‹ Hommes et chosesChapitre 31 sur 95 · Î BON · texte numérisé non relu

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përament de Tenfant en éprouve n'ea est pas moins dangereuse. Ses dents et son estomac en souffrent également.

Les bonbons ne sont pas plus utiles au moral qa'aa physique. Par la forte tentation qu'ils exercent sur les jeunes gourmands, ils les entraînent dans de petits lardns qui, peu à peu, les conduisent aux grands.

Ces iuconvénicns ne sont pas nouveaux, ils sont connus de tout le monde , et pourtant on donne toujours des bonbons aux enfans. Beaucoup de parens se formalise- . raient si on ne leur en donnait pas. Ce serait , sdoi eux , un manque d'égards. Aussi les bonbons pleuvent-ib, et tous les lendemains du jour de l'an sont , pour les trois quarts des enfans français, le duplicata d'un jour de : médecine.

BONHEUR, PLAISIR. Le plaisir n'est qu'un éclair, a-t-on dit. On le goûte, il est* passé.

On pourrait appliquer ceci au bonheur. Combien duret-il ? Quelques heures , parfois un jour entier , rarement deux et jamais trois. Le centenaire qui , additionnant toutes les heures , les minutes , les secondes de félicité qu'il a goûtées dans sa longue carrière, reconnaîtrait qu'il a été heureux un mois durant , pourrait se considérer comme un exemple rare du bonheur humain.

C'est que pour être véritablement heureux, il faut que l'esprit et le corps le soient en même temps. Ceci arrivet-il souvent? Hélas! non. Le cœur est-il satisfait quand l'estomac ne Test pas? Et la joie qu'éprouve un homme par la nouvelle d'une fortune inattendue, d'un mariage désiré, d'une place long-temps soUicitée, d'un ministère obtenu, d'une couronne conquise, n'est-elle pas subitement paralysée par une douleur de ventre ou un mal de dent?

n font même moins: un simple changement de temrature suffît. Un roi est-il heureux quand il grelotte^ land ses yeux pleurent sous la bise , quand son nez ule? L'est-il encore quand il est haletant sous un soleil li le brûle, quand la sueur Finonde, quand la poussière •touffe?

Non, le bonheur ne peut exister dans un monde où il it alternativement chaud el froid. La grande chaleur est s supplice, le très-grand froid en est un autre. Ajoutez-y )mme accessoires , le vent , la neige , la grêle et le erglas. Si le bonheur est quelque part , c'est dans un lobe ou le thermomètre est toujours en rapport avec I chaleur du sang , et où les évènemens sont d^accord Tec les dispositions de Famé.

Nul doute qu'il n'existe de ces mondes. Leurs habitans, 'ils en ont , doivent jouir véritablement de Fexistence ; moins qu'ils ne fassent comme ceux de la terre , qui e donnent d'autant plus de peine pour être malheureux [ne leur position leur offre plus de facilités pour ne 'être pas. C'est toujours dans les îles fortunées , sous » latitudes où le sol produit presque sans culture , où es fruits abondent , où la mer fourmille de poisson et a forêts de gibier , où les hommes enfin pourraient , libres d'inquiétude, employer leurs loisirs à s'aimer et ks'instruirif, qu'ils ont inventé les combats à outrance, les sacrifices humains , les repas anthropophages , et i|Q% passent leur vie à gâter on à détruire tout ce fne, dans sa bonté, le ciel a fait pour eux.

En voyant Fhomme agir de cette façon , on croirait véritablement que la diose qu'il a le plus en horreur 4t le bonheur. Remarquez que ce n'est pas seule^ ■eut dans Fentraînement de la passion qu'il conspire ^ eontre lui-même, c'est à tête reposée, avec réflexion ou en assemblée solennelle. Dans quelque gouvernement

que ce soit, même dans ceux qui sont répulés les plus sages, la majeure partie des lois tendent d'une parti réduire la somme des jouissances dévolues à Tétre , et de Fautrc , à augmenter le nombre de ses souffrances: de façon que les maux inhérens à sa natnre se perdent diM la foule de ceux que la science et Tignorance, d'aceori sur ce point , y ont ajoutés. Cette nature l'avait affligé d'une sorte de fièvre et il a trouvé moyen, a Paide des drogues et des empiriques, de s'en procurer aeuf antres.

