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éfets, des députés, des maires, des adjoints, etc. On y ÎBt on Ton y charbonne, on y farde ou Fonly disloe.
Ici encore la plume se fait scalpel et poignard. L'cnnsoir même devient assommoir : on loue un homme or ce qoMl n'a pas fait ou ce qu'il a eu tort de faire. 1 lai donne des qualités ou des talens absolument ntr aires à ceux qu'il a ou qu'il devrait avoir. Si c'est I magistrat, on dira qu'il danse comme un ange; si »t un écrivain, qu'il a la plus belle disposition pour
musique ; s'il est économiste , qu'il tire supérieureent le pistolet. De quoi peut-il se plaindre? On fait t lai na fashionable , un homme charmant , mais il en a pas moins le col rompu ; et s'il se présente aune candidat à quelque chose , tout le monde lui rit 1 nez.
J'oubliais un genre de biographie aujourd'hui égaleent fort en vogue : c'est la biographie préface , que laquc auteur se charge de faire lui-même. Elle est Ole à reconnaître, car il est fort rare qu'il s'y dise ïs injures : c'est le portrait d'un homme qui se carresse
menton.
De tout ceci, il résulte qu'à notre époque il n'existe pas Individu si minime, si inconnu, si boui^eois, si nul n ne puisse avoir sa biographie, ou à défaut, sa gééalogie. Beaucoup même ont Tune et l'autre, quelquefois D double, triple, quadruple.
Après de telles précautions et inscriptions sur l'aveuir, hacun d'eux devrait croire que son nom va passer à la XMitérité. Hélas ! c'est chose pourtant fort incertaine , i Ton en juge aux énormes envois que Paris fait à la ïïovince de biographies en feuilles pour l'approvision- Mmenl des épiciers , beurrières , débitans de tabac et >Qtres individus moins bibliophiles que marchands.
Un respectable charcutier de ma ville hk disait qi% avait ainsi pas^é en revue toutes les notabifités enro^ pcennes, et que depuis dix ans, grâce à un fonds 4i librairie biographique où il avait un intérêt, il n'avait pas enveloppé une saucisse, pas le plus petit morcm de lard que ce ne fût dans l'histoire d'un graad hoam mort ou vivant.
Voilà pourtant où passe la gloire ! Heureusement qot la diffamation , la calomnie , la menterie et la soUin s'écoulent par la même voie. i
Tout est donc pour le mieux; et dans l'iaiérét dt petit commerce qui toujours aura besoin d'enveioppei, laissons les biographes , les nécrologues et les généalogistes croître et prospérer.
BLAGUE. Se dit d'un conte, d'une mauvaise histoin que l'on croit ou qu'on ne croit pas.
Le blagueur est celui qui a l'habitude de ces rédts. C'est un menteur sans conséquence , un menteur potf le babillage et non pour le profit; c'est un impostett etnérite, un amateur enfin qui ne veut que vous fii» rire , que vous amuser , vous effrayer peut-être , sans beaucoup se soucier d'être cru.
La blague n'est pas chose nouvelle; elle est aussi «h ciennc que le monde, et le premier homme fut aaâB le premier blagueur. |
Les anciens historiens ne s'en faisaient pas faole. Suivant Hérodote , Plularque , Isocrate , la totalité des personnes qui suivirent Xercès dans son expédition contrt la Grèce, était de cinq millions deux cent quatre-vingttrois mille deux cent vingt individus. Us ne disent pis combien, dans ce nombre, se trouvaient de commis aux vivres et de fourgons pour les porter, eux et leurs pro-
BLi ft9
Ékms. liais la blague est déjà assez forte «omnie cel« ; l'est une des plus belles que rappelle ThistoÎTe.
Gomme vous le voyez , le blagueur, rhistorien si vous ÉKz mieux, travaillait alors en grand. Cela s'explique ■r la haute considération dont il jouissait. La blague ■tique avait ses temples et ses autels où, sous le nom forade, elle était administrée au public en grande celénonie. On la recevait à genoux, parfois même la foce BHilre terre. C'était bien de Fhonneur pour une blague , Ni^e médiocre pourtant, toujours plus ou moins obscure il problématique, mais dont il était permis de rire, comme di toute autre , pour peu qu'on fût disposé à la gaîté.
