt de Tétre.
Réduit à bécasscr tout seul ou en famille , Thomme bécasse, gêné ainsi dans sa natnre, change de caractère. 1! se fait sournois, grondeur o.u hargneux ; il querelle sa femme, il fouette ses enfans; ou s'il est garçon et s'il «! croit fort au pistolet ou à Fépe'c, il s'aventure jusqu'à devenir duelliste. Toutefois ce n'est pas sa vocation, car i le duelliste n'est pas toujours brave, l'homme bécasse est ordinairement poltron. La bécasserie de l'homme est donc incompatible avec certain état. Les bécasses mili«bires sont rares. Je n'en ai connu que dans les étatsiiajors.
L'administration en compte beaucoup plus. Le nombre de chefs et de sous-chefs bécasses est fort considérable dans tous 1 s ministères et directions générales. 11 semble néme , dans certaines parties financières , que bécasser fsl un des devoirs de l'emploi , une portion essentielle des fonctions. Bref, il y a beaucoup d'administrateurs bécasses.
C'est à eux prineipnTement , ainsi qu'aux chefs de dîtlsion, qfû'oti doit, sinon Pinventîon, du moins le perfretionnement dtt style bécasse. Inconnu sous l'empire, M a commencé à paraître sous !a restauration. Mais c'est tDrtout lors de h monarchie citoyenne qu'il a fait des lHt)grès et qu'il est enfin arrivé à toute la perfection fcfit il est susceptible.
Le style bécasse consisté à saupoudrer de mots pointus,
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torlus , crochus , toutes les instructions , lettres et drculaires. Ces homélies bécassières portent à la peau et causent souvent des démangeaisons assez vives.
Le style bécasse a d'ailleurs pris le nom de sa spécialité : on le nomme aujourdUiui style administratif.
Cest sous cette dénomination qu'il a été adopté par la république de février, avec cette simple variante: Libeué, Égalité, Fraternité, qu'on a mise en tête dei missives.
On parle aujourd'hui de l'introduire dans l'armée, comme parfaitement, propre aux ordres du jour et à la correspondance militiire.
La bécasse administrateur , la bécasse chef de bureau, ne se borne pas à correspondre, elle a aussi ses exercices de bec qu'elle pratique , dans ses momens pordus , sur le dos des commis , principalement des commis d^ordre, ^ expéditionnaires , surnuméraires , et à défaut , sur les solliciteurs.
Se inéprenant sur l'apparence , ladite bécasse chef a quelquefois tenté de s'exercer sur de plus gros morceaux , tels que députés , représentans et autres qui viennent picorer dans les bureaux. Parfois elle y a réussi; mais plus souvent la chose lui a tourné à mal, son bec n'étant pas assez fort pour entamer des peaux si dures.
Une chose vraiment étrange, mais dont la réalité e^ malheureusement démontrée , c'est que ta carrière des arts est essentiellement favorable à la bécasserie. Le nombre des bécasses , bécassines et l)écauts que présentent nos théâtres tragiques, comiques et lyriques, est presque fabuleux. H semble que l'huile essentielle de l'oiseau et son instinct bécassier s'y soient attachés aux coulisses et aux planches ou qu'il en émane, car cela gagne jusqu'à l'orchestre , jusqu'aux ouvriers et cou-
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trdlpurs,et atteindrait les pompiers, si on ne les changeait pas tous les jours. Aussi, est-ce au th^^âtre et parmi les comédiens de Tun et Tautre sexe , spécialement parmi les comédiens chanteurs , qu'on rencontre la bécasse pyranitlale, la bécasse colosse ou phénix.