Nature d'une part et vice ou sottise de rantre, riiomme est ainsi arrivé à . faire de la souffrance m état normal , ce qui l'a obligé à mettre à son actif è bonhenr les heures de répit ou de sommeil, et à eoisidéror comme bien ce qui n'est que Tabsence du mal

Néanmoins notre remarque subsiste : le vrai bonbeor n'est pas étranger a la terre, et l'homme heureux port, comme nous l'avons vu, en compter sept jours et demi p« vingt-cinq ans, c'est-à-dire trente jours pleins par siède.

 quoi peut-on distinguer cet homme heureux? Est^ à la mine ou à la fortune? En vérité , je serais fini embarrassé de le dire. 11 y a autant de gens qui meurent de chagrin ou qui se suicident parood les gem riches, jeunes et beaux, que parmi ceux qui sont pauvres, vieux et laids. C'est même parmi les ridiei ou ceux qui ne manquent de rien , qu'on trouve le plus d'individus qui , craignant de manquer de tout, souffrent par la peur de souffrir : ils font ainsi de l'avenir le bourreau du présent.

Ajoutons qu'il est des caractères qui sont oioins heureux de ce qu'ils ont, que malheureux de ce qu'ils n'oit pas. Or, désirer sans cesse et désirer d'autant plus qÊi Ton obtient davantage , n'est-ce pas véritablement h pauvreté, et la phis incurable de toutes, puisqu'elle grandit par la richesse? Qui, c'est précisément quand nous avoue

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nrt ce que nous souhaitons et même pins, que nous mtons quHl nous manque quelque chose encore. Qu'esteque le désir? Le tonneau des Danaides. Qu'en ooBciure? C'est qu'en fait de bonheur, l'extëiear n'est rien ou n'a qu'une influence secondaire. C'est ODC en nous qu'est notre bonheur ou notre malheur , D'est notre richesse ou notre pauvreté. Dès-lors, l'homme ni paraît le plus serré de jouissance , n'est peut-être Il celui qui Test effectirement. Si nous avons un cœur iilheureux , une imagination sombre , ils assombrissent otre horizon et jusqu'à notre ciel même : toujours nous oyons le soleil à travers un crêpe.

Dans cette dbposition d'esprit, les ëvënemens de cette ie n'influent que très-secondairement sur nous. Les dons e la fortuue, de Famour et de la gloire ne nous rendent Il la gaîté , ne détruisent pas le germe de chagrin et 'inquiétude , ce ver rongeur que nous portons partout rec nous.

Vous voyez bien qu'on ne peut pas mesurer le bon- MT ou le malheur d'un homme par sa position dans ) monde, par ses richesses, $es honneurs, ses plaisirs, out cela n'est qu'apparence ; et cet indigent qui, pressé ir la faim , attend un morceau de pain à la porte du iche, est peut-être plus heureux que ce riche qui, Msasié avant d'avoir psis son repas, attend la faim pont a jouir et l'attend en vain.

Usante, ce prenûer des biens, ou plutôt cette prepière condition de la. non-^nffrance , ne changera pas Berne leur position cespeotive* Le maltce de ee palais sera )iÛ4Bant de corps et d'esprit,, il sera dfun sang noble et Mm; ce mendiant difibrme » hideux, sera couirert de fiaies; et pourtant avant de ôéàà&t queL est Vhomme bireux ou malheureux, il faudrait encore iei, Im dans ^OQor de tons deux.

Et quel que soit l'état de contentement, de jubflatioD où soit ce cœur , pour que sa joie ne passe pas in*médiatement , reste à y ajouter l'imprévoyance ; car Fiuk des garanties du bonheur terrestre est Tonbli de la < réalité, Toubli que l'on est £ait d'argile, Poubli que Foi est homme enfin.

Oui, l'homme n'est heureux que lorsqu'il ne sent plus son humanité , lorsqu'il ne se rappelle plus qn'U n^t qu'un jour à vivre et que chaque pas qu'il foit , mène vers le bonheur ou le but où il aspire , le rapprodie aussi de la tombe.

S'il faut perdre de vue la terre pour être henreoXi c'est probablement qu'il n'y a rien de matériel dans le bonheur. Le bonheur ne naît pas de ce monde: le pea que nous en goûtons sur cette terre vient du ciel, et il nous atteint non par les sens ou la chair , mais par l'esprit, par l'ame.

Dès -lors, l'homme le plus heureux est celui qui a Timagination non la plus riche, non la plus brillante, mais la plus heureuse. Le bonheur est dans une pensée riante, dans une disposition du cœur qui saisit les objets sous un aspect toujours favorable.

