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lice, cuismier ou marmiton, jamais jusqu'alors elle ne était adressée au maître ou à la maîtresse du logis. ?éUiX tout ce qu'on lui demandait ; et si elle s'était SQJours comportée aussi convenablement, il est à croire |u^eUe régnerait encore dans nos cuisines.
Mais le malheur voulut qu'un bourgeois, qui aimait à isonner, alla, avant son dîner, faire un tour dans la sienne, m, comme )dit le proverbe, tourner autour d^ pot. Ce loment, il est vrai, était favorable : la marmite chantait I faire plaisir, elle sifflait, sifflottait, murmurait, roux^olait par son petit trou comme une Hnote , comme ine* fauvette , comme un serin par son petit bec. Mais iez-vous à la musique!
Notre bourgeois aurait dû se tenir en garde contre ce Ghant de syrène et se souvenir d'Ulysse et de ses compagnons. 11 ne se souvint de rien. Il s'approche, regarde, bote, sourit, puis ricane, car il lui était venu une idée.
Une idée à, un bourgeois, c'est fort! diront les mau> vais plaisans. Plaisanterie ou non, c'en était une. Aussi, sus perdre un instant, il prend la pincette et couvre le trou : c'était là son idée.
La marmite chanta plus bas, mais pourtant elle chanta œore. Le jet aminci de la vapeur prouve à notre expéimentateur que la pincette ne faisait pas bien son office. Q la retourne. Alors la marmite ne fît plus entendre ^m petit son mourant, murmure étouffé comme le cri d'iule pauvre a me en peine.
U n'y avait plus qu'un effort à foire, et notre homme tot vainqueur. La vapeur trouvait toujours^ son issue , car elle agitait la pincette. U y mit les deux mains , et Ponverture se trouva enfin hermétiquement fermée. Alors le silence fut complet.
Notre homme triomphait. U eut ud moment de bon-
hear et d'orgaeil : il avait vaincu la nature, je veux $ la marmite.
Hélas ! son triomphe fut court. Tout-à-conp un bn terrible fait trembler la maison. On accourt, on regarc la marmite et la tête de l'homme étaient en miettes.
Laquelle des deux, éclatant la première, avait bri l'autre? C'est ce que personne ne sut dire. L'on ne { que ramasser les morceaux pêle-mêle comme ils étaiei sans trop pouvoir les distinguer, et on jeta le tout ( semble dans le panier aux verres cassés.
Jugez si l'on dîna de bon cœur , ce jour-là , chez pauvre bourgeois qui n'avait plus de tête.
Au total , ceci n'était rien du tout : un homme ' moins, la belle affaire ! Il y en aura toujours assez. Qui à la marmite, c'était différent, et la perte d'une boi marmite est souvent irréparable. Néanmoins, on ne i gretta pas celle-ci autant qu'elle aurait dû l'être, à cai de son équipée; et sans la perte d'un si bon bouill et l'ennui de balayer la cuisine , on n'en aurait ] même parlé.
Mais on en parla , et beaucoup trop. Ce fut un ce funeste pour les amateurs de potage, parce qu'il ne plus possible de trouver un cuisinier ou une cuisini qui consentît d'approcher de six toises d'une marra qui n'avait pas une ouverture large comme la po d'un four. Nul doute que ce procédé ne fût souver pour empêcher l'explosion ; mais nul doute aussi c celte gueule béante , en permettant à la vapeur intei de sortir, sans défendre à celle externe d'entrer, ne cai un véritable désappointement à ceux qui tiennent à ii soupe naturelle , exclusivement composée de viande de légume, sans addition de cendres de charbon et d't arôme de fumée.
On ne peut donc dissimuler l'immensité du tort qi
rimprudence d'uQ ^seul bourgeois a fait à toutes les soupes européennes. Cette répulsion pour la marmite fermée, la seule qui puisse faire de véritable consommé, pouvant gagner la terre entière et se perpétuer jusqu'à la fin du monde , on comprend que le crime d'Adam n'aura pas causé plus de préjudice à la postérité de l'homme.
