CON S8S
le voyons pas , et ne pouvons pas toujours ajouter foi I d^autres que nous voyons.
Uégoisme , ou ramour de soi , agit beaucoup sur la conviction : la peur d'un mal nous donnera la conviction d'nn danger qui n'existe pas ; on par un effet contraire, le désir d'éloigner ce mal de nous lé fera disparaître 1 DOS yeux , bien qu'il soit présent , bien que nous le touchions.
La croyance à un système que nous avons imaginé ne DOQs vient pas immédiatement. Nous n'y voyons d'abord qu'une théorie j qu'une fable ingénieuse dont l'invention nous flatte: c'est de l'amour-propre d'auteur. Jusque là, Dons avons foi en notre esprit , mais non à son œuvre.
Quelquefois nous en restons là . mais ordinairement nous finissons par donner un corps à notre rêve et à animer l'ombre que nous avons évoquée.
Bientôt notre conviction en fait naître d'autres : l'argile dont nous avons façonné notre idole s'est divinisée et un nouveau temple est élevé.
Telle est l'origine, telle est la marche de la plupart des ^ands systèmes politiques et religieux qui ont successivement régné sur la terre. Ou ignore d'où ils viennent, parce que celui de l'imagination duquel ils émanent , finit par l'ignorer lui-même.
En général , la conviction pénètre plus difficilement chez les hommes de génie que chez les simples , et pourtant ce sont aussi les hommes de génie qu'on voit vaciller le plus dans leur conviction.
C'est ainsi qu'il y a des individus à conviction alternative, abandonnant une croyance pour une autre, puis revenant à celle qu'ils ont quittée, le tout avec une bonne foi entière.
Et, je le répète, ce ne sont pas des êtres bornés; tout au contraire, ces vacillations de la conviction n'apparaissent le
plus souvent que dans la vie de personnages dontresprit et la science n'ont jamais été mis en doute. Leur Idcodstance, toute consciencieuse, ne prouve rien contre eux: elle indique seulement la faiblesse de la raison hamaioe et les progrès qui lui restent à faire.
La conviction ne peut être ébranlée , puis renversée que par une autre conviction. La séduction est puissante contre elle, mais la force brutale n'a ordinairement pour résultat que de la fortifier. C'est la convictioD aux prises avec la force qui a fait les martyrs de tontes les religions.
La conviction non-seulement relève le moral, mais agit sur le physique : une même blessure, une maladie tuera plus vite Thomme convaincu qu'il va mourir , que celui qui croit qu'il en doit échapper. Je ne prétends pas qu'il en soit toujours ainsi , mais les exemples n'en sout pas rares. Le sauvage de l'Âmériqae septentrionale survit à des tortures qui tueraient oo homme moins pénétré de la nécessité d'y résister on de l'opprobre dont il sera couvert s'il ne les brave pas.
C'est par un sentiment semblable que, chez nous, ce soldat qui s'évanouira devant la lancette d'un chirurgien, marchera d'un pas ferme contre un rempart de baïonnettes ou une batterie de canons. Dans le premier cas, il n'a que deux yeux qui le regardent; dans le second, il en a des milliers.
Même effet chez ce bourgeois timide qu'un spadassin a provoqué. Il a le duel en horreur, il a peur des blessures, il a peur de la mort; mais la certitude du déshonneur s'il faiblit, lui donne une force qu'il puise dans sa conviction que le déshonneur est le plus grand des maux. Qu'une circonstance ébranle cette conviction , cet homme redevient ce qu'il est en réalité : un poltron.
La conviction d'un succès est la meilleure garantie de
ce succès. L'animal qui , dans son étroite sphère , ne doute jamais du possible , et qui dès-lors n'entreprend rien sans conviction , arrive ordinairement au but.