La cause de notre contentement est souvent indéfinissable : elle nous est inconnue à nous-mêmes ; et pourtant l'homme le plus content est aussi le plus heureux , car croire qu'on est heureux c'est l'être.

C'est aussi la réaction de ce sentiment ou la conviction contraire qui fait le malheur suprême. Le plus infortuné des êtres est celui qui croit à l'immensité de son infortune , ne fût-elle qu'imaginaire. Doué de tout ee qui constitue le génie , la beauté , la santé , le bonheur enfin , il serait encore malheureux , s'il ne croyait pas à ce bonheur.

11 est donc des positions où les choses externes n'ont

je peu ou point d'influence sur le bonheur ou le mal- !iir des individus. Ce bonheur ou ce malheur est eo IX, et rien, sur cette terre, ne- peut empêcher qu'il n'y it

En est-il ainsi de tous les êtres et de tons les globes \ Tespace? Pion, cette situation anormale est sans doute léciale aux habitans de notre planète, lieu d'exil et de inition où nous jettent nos fautes et où elles nous tiennent. L'être terrestre est l'ange déchu : souffrir est 1 destinée. Mais pour lui laisser l'espérance , pour lui )Diier quelques iustans de répit, Dieu l'a mis en com lunication avec des mondes plus heureux. 11 lui a laissé itrevoir ces régions célestes où Tame vit dans un état t contentement presque continu. C'est ce contentement aot nous avons l'avant-goût dans nos rêves d'espérance, ans notre premier soupir d'amour au printemps de la ie.

Mous en voyons encore des éclairs dans la joie quand Ile vient du cœur et d'une bonne conscience , dans la itisfaction de nous-même ; enûn , par un étrange conraste, dans cette surexcitation, cette ivresse de l'ima- ;lnation que produisent certains breuvages , certaines obstances qui semblent avoir été touchés d'un rayou Fea haut et de l'arôme des fruits de ces nK)ndes fortunés.

Ces effets sont bien fragiles, sans doute , et pourtant , lodque courts qu'ils soient, trop forts pour nos organes terrestres, ils les usent et souvent les brisent, prouvant ûoâ qu'ils ne sont pas faits pour eux. Mais, par cela nêfloe, ne prouvent-ils pas aussi qu'ils ont été faits pour d'autres et qu'ils sont l'état naturel et durable des kres habitant les globes dont ce rayon nous les apporte? Toute goutte d'eau indique une source , un fleuve , une mer, un océan, une atmosphère, un monde.

D'ailleurs 9 dans tous les pays, dans tous les temps,

rhomme n'a-t-il pas cru à l'existence de ces êtres et de ces inondes? Aujourd'hui encore il y croit; il y croit avant qu'on lui ait appris à y croire et par une sorte d'intuition , croyance instinctive et innée qui annonce une communication passée , présente ou future , qui U démontre même, car on ne naît pas avec un mensonge dans le cœur. Ce que l'enfant sait sans qu'on le loi ait dit, émane certainement d'une source vraie.

Tout faibles et courts que soient les instans de bonheur qui nous sont dévolus sur la terre , ils prcavent donc beaucoup. En vain on dira qu'ils sont trop on troff peu pour l'homme et qu'ils éveillent seulement en lui mi regret et un désir. Ce désir , je le répète , est vaut garantie , car Dieu ne l'aurait pas mis en nous s'il ne{ devait pas être rempli. U ne nous aurait pas donné cet espoir , cet avant-goût d'un bonheur qui ne pourrait jamais exister. Cette espérance d'une chose impossible serait une cruauté ; disons plus , une tromperie. Une tromperie n'est ni dans la nature, ni dans Dieu, ni dam l'existence normale des choses, parce que les choses n'ont de vice que quand l'homme les vicie, soit par le mauvais emploi qu'il en fait , soit par la fausse direction qnH leur imprime.

Sans doute il y a des désirs insensés, des désirs coapables, mais un désir annonce un but et dès-lors une réalité. On peut désirer ce qui est impossible relativement à nous «u à notre position, et qui peut l'être relativement à celle de tous les individus existans. Mais cette impossibilité même n'est et ne peut être que la conséquence de quelque chose de possible, car l'imagination peut aller en deçà , mais non au delà du réel. Autrement, elle serait plus que ce qui est, ou la partie excéderait le tout.

