‹ Hommes et chosesChapitre 59 sur 95 · CHI · texte numérisé non relu

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et tous nos collèges où l*oti professe généralement le principe contraire; c'est-à-dire que pour être docte, il faut oublier ce qui est utile pour apprendre ce qui ne Test pas. Aussi, dès que la rocation naturelle d'un chien ou bien celle d'un homme a été reconnue , on le met entre les mains d'un maître dont la mission est de emnbattre ces dispositions pour lui en inculquer d'autres: le chien étant fait pour marcher à quatre pattes, on lui enseigne à danser sur denx; et l'homme, qai se tient ordinairement sur deux , est obligé , je ne dirai pas précisément de marcher sur quatre, mais de raisonner à la hauteur de cette position.

Or, pourquoi scinder la question? Pourquoi n'en pas adopter franchement toutes les conséquences? Plus large dans mon opinion que nos professeurs même, je n'hésite pas à déclarer que puisque la science veut donner de TespVit aux chiens , il serait juste qu'elle donnât de l'instinct aux hommes; et comme l'instinct consiste principalement à marcher à quatre pattes , vu qu'on y est plus d'à-plomb , il serait rationnel , quand on raisonne de cotte manière , d'y marcher aussi. Alors personne n'aurait à se plaindre , car de récentes expériences ont démontré qu'il pouvait y avoir de la science dans Tinstincl comine dans l'esprit , et qu'il devait à la fois y avoir des chiens savans et des hommes savans.

Il ne faut pas croire, cependant, que tous les hommes soient propres à faire des animaux savans , et Nabachodonosor , bien qu'il eut à ce sujet une double expérience, était, si Ton en croit l'histoire, un animal fort insignifiant. 11 en fut à peu près de même de tous ceux dont on cite la métamorphose , y compris les compagnons d'Ulysse. Quoiqu'il en soit, en prenant les choses telles qu'elles sont et sans vouloir nuire à personne, je dirai que si Ton considère la question sons

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son rapport sérieux, les jhommes savaos auront nécessairement la priorié sur les chiens savans. Mais s'il s'agit de Fagrément et de Tamusement qu'on peut tirer de Tune ou de Tautre espèce, il n'y aura pas à hésiter : les chiens savans étant inGnia)ent plus divertissans que les hommes savans ; ce qui le prouve , c'est qu'avec un quadrille de chiens savaus, vous pourriez récréer et faire pâmer d'aise toute une société, et que vous n'y parviendriez pas toujours avec dix fois plus d'hommes savans, c'est-à-dire quarante bien comptés.

On dira qu'il y a ici de la partialité ou de la mauvaise humeur. C'est possible, car il est bien plus facile de se fâcher contre les hommes que contre les chiens, doul la société est ordinairement agréable et sûre quand ils ne sont pas enragés. Or, ils ne le deviennent guère que dans la canicule , tandis que les hommes peuvent le devenir en tout temps.

Quoiqu'il en soit, tout narré ayant sa moralité, et les contes non moins que les histoires, voici les conclusions que nous tirerons de celui-ci :

La science , dirons-nous , consiste moins à savoir beaucoup de choses qu'à en savoir de bonnes, et les savoir, non à peu près, pour en babiller un peu, mais aussi bien que faire se peut. Or , j'appdlc bon ce qui est utile et surtout pratique , et je demande : notre éducation est-elle dirigée vers ce point? Non , car une bonne moitié de ce qu'on nous enseigne ne i>eut servir ni à nous ni aux autres. Alors je dis: mieux vaudrait D'apprendre rien que d'apprendre ce qui n'est bon à rien , car c'est étouffer le bon grain de la nature pour y semer l'ivraie de l'école. Donc, quand l'éducation ne sert qu'à fausser l'amc, à ôter ce qui vient en nous pour y mettre ce qui n'y saurait croître , je me dis : autant eût valu rester ce que Dieu nous a faits.

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