Cette conviction est non moins utile à l'homme. Celai qui en a le plus est aussi* celui qui a le plus de chance partout , et ce n'est pas l'individu à l'esprit brillant et fertile qui fait fortune. L'homme froid , mais persévérant , l'homme ayant plus de volonté , en d'autres termes , plus de conviction que d'imagination , i-éussira bien plutôt dans ses entreprises. Pourquoi? C'est qu'elles n'excéderont pas ses moyens , et qu'une fois engagé <ians la voie , il ne se détournera pas du but ; tandis que l'homme ardent, l'homme à la tête féconde, ballotté sans cesse par le flux et le reflux de ses idées , ira de Pune à l'autre: sa conviction se divise, il raisonne avec elle, il la marchande ; et pendant ce temps, l'autre marche avec la sienne-
Chez l'homme de lettres , chez le poète , la conviction fait le premier mérite du style. Je ne dis pas qu'un homme écrira bien avec cette conviction seule , mais certainement il écrira mal sans elle ; et celui qui en manque a beau revoir et corriger son œuvre, il y laisse toujours quelque chose qui dit qu'il ment.
Aussi, rien n'est plus dangereux dans un procès qu'un mémoire fait par un défenseur qui n'est pas convaincu <le la justice de la cause de son client, et plus encore s'il est convaincu de son injustice. En vain il entassera phrase sur phrase , il n'y en aura pas une , si l'on veut les analyser , où n'apparaisse ce défaut de conviction^ El pourtant que d'efforts n'a-t-il pas faits pour se le cacher à lui-même ! Mais il n'est pas de conviction factice.
La défense verbale offre plus de ressources au mensonge, ou si \oulez, à l'art de simuler la vérité. Là, il est plus facile de jeter de la poudre aux yeux et de
fasciner l'auditoire par des gestes, des mots, des grimaces qui, sans le convaincre que vous avez raison, lui feront douter que vous ayez tort. Votre logique ne prouve rien, mais elle embrouille tout; elle ëmonsse, dans ees juges, dans ces jurés, le sentiment du juste et de Tinjuste; elle fausse leur bon sens, étonne leur conscience et détruit enfin leur conviction.
Telle est l'éloquence légale. No^er la vérité dans les paroles et annihiler l'évidence dans le vide ou dans la diffusion des phrases, voilà le talent de l'avocat. Comme c'est pour l'acquérir que nous avons fait nos dasses, puis notre cours de droit et pris nos inscriptions , gardons-nous d'en médire.
Ajoutons que la profession d'avocat et la science do barreau ne seraient qu'un jeu, si l'on n'y apportait qoe de bonnes raisons ou si celles-là seules y étaient admises. La difficulté est doue d'y mettre en œuvre les mauvaises, et je range dans cotte catégorie toutes celles qui sortent de la conviction de l'orateur, toutes celles qui ne sont pas pour lui le juste et le vrai , et nonobstant qu'il doit présenter comme telles. Dans cette position, sa tâche devient véritablement pénible, car il a deux ennemis en face : sa partie adverse et lui-même. Il plaide pour son client, mais sa conscience plaide contre. 11 ne l'ignore pas. L'auditoire , qui sait un peu lire dans le cœur humain , ne l'ignore pas davantage. C'est que rien ne ressemble moins à un homme qui dit vrai que celui qui ne le dit pas. Les mots peuvent être les mêmes, mais c'est tout. « Ton nez tourne, » me disait ma mère quand j'étais petit enfant et que je voulais mentir. Je portais immédiatement la main à mon nez. Eh ! bien , je n'ai jamais oublié ceci , et quand un avocat ment , il me semble toujours que son nez tourne.