Je vous le demande donc encore, la vie terrestre peut-

tre la seule vie possible? Le bonheur humain doit-il 'unique bonheur dévolu à Thomme? Enfin, cet homme, tons ses vices et toutes ses douleurs, peut-il se lérer comme la meilleure et la plus heureuse des ires, ou le voyageur arrivé au port?

jez : Enfer, mariage^ sacrifices humains, etc.

TTES. On en cite une paire qui causa bien des !urs. L'ouvrier qui les faisait se pique un doigt , la *ène s'y met, il en meurt.

mateur, qui les avait commandées le plus étroites )lc, c'était la mode alors, fit tant d'efforts pour les ser, qu'avant d'y parvenir il se rompit un vaisseau l'estomac , dont l'hémorragie l'étouffa.

1 héritier parvient à les chausser toutes deux; mais feulant sans précaution pour voir comment elles nt, il tombe en bas de l'escalier et se brise le crâne, eut été prudent de brûleries dites bottes: elles Dt déjà coûté la vie à trois' hommes. On n'en fit On eut tort , car tant qu'elles durèrent , et elles «nt long-temps, elles causèrent à tous ceux qui les usèrent une série de malheurs à la fois si étranges terribles , que je n'ose les rapporter , tant la vérité ?lquefois d'invraisemblance. Je ne citerai donc que eux circonstances suivantes, parce qu'elles rentrent les événemens croyables.

rès avoir chaussé je ne sais combien de pieds , car restaient peu de temps aux mêmes, elles tombèrent a d'un capitaine de voltigeurs. Cet officier , trèsi d'ailleurs, était le plus petit de la compagnie. La îur des talons de ces bottes maudites lui semblant re à le grandir d'un bon pouce, lui donna la ten- Q de les acheter. Il s'en para le soir même. L'on

de ses camarades Yen plaisanta, il s'en suivit une querefie. On se battit au pistolet, et notre homme fat tné, frappé au front. Un pouce de moins , et il n'était pas tonctii

Son lieutenant , en souvenir de son capitaine , acqiil les bottes. Mais crainte d'un semblable accident, il en II abattre les talons. Vaine précaution. La campagne suivante, un biscaien l'atteignit au bas des reins, llnpoott de plus, il lui eut passé entre les jambes.

Après cet aperçu des malheurs causés par une pnn de bottes , on peut croire que cet exemple de fatalité, unique au monde, ne devait pas se renouveler; et poartal ces malheurs ne sont rien auprès de ceux qu'amenèrnt une paire d'éperons. Avaient-ils touché ces infenuki bottes? Je ne puis l'afGrmer. Ce qui est certain , c*< qu'ils firent pis qu'elles. Elles n'avaient produit que te accidens particuliers, quelques morts d'hommes sans eofr séquence : ces éperons amenèrent la destruction de cité) des renversemens de trônes, des exterminations d'arméob Chaque fois qu'il s'agissait de porter l'ordre de bombarda une ville, incendier un pays, fusiller des prisonniers, tenta choses qu'un retard d'une heure devait empêcher, kl damnés éperons enlevaient le cheval , le pressaient , k poussaient et le faisaient arriver justement assez à teopi pour que le mal eût lieu.

Quand, au contraire, la prompte arrivée du counriv eût pu prévenir ces malheurs en annonçant une trèye, un armistice, et arrêté ainsi la dévastation et la mortt ces mêmes éperons cessant de piquer, semblaient endor-. mir le cheval. C'est ainsi qu'ils furent cause que b bataille de Toulouse eut lieu, et précédemment que Hosoof fut brûlé ; plus tard , qu'une moitié de Paris se mit â égorger l'autre.

Une circonstaucc bien légère en apparence, mais prodigieuse et épouvantable si l'on y réfléchit, me reste euoNt

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raconter : Un écuycr célèbre ayant entendu parler de I éperons dont rinflnence pemicicnse commençait à rcer, yonlut les essayer. Mais y mettant de la prudence, n*en chaussa d^abord qu'un seul. Il ne s'agissait, il est li, que d'une promenade: il en revint sans accident; le crut du moins. Mais en le débottant , son valet de imbre s'aperçut que la botte était coupée sur le coup pied, et chose étrange, c'était celle au talon de laquelle it Féperon.