Le moyen qui nous resterait peut-être de rétablir au foyer domestique la marmite autoclave , serait de démontrer qu'on a agi légèrement, sinon méchamment, en Taccusant d'avoir cassé la tête à l'homme. De ceci il n'y a point de preuve : le fait s'est passé sans témoins, nul ne l'a vu. Il se peut donc qu'il y ait là une de ces erreurs judiciaires dont on n'a que trop d'exemples. Sans doute on a pu dire , avec quelqu'apparence de vérité , que le liquide en ébuUition et réduit en vapeur ne trouvant plus d'issue, le contenant a dû éclater sous les efforts du contenu. Ceci n'est pas impossible , mais on doit se rappeler aussi que le bourgeois avait une idée et qu'il n'en avait pas l'habitude. Or , je le demande à tout homme impartial, une idée, pour peu qu'elle soit vive, tenace et comprimée, n'est- elle point , par cela même, explosible? Si elle l'est, ne peut-elle faire explosion et fai^e éclater une tête qui n'a pas de soupape de sûreté? Elle le peut tout aussi nettement qu'un bouillon, fât-il fait de l'entre-côte du bœuf Apis. Elle le peut même mieux, car elle le fait plus souvent. La preuve, c'est que pour dix pots au feu que brise le bouillon, il y a cent têtes que font sauter les idées. On peut donc croire , sans s'écarter non-seulement des probabilités , niais de la plus saine logique , que le bouillon n'a ici •ien à se reprocher ; et probablement que c'est un éclat de la tête du bourgeois, toujours poussé par sa malheureuse idée, qui aura brisé la marmite.
BOULETTES. Il y en a de plusieurs sortes.
Il est des gens qui , à force de se replier sur euxmêmes, de se renfermer dans leurs petites passions, leon petites pensées, leurs petites jalousies, de se resserra enfin dans leur egoisme mesquin , finissent par fiiire d'eux une boulette qui, à peine, nourrirait un chat.
Ces gens -là sont surtout communs en province, et leur immense vanité contraste avec l'exiguité de kar taille : c'est la ganache réduite à sa plus simple expr» sion , la ganache qui a soigneusement extrait de sob corps tout ce qui pouvait être bon, pour n'y laisser qie Fessence et Thuile essentielle du sot et de PinsuppON ] table. Ceci est la boulette de chair et d*os, la bonletle qui parle.
La boulette parlée est un petit mensonge qu'on fut doucement avaler aux bonnes gens en guise de pilule. ' Il y a la boulette de société, la boulette parlementaire, \ la boulette diplomatique et gouvernementale. Il y a aufli la boulette marchande ou la réclame.
Le journalisme fait un fréquent usage de la boulette. Ce n'est même qu'avec son aide qu'il retient ses abonués, et c'est le fonds de sa cuisine : boulettes politiques , boulettes littéraires, il en a toujours un grand approvisionnement. C'est ainsi que le godiveau si délicieux en boulette est la providence du restaurateur : le godi^eaa se fait de tout et peut servir à tout.
La boulette convenablement assaisonnée et placée daos un lieu propice , sert aussi à empoisonner les rats , les chiens et un chrétien de temps à autre. C'est le plus souverain des caïmans. On ne se fait pas d'idée combien la boulette, suppléant au divorce, a rendu de services en ménage.
11 est des cas où la boulette , sorte de projectile fait de mie de pain, sert à avertir un convive placé à l'autre
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xtréinité d'une table qae nous songeons à lui. C'est un i^e d'amitié fort usité entre les voyageurs de cornieroe et qui leur est aujourd'hui presqu'exclusif.
Cependant la boulette n'est pas toujours si pacifique, ieflsagère de guerre, elle reçoit quelquefois pour réponse me bouteille au toI, qui , ellennénie , n'est que l'aTantjurde d'une balle de plomb.
La boulette peut atteindre jusqu'aux régions héroïques et friser le sublime. 11 y a la boulette historique; et celles que Danton lançait au nez de ses juges tandis qu'ils le condamnaient à mort, bien qu'elles n'aient pai dté conservées au greffe, vivront autant que le nom du terrible proconsul.
La boulette la plus innocente de toutes , est celle que les enfans font rouler sur un terrain plane et qui , petite boule de marbre ou de terre cuite, est la véritable koulette , bien qu'on lui donne quelquefois un autre Bom , peut-être parce qu'on a trop abusé du premier.
Il nous reste à parier du puff, qui est la boulette «glaise. Mais comme elle porte un caractère distinct, 9tm en ferons l'objet d'un autre article.