La conviction est donc la première éloquence; et tel
aticieti sans talent gagnera ses causes et se fera une putation , seulement parce qu'il acquiert facilement tte conviction , et qu'un procès dont il s'est chargé vient toujours juste à ses yeux. Cette disposition, qu'on tut appeler grâce d'état dans celui qui se destine au irreau, simplifie beaucoup la besogne pour lui et pour s juges, qui ont souvent bien de la peine à mettre le 3n sens et la bonne foi d'accord avec un bon plaidoyer. Malgré le mérite de la conviction, on ne peut nier u'elle n'ait ses ombres et qu'elle n'ait parfois causé des laux très-grands. Elle a fait les martyrs , elle a aussi lit les bourreaux. Oui, persécuteurs et persécutés, tous larchaient avec elle, et c'est en toute innocence qu'elle irûlait , tenaillait et torturait. Hélas! ici il y avait loubic victime, car les égorgeurs égorgeaient par devoir 1 sous l'impulsion d'une croyance qui , dans les maux lu'iis infligeaient aux hommes , leur faisait voir le salut les hommes. Rehgion ou patrie, tel était le mobile qui Hi faisait des homicides. Mais l'étaient^ils de cœur et leur nature ne se révoltait-elle pas contre leur conviction? On d plus d'un exemple à l'appui de ceci, et Ton a vu le meurtrier pleurer sur ceux qu'il allait égorger. Dans ce cas, ou si le cœur était resté sensible à la pitié, «luelle espèce de courage ne leur fallait-il pas pour sacrifier à leur croyance tous leurs sentimens humains! Ces grands tortionnaires que cite l'histoire, ces inquisiteurs, ces brûleurs d'hommes , dont la mémoire est restée l'exécration des siècles , étaient non moins à plaindre 9% ceux qu'ils condamnaient.
Aujourd'hui, ces fanatiques sont rares. Nous ne péchons plus par la conviction, ce serait plutôt par le défaut confire. Le scepticisme est le vice de notre époque. Lisez K^os journaux , nos romanciers , nos historiens , écoutez ^ orateurs, tous prêchent la même doctrine: le doute.
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Que le doute qui ébranle l'erreur , soit on acheminement vers la vérité , c'est ce que l'on ne saurait nier. Mais le doute qui sape sans étayer , le doute qui tend à détruire sans rien mettre à la place , est le pire de tous les systèmes.
Gardez-vous donc , en politique comme en morale, d'ébranler une conviction avant d'être en mesure d'à faire naître une autre; car si la conviction, nous venoii de le dire, a causé parfois bien du mal , quels serrieei n'a-t-elle pas rendus? Sans elle, quel bien même senit possible? N'est-elle pas la mère de toutes les vertus, de tous les chefs-d'œuvre, de toutes les grandes et beils actions? Quelles sont celles qu'a jamais produites k doute, et quels monumens a-t-il élevés? À quoi peot-il conduire, sinon au découragement et au désespoir?
Oui, sans la conviction, tout est stérile. L'homme p || Ta perdue n'a plus qu'à courber la tête et mourir, cv son cœur desséché n'est plus qu'un cercueil. Sans doute c'est un grand mal que de croire à l'erreur, mais c'est M mal plus grand de n'avoir aucune conviction, car le pis malheureux et le plus stérile des êtres , c'est celui qd ne croit à rien.
Celui qui travaille à ébranler la conviction des hommes, sans antre but que de saper ce qui est, n'est donc pas l'ami des hommes.
CORBEAU. Dans les environs de Zurich, un brafe homme nommé Mainrad, dont on a depuis fait un saint, vivait tranquillement dans un hermitage en compagnie de deux corbeaux. Des voleurs croyant qu'il avait de l'argent , entrèrent un jour chez lui et le tuèrent en présence des deux corbeaux.
Les assassins cherchèrent partout , et n'ayant rien trouvé, ils s'enfuirent en abandonnant le cadavre.
Mais les corbeaux ne les en tinrent pas quittes : ils B suivirent en croassant et ne les laissèrent plus. Depuis ce jour, nos malheureux coquins ne pouvaient ire un pas sans avoir sur la tête , bien qu'à distance, un. des corbeaux témoins du crime. Cris , menaces , rojectiles, rien ne les effrayait.
La peur, enfin, prit à Tun des meurtriers. Il fit Taven e son forfait. Son complice fut arrêté et tous les deux endus , à la satisfaction des deux corbeaux qui les (icompagnèretit encore.au lien du supplice. J'ai lu ce vieux conte quelque part; il est bon à ippder , parce qu'il veut dire qu'on ne peut commettre î mal sans qu'il n'en reste témoignage.
