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Dire quelle est aujourd'hui chez nous la eause plus ordinaire des duels serait fort difficile. Autrefoi.fj un démenti, ou ce que Ton considérait comme tel, •' était le prétexte ordinaire, et des milliers de duels ol eu lieu parce que Ton s'est cru soupçonné de mensor Or, remarquez bien que les hommes les plus pointillé! sur cet article n'en ont jamais menti une fois de moinî C'est que dans nos mœurs c'est un déshonneur d'éti appelé menteur, et ce n'en est pas un que de mentir.
Depuis, on est devenu moins chatouilleux sur les dé-j mentis; et ces expressions: cela n'est pas; cela ne psui être; c'est faux, et vingt autres dont la sottise avait fâl autant de causes de rixe et de mort , sont à pen près] devenues inoffensives. Enfin, pour caractériser le déraer a faut aujourd'hui qu'on le prononce et qu'on dis nettement: vous avez inenti; et ces mots eux-mêmes :f^i c'est un mensonge ou vous mentez, ne sont plus regarda comme provocateurs.
Cette cause détruite , il en reste d'autres. On se b* encore pour un coup de coude, pour un mot, pour ot regard , quelquefois pour moins. J'ai connu un jeune officier , l'espoir d'une famille illustre , qui fut tué pour une tranche de gigot ; un autre , pour une place an spectacle; un troisième, pour s'être trompé de chapeau; un quatrième, pour avoir éclaboussé un passant, etc.
Le duel est un mal sans doute , mais il en a quelquefois prévenu un plus grand. Dans les pays où il n'existe pas, il est souvent remplacé par le guet-à-pens et l'assassinat.
Si l'on croyait aujourd'hui devoir le tolérer quelque part, il faudrait l'entourer de formes et de précautions qui , en le rendant plus rare , en pourraient écarter les abus relatifs ou tout ce qui se rapprocherait d'un piège et qui sentirait la trahison. Dans nos duels ordinaires,
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f^alité des armes est purement illusoire. Mettre une cpée ou un pistolet entre les mains d'un homme qui ne sVn est jamais servi et lui dire, après avoir mesuré la Longueur des lames et la charge 'des pistolets: les chances sont les mêmes et vous êtes Fégal de monsieur qui a passé sa vie au tir ou à la salle d'armes , est véritablement se moquer du monde. C'est comme si Ton mettait une lancette entre les mains d'un charretier et qu'on lui dît : maintenant vous voici chirurgien.
Un tribunal des duels égaliserait effectivement les armes en interdisant au duelliste celles dont il aurait Fhabitude , ou en assignant à celui qui en manquerait k temps nécessaire pour l'acquérir. Ce délai, en donnant à réfléchir aux gens qui se croiraient insultés, préviendrait probablement bien des malheurs.
H existait autrefois une institution de la nature de celle dont je parle. On avait admis, en principe, que les maréchaux de France étaient juges des différends sur les foints d'honneur entre nobles. Ils avaient à cet effet, dans chaque province, un délégué portant le titre de lieutenant des maréchaux de France. Ce lieutenant devait prendre connaissance de tous les différends qui s'élevaient entre ofQciers et gentilshommes dans l'étendue de son ressort. Alors le lieutenant et ses assesseurs se formaient en cour d'honneur, décidaient s'il y avait lieu d'aller sur le terndn et réglaient les conditions du combat. Ceci valait bien, je crois, la législation actuelle qui défend tout et laisse tout faire*
L'influence de ces lieutenans était grande et leurs déosions généralement respectées. Anciens militaires ayant ta leurs preuves, il n'y avait aucun déshonneur à ne P^ se battre quand ils avaient décidé qu'on ne le devait pas.
Les spadassins ne reparurent que lorsque cette insti-
tution eut été détruite. Ce fut pendant le consulat et U premières années de l'empire qu'ils pullulèrent dans li capitale et bientôt dans les provinces, toujours singes de Paris. La plupart n'étaient pas militaires et ne se distinguaient que par des exploits de boucher. Ne si mesurant jamais entr'eux , c'étaient de pauvres gens oe sachant pas se défendre qu'ils égorgeaient lâchement Quoiqu'il en soit , ils étaient à la mode. Les hommes les redoutaient , les femmes les admiraient : on les recevait partout.
Ceci ne prouve ni en faveur de notre humanité, ni et celle de notre raison. Nous n'admettrions certainement pas à notre table l'exécuteur des hautes œuvres, et pourtant il est moins teint de sang que certains duellistes amateurs et n'a versé que celui des coupables.
Les habitans de la Nouvelle-Zélande tuent un homme pour en sucer la cervelle. Les résurrectionnistes de Londres en tuent quelquefois aussi pour aller vendre leur cadavre. Eh! bien, ces misérables sont moins atroces que le duelliste , qui massacre un homme seulement pour parader devant les belles et faire parler de lui un demijour; quelquefois même pour beaucoup moins, pour se de'sonnuyer , pour passer une heure agréablement. C'est un chasseur à l'homme : il aime mieux percer de la chair que de briser une poupée de bois.
L'empereur Napoléon ne pouvait souffrir le duelliste. Il ue donnait pas d'avancement aux militaires qui en avaient la réputation.
Quant aux non militaires, il leur en /oyait un brevet de sous-licutenant s'ils appartenaient à des familles riches et puissantes. S'ils ne portaient que des noms obscurs, il y mettait moins de cérémonie : la police b.ur cherchait une mauvaise querelle; puis, sans autre îormalité, les faisait conduire par la gendarmerie dans quelque
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d^artemcnt éloigné où, pour qu'ils ne pussent se présenter en victimes, elle les faisait sournoisement passer pour ses agens secrets. Ainsi déconsidérés, les malheureux D'étaient bientôt plus à craindre.
Parmi ceux qu'on avait envoyés à l'armée, quelquesinssont devenus depuis des officiers distingués; mais ce k{ le petit npmbre , et la plupart furent la risée des soldats par leur insigne poltronnerie.
Ceci ne contribua pas peu , sous l'empire , à démonétiser les duellistes , et le duel ne redevint à la mode qu'après les cent jours. C'est alors qu'on vit , pour la première fois, paraître les duellistes politiques , puis les duellistes littéraires ou périodiques.
Nous dirons un mot de chacun.
Les duellistes politiques durèrent peu : c'était une conséquence de la restauration. En 1814 on rétablit les compagnies nobles des gardes du corps. On les composa, d'une part, des anciens gardes, vieillards débiles, restes de l'armée de Condé , et de l'autre , de jeunes gens imberbes qui n'avaient jamais quitté la jupe de leur mère. Dans ces compagnies, tout soldat était ofOcier et «n portait les épaulettes. On peut juger de quel œil les virent les officiers napoléoniens , qui avaient gagné les loirs par tant de combats et de blessures, lis firent plus que de les regarder de travers, ils leur cherchèrent ïwise. Ceux-ci s'en tirèrent mal ou même ne s'en tirèrent pas du tout. Ce fut alors qu'on fit entrer dans leurs rangs un certain nombre de vieilles moustaches, chargés de soutenir l'honneur du corps et de se battre pour l'opinion qu'ils n'avaient pas.
Telle fut l'origine du spadassin pohtique dont l'œillet rouge fut le signe distinctif. Cette forfanterie, qui amena ^elques morts d'hommes , ne dura heureusement que ^ saison des œillets.