Nous avons, avec toute Timpartialité qui nous caraot^se, indiqué les bonnes et les mauvaises qualités de la bécasse , et nous sommes obligé de convenir que ces dernières, l'emportent. Cependant, malgré ses défauts, la bécasse a de nombreux partisans. Ce serait donc une erreur de croire qu'elle est proscrite chez nous ou qu'elle y soit persécutée. C'est plutôt le contraire. La bécasse o'est si commune en France que , parce qu'ainsi que la dgogne en Hollande et les cochons d'Inde en Weslphalie, die y est généralement tolérée et même encouragée. La iemière dont nous avons parlé', la bécasse artiste, y ttt même adulée ; oui , plus peut-être que la fauvette et k rossignol. Aussi l'individu qui n'a pas de talent y lopplée presque toujours avantageusement en se faisant bécasse, li se fait ainsi une position dans le monde et mkae un emploi lucratif: je connais vingt professeurs fai donnent des leçons de bécasserie à dix francs le Mcliet, et des chanteurs qui, n'ayant pour toute voix que Timmensité de leur bec et de gros yeux qu'ils roulent ivee accompagnement de geste, ont pendant vingt ans &it croire à tout Paris qu'ils chantaient, sans qu'âme qui Tive puisse se flatter de les avoir jamais entendus.
Eu résumé , la bécasse , tout ornithologiste vous l'attestera, glousse, piaule, caquette, pipe, siCQe, crie, mais Be chante pas.
La capitale qui a, comme on le voit, ses théâtres et M8 conservatoires de bécassinerie , possède en outre des ^blissemens particuliers ayant pour enseigne : pensionut de jeunes demoiselles, ou institution telle et telle. C'est
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de là que sortent tant d'oiseanit bîzaitft qui vont ensuite dans les salons, les promenades, h s cours et h) palais, étaler leurs plumes, exercer leur bec et ùépkiffit leur queue.
Malgré cette sorte d'estime et de considération qn^M accorde à la bécasse humaine dans notre sthïp, il Mt à croire que celte estime durera moins que ceNe bien pin réelle dont jouit son analogue sauvage qui , mise à k broche et servie à point sur une rôtie, est un moiten vraiment délicat.
BETES NUISIBLES. Il n'y a gu^re qne celles que nous rendons telles. Si les autres nous semblent Pétr^, c'est que nous ne savons pas les utiliser , et que noM tournons à mal ce qui leur avait été donné pour M bien ou pour le nôtre.
Parmi If s bétes nuisibles , on peut mettre en frt* mièrc ligne les chiens; non pas tous, mais les txdà quarts : chiens de chambre , chiens de cuisine ^ diiW errans, chiens flâneurs, chiens hurleurs, chiens fainéaffil, chiens gloutons, cl.iens enragés; lesquels, après atoîr passé leur vie à hargner , à manger ou à mordrK, finissent par mourir de la gale ou de la hart.
Un impôt sur les chiens serait un grand bienfait pour le pauvre, qui mangerait lui-même on laisserait a 9és '] en fans le pain qu'il donne à son roquet.
Ce serait aussi un grand < motif de sécnrité poof le passant qui, dans certaines villes de France, n'est jamais sûr de faire dix pas sans être dévoré. Mais n'eul-il été qte mordillé, que pincé du bout des dents, c'est déjà trop; car il est bien pen de personnes qui , à la suite ée sedihbiables caresses, n'aient eu, au moins une foiâ dans leur vie, la peur d'être enragées. Pour moi, je l'ai eue plus dé tfil.
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Je lisais qaetque part q«e les chiens coûtaient annuelkncnt plus de trente millions à la France^ Je sais coDfaincQ qne ce chiffre »*aara rien d^exngéré , si , aux frais de nourriluref , on ajoute ceux des dégâts que causent les chiens et les procès qu'ils entraînent. Dans bien des cantons, il fmdrait presque nn tribunal spécial paar juger les affaires de chien. Je pourrais citer vingt personnes que ces animanx ont brouillées : entr'autrt's, tin officier qui fat appelé en dœl et toé d'un coup dVpëe , pour avoir donné un coup de cravache an caniche de son eimarade!.
Combien de mauvais ménages les chiens n'ont-ils pas fait faire! Ils ont iffanqué ^ dès la première nuit de ses MOfs, de brouiller Napoléon avec Joséphine, dont le carlin Aiit d'urrei jalousie atroce.