CORPS. Les corps ne sont que des fractions on éâ^ isîons de la masse dont ils soai séparés par leur densité, u leur fluidité, ou bien par la complexité ou la durée de iur marche, comparée au mouvement on à Fimmobilité t l'ensemble ou des corps voisins.
Les corps animés ne di£fèrent des corps inertes que «rce qu'ils sont constitués et mobilisés par famé. C'est in emprunt que l'individu fait pour un temps à la masse « à l'ensemble matériel.
Dans tous les corps vivans, tes sensations sont aidées par ine multitude d'issues qui vont de l'intérieur à l'extérieur, t réciproquement. C'est ainsi que les parties organiques, u le siège de la vie, sont mises eb communication arec ss matières externes. Ces ouvertures, infiniment petites, c remplissent ou se vident, et en se resserrant ou en e dilatant, arrêtent ou facilitent la circulation des fluides.
Quand ces fluides circulent mal , les corps souffrent.
^nd ils ne circulent plus, la croissance s'arrête et la
Iteoissanoe n'est pas loin.
La vertu attractive des corps s^ëteint avec fëlastieité des conduits ou leur faculté de se fermer ou de s^covrir. Alors les fluides ne se renouvellent plus; les sensatioDs s'ëmoussent , les organes internes se condensent snrs plus pouvoir se dilater ; les articulations se roidissent et tendent à s'ossifier. La vieillesse est venue; la dëerëpitnée est proche; la mort va suivre.
CORPS ET DE LEUR APPARENCE. Ceci a po« but de nous prémunir contre les erreurs des yeox et de rectifier, par la mesure du fiond, celle de rappareoee.
Nous apprécions les choses sur leur surface, sur lev volume, sur leur poids ou leur étendue. Celles qui sont très-vastes et dont nous n'embrassons pas les bornes, doos les regardons comme monstrueuses, fiiusses, impossibles. Celles qui sont très-^petites , nous les tenons pour viia et méprisables.
C'est principalement quand il s'agit des corps organisés que nous préjugeons Tamc ou l'intelligence snrhis dimensions matérielles. Nous dédaignerons un grillon, parce qu'il n'a que la millième partie de notre tailk, et. nous considérerons un chameau , parce qu'il aura k double de notre poids et une vigueur de muscle triple ot quadruple. Cependant la différence de l'un à l'autre n'est que dans quelques livres ou quelques quintaux de matière, et nous ne pouvons pas dire bien positivement si k chameau a plus d'instinct que le grillon.
C'est pourtant cet instinct seul qui peut marquer k degré oà ces êtres sont placés. Le poids du corps ne peut aucunement indiquer la puissance de la vie, car l'effet d'une masse ou son choc n'est pas la mesure de sa vitalité. Une pie peut avoir plus d'énergie qo'no cheval; une abeille en a autant qu'un castor; un chieB
COR m
xest cerUinement au-dessus d'un taureau. Un rat calcule mieux qu'un cerf et défend sa vie aussi bravement qu'un loup. Ce n'est donc pas la grosseur ou la taille qui Eût le vouloir et le cœur. L'ame dilatée dans un grand arbre, dans un éHorme poisson, peut être resserrée dans un petit insecte, qui se trouve ainsi à un degré égal ou supérieur.
Ce n'est pas davantage la coupe du corps qui peut faire apprécier l'intelligence. L'éléphant, masse grossière, serait la plus brute des créatures, si nous le jugions par la surface. A sa coupe inélégante , à ses yeux qui nous semblent sans feu , sans expression , parce qu'ils sont petits ou que nous n'y savons pas lire, on le croirait stupide. Mais cet être informe eu apparence a, sous cette enveloppe, des organes, des libres, des nerfs dout l'élasticité, la souplesse, la délicatesse et la force prouvent» par leurs effets , l'instinct supérieur dont ils émanent. Ainsi, la perfection des formes est en lui principalement dans ce qui ne frappe pas nos yeux.