Chez nous, les véritables pères de la blague sont les jooraaux , les voyageurs et les soldats.
Autrefois les voyageurs publiaient les leurs sous le lire de voyage en Grèce, en Perse ou à la Chine. IqourdMiui , ils les intitulent impressions de voyage. fcHe est la blague en gros.
n y a ensuite la blague en détail qui se débite en iigence, à table d'hôte, et partout.
La blague du soldat a beaucoup perdu de sa qualité flpois qu'il n'y a plus de recruteurs; car avant qu'on iventât la conscription, ce n'était qu'à l'aide de la blague ■e l'on composait les armées du roi. Aussi l'art de hguer était-il arrivé chez les racoleurs à on point de «fection qu'on ne connaît plus: et si l'on avait réuni MIS les contes servant au racolage, on en aurait fait ta recueil non moins intéressant que celui des Mille et m Nuits, et trois fois plus volumineux.
Cest à un racoleur qu'on doit la découverte du pays fe la Ramée, où les cochons courent tout rôtis, le couteau *r le dos, et coope qui veut.
Cest uu racoleur aussi qui disait à un paysan affamé ^t il voulait faire un soldat : que le seul désagrément
des caseraes était le bruit continu des toome-brodiei
et Todeur du rôti.
Malgré le sérieux du caractère anglais, la blague, sou le nom de puff , y est honorablem.ent cultivée. En Yoid une que je prends au hasard parmi beaucoup d'autres:
« Lors du dernier banquet patriotique de notre oomléi disait le narrateur, un chat entra dans le canon d^ chargé qu'on devait tirer au dessert. 11 y était enoort quand on mit le feu à la pièce. Il enfonça une porter traversa le corps d'une femme qui était devant, poii longea la table en renversant toutes les bouteilles. ArrM par un gros mur , il retomba sur ses pattes et se sauia par une fenêtre. »
J'ai dit que la blague était désintéressée. Toutefois, y a une exception : c'est la blague buvante ou géante, ou la blague à carotte, qui a pour but d'obteiÉ|> un dîner, un déjeûner, ou tout simplement une tasse café ou un petit verre. C'est une pile d'écus ou de sous joyeusement tirée et joyeusement consommée.
Un de ces moyens ordinaires sont les paris burlesqoefc |^ Cependant en voici un qui diffère un peu des autres. Ui consommateur entre dans un café; il dit au garçoa: Une tasse de café au lait. Mettez-moi beaucoup de caft, je vous dirai pourquoi. — Bien. — Maintenant, mctta beaucoup de lait , j.e vous dirai aussi pourquoi, — Hmê, Alors le blagueur continue tranquillement son déjeûdce. — Mais, monsieur, dites-moi donc le pourquoi? — C*e8t juste: c'est que je mets beaucoup de sucre.
Les dupes de ces petites mystifications ne s'en fâcM jamais. Bien au contraire, ils donneraient du retour; car en payant, ils se réservent in petto de faire payer les aulP» ou tout au moins de s'en divertir. C'est donc là D« monnaie courante que chacun prend et rend comoM il l'a prise.
>peiidant il est des blagaes qui tournent à mal. noin cet industriel , marchand de son état , qui , itre jour , avait fait peindre trois blagues sur son «igné avec cette suscription : Liberté , Egalité , Fra^ mU. La police loi chercha noise. 11 fut condamné à nende et il frisa la prison. Dites donc la vérité, même rébus.
în voici une qui finit plus mal encore. C'est que le itear s'était adressé à une autorité bien autrement pectable que le public et que la justice elle-même : à journaliste.