Feat-étre ce même carlin , ou son successeur , a-t-il , |los lard, coulribué au divoroc et à ce qui s'en est aivi : consëquemment à la chute de Tempire.
Non, ce uTest pas en France qu'on doit des statues à feipèce canine; et si Ton réunissait les mUlions que les dkniils ée ses princes et les meutes de ses rois lui ont collés, (^ pourrait, pendant des années, nourrir tous ses pauvres.
Qu'on aille maintenant comparer la maraude des fouines, des renards et des loups aux maux que les chiens nous ont faits , nous font et nous feront encore. En vérité , ks Romains avaient raison d'avoir une dent contre cii, et les Chinois ne font que justice quand ils les ■angent.
Quoiqu'il en soit, je sais loin de dire qu'il faille les eitfmiiner. Non , nous ne demandons pas la mort dn pécbear. Je prétends seulement qu'il fau(?riiil les moraliser,
^esl-à-dire les engager à êlre moins désœuvrés, moins
■^ians , moins yagabonds , moins vorace» , moins
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hargneux , à faire en6n ud peu plus honoétement lev métier de chien. A la honte de leur espèce, plusieiii ont, dans ces dernières assises , été convaincus de eoi^ plicité avec les voleurs qui , à Faide d'une côtelette m d'un mou de veau, avaient acheté leur silence.
11 faudrait aussi en avoir moins , et k mesure da extinctions, ne donner le droit de bourgeoisie qu'à eeai qui pourraient justifier d'une profession et d'un domieilft '
Ceux-ci paieraient une légère patente, seulement couai garantie de leur bonne conduite.
Quant au chien fainéant , il serait frappé d'nne taB> proportionnée à son inutilité : sinon tenu de gagner a vie ou d'opter entre une corde et une boulette.
Si nous passions en revue tous les autres animini.ii favoris , nous verrions que les plus chéris ne sont pil-^ toujours les moins nuisibles. On aurait surtout beauooip ? à dire des chats, qui ont leur utilité sans doute, si ^ les laissait vaquer honnêtement à leurs fouettons. Ml eux aussi ont été pervertis par le favoritisme : crééi chats de chambre , ils ont dédaigné les greniers. N'étant plus chasseurs, ils sont devenus friands, puis gourmandi^ et, finalement, voleurs. Nous n'aurions pas fait mieux en leur place.
Voyez : Enfans gâtés.
BLTISE. Il y en a de beaucoup d'espèees : cdle^î agace, celle-là fait rire, cette autre enfin fait pitié. Mail la pire de toutes est celle qui engourdit, c'est la bétîK torpide et absorbante, qui peut elle-même être divisée en trois variétés : la bêtise bruyante et riante; la bêtise dédaigneuse et grimaçante; la bctise louangeuse et céximoniante.
La bêtise bruyanle et riante est celle de ce plaisant de
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Nciétë qui se bat les flancs pour faire rire, en corn- MDçant par rire lui-même. Farci de quolibets au gros Kl à peu près comme un dindon Test de châtaignes , le pos farceur n'est pas méchant; mais comme il ne cou- Mk pas bien la portée de ses gestes, ses &irces ne sont pu toujours inoffensives. En résultat , on est obligé k h ranger parmi les bêtes incommodes, parce que sa grosse joie vous attriste plus vite que ne le feraient ses Mpirs et ses sanglots. Si quelquefois ses lourdes bontides excitent le rire , c'est un rire pesant , une gaîté indigeste et qui vous reste sur Festomac , comme un i^on mal cuit ou une purée de grosses fèves.
Ajoutez qu'en barbottaut, ces gros imbéciles vous ttfoient souvent des éclaboussures. Trop heureux si leur Mrolte, véritable assommoir, ne vous tombe pas sur la Me, comme un pavé un jour de barricades. Il est donc hi de sortir quand ils entrent , ou tout au moins de 9 lenir à distance.