Xons en étions à l'histoire générale des bottes. Nous revenons, et nous allons parler de celles que rappelle tradition : c'est la science que je copie sans y rien nger. Si je ne cite pas mes auteurs, ce n'est point or me parer de leur érudition ni leur ravir leur ôre légitime, c'est tout simplement parce que je me iviens mieux des choses que des hommes et que j'ai blié leur nom. Mais à leur savoir, on reconnaîtra, â n pas douter, que c'^aient de grands hommes. D'après ces auteurs , il n'y a pas eu seulement des ttes de cuir : au siège de Troie, les Grecs en portaient ârain. Elles devaient être médiocrement commodes, isque les Grecs s'en trouvaient bien , ce n'est pas à 08 à les trouver mauvaises.

An surplus, il paraît que la mode en dura long-temps que les soldats romains ne dédaignaient pas les bottes étalliques. Ils en portèrent de laiton, c'est-à-dire d'un Hb\ composé de cuivre tf de zinc ou de calamine, lis soit par économie , soit par tout autre motif qu'ils ! nous apprennent pas, ils n'en portaient qu'à une seule mbe.

n est vrai que chez ces mêmes Romains, les sénateurs >rtaient la paire complète : c'était aux jours de fêtes; alors s bottes étaient d'or.

Us bottes rouges ou jaunes étaient destinées à ceux

qui avaient occupe des charges de magistrature, usage dont les patriciens avaient hérité des rois d'Albe et qns les premiers papes adoptèrent comme Tune de lean prérogatives.

A cette époque , les esclaves portaient des sabots, la soldats des galoches ou des souliers ferrés.

Scipion, Caton, Germanicus marchaient pieds nus, poiv suivre l'exemple de leurs ancêtres. On ne nous appreni pas s'ils faisaient ainsi beaucoup de chemin. Probablemol qu'à cette époque les rues n'étaient pas macadamisées et qu'on n'y jetait pas les bouteilles cassées.

Peut-être aussi ces rigides républicains ne cheminaientils qu'en char, eu litière et à d'os d'esclaves, comme font encore aux Indes les nababs, les Anglais, et autnsj défenseurs de la liberté et de la dignité des hommes.

Cicéron nous apprend ^ussi qu'on portait , de soi temps , des bottes de verre. H n'est guère à croire qoe ce fut pour marcher , à moins que ce ne fut sur di coton, car un éclat du soulier aurait pu arrêter le marcheur.

Les Romains dînaient pieds nus, c'était l'été probablement, ou l'hiver ils avaient des chaufferettes : le froid aux pieds n'est pas bon pour la digestion, pas plus à Rome qu'ailleurs. 11 est vrai que. les Romains se plaçaient sur des hts pour manger : peut-être y ajoutaient-ils une couverture.

Le nombre de courroies qiji tenaient les bottes, sandales ou souliers est devenu une distinction sous les empereurs. C'étaient les décorations d'alors , celles qu'ont remplacées les croix, les étoiles et les cordons.

La hauteur des talons annonçait celle de l'homme ou sa place dans la hiérarchie sociale ; et pour faire de l'érudition , nous dirons que les calcei mullei étaient la distinction des nobles ou des patriciens, comme autrefois chez nous les talons rouges.

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Les calcei uncinati étaient la chaussure des bons bourois, des rentiers du Marais, des épiciers en gros, etc. Les péronés étaient celles du peuple.

Les philosophes , qui alors • comme aujourd'hui , ne alaient ressembler à personne, portaient le crepida ou jxoe, chaussure qui tenait le médium entre le sabot Tesclave et les calcei rostrati du soldat. Le crepida it d'ailleurs une chaussure de mauvais ton et qu'on portait jamais dans la rue sans passer pour un cynique, itait la savate de Diogène.

L'empereur Antonin porta le lintea caheamenta. Caligula n'aurait peut-être pas été empereur , si sa ire, Agrippine, ne lui avait pas fait porter des bottes naissant, comme font encore les Esquimaux, qui en ttent à leurs cnfans à la mamelle et y ajoutent , nmc complément, une ceinture à laquelle sont attachés couteau, une pipe et un briquet.

Les bottes les plus vastes qu'on ait jamais vues , :tes qui furent probablement le type des bottes de sept les, furent celles de l'empereur Maximin, qui, comme icun sait , fut grand , gros et bête , sans en valoir eux comme homme ni comme empereur.

Les Romains mettaient des souliers de bois aux parides : le motif, on ne le dit pas.

