‹ Hommes et chosesChapitre 72 sur 95 · GON S · texte numérisé non relu

GON S

{ue rhomme veut , avant tout , est l'exercice de sa M)Dscience.

Aujourd'hui , on n'emploie plus les bûchers ou les chevalets pour faire des prosélytes, on est plus humain, mais noD plus logique. Ce n'est pas encore avec des raisons qu'on veut convertir , mais avec le contraire , c'csl-à-dire par l'ignorance des faits et les entraves à la r^exion. Or, il ne peut y avoir de conviction en dehors du raisonnement. Sans comprendre on peut se soumettre, mais se soumettre ce n'est pas croire. Je ne demande pas qu'on fasse des théologiens de nos enfans, mais je voudrais qu'on leur fit un peu mieux sentir les grands vérités de la religion ; ils deviendraient moins sujets à l'indifférence.

II est une sorte de convertisseurs, la pire de toutes, selon moi : ce sont ceux qui prétendent nous convertir à l'irréligion. Ce genre d'apostolat a rarement eu un succès d'estime, et je ne connais aucun peuple qui lui ait décerné des couronnes. C'est qu'en effet, je ne vois pas ce qu'une société peut gagner à être irréligieuse, et mieux vaut pour elle le culte des Fétiches ou de Mango-Jombo , que de n'en avoir point. En quoi Je matérialisme peut-il fendre l'homme meilleur et plus heureux , et où doit-il le conduire, sinon à la stupidité et au désespoir ?

CONVICTION. C'est la première éloquence. Un homme U)Dvaincu est presque sûr de persuader. A peine a-t-il )esoin de parler, il suffit qu'on le regarde : la vérité est lans ses yeux, dans ses traits, dans tout son individu.

11 n'est pas nécessaire qu'une chose soit vraie pour aspirer confiance. C'est ainsi qu'au moyen de leur propre onviction, on a souvent vu des hommes faire des disiples au mensonge et répandre les doctrines les moins

d'accord avec la raison et rhqmanitë. Aussi, les mentenrs les plus dangereux sont ceux qui ne croient pas nifntir et qui, trompés eux-mêmes, trompent en toute conscime. Ceux-ci font presque toujours des prosélytes.

C'est surtout par la conviction qu'on i*èmue les niasses, et voilà pourquoi un homme sans esprit ni savoir, one brute fanatique, fera, au moyen de quelques gestes, de quelques cris, de quelques paroles sans suite, leverm peuple devant l'inertie duquel auront échoué toutes In ressources de l'éloquence et du raisonnement.

L'orateur le plus persuasif n'est donc pas le plos disert ou le plus savant , ni même celui qui a les meilleures raisons à donner ; c'est celui qui est luimême le plus impressionnable et dont les impressions sont les plus communicatives.

Cet homme inspirera la conviction par Pexpansion de la sienne , mais cette expansion n'est pas plus dans ses paroles que dans ses gestes, son regard, sa voix, enfio dans toute sa personne.

La preuve de ceci, c'est qu'un sourd et muet parvient à faire croire ce qu'il croit , sentir ce qu'il sent, vouloir ce qu'il veut, souvent plus vite que l'orateur qui parie le mieux , et seulement parce qu'il aura les sensations plus vives et la conviction plus profonde que cet homme doué de la parole.

La conviction n'est pas chose qui dépende de nous; elle n'est jamais un calcul fait avec nous-même. Notre propre raisonnement ne nous convaincra qu'à la condition qu'il sera fait de bonne, foi. Ce n>st pas volontairement qu'on croit ou qu'on refuse de croire. 11 est des faits et des paroles que nous croyons malgré nous, et d'antres qu'en dépit de tous nos efforts , nous ne pouvons croire. La conviction se refuse même au témoignage de nos yeux. Nous croyons des choses que nous

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