Toutefois la bêtise bruyante n'apparaissant que par mes, elle est moins à craindre que la bêtise dédaigneuse (t grimaçante qui dure toujours.
11 est des femmes qui ne sont ni belles, ni jeunes , ni ftrantes , ni même spirituelles , et dont l'aspect vous ^rise , vous jette en avant , vous pousse on vous CDtraiue et vous rend aimable presque malgré vous. 11 en Cil d'autres, au contraire, et l'espèce en appartient exclulivement aux classes élevées, qui ont tout ce qu'il faut poor plaire, jeunesse, beauté, richesse, qui néanmtnns Induisent précisément l'effet contraire. Telle est la bêtise torpide ou absorbante.
J'ai connu une femme jeune et belle, appartenant à une famille distinguée , et qui parvenait à exercer une influence inexplicable par sa bêlise même. Orgueilleuse iTexeès, elle daignait rarement parler. Mais à tout ce
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qu'on disait^ elle faisait une grimace dédaignifasf , €i bien haussait les épaules. Pins la parole dite était ta et spirituelle , moins elle la comprenait ; aussi plus tt grimace devenait profondément méprisante.
Quant aux dM)ses sérieuses ou savantes , dans soi orgueilleuse ignorance, elle n'y royait encore que sellai ou galimatias , et à sa mine méprisante se joigoaUsi bientôt des contorsions d^impatience.
Cette femme , sans rien dire , sans rien faire ^ mdift véritabirmeiit impossible toute espèce de cenvenntictfi elle jetait un voile de plomb sur ce qui Fentourait. IM hommes , quélqu'aimables qu'ils fussent , ne résislaiêit jamais à une dcmi-hrure de sa présence. En les Insant douter d'eux mêmes, si elle ne les rendait muets, elle Ul rendait sots.
Quelle était la cause de cet ascendant? J'ai era 11 deviner. Son dédain était de bonne foi : elle vofrfk véritablement de la niaiserie dans la science , de II bptise dans l'esprit. Un mot fin était pour elle un-ftoi sens ou un bavardage prétentieux. Enfm, elle ne faîsiit point la bêle, elle l'était.
Si j'ai cité une femme ponr exemple de la bélîse absorbante , il ne faut pas croire que la chose sok étrangère aux hommes. Il en est qui vous feront bâiller de cent pas. Certains députés exerçaient si puissjimmcat cette influence sur leurs confrères , que ceuX-ci étaieit obligi's d'en détourner les yeux pour ne pas s'assonpîi^, et quand ils se dirigenieirt vers In tribune , la chambre entière, avant même qu'ils euss(Mit atteint la rampe, se trouvait prise d'un immense bâillement. Aujourd'hui , le système des interruptions y a mis bon ordre. Nonseulement on ne peut point dormir à la chùmlnre, mais on n'y peut plus parler.
La bôtise louangeuse est celle de ce faiseur de eom*
plioiens qnî blessant quelquefois un homme, autant que < k plus sanglante é|Hgraromc. Une dnme disait un jour iPuii de 008 premiers poèies: «Monsieur, composez- TOUS toujours de ces jolies petites choses que vous faites libieii? »
Uu bon gros châtelain bafrrnormand complimentait de Il même manière M. de B*^*. Thistorien, son ancien MBarflde , quMI avait surpris dans son cabinet entoure k mnnuscrîts et de notes: • Tu griffonnes donc toujours, hi disaitHl; va, Lu fuis bleo, il faut se distraire, et si Ifivais plus de temps, je ferais comme toi. *
Nuus passons maintenant â Fimbrcile cérémoniant. Cest hi qui , en reculant pour vous laisser passer te pre- IHer, vous to'asc les pieds ou vous fait tomber à la in?erse. CVst lui eucore qui , à table , veut toujours Hds fîiire boire quand vous n*avez pas soif. Il vous ivse du vin quand vous voulez de IVau, ou de Teau puid vous voulez du vin. Cest lui enfin qui , pour ipos faire accepter d'un plat que vous avez trois fois itfusi!, finit par vous Le jeter sur la manche.