Dn comprend mieux celui qui leur fît ajuster des bottes fer à quelques condamnés esclaves ou chrétiens. Ces ttes étaient garnies de doux, la pointe en dedans, et squ'elles étaient mises , on les faisait rougir. Ceci vait d'enlr'acte dans les jeux du cirque: c'était un ise-temps comme un autre , pour le bon peuple de me; car il est tout aussi licite de s'amuser à voir &ler les jambes à un homme que de lui voir rompre ' mâchoires et enfoncer les côtes, comme on le fait irnellement en Angleterre au noble jeu de la boxe.

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Le digne savant de qai j^ai retenu toat ce totîn m parle ensuite de sandalia caligœ, ocreœ, pais de eah apostolicus , lunatus , lusens , coihurnus , toutes dio que je traduirais si je savais le latin, mais f ai peor dire quelque sottise. Je ne m'aventurerai que snr k i oothurnus, i

Nous avons fait un grand usage du cothurne en Fr»

non comme chaussure, mais comme image. C'était m

ces mots dont pas un auteur ne pouvait se passer n

vers ni en prose, et il fut une époque littéraire pen<

laquelle un sujet, quel qu'il fût, n'eût jamais paru c

plet ni avoir été traité à fond , si le mot cothurne

paraissait pas au moins une fois. Mais si la n

chaussure a fait alors marcher les dits ouvrages, elli

les a pas fait marcher long-temps , pas plus qu

troubadour ne fait vendre les mille et mille roma

où il rime avec amour, jour, contour, tour et retoii

L'histoire nous dit aussi qu'Empédoele portait

bottes de bronze, et que les rois de Sodome melti

des souliers. Ce n'est pas ce qui attira sur eux le

du ciel.

A Ceylan, le roi seul avait le privilège d'en me C'est encore aujourd'hui de même, avec une restri» de plus : il faut que cette paire unique soit de fabi anglaise. Sans cette clause, le roi n'est pas légitime Parmi les peuples européens modernes, les bottes joué également un grand rôle; et malgré ce proi dénigrant : à propos de bottes, qui veut dire à pi de rien, il est certain que cette chaussure a, plus < ne pense, agi sur nos mœurs et notre histoire.

Quand Tempereur Napoléon chaussait ses grandes b< ce n'était jamais pour rien. Qui sait même si le plu moins d'adresse de son bottier, si le plus ou moii facilité avec laquelle l'empeigne lui serrait le cob

pied et laissait circuler de sang de la tête au talon n'a pas influé sur les destinées de TEurope. Certes, il n'est aucun de nous, s'il a étudié ses propres sensations, qui puisse dire qu'il est le même homme quand il a le pied libre dans sa pantoufle ou ce même pied emprisonné dans un soulier trop étroit ou trop court.

Bn ce point, Napoléon lui-même avait sacrifié à la ■ode. Il lui fallait des bottes justes , de celles qu'on ne chausse qu'à l'aide de deux crochets de fer fixés à èeax mains vigoureuses et qu'on n'ôte qu'au moyen de deux chaises , deux hommes et d'un puissant outil de bois : le tout non sans risque de se déboîter la cheville, tarer le tibia et rompre la moelle épinière. Mais comptait sur son étoile, l'empereur, qui brava tant de dangers, voulut aussi, pendant toute sa vie, braver celui-là.

Sans renoncer entièrement à cette torture des bottes JQStes , dont le moindre défaut est de donner des cors €t d'empêcher de marcher, nous l'avons un peu adouci. La douleur n'est plus précisément atroce , et la question ordinaire a remplacé l'extraordinaire: encore cinquante ans, nos bottes ne seront qu'incommodes; mais il faudra bien deux siècles pour que nous en ayons qui , véritablement inoifensives pour nos pieds, soient propres à tontes les allures comme à toutes les montures , à la oonrse comme au pas.

En attendant , nous avons fait des essais de bien des sortes. Après la boite forte et demi-forte, nous avons eu de DOS jours la botte de campagne, de chasse, de dem chisse, d'académie, de pêcKe, de marais, de salon, de bal; la botte molle, à soufflet, à la dragonne, à l'écuyère, ^ la hussarde , à la russe , à l'anglaise , à retroussis, à ^is coutures , à deux coutures , à une couture , sans «ouinres, etc., etc.