In baron d'outre-Rhin , touriste fashionable , arrive llemagne à Paris. 11 était jeune, riche, bien recomidé et pas mal conteur. Il veut se donner de Fimtange, il parle de quelques faits politiques où il prétend If joué un rôle. C'est une blague , et cette blague a dans un bal. Il ne parlait d'ailleurs qu'à un ami et le voix demi-confidentielle. Mais un voisin l'entend et :out chaud la répéter à un journaliste qui, plus chaud ire , la met le soir même dans sa feuille avec le nom .^auteur ; et le lendemain , c'est la première chose que ne touriste aperçoit en ouvrant le journal. nrieux, il allait s'en plaindre au journaliste, quand il oit entrer lui-même et plus furieux que lui : « Monsieur, il an touriste stupéfait, mon honneur est compromis ; prétend non-seulement que j'ai inventé cette nouvelle, is que j'ai inventé votre nom. Comme vous êtes un s bien réel et que l'histoire vient de vous, vous allez ierire qu'elle est vraie.
- Comment vous écrire qu'elle est vraie, s'écrie mon nm; mais si elle ne l'était pas!...
■-Pea m'importe, monsieur, vous l'avez dit. '-Mais, monsieur, je ne l'ai pas dit à vous, et je vous QKore moins dit de l'imprimer. Je veux blaguer aveo
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mes amis et non avec le publîc. AÎBsi , je ne fou f écrirai pas de lettre. k
— Je veux bien vous éviter cette peine , r^ood k s journaliste; en voici une toute ûiite, signez.
-7- Encore une fois, mon cher monsieur, je vonsiépèH que mon conte était pour mon seul ami. Je ne m pas , comme vous , chargé de la blague ofiGcielle. Je n signerai donc rien.
— Il le faudra pourtant bien, me|k»eur; car jf «jm mieux que vous soyez déshonoré que HOioi.
— Bien obligé. Mais pour me déshonorer , eoqiiiHrt vous y prendrez-vous?
— Rien de plus simple. J'ai deux aflois à . k perte ft ont entendu notre conversation et qui vent la ee: et demain elle paraîtra dans tous les journaux, 01^ constaté, par votre propre aveu, que tous m'en ali imposé.
— Vous plaisantez.
— Je ne plaisante jamais, monsieur, et si pen, qM je considère votre réponse comme une offense doBtjl suis obligé de vous demander raison. Ces meaûeuis H sont pas des espions, comme votis semblez le croiiti ce sont mes témoins. Signez donc , et que cela fiéîM.
— Bêlas ! dit le blagueur en signant , du moÎBS mdM ma lettre dans un tout petit coin de votre joumaL •
BON TEMPS, BIEN-ÊTRE. 11 en faut, mais f» trop ; car il n'y a rien de pis que d'en prendre taiyMV C'est le moyen certain de n'en pas prendre kof^teaps* Le bon temps sans répit fetigue, abrutit et tae plus nl0 que la misère même. Laissez votre chien doroor ^ matin an soir au ootn du foyer , sans «otK somâ «pK d'y iédier les plats et de choxiher ses puces , avait k
B de rannée il sera mort de la gale ou da gras-fondn. 'il eut fait son métier de chien, c'est-à-dire de chasseur, B portier-consigne ou de gardeur de moutons, courant l'air et mangeant à ses heures une bonne soupe pas t>p grasse, il eut vécu quinze ans, leste et joyeux. Dans un petit village de l'Anjou, quelques années avant i révolution , je ne saurais vous dire laquelle, vivaient int bien que mal, du travail de leurs mains , une cen- Doe d'habitans de tout âge et de tout seie, formant I population de la commune. Parmi eux il n'y avait is un riche , mais il n'y avait pas un pauvre , pas un M&diant, pas un fainéant; chacun faisait de son mieux, on une chose, l'autre une autre , et gagnant son pain , an, mal an, atteignait, Dieu aidant, la iin de l'année trop jeûner. Bref, si l'on n'y mourait guère d'indijestion , personne non plus n'y était encore mort de lim.
Un riche banquier retiré des affaires aehëte une terre pa environs. La position du village lui plaît; elle est ■ine et agréable; il y fait bâtir une maison et vient s'y ttiblir.
