‹ Hommes et chosesChapitre 70 sur 95 · CON S · texte numérisé non relu

CON S

Sous la Restauration , nos amateurs de confession aient des motifs moins désintéressés. J'en connais plus an que la voie du ciel a conduits à la fortune sur la rre, et qui durent à leur assiduité au confessionnal de rt beaux emplois et même de fort nobles conquêtes. I mode était à la dévotion , et toutes nos belles péniintes voulaient des amoureux dévots.

Je ne sais jusqu'à .quel point la nécessité d'aller à )nfesse pour le mariage religieux , est profitable aux lŒurs et à la religion. D'abord , cette obligation cméche certains hommes de se marier à l'église, ou quand lie est remplie, elle en ramène bien peu à la dévotion. e dirai plus , elle les en éloigne : ils craignent d'être bligés de s'accuser d'un sacrilège. Bref , sur cent inlividus qui se marient, il n'y en a pas deux qui soient, liéologiquement pariant, en état de grâce, c'est-à-dire |ui aient fait une confession complète ou véritable.

Les peuples du midi, plus superstitieux que religieux, ibusent souvent delà confession. J'ai assisté, en Italie, i des réunions de pèlerins qui, à une époque de l'année, le rendaient par milliers à Notre-Dame de Lorette , à Hotre-Dame des Anges ou de Montencro; et à la conduite le ces dévots fort redoutés des habitans des lieux par esquels ils passaient, on pouvait juger de la sincérité le leur dévotion. Un bon tiers, on le savait, étaient les voleurs et des assassins de profession qui venaient Je purger des forfaits de l'année , avec l'intention bien ïtrêlée de recommencer.

La position du prêtre appelé à déposer dans une affaire %t toujours difficile, même quand l'accusé n'est pas son >éoitent. Entre la loi civile et la loi religieuse , il est ^lacé entre l'enclume et le marteau. Aussi, en justice, les dépositions des prêtres conduisent rarement à la vérité; lies sont ou ambiguës ou incomplètes. Il faut dire , en

faveur de lear humanité, qu'elles sont pi'esque toBjoors à décharge. Mais l'humanité màne ne peut excuser ces réticences qui , en sauvant un coupable , peuvent tuer un innocent.

Ce doit être chose fort déHcate d'être un confessent ni trop sévère ni trop relâché et toujours à la mesine du pénitent. On ne peut confesser un heatenant de dragons comme un habitué de paroisse , ni une religieuse comme une mariée. Aussi, les bons cotifessean, les confesseurs qui savent se mettre à toutes les portées, acquièrent-ils bientôt une grande renommée et une nombreuse clientèle.

CONSCRn^TION , RECRUTEMENT {Août «48).

Pour ne scandaliser qui que oe soit, et, moins qne personne , les amateurs de gloire , victoires , lauriers , cordons et autres agrémens qui s'acquièrent avec la peau des hommes , nous leur dirons tout d'abord qne cette petite dissertation peu héroïque, sur l'inconvénient d'cmbataillonner les nations , ne s'adresse pas plus à la France qu'à tous les Etats , grands et petits , sojets à l'exploitation de la chair ou à l'emprunt forcé de la vie; Etats parmi lesquels nous comprenons les pays noirs oii l'on vend l'homme pour faire du sucre, ce qui n'est pas plus irrationnel que de le prendre gratis pour n'en rien faire, ou pis encore, pour le foire tuer.

Ceci posé , nous disons : si un rayon de lumière ou de bon sens pouvait un jour atteindre au front nos gouvernans et les amener à l'examen consciencieux de la question, ils reconnaîtraient probablement pour lenr saint, comme pour le nôtre, que la conscription est un gouffre, et que le contingent des armées de terre et de mer doit être réduit au vingtième de ce qu'il est aujourd'hui.

Bn Tain , ils prétendront qae oe n'est pas an moment À tant de loups-oerviers nous entourent, où les fouines tt les belettes même jouent de la patte et montrent les lents, qu'il feut songer à limer les nôtres. Je leur répondrai : attendons un peu , je le veux bien ; mais lès ce jour, adoptes le principe et dites qu'en 1850 ou IS61 la conscription sera abolie.

Voyez le bénéfice; comptez les millions allant revivifier a famille et en chasser la misère. Ce ne serait pas là le ces économies de bouts de chandelles si chers à nos lomroes d'Etat si avares de centimes , si prodigues Péens. Déduisez , d'une part , les dix-neuf vingtièmes le soldats que nous n'aurions plus à nourrir, à habiller, I loger , à blanchir et payer pour ne rien faire , ou lire pis que rien. Puis ajoutez, de l'autre, ces dixleof vingtièmes de travailleurs rendus à l'agriculture , m commerce , à l'industrie , aux arts et à la société, in vérité , si cela arrivait , nous serions trop riches et rop heureux.

Malheureusement Satan, avec son escorte d'épaulettiers, le rhéteurs et d'usuriers , tr(yne encore sur la terre. Il le nous veut pas assez de bien pour permettre une si MNine chose.

