‹ Hommes et chosesChapitre 74 sur 95 · S98 COR · texte numérisé non relu

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et calculée dans tous ses effets , et d^où rësultrat parties esseutielles de la forme; l'autre, plus dépend» des élémens extérieurs et ne pouvant pas toujouts soustraire à leur influence. C'est ainsi que, d'âpre localité, la puissance vitale et créatrice peut rarier d ses moyens d'exécution, car tout dans l'univers, et f telligence même , est soumis à la circonstance ou à possibilité du moment. 11 n'y a donc encore ici qu' impossibilité relative.

Nous reviendrons sur ce sujet quand nous nous w perons de la théorie du plein ou du vide. Ce que d avons voulu seulement dire, c'est que la forme, 1 qu'elle frappe nos sens, n'est pas toujours la forme ré< Nos sens ont peu de portée , et rien de ce qui est v ne peut être mesuré par eux. C'est rintelligence, c'es réflexion et le calcul qui mettent à son point réel ce les organes matériels ont entrevu et n'ont pu apprêt Voici les conclusions qu'on peut en tirer : La localité influe sur la forme extérieure, et les meml et les organes s'ajustent à cette localité.

Si des formes semblables représentent ordinairen un même degré d'intelligence , des formes diverseï apparence peuvent être les mêmes en réalité.

L'extérieur des corps organisés, ou ce qui frappe yeux, n'eu est que la moindre portion. Le mécani interne en est la partie essentielle , car étant la voisine du siège de la vie, elle est aussi celle qui plus de rapports avec l'ame.

Ce n'est donc point par l'extérieur de la forme q peut juger du degré de l'être ou de l'actualité d position intellectuelle, c'est par la nature de son inst de son esprit, de ses pensées et par le plus ou m de profondeur , de puissance , de grandeur ou de vi des actes qui en résultent.

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Ainsi , ce qui annonce le rapprochement des races est moins la ressemblance de figure que l'analogie des goûts, des passions, des caractères. Le chien ressemble plus à rhomme que le lion, parce qu'il y a dans le lion moins de pensées et de sensations de Thomme que dans le chien.

L'étendue des formes ou leur masse ne démontre, ni le degré de Tintelligence, ni celui de la force vitale. La différence d'intelligence, et non l'apparence des formes, fait les espèces.

Le perfectionnement des formes est l'effet rendu matériel des progrès de Famé. Une espèce n'est donc que la suite d'une autre espèce ou son perfectionnement , quand elle n'est pas son analogue.

Rien en ceci ne doit choquer la raison, car il est plus raisonnable de croire qu'un être est la continuation d'un autre être, que de croire qu'il vient de rien.

COURAGE, BRAVOURE *. Si nous considérons le courage sous son aspect vulgaire et seulement comme nécessité ou acte de défense , c'est le sentiment le plus répandu dans la nature animée; il est commun à toutes les créatures : dès qu'un être a senti la vie, il désire la conserver ; et quand elle est compromise ou qu'il le croit, il la défend, soit en repoussant Fattaque, soit en attaquant lui-même.

Il peut essayer aussi de se soustraire an danger eo fuyant; mais celte fuite, si elle est volontaire et réfléchie, dénonce en lui la possibilité de ne pas fuir; pour

* Cet article et le suivant ont para dans les Mémoires de U Société d'Emulation d'Abbeville.

qu'une chose soit faisable , il faut qu'elle puisse ne pas l'être; point d'action possible sans contraste: pour avoir une volonté, il faut un choix, et il n'y en a pas dans une sensation unique. Aucune vertu n'est donc admissible dans celui qui n*a pas la conscience du vice coih traire et qui n'est pas susceptible d'y succomber. Le courage est donc la suite d'une volonté', et de plus, il est la consëquence du sentiment opposé.

Pour démontrer ceci et faire voir que le courage n'est pas toujours ce que communément Ton nomme ainsi, nous demanderons: qu'est-ce que la penr? — La conviction d'un danger. Or , si vous ne connaissez pas ce danger, vous n'avez rien à surmonter, rien à combattre, rien à vaincre.

L'homme qui ne doute jamais, qui ne voit d'obstacles nulle part . qui se croit invulnérable ou infaillible , ne peut pas être courageux , et cela par la raison même qu'il ne peut pas avoir peur. Il ignore le péril , il n'y en a pas pour lui. S'il se jette au milieu , c'est sans l'avoir connu , sans l'avoir mesuré. Il a renversé sou adversaire, mais c'est parce qu'il ne l'a pas vu ou qu'il l'a vu comme il n'était pas , et qu'il ne l'a pas cru redoutable. Dans tout ceci, il n'y a ni effort ni vertu; pour qu'il y en eût, il faudrait non-seulement que l'individu eilt pesé le mal probable, mais qu'il l'eût craint.