Cinq à six fois millionnaire, notre homme n'avait pas Ecntot. Il aimait à être entouré de visages joyeux : ^cst un goût comme un autre. 11 dit : Je veux que tout le monde vive ici sans souci ; et dès le lendemain il eoToie à chacun un déjeûner à huit heures du matin , IB diner à midi, un goûter à quatre heures et un souper klmit, et il continue ainsi tous les jours, sans jamais l manquer.
, n fût plus encore , il annonce que tous les loyers lOont à son compte , et qu'il fournira annuellement à Aicun un vêtement complet avec sa provision de bois. . Les gens du village trouvèrent ceci fort bon , comme FoB pense. Ils se croisèrent les bras en signe d'assen*
liment , et ne les décroisèrent que ponr se mettre cb danse et pour boire à la santé de ce généreux seignear. La fête dura huit jours : toutes leurs économies y passèrent. Qu^avaient-ils besoin d'économie, leur existence n'était-elle pas assurée?
Néanmoins la semaine écoulée, nos gens essayèrent de se remettre au travail. Mais , chose étrange , personne n'y allait de bon cœur : il semblait que leurs bras, devenus de plomb, fussent plus courts de moitié, et leon estomacs plus grands du double. Les quarts d'heorê paraissaient des heures , et tous les cinq minutes fà abandonnait la besogne pour aller voir si la broche toll^ nait ou si la marmite bouillait. Bref, ils étaient toujoun sur la route qui conduisait à la cuisine du château, s'enquérant les uns aux autres si le menu du jour sertit des œufs ou du poisson, du bouilli ou du rôti.
Cette intéressante discussion iinit par absorber si bien le temps des ouvriers, qu'avant la lin du premier mois, une moitié avait complètement cessé de travailler; qn'i la fin du second , il ne restait plus qu'un quart de l'autre moitié, et que vers le milieu du troisième, on ne pouvait pas trouver dans tout le village un seul individu qui voulût s'occuper sérieusement, même durant , une heure par jour : de façon que lorsque le propriétaire avait besoin de travailleurs , il était obligé de les foire venir de la ville, au grand déplaisir des gens du lieu, qui ne manquaient jamais de trouver détestable l'ouvrage de ces étrangers.
Chose singulière! bien que tout le monde fût nourri, logé, habillé, chaufiFé dans le village, il y avait beaucoup plus de ménages endettés qu'autrefois. L'oisiveté les conduisait au cabaret, et le cabaret amenait les dettes.
Par une conséquence non moins bizarre , beauconp étaient plus mal vêtus , plus hâves et plus maigres
[a'alors qu'Us étaient contraints de s'occuper pour rlvre t pour se vêtir. La cause de ceci, c'est qu'ils vendaient, our boire ou pour jouer, les vêtemens et la nourriture u'on leur donnait.
Sur ces entrefaites advint une autre révolution. Etaite celle de 1789, de 1791, du 11 thermidor, du 18 nimaire, de 1814, de 1815, de 1830 ou de 1848? C'est ocore ce que je ne saurais déterminer d'une manière irécise. Mais il en fut de celle-là comme des autres : le iroOt fut moins pour ceux qui avaient que pour ceux [oi voulaient avoir; et notre ancien banquier y perdit m quart de sa fortune. Il fut donc contraint de réduire tes largesses, et au lieu de quatre repas, il n'en envoya lias que trois.
C'était fort sufQsant. Néanmoins on murmura beaucoup it quelques voix le traitèrent, en dessous, d'avaricieux et reonemi du peuple.
De nouvelles pertes ou une nouvelle révolution, car en » temps on y était fort sujet, l'obligèrent de supprimer 9Kore un repas. Alors on ne se borna plus à murmurer lODt bas , on se plaignit haut et très-haut , on crut ■êiue qu'il y aurait une émeute. Elle fut heureusement cènprimée; mais lors des élections , notre propriétaire i^eot que deux voix dans la commune, en y comptant la àeDoe.