Mais, comme dit le proverbe, il n'y a rien de si mal

chaussé qu'un cordonnier; et après avoir inventé tant de sortes de bottes, après les avoir rendues imperméables ei inexplosibles, après les avoir graissées , cir^s et veriw sées; après les avoir mises à cordons, à lacets, à agraffn à boutons ; en avoir eues à bouts ronds , demi-ronds carrés, demi-carrés, pointus, aigus, crochus; après avoii essayé alternativement les clous, les fers, les chevilles (H toutes ces ferrures ensemble; puis, renonçant au cuir oi à la peau , avoir fait succéder le feutre au castor et 1 caout-chouc à tous les deux , nous avons encore de chaussures qui ne sont ni fraîches Tété , ni chande rhiver , et qui , en estropiant les neuf vingtièmes de pieds qui les portent, ne les garantissent ni de rhumes ni d'engelures. Aussi , si j'étais académicien , sans cher cher bien loin un sujet scientifique à proposer ao littérateurs , artistes , savans , entin aux grands homme de- toute arme et de toute nation , je proposerais toi simplement une médaille d'or de la largeur d'un pio pour celui qui parviendrait à faire la meilleure pair de bottes.

BOUDERIE. Rancune sourde et passive , fille de 1 susceptibilité et de la faiblesse. C'est un diminutif de 1 haine, c'est la haine en raccourci : on boude parce qu'oi n'a pas le courage de se fâcher.

Bouder est le propre des esprits faibles, des enfims des femmes, des hommes à petit caractère. Ils boadeo crainte de s'exphquer et de pardonner, ou de laisser voi qu'ils ont tort. C'est l'hésitation -entre la peur et 1 malveillance : on ne veut pas se brouiller et on ne veo pas faire grâce. On temporise sournoisement , c'est-àdire avec l'espérance d'une vengeance qui viendra d'dlcmême ou d'un repentir que notre bouderie éveillera.

La bouderie est ainsi une espèce de vengeance négative. On prétend punir un tort non en agissant, mais en s'abstenant d'agir. On cessera de saluer la personne que Ton boude; on ne lui parlera plus ; on ne la regarde pas précisément de travers, ce regard est propre à la haine, mais on ne la regardera pourtant pas en face ; on ne la regardera même pas du tout, on fera seniblant de ne plus la voir. Pour elle, on est aveugle, sourd, muet.

Quelquefois la bouderie prend la marche opposée : die est aux petits soins pour l'objet boudé, elle le salue jusqu'à terre , elle ne lui adresse jamais la parole sans y ajouter un titre : monsieur, madame, mademoiselle ont remplacé les dénominations intimes.

La bouderie se manifeste aussi par une affectation de gaîté ou d'insouciance ; mais plus ordinairement c'est la tristesse que l'on joue, ou, si l'on en éprouve réellement, qu'on exagère. On veut attrister, effrayer ou afQiger la personne contre qui l'on boude. Si l'on y parvient , si on excite en elle un remords ou une larme , on est satisfait : la bouderie cesse. Aussi ne dure-t-elle ordinaiment qu'autant qu'elle est des deux côtés.

Quand la bouderie n'a pu réussir par la comédie morale ou les grimaces du sentiment , elle se fait malade , elle œ mange plus, du moins en présence de l'objet bondé ; elle veut le convaincre de sa mort prochaine, elle a des spasmes, des attaques de nerfs. C'est ce genre de bouderie qui se pratique ordinairement en ménage et force le inari à l'obéissance.

Ce moyen , tout vainqueur qu'il est , a pourtant ses périls pour celle qui l'exerce. On a vu des femmes avoir ^ attaques nerveuses qu'elles jouaient d'abord , ou se ^brer l'estomac en cessant de manger ou en prenant ^ remèdes , dangereux par cela même qu'ils étaient inutiles.

Cette boaderie féminine, quand elle n'est pas joa^, peut aussi conduire à la mélancolie, puis au marasme: on en cite des exemples ; et des femmes qui vmoA commencé à bouder par caprice ou pour la chose k pins futile, ont fini par en mourir.

La bouderie , on le voit , est une arme de lamiDe; c'est la haine des gens qui se conyiennent trop pour se brouiller complètement et pas assez pour Yi?re en bonne intelligence. Elle ne naît donc ordinairement qu'entre individus qui s'aiment ou qui se sont aimés, ou du moÎDS qui ont en des rapports journaliers : entre époux , entre frères , entre voisins , entre associés , entre bieniaiteor et obligé. On est d'autant plus exigeant qu'on croit être plus utile , plus indispensable on plus attaché à nne personne, et Ton boude un ami pour ce qu'on tolérerait d'un étranger. C'est ainsi qu'on a vu des familles rester à Jamais désunies par suite d'une bouderie qu'aanit fait cesser un regard ou une parole. Combien de procès, combien de guerres même ne sont-elles pas nées d'oïl mot boudeur envenimé par les commères ou les diplomalps ?