Ah! si, pour condition de la paix, Napoléon, vainqueur le l'Europe, et depuis, TEurope victorieuse de Napoléon, ■raient imposé au vaincu de n'avoir, pendant une série l'années, que tel nombre d'hommes armés, en s'engaleant eux-mêmes à n'en pas avoir davantage , quel ^vice n'auraient-ils pas rendu à l'humanité!

Ils ne l'ont pas voulu ni leurs héritiers non plus, et > s'étonnent aujourd'hui des manières inciviles et des elléités remuantes de nous autres petites gens. Je ne aurais qu'y faire, car à qui la faute, sinon à eux, les Ignes princes, à la petite ration qu'ils nous laissent et

à réducation qu'ils nous donnent? il est assez comi(|ue en effet, qu'on instruise les enfans à haïr resdavage qu'on le leur fasse anathématiser en vers, en prose, e latin, en français, en grec, jusqu'à l'âge de dix-huit an pour les faire esclaves à vingt ans. Car , j'en reviei toujours à mon dire : un soldat est un esclave , et faut même qu'il en soit convaincu pour être bon solda

Un bon soldat doit faire précisément le contraire ( ce qu'il ferait pour être bon citoyen.

.Un bon soldat ne doit pas penser, dit un proverbi c'est là son premier devoir et son principal mérite.

Le proverbe a raison. Oui, c'est l'oubli du lendemai c'est la haine du repos, c'est l'amour du mouvemea c'est le goût du danger qui font surtout le vrai sokls

Eh ! bien , ce sont ces mêmes qualités qui constitue le mauvais ouvrier, l'ouvrier paresseux, traînard et d rangé. Ce sont elles aussi qui font le père de fami négligent et le citoyen barricadeur et' émeulier. C'( dans les camps que nous prenons le dégoût de l'ord public, comme celui du logis el des habitudes régiilièn

Ce dégoût, nous le prenons même par anticipatio car destiués à être soldats, nous en adoptons d'avec l'esprit et les manières. Voyez nos jeunes gardes mobik fils d'artisans , cherchez-en un qui veuille aujourd'l l'être lui-même; il aime bien mieux ses un franc vinj cinq centimes par jour, pour se battre une heure \ an et dormir vingt heures sur vingt-quatre! Henrei institution !

Or , retenez ceci : ce qui amène ces émeutes , ( barricades , ces tueries de carrefour , et finalement révolutions et les gouvernemens provisoires, c'est moi la haine du régime établi que l'amour d'un régime i connu ; c'est de la variété , c'est du spectacle, c'est u émotion que nous voulons , c'est un souvenir de

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aerre, c'est notre esprit de soldat qui renaît. Oui, voilà e qui nous pousse au combat des rues, £aute d'autre. C'est souvent moins encore: c'est par peur que nous ous faisons braves et devenons guerriers. Nons crainons une plaisanterie de notre portière et les huées de on gamin, et nous disons : « Tout le monde se bat dans Aa rue, et je resterais les bras croisés! Non, un fusil. »

Héros en février , insurgés en juin , la plupart des meutiers ont joué leur vie et. leur liberté sans autres injeux que ceux que je viens d'indiquer, lis n'ont travaillé aux barricades que pour prouver qu'ils savaient aire des barricades et qu'ils n'avaient pas oublié le Bétier de pionnier ou de sapeur. Ils auraient fait sans lifHculté des barricades pour Tordre public, comme ils es ont faites contre : pourquoi l'ordre public n'est~il m arrivé le premier !

Les barricades faites , ils ont cru de leur honneur de es défendre , de méâue que l'enfant défend son château le cartes. Lui aussi se ferait tuer pour le conserver ieboQt. N'est-ce pas ce qu'on lui a enseigné du coHége vnùme le sublime de la vertu? N'est-ce pas ce que roas lui répétez chaque jour quand il est devenu homme, en disant qu'un soldat est plus qu'un artisan , qu'un laboureur, qu'un homme, enfin ?

Puis , vous vous plaignez de la misère , et tout en reconnaissant que eet homme ne peut s'en préserver que par le travail, vous faites tout pour lui en faire perdre le goût. 11 ne peut vivre que d'un métier , et vous l'empêchez d'apprendre ce métier ; ou lorsqu'il le sait , voQs trouvez moyen de le lui faire oublier. Mais" ne Voyez-vous pas que si , écolier , il avait reçu d'autres PHneipes ; que s'il avait acquis une instruction adaptée i la vie pratique, à l'existence laborieuse et aux besoins Ae tous ; que s'il n'avait pas vu son apprentissage in-

dustriel , cet apprentissage d'où dépendent sa vie , iNm bien-être, celui de sa femme et de ses eolaBS, brisé par la conscription , aujourd'hui bon ouvrior , il serait aussi bon citoyen.