H y aurait d'ailleurs injustice ù lui en vouloir. C'est , la total , la bêle du bon Dieu , la bctc douce et oMi^ ftaiite : bêtise quMl ne faut pas confondre avec la simflidlé. On peut être simple ou naïf sans être bête.
£a général , la bêtise est prétentieuse. Elle devient Sautant plus bêtise, qu'elle croit moins Têtre et qu'elle «nit agir coqsim si i4le ne Tétait pas. Une bête ne lenble donc vraiment teJle que lorsqu'elle préteud faire de l'esprit. (Jn chat, un ehien, un âne même ne paraissent janMis bêtes , parce qifils se coqtentcttt d'être ce qu'ils sont.
One grande fatuité est presque toujours la compagne
funefrande bêtise. La bê^ parfaite semble être fière de
Tèfe. Elle se c^Mupbiît daus sa sottise, éAe y volt (a per-
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perfection ; et elle écoute chacune de ses paroles ce un orncle, parce que chacune de ses paroles la sal et qu'elle veut vous faire partager sa satisfaction.
La béte de celte espèce ne se fait pas seule : c'es: confection de ses parens , de son entourage ; c'es enfant dont les père et mère ont admiré le gazoui et qu'ils ont continué d'aduler jusqu'à Page d'hon sans que l'homme ait cessé d'être enfant. Peut-être n en grandissant, est-il descendu au-dessous de l'enfant
H est de fait que si l'esprit et même le génie se tifient et s'étendent par l'usage qu'on en fait, il e de même de la sottise ; et l'homme né sot , à q\ fortune ou sa position sociale donne l'occasion de et faire beaucoup de sottises, mourra certainement sot qu'un pauvre diable qui n'aurait rien acquis ei telligonce, faute d'occasion de l'appliquer, mais qui n'aurait rien perdu.
Une autre spécialité de bête créée est cet ind devenu riche ou grand seigneur, et qui se cro homme aimable, parce qu'on aime ses bals et ses di 11 prend pour sien l'esprit de son cuisinier ou cel sa femme, si elle en a.
Si la richesse fait des imbéciles , la beauté aussi en faire. Un homme très-beau et qui le sait , peut , être naturellement bêle, le devenir de fait; et l'adi tion qu'inspire sa figure le dispensant de tout autre pour plaire, il s'encroûte dans cette beauté, et moyei une dose de fatuité dont il la corrobore , il finii composer une bêle complète. Tel est l'acteur à l fortune, l'Antinous des planches. Tel est aussi le taml major qui , grâce à sa belle canne , à son habit et au respect qu'il inspire aux gamins , devient , i quelques années d'exercice, le plus grand sot du régii
La bêtise à laquelle sont arrivés quelques souven
no
grâce è la flatterie , est supérieure à tontes les antres. L'histoire nous en montre des exemples presqu'incroyablos. Les empereurs romains et certains despotes asiatiques Âaiont véritablement parvenus a l'apogée de la sottise. Qnand Nabuchodonosor fut transformé en béte, il ne fit qoe changer de peau : depuis long-temps la besogne ioténeurc était faite.
Aujourd'hui ceci est plus difficile. Grâce aa progrès des lumières , ce ne sont plus les rois qu'on hébété par Il flatterie, ce sont les peuples.
Leurs mandataires ou représentans se sentent bien Mssi un peu de la chose; et il en est plus d'un que MQs nommons en ce moment grands orateurs , grands poblinstes , grands citoyens , grands hommes , qui ne leront rien moins que cela pour la postérité. C'est que Il politique abélit comme toute autre science , et qu'à iirce de raisonner creux ou faux , on finit par ne plus aisonner du tout.
Le savoir et même l'esprit mal appliqué peuvent donc Ma longue conduire à la sottise; et de la qualification ^ grand génie à celui de grande bête, il n'y a qu'un pas.