C'est justement la crainte qui fait le lâche, dira-t-on. Non, la lâcheté n'est pas la peur, mais le sentiment qui y cède. Craindre ou ne pas craindre est un effet purement physique qui résulte des nerfs, du tempérament, de la position et non de la volonté. Ce qui dépend de soi, c'est de combattre cette crainte; or, pour la combattre, il faut l'éprouver. Celui qui dit : je n'ai pas peur, ou bien : je ne puis avoir peur, se trompe; ou s'il dit vrai , il n'est pas susceptible d'avoir du courage. Tout

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acte de courage est précédé d'un accès de frayeur, et plus cette terreur est puissante, plus est grande la vertu qui la surmonte.

On se moque de Thomme qui tremble devant le péril. Mais en tremblant, s'il l'affronte, si la puissance de sa raison a vaincu la nature, cet homme qui tremble a plus de mérite que celui qui est resté froid et impassible; ii est vraiment courageux , et celui que l'on prend pour tel n'a peut-être été qu'aveugle.

Appellerons-nous courage le mouvement de l'individu qui , frappé de Thorreur de la mort ou de la souffrance, se précipite, par un instinct de salut, dans la voie où elle lui apparaît le moins? Nommerons^ious ainsi cette impulsion convulsivc , cette fièvre colérique qui, avant la réûexion et par le seul retentissement de rinsulte ou de la douleur, nous fait répondre à un coup par un coup, à une injure par une injure? Est-ce là une qualité morale ou seulement le sentiment de la conservation , sentiment qu'éprouvent toutes les créatures? Placez votre doigt sur le passage d'une fourmi , elle fuira. Saisissez-la, elle vous mordra et se défendra jusqu'à la mort. Qui force Tinsecte à agir ainsi ? C'est ce qui y portera, dans la même circonstance, l'être le plus timide comme le plus brave , Tétre intelligent comme le plus brut : le désir de vivre et la peur de mourir.

£n cela on trouvera moins une qualité qu'un effet ; c'est la vie qui se débat contre la mort. Ici nul calcul de la volonté ni de Tintelligence, ni même de Tinstinct. L'animal ne se défend que parce quMl ne peut plus fuir. Si on le lâche, il cesse de mordre et se hâte de s'éloigner, ou s'il mord encore, c'est par cette rage aveugle qui le crispe, le roidit et l'attache à l'objet qui Fa blessé; c'est la colère, c'est la vengeance, si vous voulez. Mais ici non plus, point de courage, puisqu'il n'y a pas de

réflexion , puisquMl n'y a pas de lutte oi de résistaDce intellectuelle, mais abandon à une impulsion physique qui n'est souvent que celle de Teffroi devenu offensif par son excès même.

On nous pardonnera de présenter ces vérités commnnes. Leur rappel était nécessaire poor foire distinguer le courage-vertu, c'est-à-dire libre et intelligent, de cet effort de la nature , de cette irritation machinale qu'on a faussement nommée courage et qui n'est qoe la vibration des organes ou la secousse qui précède la volonté et même la passion.

Le courage, comme je l'entends, est donc la réflexion qui dompte la peur. Avant cette réflexion , c'est-à-dire avant l'appréciation de Tobstacle et la conscience da péril, il n'y a pas de courage. Il n'y en a pas davantage, si en face de nous n'est pas une double voie, un choix de moyens, l'ouverture d'une volonté et l'accomplissemeat d'une œuvre.

Dès que le courage est une action , il a toujours on résultat; s'il ne produit pas un bien, il arrête un mal: le désespoir. Nous appelons le désespoir un mal , parce qu'il est le contraire du courage et que c'est très-improprement qu'on dit le courage du désespoir. Toutes les fois que l'on combat, c'est qu'on ne désespère pas, ne fût-ce que de la vengeance.

Le désespoir étant l'effet qui s'éloigne le plus du courage, il est nécessaire d'en dire quelques mots :

Le courage vient de la conviction du danger , avonsnous dit. Si on doute de ce danger , il n'y a qu'un demi-courage; si on l'ignore, il n'y en a plus du tout. Où il n'y a pas de risques, il n'y a donc pas de verto, et l'échelle du courage croît avec l'imminence du péril.

Si le danger était la certitude du mal , il n'y aurait pas non plus de courage , car si Ton se jette sur no

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brasier avec Tassurance de s'y brûler, c'est qu'on veut être brûlé; alors ce n'est pas la force d'affronter un mal, c'est la volonté de le trouver. Y a-t-il du courage à chercher un mal? Oui, si cela peut en prévenir un plus grand ou produire un bien; non, s'il n'en peut résulter que le fait, c'est-à-dire le mal , car ce n'est que du désespoir et un acte d'aveuglement. L'imprudence elle-même , en s'exposant, n'a pas la conviction de la non réussite, et elle est loin de désespérer; c'est plutôt la facilité d'espérer trop ou trop vite, et de chercher uu succès là où il ne peut y en avoir, qui caractérise l'action de l'homme imprudent.