Gouvernans européens, rous avez voulu des soldats, et vous avez des soldats. Vous les avez mis avant ks travaiUeurs , et vous n'avez plus de travailleurs , ou voos n'en avez que d'inhabiles ou de découragés. Vous im semé et vous récoltez. Ce n'est pas le peuple qui vous étrangle , ce sont vos oeuvres : vous voua êtes mis It corde au cou; s'il la tire, c'est comm^ le noyé qui s'accroche à tout ce qu'il rencontre. De là, cette néec^ site d'armer les nations contre les nations, et ce qui «t pis , d'armer une moitié de la nation pour contenir l'autre. C'est ainsi que vous avez affamé te travaitteor en lui arrachant la grosse part de sa substance poir nourrir le soldat qui ne travaille pas : oe soldat qui ne demandait qu'à travailler et à se nourrir lui-même.

Et vous, gens de février, en quoi avez*vous amélioré les choses? A des soldats, vous avez ajouté des soldats,! des impôts des impôts, à des misères des misères. €*est le contraire qu'il fallait faire ; c'est beaucoup de dtoyeDS qu'il nous fallait et très-peu de soldats , car n'espéra jamais que le même individu puisse être l'un et l'antre. S'il essaie de l'être, il ne sera ni soldat ni citoyen. Médium empanaché et brillant au soleil, hybride stérik, dépensant en paroles , en émeute , en révolution , « bravoure peut-être , cette surabondance de vie qu'il ne peut utiliser en travail, il restera ce qu'il est aujourd'h».

I*ie vous y trompez pas, ceci est grave; oe n'est pas seulement de la stagnation , c'est un mouvement rétrograde, c'est un pas vers la barbarie.

Si cet état de choses ne cesse point , si cet accaparement incessant de l'élite des populations pour en fiire

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des machines^ et en définitive, des oisi£s et des boute^feu, n'a pas un terme prochain, bientôt TEuropc, qui n'est déjà plus qu'une caserne où les nations hurtent et s'égratignont Farme au bras, tombera plus bas encore. Blte m sera qu'un camp de Bohèmes en haillons, se disputant Roa la terre, non la suprématie, mais des ruines.

Qu'y chercheronV-ils? Ce que cherchait le peuple de JttiUet , celui de Février , celui de Juin , peut-être : du fwn, des hommes et des institutions.

CiO:VSOI<ATIOM, CONSOLATEUR. La consolation peat naître du désespoir. Après avoir bien ressassé un malheur, Favqir palpé dans tous les sens, nous disons : (^est sms remède. Cette donnée une fois admise, on est presque cQUSolé: la douleur est moins aigre. Car qu'est-ce qui l'aiguillonne et la rend si poignante? C'est ceUe réfle^ûon Siana cesse renaissante : si j'avais prévu , si j'avais pensé , h j'avais fait ceci , si je n'avais pas h\t cela ! En d'autres termes : je serais heureux , si je n'étais pas malheureux; ou: mon frère ne serait pas aiort, s'il était aicore en vie.

Quand nous avons mis fin ù tout ce rabâchage de notre imagination, quand nous avons croisé nos bras et dit comme le Turc : tout est écrit , la consolation est proche, et die serait bientôt complète, s'il n'arrivait M un consolateur.

En thèse générale, un consolateur est une pincette qui vient tisonner et ranimer le feu, en écartant la cendre qui commence à le couvrir.

Le consolateur ne l'est , en réalité, que lorsqu'au lieu de remettre la blessure au vif, en rappelant les circonatanees , il parvient à vous en distraire. Encore cette distraction, quand elle tat trop prompte, trop rapprochée

de rëvènemeiit, est-elle souvent funeste, car la réaction est terrible.

Savez -vous ce qui iguérit le plus sûrement d'une grande douleur? Ce n'est pas un plaisir , une forttme, un succès : on ne sent rien de doux dans cette position. Non , ce qui vous consolera , c'est une antre grande douleur. Votre imagination , par suite de cette diversion , ballottée d'une souffrance à l'autre , les sentin toutes deux moins violemment. Par ce balancement, votre idée soucieuse ne sera plus fixe: l'aiguillon ne piquera plus continuellement au même point. La plaie cessera de se creuser , de s'envenimer , et pourra se cicatriser avec le temps.

Elle se cicatrisera plus vite encore, si nn troisième malheur vous arrivé; pourvu, toutefois, qu'il ne toos fasse pas oublier les deux premiers : sinon ce serait à recommencer.

Cette guérison du chagrin par le chagrin est nne sorte d'homéopathie morale. La seule différence, c'est qu'elle médicamente le malade à forte dose.

11 est une dernière consolation que je conseille à ceux qui souffrent , celle-ci n'est pas hypothétique , elle est sûre : c'est d'empêcher de souffrir' les autres , c'est de secourir un malheureux, c'est de lui faire du bien.

Là aussi , il faut agir à forte dose ; et si vous voulez un grand soulagement , il faut déployer une grande charité, faire une grande et belle action ; car dans toutes les circonstances , le plus calmant de tous les baumes est cette parole de la conscience : j'ai fait le bien.

CONSTANCE. La constance en amour est-elle mie propension commune à tous ou un sentiment naturel à l'homme? Non , il n'est ni dans son cœur ni dans ses

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