La bouderie n'est aussi qu'une transaction entre notre rancune et le respect humain. C'est un père qui croit avoir à se plaindre de son fils ou réciproquement : il te boude parce qu'il ne peut convenablement s'en venger autrement. C'est la colère contenue par la peur du blâme ou du scandale. La nature n'y est pour rien ni h conscience non plus.

La bouderie , fort en usage entre époux , l'est plus encore entre amans. C'est l'arme offensive et défensite d'une jolie femme à qui son ami rehise un cachemire* C'est aussi l'arme de l'amant qui n'ose pas être jakMW.

La bouderie est fort commune entre enfians , moins pourtant que de l'enfant à ses parens. C'est la première

tyrannie du bambin , sa première vengeance : il boude sa mère. La bouderie est alors inscrite sur toute sa personne. Ses traits vont de haut en bas : sa lèvre inférieure s'allonge; il tortille son corps de droite à gauche, il tourne le dos et veut quelquefois faire croire qu'il pleure ; mais il ne pleure pas , ses yeux sont secs. L'indignation de l'injure qu'il croit avoir reçue , de rinjustice qu'on lui a faite, concentre en lui toutes ses larmes.

D'autres fois, elles s'e'chappent malgré lui. Alors il les cache, il est trop lier pour les laisser voir : c'est Achille dans sa tente.

L'action boudeuse est rarement subite; elle est produite par la réQexion , et c'est aussi par la réflexion qu'elle pénètre en nous et devient une pensée fixe qui la change en grief, en colère et même en une véritable haine. C'est donc un germe qu'il faut extirper dès sa naissance, et ceux qui y sont sujets doivent, quand ils croient avoir à se plaindre de quelqu'un, s'en expliquer immëdiatement avec lui. L'explication amenât-elle la découverte de torts plus réels que ceux qu'on soupçonne, adoucira le mal; car le doute nourrit et excite l'action boudeuse plus que la certitude même. Cette continuelle recherche de la cause d'un tort vrai ou supposé, Taggrave sans cesse à nos propres yeux. On en veut à autrui de la contrainte qu'on s'impose à soi-même , et on lui en veut d'autant plus qu'on souffre davantage. Il est donc utile à soi et aux autres de nous guérir de la bouderie ou de permettre qu'on nous en guérisse. Les femmes y sont habiles, peut-être parce qu'elles excellent à la faire naître.

Cependant il est des boudeurs qu'on ne guérit jamais <^t qui bouderont pendant six mois par la seule raison ont boudé un jour. Contre de tels caractères, l'é-

vidence n*est rien, et plus vous leur prouverez qu'ih se sont trompés, plus ils bouderont, et peut-être en vieiH dronl-ils à vous détester.

Les gens d'esprit , je ne dis pas de génie , les demipoètes, les quarts d'écrivains sont boudeurs et sou?ent pour des motifs que personne ne devine. On a même des exemples de la bouderie unie à un grand talent, et j'en pourrais citer ; mais cette bouderie touchait de près à la misanthropie , car elle s'adressait à toute l'espèce humaine. C'est un sentiment hors Hgne. Les gens qoi boudent tout le monde arrivent à se bouder eux-mêmes et finissent par le suicide.

Il est des métiers qui prêtent plus ou moins à la bouderie. En général , on boude le plus dans ceux où l'on a le moins à faire ; car la iDouderie naît en partie do désœuvrement ou de l'absence de besoin» sérieux et de passions ardentes. Les pauvres se battent et ne se boudeni guère : ils ont le temps de se fâcher , mais non celui de se bouder.

Une bouderie entre soldats serait ridicule : bouder le sabre au côté n'est pas militaire. Le conscrit seul boude encore, mais c'est contre le régiment.

Entre officiers , la bouderie n'est pas non plus ordinaire. On peut bouder son colonel , parce qu'on ne saurait l'appeler sur le terrain ; mais on ne boude pas son camarade, on le tue.

On peut guérir un boudeur soit par une bonne qufrrelie , soit par un bon procédé , selon le caractère de l'homme. Ce dernier moyen est assez souvent le meilleur. Mais l'autre a aussi son succès , car on ne boude ni quand on hait ni quand on a peur. Si l'on irrite la blessure d'un boudeur au caractère décidé, d'un boudeur brave , chose assez rare , il vous détestera et vous attaquera de face. Dès-lors, il ne vous boudera plus. Si c(

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