C'était un bon homme que cet ex-banquier. 11 ne se ttdia pas et il continua à faire servir journellement deux fcpis à tout le monde. Mais il était en veine de guignon. Quand les malheurs viennent, c'est en troupe, disent les Kttses. Une faillite lui enleva encore un quart de son vkÂi , et un matin il fit dire aux habitans qu'il lui était
iifepofsible de pourvoir , à l'avenir , à la dépense de leur loyer.
A cette déclaration , l'indignation fut au comble. Ce
ne fat qu'un cri contre cet abominable financier , eett sangsue du pauvre peuple ; et tons les gens du riBige, y compris les quelques petits propriétaires qui troayiieit fort doux de recevoir leur loyer à jour fixe, marcbèmit contre le château, en brisèrent les portes et les fenêtres, et si le très-ébahi châtelain , qui ne s'attendait guère à di pareils remercîmens , ne s'était pas sauvé par une isne secrète, il était mis en pièces.
Ce séjour, on s'en doute bien, lui devint peu agréable. Il y renonça donc et alla demeurer ailleurs.
Alors tout ce monde qin avait pris i'habitnde de dormir la grasse matinée et de faire le lundi tonte kl semaine, se trouva en proie à la plus atroce misère qa*oi puisse imaginer. Quelques-uns voulurent se remettre i travailler, mais ils ne savaient comment s'y prendre. Ib empoignaient la scie par les dents et la serpe par kl lame. On aurait cru, à leur adresse manuelle, qu^ étaient tous nés marquis ou candidats à l'assemblée nationale. Aussi les malédictions tombèrent-elles de pins belle sur celui qui était la cause première de tant ée calamités. Comme on ne pouvait plus s'en prendre à si personne , on s'en prit à sa propriété. On mutila sn arbres, on arracha ses haies, et on essaya deux ou trois fois de mettre le feu au château qui ne prit pas, vu qu'il était de pierres. Ces tentatives ne cessèrent qoe lorsqu'on sut qu'il était vendu.
Cette nouvelle fut un grand sujet de joie parmi les habitans qui ne doutèrent pas qu'avec un nouveau propriétaire les quatre repas ne dussent revenir à heure dite , et en sus le café et la liqueur , que ce ladre de banquier, qui n'en prenait pas pour raison de santés leur avait toujours refusés , nonobstant leurs justes ré^ clamations.
Ce fut un ancien chaudronnier, enrichi dans la bande
•oive, qaà acheta le donaioe. Notre honwie, Auvergnat par-sang, savait parier français à pea près et lire toat jmte. Bref , ce n^était pas an licenciée-lettres , mais il comptait admirablement, ce dont il ne tarda pas à donner des preuves.
Les habitans da village , fort enclins au laisser-aller , comme on a pu le remarquer , voulurent d'abord agir arec lui ainsi qu'ils le faisaient avec son prédécesseur : lâchant leurs cochons dans son parc, leurs poules dan9 SM blés , leurs vaches dans ses pâtures , faisant leur provision de bois dans sa forêt, ramassant ses noix et lea châtaignes, et même ses poires et ses pommes, quand ih croyaient qu'il en avait trop. Mais il y mit bon ordre, et les prooès-veri}aux, aussi drus que les noix, tombèrent Mr le dos de ses bons voisins qui comptaient peu sur pareille gaulée.
Il ne les épargna pas plus sur le feit de vagaboniage; et tout autant qu'il en rencontra mendiant et gneusant , il les fit condamner à la prison et conduire M dépôt de mendicité. Us commencèrent alors à croire fie l'ancien seigneur, oe banquier retraité qu'ils avaient voohi étrangler et brûler , n'était pas un aussi grand leâérat qu'ils l'avaient pensé d^abord.