L'altération de cette même enveloppe avant ou après la naissance, soit dans Tanimal, soit dans l'homme, n'influe souvent en rien sur ses facultés morales ou sa portée intellectuelle. Cet homme est contrefait , c'est un accident de la charpente osseuse ; mais par la finesse de ses fibres, la complexité de son cerveau, l'accord puissant de toutes tes parties internes, cet homme est réellement mieux fait que tel autre dont nous admirons la taille ou ta carnation. 11 est possible même que l'absence de telle partie osseuse ou charnue laisse plus de promptitude et d'action à la volonté.
On peut donc admettre:
10 Que l'extérieur du corps, sa beauté on sa régularité, ne sont pas une preuve de la perfection de l'intérieur ; de même que la rudesse de l'enveloppe, sa grossièreté , ses
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moDStraositâ» , ne peuvent pas démontrer rimperfectkiii ou l'incapacité du fond.
20 Que la force de la pensée ne saurait être calculée sor la vigueur des muscles et des organes , et encore moins sur la portée ou l'étendue visible de^ membres , parce que la taille du corps n'a jamais déterminé celle de l'esprit ni la valeur réelle de l'être.
La grandeur ou la petitesse corporelle n^est que le préjugé de nos yeux. Il n'y a pas de colosse pour l'amc ; il n'y a pas d'avorton non plus. Aux yeux de b raison, rien n'est méprisable dans la nature. L'infînimenl petit n'est pas moins étonnant que l'infîniment grand. L'ame d'un ciron peut être plus vaste que celle d'ane baleine, ou plutôt l'ame n'a pas de taille , et la matière dont elle s'enveloppe en quantité plus ou moins grande n'est jamais rien que la matière.
Le corps est l'ombre dont la vie est la réalité. Noos voyons ce corps ou cette ombre, mais l'ame est an-dessos de la portée de nos sens : l'ame ne se mesure que par l'ame. C'est précisément par la fausse application de cette mesure, c'est en voulant peser l'intelligence, en prenant pour contre-poids la matière, que nous nous égarons, car en nous renfermant ainsi dans le cercle étroit de notre propre forme , en ne regardant ni au-dessus ni au-dessous, en traitant dédaigneusement les autres êtres, parce qu'ils ne nous ressemblent pas ou parce qu'ils sont matériellement petits et faibles , nous fermons la porte à bien des vérités.
Ne pesons donc les choses que par l'intelligence. L'intelligence a une base fixe ; Tintelligence est une chose réelle; toujours elle peut être mesurée pour elle-même et par elle-même. On sent qu'une idée , qu'une conception vraiment grande et vaste le sera partout ; et que cette pensée: Dieu est grand, qu'elle vienne à un ange
m à un homme, sera toujours une grande pensée. Dieu era toujours grand dans notre intelligence, quand nous «rendrons cette intelligence pour terme de comparaison.
11 n'en sera pas de même, si nous cherchons dans la aatière la valeur ou la mesure de Dieu, si nous voulons t peser à notre poids , le toiser à notre toise , enfin assimiler à notre taille , mesure toujours relative et qui essort moins d'elle-même que des objets qui Tentourent.
La joubarbe qui croît sur le toit de la chaumière est, our le vermisseau, le palmier du désert. Un homme est m pygmée s'il est placé a côté d'une pyramide ; il est m géant s'il est près d'un brin d'herbe. H aura un K>ids énorme là où tout est dilaté et léger comme l'air; I sera un être aérien là où tout aura la densité du Aomb. Un puceron, qui nous paraît si frêle, est peut- Ire pour d'autres un colosse, un monstre redoutable.
Par la même raison, il est sans doute des créatures Invant qui Thomme et ses ouvrages sont imperceptibles, les êtres auprès desquels la terre est un grain de sable, it qui, malgré cette immensité, ne sont que des points laos l'espace.
Leur intelligence peut être en rapport avec leur granlenr et leur force matérielle, elle peut aussi ne l'être pas, it certainement l'une ne démontre pas l'autre. Cet indiidn si colossal un jour, ne le sera pas le lendemain. Ici iQcore la taille et le poids ne peuvent servir à mesurer a vie.
