‹ Hommes et chosesChapitre 58 sur 95 · CHE · texte numérisé non relu

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autant et plus de chaleur et consommer rnoiofs de bois? Sans doute telle masse de combustible ne peut produire que telle quantité de calorique. Mais ce calorique nne fois produit, avez-vous clierché à le conserver ou à en retarder Tévaporaliou? JN'est-il pas prouvé, au contraire, que la plus grande partie s'en perd en s'élevant dans Tatmosphère, au lieu de rester près du sol ou dans rintérieur de vos logis ?

Diminuer les courans d\iir , réduire ou activer h combustion selon le besoin , concentrer la chaleur , h diriger , la ûxer sur un pjint, la ferout durer presquModéliniment. Nous avons vu des laves ayant plusieurs siècles qui , sous une croûte de moins d'un pied , sont eucore brûlantes. 11 y en a de quinze cents ans qui ne soot pas eutièremeut refroidies et qui sont même liquidrs à une certaine profondeur. £n(in, la masse terrestre, toute vieille qu'elle est, a une chaleur interne qui remonte presqu'à sa surface, chaleur que bien des milliers d'aunées n'ont pu qu'affaiblir légèrement et qui en durera bien des milliers encore, sans diflerence sensible.

Partant de ce principe qu'une forte partie de matière convenableiiient chauffée conserve sa chaleur pendant un temps fort long et facilement appréciable , ne pourraiton pas arriver à un résultat économique et chauffer une chambre , une maison , une place , une ville par bail de trois, six, neuf et même de quatre-vingt-dix-neuf ans?

Ne serait-il pas également possible d'avoir des puits à feu , volcans en miniature , qui nous amèneraient une matière ignée ou au moins sa vapeur ? Déjà n'a-l-on pas obtenu , sur quelques points , des fontaines d'eau chaude : pour({uoi n'en aurions-nous point partout? il ne s'agit que de creuser. Ce dépôt de vapeur ignée n'est* il pas sous nos pieds? Ne tend-il point partout à s'élever à la surface? Poujrquoi donc ne pas en proliter?

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igez de l'avantage de ces bouches de chaleur , cadres naturels , échauffant sans frais nos maisons ,

ateliers , nos serres , nos lieux publics. Comprenez iité (le cette eau chaude qu'on aurait sous la main, cz réconomie de combustibles et celle de temps, car i que chaque homme emploie dans le cours de sa à allumer, souffler, entretenir, tisonner et couvrir

feu, est peut-être plus considérable encore que celui 1 perd à se faire la barbe.

joutez qu'au moyen de ces émanations chaudes, vous rriez augmenter la fertilité de certaines expositions , 'nir des fruiU^ et des légumes aujourd'hui étrangers os climats , et mettre en culture des terrains jusdors stériles, e creusement de ces bouches ou puits entraînerait

dépenses énormes, dira-t-on. Qu'eu savez-vous? Vous i^cz pas essayé. 11 n'y a pas dans votre France un seul ts à feu , il n'y en a pas trois d'eau chaude. Ayez-en ic.La dépense une fois faite, Teutretien sera peu coûteux le résultat immense, surtout pour le peuple qui paie I eau chaude presqu'aussi cher que nous payons notre

, ses cotrets à plus haut prix que nos fagots et ses ihes en proportion , parce que plus le combustible

fractionné, plus il coûte et moins il dure, wns nous égarer dans des projets ni demander ce que, Igré l'évidence, on traitera d'impossible, résumant

faits , nous disons : le froid , dans notre Europe , , après la faim, la première cause de douleur et de ivreté. Il entre donc pour beaucoup dans la misère

peuple, car il lui en coûte pour se chauffer, s'éclairer, re ses alimens et se couvrir dans la saison froide, tant que pour se nourrir.

-hez le riche , le froid est également une cause de )ease, soit en vêtemens, soit en combustibles, sans

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qu'il puisse s'en mettre complètement à Tabri. liehe on pauvre , il n'est donc personne qui ne souffre di froid , personne à qui il ne cause des indispositions et souvent des maladies graves.

A ceci n'y aurait-il pas de remèdes ou au moins de palliatifs? Nous avons dit: il y en a. Or, ces remèdes ou ces palliatifs, les avons-nous sérieusement chercha? Nous avons répondu : non.

Alors cette recherche sérieuse n'esl-elle pas un devoir et un acte de raison ? Les moyens conservateurs anxqoeb elle doit conduire ne seront-ils pas un des plus grandi bienfaits dont on puisse doter l'humanité?

S'il en est ainsi , les gouvcrnemens européens qui ont proposé des primes énormes pour des découvertes d'une utilité secondaire ou douteuse, ne pourraient-ils pas se cotiser d'un million ou deux pour encourager les savans, ou ceux qui veulent le devenir , à chercher la solutioo de cette simple question: « Quel serait, en Europe, le » meilleur moyen de produire, propager et maintenir la » chaleur, tout en réduisant la consommation du com- » bustible? »

CHIENS SAVANS. 11 y avait à Babylone dix à douze troupes de chiens savans et deux fois autant d'hommes de lettres , dont toute l'occupation était de décrire les grimaces et gambades de ces animaux.

Un de ces chiens ou chiennes étant allé dans la ville de Tyr , la sultane lui mit au cou son propre collier. Les visirs portèrent sa niche en triomphe et le peuple se prosterna la face contre terre, ni plus ni moins que devant la kaaba.