Cependant notre chaudronnier, quoiqu'impitoyaUe sur tes droits seigneuriaux ou son omnipotence de propriétûie , n'était pas UMUvais homme au fond ; et après ifoir prouvé à ses administrés, car un peu par peur, un pca par intérêt, ils l'avaient demandé pour maire , après hnr avoir prouvé , dis-je , qu'il n'était disposé à se himer ni môkster ni voler, il leur dit : * Vous êtes un tB de fiainéans et d'ivrognes; vous mourez de faim : c'est JBrte, car toos n'êtes bons qu'à mal faire. Heureusement ^ rhiver approche et que vous n'avez ni habits , ni provisions, ni chauffage, ni argent pour en acheter , ni
le courage d'en gagner, et qu'ayant le retour de la boone saison, si j'en juge à voire mine, la moitié de voos sen enterrée : ce dont je remercierai Dieu de bon coeur, car j'en aurai d'autant moins de procès à faire et de voleon à corriger. Toutefois, si la chose pouvait s'arranger sans que vous creviez précisément tous , j'y consentirais volontiers, et j'y mettrais quelque chose du mien, si vont vouliez y mettre un peu du vôtre. Je regrette mon ancieB •métier de chaudronnier qui me dégourdissait .les poignets et me récréait les oreilles; elles me cornent depim que je n'entends plus le bruit des marteaux. Je vaii donc le reprendre et faire l'état en grand. Bref, j'établis dans mon château une manufacture royale ou nationale, à votre choix, de chaudrons et de poêles à frire. Là, Je vous donnerai du travail à tous,. si vous en voulez, el si vous n'en voulez pas, je vous laisserai mourir comme des chiens. Telles sont mes conditions. Vous êtes parfaitement libres de les accepter ou de les refuser , faites ici selon votre goût et votre plaisir. Mais décidez-vous promptement , car l'oisiveté me pèse , et je commence demain. » Et là-dessus , saisissant un marteau , notre homme battit un ban sur une chaudière en manière de proclamation et attendit leur réponse.
À cette proposition a brûle-pourpoint de faire des chaudrons et des poêles à frire, nos paressenx, toujoun si disposés à s'attabler devant ce qu'on en retirait biei chaud et bien cuit, firent une moue effroyable. Mais 1( chaudronnier en fit une plus terrible encore, et il rouli ses gros yeux d'Auvergnat de façon à faire reculer ui attroupement II leur dit qu'il leur accordait deux jour pour y penser , et il fit suspendre immédiatement ton les petits secours qu'il faisait donner sous main aux pin nécessiteux.
C'était un maître homme que notre chaudronnier. C
qa^il Toalait^ il le voulait bien; et il avait jaré de bannir la fainéantise du village , ou à défaut , d'exterminer les fainéans. On a vu comment il s'y prenait.
ils réfléchirent un jour , puis un jour encore. Mais la faim les pressant et le délai allant expirer, ils finirent par accepter. Notre homme rebattit un second ban en signe de rictoire, leur fit servir un copieux repas à l'auvergnate, ce dont ils avaient grand besoin , el au dessert , il les engagea tous comme ouvriers , se réservant de fixer définitivement le prix de leur journée selon la besogne que chacun saurait faire après trois mois d'apprentissage.
Dans les premiers temps , ils travaillèrent fort mal , néanmoins il les paya comme s'ils eussent bien fait. Un chaudron ne s'improvise pas. Il encouragea ceux qui montrèrent de la bonne volonté, il mit à la porte ceux qui s'entêtèrent à n'en pas montrer; mais il en eut peu à y mettre: la nécessité est parfois une bonne conseillère. Après deux années de persévérance, s'il avait encore des ouvriers médiocres , il pouvait aussi en montrer d'exceiiens.
Cependant , dès les premiers six mois , la paresse et la misère avaient disparu du village. Aujourd'hui , c'est uo gros bourg où tout le monde est sinon riche , du moins bien au-dessus du besoin.
Pour la moraUté de cette historiette , nous répéterons notre premier dire : il faut du bon temps à l'homme , nuis il n'en faut pas trop ; et le gros propriétaire , comme le simple artisan, qui veut en prendre plus que de raison et faire la noce tous les jours , eut-il même de quoi y fournir , s'en trouve mal. Bientôt , quoiqu'il fasse, il n'y a plus de noce pour lui : le bon temps <lQ'il cherche semble partout le fuir.