Si l'irréflexion voit le danger moindre qu'il n'est, le fait du désespoir ou de la peur excessive est de le voir toujours gigantesque , et lorsqu'il le devient réellement , de ne sentir que lui, sans apercevoir aucune des voies ouvertes pour l'éviter ou le combattre. Cette inconsé* qucnce est pire que la première. Elle a des suites plus funestes, car le manque d'espoir paralyse la volonté, puis la faculté d'agir, et arrête non-seulement ce qui est possible, mais même ce qui est aisé.

11 est peu de situations dans la vie, quelque fâcheuses qu'elles paraissent, dont on ne puisse tirer parti, si l'on en cherche le moyen, si l'on veut fermement le trouver. Le désespéré ne l'essaie même pas ; l'imagination frappée d'un mal inévitable, il le rencontre dans le premier obstacle. En vain un simple effort le surmonterait, il ne le fait pas , ou il le fait non contre le péril , mais contre lui-même. 11 s'agite sans s'aider, sans aider les autres. Epuisé, il tombe dans une apathie somnolente qui ressemble à la résignation, et qui n'est que l'assoupissement moral produit par la fatigue physique.

Le désespoir , après s'être roulé dans la poussière , ferme les yeux et i^endort. Le vrai counge» silencieux ,

calme, résigné, s'interroge et cherche la possibilité d'agir. Le moyen trouvé, il le met en œuvre ; s'il est sans effet, il en cherche un autre.

Si tout est inutile , s'il ne peut éviter le mal , il s'efforce d'en réduire les conséquences. Ainsi rhomme courageux l'est jusqu'au dernier moment : il meurt coarageux : il tombe, mais non dans la même position que le lâche. Sur la poussière vous le reconnaîtrez ; vous le reconnaîtriez même dans la tombe : l'aspect du cadavre vous dira l'état de l'ame quand elle l'abandonna. Oui! quand l'homme a peur, ou si, bourrelé de remords, il a repoussé l'avenir, ses traits ne sont pas les mêmes qae s'il a valeureusement résisté jusqu'au bout et embrassé le réveil.

Et ceci n'est pas seulement extérieur. Que l'analomiste consulte le cerveau , les viscères , les muscles , enfin toutes les parties internes de ce corps animé, il y trouvera des traces de cette impression dernière.

Le courage, même lorsqu'il n'a pu nous sauver, même lorsqu'il succombe , est donc toujours un combat ; et d'un honmie courageux à celui qui ne Test pas, la différence est moins dans l'acte de pouvoir que dans l'acte de vouloir ; par conséquent moins dans l'exécution réelle que dans la volonté. Celui qui voudra le plus se sauver en conservera le plus Tespérance , et par cela même restera le plus long-temps courageux.

Analysons ce que nous venons de dire : le courage naît du conflit de deux sensations qui proviennent, comme toujours, d'un principe qui est en nous et du contact d'un objet extérieur, soit présent, soit représenté par le souvenir. Un cri se fait entendre, notre oreille le reçoit, la pensée nous dit que c'est un signal d'alarme, et la réflexion ajoute que c'est un péril pour nous ou pour quelqu'un qui nous intéresse. Eh! bien, c'est

iDs ce moment que le xx)urage ou le sentiineut conaire se développe ; nous fuyons ou nous allons en rant , nous adoptons un parti ou nous restons dans le immobilité stupide, ou bien nous désespérons tout- •Cait. Alors nous sommes courageux ou lâches. L'on )it que le courage, après la manifestation et 1» conclion du danger, est un retour sur nous-mêmes qui MIS empêche de céder à cette conviction et qui fait le notre cœur , s'élève au-dessus de la peur. Et nous arrivons là en réunissant en nous tous les loyens de défense, en nous attachant au seul qui existe il n'y en a qu'un, et en dirigeant tous nos efforts vers î point unique, quelque petit qu'il soit.

S'il n'existe pas , s'il n'y a pas lieu d'agir , s'il n'y a as de voie de salut, le courage est encore dans la atience et la résignation *, ^ns l'absence de cris , de ontorsions et de blasphèmes. Nous sentons aussi vive» dent notre position que celui qui en désespère , mais de »lus que lui nous avons la force de nous contenir et le conserver jusqu'au bout notre dignité d'homme.

Le dernier degré du désespoir ou de l'abandon de toi-même est le suicide. Quoiqu'il soit aussi l'effet d'une volonté , s'il n'a d'autre fin que de nous délivrer de la ^e, je n*y puis voir un acte de vertu : nous ne bravons la mort que parce que nous ne savons plus supporter rexi$tence ; nous n'encourageons un mal que par la peur i'uo autre qui nous semble plus grand, ou bien encore l^r la paresse d'y remédier , par le défaut d'énergie nécessaire pour l'entreprendre. Dans tout cela il n'y a ^ de courage , c'est plutôt je contraire.

Un sentiment bien différent du désespoir , mais près-» lu'aussi dangereux, c'est la confiance aveugle au succès : llusion sans ombre, sans contre-poids, qui n'est basée ni Ur le calcul ni sur des probabilités ; sentiment qui tient

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