BOUQUIN. Quel est l'auteur de cet ouvrage, deman- 4ait M. k*"*. à M. h***, qui, monté à l'échelle, tenait à la main un vieux livre dont il examinait en amateur la gothique reliure? — C'est un bouquin, répondit M. B***.
— Quel en est l'auteur? — Je vous dis que c'est un hmqciin. — Mais enfin il a un auteur. — Comment , un ttlear à un bouquin ! — Pourquoi pas. — Vous plainotez. S'il avait un auteur, ce ne serait pas un l>ouquin.
— Vous avez pris cela pour un livre.
Tout étrange que paraisse ce pQtit dialogue, il est vrai, et se lenouvelle plus souvent qu'on ne pense. Pour bien
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des gens , il est des choses , et des chose utiles même, qui, effet sans cause, sont parce qu'elles sont, et à qm jamais personne n'a demandé d'où elles venaient et pourquoi elles étaient.
Nous en profitons, qu'importe les auteurs. Demandonsnous qui a fait les poires? Nous demandons si elles sont mûres et nous les mangeons quand elles sont bonnes. N'est-ce pas en faire suffisamment l'éloge?
Il en est de même des bons vieux livres, des livres utiles: tout le monde les lit sans savoir qui les a faits, ils sont ' sensés s'être faits tout seuls.
Quant aux mauvais, aux livres dangereux et empoh sonneurs , c'est différent. Nous n'en oublions jamais les auteurs, nous les aimons, nous les respectons, nous leor' tressons des couronnes , et d'autant plus belles , qu'ils nous ont plus nui , qu'ils nous ont imposé plus de chaînes, plus d'erreurs, ou nous ont fait commettre plai de sottises.
Ainsi sont les hommes de tous les pays. Leur souvenir, leur admiration , leur reconnaissance est toujours ea raison directe , non du bien qu'on leur veut , mais du mal qu'on leur fait.
C'est aussi pour cela qu'ils déifient les conquérans, les tueurs d'hommes, qu'ils leur érigent des temples et des autels, et qu'ils traiteront de stupide celui qui prétaidrait que de tels honneurs seraient mieux appliqués i celui qui a inventé la pelle et le râteau.
Pour en revenir aux bouquins, ils n'ont pas toujours été traités avec la même indifférence que leurs auteurs; de même que tant d'autres fétiches, ils ont eu aussi leurs temples et leurs adorateurs. On peut même dire qu'ils les ont encore , et bien des gens tiennent à honneur à les ériger en piles ou de les aUgner en rayons.
Je ne les en blâme point. Respect aux bouquins, car
il n'est pas permis a tous, les livres de le devenir. C'est, pour ces livres , ce qu'est l'état de* bienheureux pour l'homme: c'est leur béatification; et ici encore l'on peut dire qu'il y en a beaucoup d'appelés et peu d'élus, car ce n'est pas un petit bonheur pour ces honnêtes livres d'échapper aux rats et aux mites, et, chose plus redoulable encore, à trois ou quatre générations d'épiciers et de beurrières , leurs ennemis naturels.
En définitive, quelle est cette gloire que rêve le poète, quelle est cette immortalité qu'il souhaite à son livre? C'est d'échapper à tant de chances de destruction , c'est de vivre en dépit de la méchanceté des hommes et de la voracité des bêtes, c'est de devenir bouquin enfin : vœu li rarement accompli.
Honorons donc les bouquins, cela n'oblige pas à les lire.
BOURGEOIS. Ceux de Paris font les fiers depuis IfôO. Cependant ils ne sont pas encore aussi grands leigneurs que l'étaient ceux de quelques-uns de nos ports de 1500 à 1600.
Vers 1530, un bourgeois de Dieppe, nommé Jean Ângo, (pli faisait le négoce avec l'Inde et l'Amérique , eut un de ses vaisseaux pillé par les Portugais , qui prétendaient ui monopole de ce commerce.
Jean Ango ayant armé en guerre, à Dieppe, plusieurs de ses navires , y met huit cents hommes à sa solde. La flotte bourgeoise de Dieppe bloque le Tage , fait un débarquement et jette l'efiFroi dans Lisbonne. Le roi de Portugal, croyant que la France lui déclare la guerre, <invoie immédiatement un ambassadeur à François l^^^ poar lui donner une satisfaction convenable. Le roi de France ne pouvait concevoir d'abord de quoi il s'agissait;