C'est que tout s'use eu ce monde , et le plaisir plus
vile que toute autre chose. Pour le riche, comme pour
le paavre , il n'en est pas qu'il ne fiaille achelor per vn labeur, par un travail quelconque. De toutes les Irtigoes, la plus lourde est celle d'uu trop long repos. I>e ton les dégoûts , le plus amer est celui d'une trop longue jouissance.
Non , point de plaisir sans désir , point de désir saoi attente ou sans privation. Le travail est le compagnoo du bien-être et le père du bon temps. C'est lui, ic'eit lui seul qui donne de la saveur aux mets. La soupe aux choux de l'ouvrier content a mille fois plus de goût d . excite plus d'appétit que les jus et les coulis de kl ; table du riche au front soucieux et à l'estomac débile. Il semble que l'ennui du maître a fait tourner la saoet
Le pain le plus lourd n'est pas celui du pauvre. U pain qui nous pèse, cdui qu'on digère mal, c'est le plia qu'on n'a pas su gagner.
Pauvres, travaillez donc pour vivre. Riches, travaillei pour que la vie vous soit légère : l'ennui tue plus vik que la faim, et l'excès plus vite encore que Tennui.
Travail et modération. Sans l'un il n'est pas de 6iM* être; sans l'autre il n'est pas de bon temps.
BONBONS, JOUJOUX. Les uns servent à tuer les en£ans, les autres à les abêtir. Pourtant chacun s'empresse de donner aux enfaus, joujoux et bonbons.
Les bonbons ne peuvent jamais être utiles. Les joujoox pourraient l'être , si on les choisissait bien , si on leur appliquait une forme rationnelle ou un sens moral. C'est ce que l'on fait quelquefois. Pourquoi ne le feiton pas toujours ? Par exemple , la poupée qu'on dotoe aux petites filles , la poupée , ce seul joujou qu'elles aiment, est certainement un très-bon préliminaire de l'éducation de fiamille.
BON l«i
La petite fille aime sa poupée par un premier instinct t natemité. C'est un nourrisson qu'elle allaite , qu'elle »ce , qu'elle emmaillote , qu'elle sermonne et morale.
Les habits qu'elle lui fait l'initient aux travaux de rignille, les soins qu'elle en prend l'instruisent à l'ordre nécessaire partout. La fillette qui soigne bien sa poupée, ni ne la laisse traîner nulle part , qui ne l'abandonne i dans la cour, ni dans le jardin, qui la tient toujours repre et nette, sera, si l'éducation ne la gâte pas , une «le ménagère, une mère soigneuse.
Les joujoux qu'on donne aux petits garçons sont gé- Mement moins bien choisis. Les fusils, les sabres et itres armes défen^ves et offensives, ne font que les aidre hargneux et fanfarons. Les arlequins et les poehinelles leur donnent l'envie de les imiter. Les tromettes et les tambours, les chiens qui bêlent, les moutons ni aboimt , les lions qui miaulent , véritable calamité Dor les voisins , en sont une aussi pour les enfans ont elle fausse l'oireille et qu'elle apprend à rire de enoui qu'ils causent.
On a sagement inventé des joujoux historiques , géonphiqoes, mathématiques, astronomiques; il faut en ser, ainsi que de tous ceux qui donnent des notions d'un rtquelconque : dessin, peinture, architecture, etc. Ce sont t bons joujoux.
Quant aux bonbons, nous nons sommes déjà prononcé: Il BCQt la peste des enfans. Composés, pour la plupart, lead)stances peu saines, de sucres de rebut ou avariés. Il nuisent à la fois aux estomacs et aux mâchoires. Ils ittaqaent même quelquefois l'économie de la machine ont entière , et le nombre d'empoisonnemens par les M)ons est plus grand qu'on ne saurait dire. Quand b M tuent pas d'un coup , l'altération que le tem-