Ajoutons que nous ne sommes pas bien assurés de ^tte taille ou de cette masse , même quand nous la ouchons. Nous n'en apercevons pas toujours les limites, out en croyant bien les voir. Souvent nous prenons un Out pour une partie , mais plus ordinairement c'est le k)Dtraire. Un être n'est faible et chétif à nos regards lue parce que nous n'apercevons qu'une fraction de son.
If
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ensemble: le reste, composé d^ëlëmens trop subtils, n'est
pas susceptible d'être saisi par nos sens. Les fils magnétiques que, par sa volouté, Faraignée dirige vers m point , le$ exhalaisons d'une fleur , d'un arbre , d*ni animal, qui, à une grande distance, me blessent, ne suffoquent , ne sont-ils pas un mode de dilatation de leur corps?
Ensuite, une créature peut être matérielle et poartat invisible. Il existe dos fluides, des gaz qui sont matièR p et que notre œil ne distingue pas. La fluidité oo b dilatation des corps est infinie. Les métaux si dura, si compacts pour nous , seraient en fusion dans un gtobe où la chaleur serait cinquante fois plus grande que eelk de la terre, et en vapeur si elle était le double.
Nous appelons immatériel ce qui échappe à nos sens, mais nos sens sont grossiers et obtus. Ce que noos ne voyons pas, il ne faut pas en conclure que des organes plus subtils ne puissent le voir, ou même que rintelligence ne supplée, jusqu'à certain point, à ces organes. Cet animal microscopique n'existe pas pour cet indirida qui ne peut l'apercevoir, et jamais il u'existera pour stti intelligence s'il n'obtient pas un jour un microscope qui le lui rende visib'e.
Et avec ce microscope même il ne le verra pas , si cet être est formé d'élémens différens de ceux de l'homme ou hors de rapport avec l'instrument dont il se sert. Un être supérieur , un être formé d'une nature autre que les éléracns terrestres et les principtt humains, ne pourrait se manifester à l'homme, parte que l'homme, non plus que les autres créatures, ne peut voir ce qui est hors de sa nature ou de lui-même.
C'est ainsi qu'une foule d'êtres et la dimension réelle de beaucoup d'autrçs nous échappent : pour que nous en ayons révélation , il faudrait qu'il y eut entr'eux et
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Qous un rapprochement de volume, d'élément, de position. S'ils sont trop petits ou trop grands, trop diaphanes, trop éclatans, trop obscurs, trop rapides relativement à QOUS, nous ne nous doutons même pas de leur existence. La connaissance des choses, nous l'avons déjà dit , n'est qa^un rapport de proportion, une sorte de comparaison entre ces choses et nous.
Les objets , sans être hors de notre nature et par conséquent au-dessus de notre intelligence, peuvent être en tout ou en partie hors de nos sens. Nous pouvons mesurer par nos yeux la moitié d'un corps et l'autre moitié par notre intelligence. Cette intelligence , ou la réflexion qui en naît rectitiera ce que nos yeux ne mesurent pas avec justesse.
Cette réflexion peut encore calculer exactement une œuvre par sa plus petite fraction, sur son plus simple aperçu , même sur un aperçu trompeur.
L'homme voit les planètes qui nous entourent , mais non telles qu'elles sont. A ses yeux, elles sont grosses comme le poing, parce que ses prunelles et leur orbite n'ont ni la grandeur ni la force nécessaire pour embrasser celle des planètes. Si sa pens^ rectifie ensuite cette fausse apparence des sens , c'est que sa raison est supérieure à ses sens et aussi que l'espace , la distance , le mouvement et la lumière sont plus ou moins en lui. Mais il est évident qu'il mesure ici ce qu'il ne voit pas et ce que nul être humain n'a pu voir , Fétendue des planètes; et cette étendue, il la tient pour aussi vraie que s'il l'avait toisée.