BIOGRAPHIE. C'est une des m)*stifications de l'époque. Il y a deux manières d'y vexer les gens : c'est en leur disant des injures ou en leur donnant des éloges. Quant à la vérité, il n'en est jamais question. Si elle s'y trouve, c'est par accident.
Parfois l'article biographique n'est que denrée ou marchandise. C'est un cartonnage dont on veut combler une lacune , ou bien encore faire un tableau pittoresque pour servir de spécimen ou de cul de lampe. Alors on hab'lle un homme avec la peau de deux ou trois, ou bien on lui febrique un costume purement de fantaisie;
in Bio
et un bexQ matin , le mannequio est tout ëtonnë de m réveiller grand homuie.
Ceci peut s'appeler le pufT biographique; c'est le ploi innocent de tous; il ne fait de mal à persoooe. U ii*f a qu'un grand houime de plus.
Il existe un autre genre de biographie, genre moui désinl«*ressé et qu'où pourrait appeler biographie coroUi^ parce qu'elle a pour but d'en tirer. C'est encore une ' entreprise toute commerciale dont le secret est d'allécher les gens par de belles paroles ou de plus belles armoiriei rouges, bleues et or: le tout rayonnant de titres de comte, vicomte, marquis, duc ou baron, ad libitum. Ici on M £siil plus des grands hommes, mais des grands seigoeun^ et le nombre de ceux dont ces savans généalogistes oi enrichi le nobiliaire excède de beaucoup ceux qu'un t créél tous nos rois, depuis et y compris Louis XIV. Malheur reusoment les titres sont à la baisse. Depuis que lÉ jurisprudence a décidé que tout Français avait Le droit, d'en prendre sur son enseigne et ses cartes de visite, bien des gens en out conclu que c'était une duperii de los payer , même aux biographes et généalogistes, quol(]ue modéré que fût leur tarif.
Devant cette indifférence, nos industriels ont imaginé un procédé dont le but est de faciliter Textraction de U carotte, procédé qui s'exprime en circulaires aigre-douees, dans lesquelles, sous une politesse ambiguë, on vous laisse apercevoir une griffe qui l'est moins. C'est un chantag9 mitigé.
Voici quelques exemples de ce nouveau genre de littérature ;
Paris, 8 octobre 1^46.
Monsieur,
Depuis que le classement de votre inscription histariqHS a été fait, comme nous avons eu i'honmur de m9
wmer précédemment que nous ne poumons éûiter de le V, une nouvelle édition de V ouvrage sur les hommes MS a été préparée pour 1847.
ïtant arrivés à votre nom pour le nouveau classement, votre nom devant toujours se trouver dans l'une ou tfre des deux classifications , nous regrettons d'être mre privés de recevoir assez à temps votre réponse; nous fkms en conclure que votre intention serait que votre tription fût conservée dans la deutdème classification,
Paris, 31 octobre 1846.
Monsieur^
^ai eu l'honneur de vous informer les 6 août et 8
int dernier, que le comité de rédaction a décidé que
r$ article j etc. Même invitation.
'mnUez me faire savoir si le nombre de cent ea)em-
res que P administration fait toujours imprimer à
\ peut vous suffire. Le prix de chacun est de un
te cinquante centimes,
i n'ai point d^ailleurs besoin de vous rappeler que
es les inscriptions sont gratuites.
Paris, 24 novembre 1846.
Monsieur,
\ m'empresse de vous adresser ci^oint le manuscrit wtre notice biographique,
Bt article devant paraître firochainement , veuillez, je r prie, en prendre connaissance, le rectifier, l'annoter, ompléter s'U y a lieu, et me le retourner le plus mptement possible,
Hen différente des diverses publications du même genre,
se soldent à tant la ligne et dont Veadstence est un
hléme , la revue générale n'impose jamais aucune con-
km; et nous ne formons d^a^tre vasu que celui de voir