Jamais mortel, depuis Salomon après la construction du temple et Alexandre à son entrée à Persépolis , n'avait

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rrça de si grands honneurs. Le veau d^or et le bœuf Apis en maigrirent de jalousie : ils se crurent traités comme d^ignobles bétes, comme de vrais bœufs de carnaval, comme des vaches, comme des pourceiiux. En Térilé, ils pouvaient le supposer en voyant tout ce qu'on fiiisait pour les chiennes de Babylone.

Les dites chiennes , ainsi adorées pendant leur vie , fons ne doutez pas qu'on ne leur élevât des mausolées iprès leur mort , ou quelque chose dans le style des pyramides d'Egypte. Mais voilà Tétrangcté: la divinité l'avait pas plutôt rendu le dernier soupir, qu'on lui ermait la porte du temple et qu'on la jetait à In voierie.

 présent , que nons avons dit ce qu'étaient les ihiens et chiennes chez les anciens , voyons ce qu'ils ont devenus chez les modernes.

Commençons d'abord par chez nous, sauf à aller enoite chez les autres.

Qu'est-ce qu'un chien savant? — C'est, répondront les Doralistes , la contre-partie d'un écolier qui vient de aire sa. philosophie. En d'autres termes, c'est un animal ^ qui on a Oté son instinct sans lui donner la raison. 3n est parvenu à le faire jouer aux dominos, mais non à lui faire comprendre ce que c'est que le jeu de domino; bref, il est calculateur comme l'écolier est philosophe.

Je ne me permettrai pas de pousser plus loin la comparaison , on y verrait une impertinence : je dirai seulement que l'écolier devenu savant sait combien Virgile et Homère ont fait de vers, et combien Horace et Catulle ont chanté de maîtresses , mais qu'il ignore comment pousse une carotte. 11 est vrai qu'au fond Wci importe peu , pourva que les carottes continuent à pousser.

Pour en revenir aux animaux savans, chiens savans, ^Qcs savans , chevaux , lièvres , serins savans , car la

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science a atteint à peu près tout ce qui est sorti de Parche , je demanderai à leurs professeurs ce que ces pauvres bétes ont gagné à la science? — Elles ont gagné, me répondront-ils , ce qu'un écolier reçu bachelier-èslettrcs a gagné à ses huit ans de collège : un diplôme, un titre et la faculté de faire son droit.

Laissons là l'écolier et voyons les bêtes.

Ce qui distingue d'abord un animal savant, c'est qu'il est plus ou moins pelé et galeux si c'est un quadrupède, ou plus ou moins plumé ou chassieux si c'est un oiseas.

On me dira que ce sont les signes distinctifs de h science chez tous les peuples de la terre. Je réponds de nouveau : laissons là les hommes , puisqu'il s'agit des bêtes.

Les animaux sa vans sont donc toujours râpés et généralement maigres. On remarque aussi qu'ils sont mal peignés: deuxième point de ressemblance avec les éruditt a deux jambes; qu'ils sont sournois et hargneux: troisième point. Mais pour la dernière fois , laissons là les comparaisons.

Les animaux savans sont très-mal vus de ceux qui œ le sont pas. Ceux-ci ne perdent jamais l'occasion de leur donner un coup de grifiFc , un coup de bec ou un coup de dents. II est vrai qu'il en est de même dans nos pensionnats , séminaires et collèges : cinquième point de ressemblance. Mais ce n'est pas un rapprochement que nous voulons faire; il s\igit seulement de décider si c'est le fouet , la verge et le martinet qui sont la véritable clé de la science? Je serais tenté de le croire, puisque non-seulement tant de grands animaux savans, mais tant de grands hommes qui ne le sont pas moins, sont les fruits de cette méthode qui les a rendus aussi habiles les uns que les autres, les premiers aux domines et les seconds au grec et au latin.

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Si Ton veut connaître ensuite jusqu*à quel point TiiUliatioQ à la science des dominos a été utile à l'espèce âoioe, je répondrai qu'elle Ta été au même degré que 'initiation à la philosophie a pu Télre à Tespèce écolière, ai, par ce corollaire de son éducation , a acquis en iisoonement et en sagesse ce que Fanimal a gagné en ?z, en instinct et en jarret par la connaissance du Hible-quatre ou du double-six.

Si le but de Tinstruclion n'était pas de nous faire iprendre ce que la nature ne nous apprend pas, je ne lis pas à quoi serviraient les professeurs, puisque nous nrions sans eux tout ce que nous devcms savoir. La ience du professeur, pour les chiens comme pour les immes , consiste à mettre dans la tête d'un élève ce li n'y est pas à la place de ce qui y est, ou si vous mez mieux , de remplacer ce qu'il comprend par ce l'il ne comprend pas. C'est, jusqu'à ce jour, le meilleur oyen qu'on ait découvert pour développer l'intelligence. Je sais bien qu'il y a des gens aimant à ergoter qui mt nous dire que Dieu , qui s'entend en éducation issi bien que nos meilleurs maîtres , aurait probable- «nt mis la science du domino dans la tête du cliien , rame le grec et le latin dans celle de l'écolier , s'il ^ait cru que cela pût servir à l'un et a l'autre. Mais

le chien est destiné à veiller sur la porte, à conduire 1 aveugle, à garder les moutons, à traîner une charrette 1 suivre une piste de renard ou de lièvre; si l'écolier ;st à devenir député, pair de France, tailleur, huissier, iuistre, général, commis, barbier, coiffeur, comédien, éfet ou sous-préfet, on ne voit pas à quoi leur seraient >ns le grec et le latin.

A ceci , l'homme ami des sciences répondra : vouloir le chacun ne sache que ce qui pourra servir à lui et IX autres, c'est fermer à peu près tous nos cours

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