La conviction matérielle d'une chose peut donc être obtenue sans l'emploi direct de la matière et en dehors de nos organes. L'intelligence peut voir ce qui est invisible pour nos sens , mais^ussi nos sens peuvent ne pas saisir ce qui serait matériel et palpable pour d'autres organes.
Nous ne Toyons pas Pâme, ce n'est pas une prenre que d'antres êtres ne puissent la voir; et cela ne prouve pas davantage qu'il n'y ait rien de matériel en elle, et qu'avec nos yeux humains nous ne puissions un jonr distinguer une partie de cette ame, et suivre son actioa créatrice et jusqu'à son passage de la vie à la mort et de la mort à la vie, ou d'une forme à une autre.
Ce qui est vrai des choses en dehors des sens , des choses qui touchent à Tessenee de l'ame , ne l'est pas moins des corps que constitue cette ame ou des créatures terrestres. Leur forme doit naturellement indiquer ce qu'elles sont , mais elle ne l'indique pas toujours pour nous , parce que la siiri^ce des corps n'en est que la moindre partie.
Sans doute par eette surface nous pouvons , jusqu'à certain point , estimer l'intérieur , mais il est facile de se tromper dans cette estimation. Nous ne savons pas plus où s'arrêtent les formes que nous ne savons oi s'arrête l'ame. La dilatation ou la concentration possible des organes de certains animaux n'a jamais été appréciée, et nous pouvons prendre pour des individus complets ce qui n'en est qu'un membre ou un organe.
Cependant ceci n*est que Texception, peut-être m^me qu'une hypothèse. Nous bornant donc au positif ou à ce qu'embrassent nos sens , nous reconnaîtrons que la forme des individus terrestres, qui peut être réduite aux infiniment petits, si l'on en juge d'après les animaux raicroscopiques, n'offre pas la même latitude en sens inverse. Non-seulement elle ne peut, sur la terre, croître d'une manière indéfinie , mais cette croissance y est limitée dans des proportions assez restreintes. Ces proportions tendant même à se réduire plutôt qu'à s'accroître , et ces êtres gigantesques dont nous rencontrons encore les débris ne figurent plus parmi les formes vivantes.
Il ne faudrait pas en conclure que le nombre des espèces terrestres et surtout des espèces intelligentes ait diminué. Mon, elles existent : leur enveloppe seule n été modifiée. A mesure que la terre s'est peuplée, ces formes monstrueuses sont devenues plus à charge qu'utiles aux êtres qui en étaient pourvus, L'ame, en se perfectionnant, en acquérant l'expérience des localités, a dû s'en débarrasser, car l'intelligence tend toujours à restreindre les corps dans les limites les plus favorables à leur mouvement.
Que des êtres au même degré d'intelligence soient fort inégaux de figure et de taille , c'est ce qu'on ne peut nier. Ceci tient aux localités , aux habitudes. En outre, il ne faut pas perdre de vue qu'il y a dans chaque degré des nuances infinies, et que parmi les hommes il n'en est peut-être pas deux qui se ressemblent entièrement. Ajoutons, en ce qui concerne les corps animés, qu'il n'est pas toujours possible de distinguer le point où finit l'action intellectuelle et où commence l'effet matériel. Il faut ici faire une large part aux circonstances , c'est-à-dire à l'entourage et aux élémens. La différence de taille ou de poids , remarquons-le bien , n'existe pas dans le principe : le plus gros , comme le plus petit des Corps , part d'un atome ; et il est une période de la ooDception où le germe d'un rhinocéros ne pHe pas plus que celui d'un puceron. Deux graines égales en poids produiront , l'une un grand arbre , l'autre une petite plante. De deux œufs du même volume sortent Un poulet qui n'aura jamais deux pieds de long et un Crocodile qui en aura vingt. Pourquoi cette inégalité de puissance? Pourquoi, dans ces germes, Tun attire-t-il line masse de matière et l'autre une simple parcelle?
Ceci est encore un des mystères de la vie qui semble ^voir en elle deux attractions distinctes : l'une intelligente