‹ Hommes et chosesChapitre 76 sur 95 · GOU · texte numérisé non relu

GOU

>D , entouré d'autant d'hommes pourvus de courage il qu'il le fût de ceux possëdaut le courage militaire, lût été jeté ni à l'île d'Elbe, ni à Sainte-Hélène : son x^ueil serait avec nous, et sa postérité régnerait encore. Si une époque aussi fertile en grands généraux , en dats intrépides, a produit si peu d'hommes ayant un and courage civil , c'est qiie pour être un héros , il ffit d'une qualité : la bravoure ; et que pour devenir

grand citoyen , il faut une ame forte, n est probable que tout individu qui a le courage il, aurait aussi le courage mihtaire, si l'occasion s'en ésentait. Napoléon avait certainement l'un et l'autre , lis je crois que son courage militaire provenait de a courage civjl. Quand on a dit qu'il s'était troublé

18 brumaire à la séance des Cinq Cents, et que cien avait montré pour lui celte énergie de cœur que us lâchons d'exprimer, je pense qu'on s'est trompé. Si

force de Napoléon avait failli dans cette circonstance, ôt été la seule ; car à une époque solennelle , lors de sa chéance, il ne manqua pas de courage civil : toutes ses tions furent réfléchies jusqu'au dernier moment, et rien nmonce qu'une seule ait été décidée par la crainte. Murât, au contraire, avec une valeur indomptable siu*

champ de bataille, se montra faible et irrésolu dans i conseils. De là toutes ses fautes, tous ses malheurs, r l'absence de courage civil dans un souverain entraîne

bien plus grands maux que le défaut de vaillance. C'est le courage civil qui a maintenu Bernadotte sur

trône de Suède. Avec la bravoure seule , il en fût puis long-temps descendu.

Parmi les notabilités de l'Empire , Soult a réuni le urage civil au courage mihtaire; Ney s'est perdu par bsence de cette première quahté , et Ney n'était pas 3ias brave que Murât.

Louis XVni eut le courage civil porté an plas haut point. Quand il nomma Fouchë son ministre, quand, pour le salut ou le repos de la patrie, il brava Fopinion et Phistoire , quand il sacrifia sa répugnance individuelle et ses affections particulières à ce qu'il croyait utile à tous, il donna une preuve palpable de ce courage qui sied mieux à un roi qu^à tout autre homme.

Charles X avait , je crois , le courage militaire ; il y eut même une espèce de volonté suivie dans ses plans de retour vers le passé, mais il n'osa jamais les avouer; il manqua donc de courage civil, et ce défont le toi, comme il avait tué son frère Louis XVI, le plus honnête et le plus malheureux des princes.

Si nous remontons à une époque plus reculée de notre histoire, nous voyons qu'Henri IV avait en même temps le courage civil et le courage militaire. Il en fot de même de François l^^", en quelques circonstances; mais chez lui, le courage militaire domina et le perdit.

Louis XI montra souvent du courage civil ; plus souvent encore il en abusa, ou plutôt il en prit le masque, car il n'y a de courage d'aucune espèce dans la trahison et la mauvaise foi.

Saint Louis eut la bravoure unie au courage religieux, qui est une nuance du courage civil et qui en tint lieu, à plusieurs époques, à nos rois et à nos magistrats.

Il y a aujourd'hui moins de courage religieux que jadis, et il y a plus de courage civil. Sans doute le courage religieux, ce courage qui émane d'une foi vive, serait le premier de tous, si partout il était éclairé et dégagé de fanatisme; malheureusement la bonne intention et le raisonnement n'ont pas, dans tous les temps, marché ensemble, et en voulant le bien, en ayant même le courage de Tentreprendre , nos pères n'ont pas toujours eu celui de Tétudier et de le comprendre. Honnêtes

aveugles, ils se sont brisé le front contre celui de leur firère. Le courage civil ne peut jamais être de l'aveuglement ni de la passion ; aussi les patriarches, les docteurs dont les lumières, les écrits ou la morale nous guident encore, saint Paul, saint Augustin, saint Chrysostôme, saint Vincent-de-Paule , etc. , eurent moins le courage religieux que le courage civil , c'est-à-dire ce courage qui, non moins énergique, non moins pur, mais plus calme, plus humain, plus raisonné, n'est ni persécuteur ni cruel. Si ce fut le courage de la rehgion, ce fut de la religion vraie, de la religion de Dieu et non de celle des hommes.

Le courage qui nous fait envisager la mort de «angfroid , supporter ses apprêts , compter ses angoisses , embrasser l'avenir et mesurer la vie au-delà du tombeau, est un courage religieux et peut-être un courage • civil; ou bien encore, comme le précédent, un courage à la fois civil et religieux. Autrefois, c'était une soumission à un précepte , ou la suite d'une exaltation d'esprit qui voyait une palme sur un échafaud, ou une couronne dans un bûcher : non-seulement on se résignait à être martyr , mais on voulait l'être. Aujourd'hui , ce courage est plus raisonné, plus intellectuel, plus dans le véritable esprit de la religion : on meurt pour sa patrie, son honneur, son roi, son Dieu; mais pour être victime, on ne force personne à être bourreau, et l'on ne brise plus les autels d'un autre culte , ou les tables d'une autre loi , pour teindre de son sang leurs débris. Ces actes n'étaient vraiment ni du courage ni de la religion, c'était erreur, foUe. De notre temps, le courage qui fait tout supporter pour l'humanité et la conscience, ce courage que nous nommons civil , est encore le véritable courage religieux.

La force de résister aux passions, aux appétits des

sens, tient aussi de cette double qualité ; on pâment & se modérer par amour de Dieu e^ de la vertu qui le représente, comme par la crainte du remords, du déshonneur ou du châtiment.

On peut également appeler civil ou religieiu le courage d'un homme qui a la force d^avouer un tort et de le réparer.

Le courage de la restitution , celui du pardon des injures^ sont grands et méritoires; ils élèvent Tbomme au-dessus de lui-même. Il faut plus de vertu pour réparer le mal qu'il n'a fallu de vice pour le commettre. Le mal commis peut être la suite d'une erreur, de l'exaltation du moment. La réparation est toujours l'œuvre d'une réflexion ; c'est un sentiment combiné et mûri, c'est la victoire d'un combat entre notre amour-propre et notre repentir; c'est une pnlmc glorieuse que noos devons à la raison ; c'est du courage civil et c'est aussi du courage religieux.

En général , ce dernier ne cesse d'être semblable au courage civil que lorsqu'il s'éloigne des vertus paciflqiies et qu'il pousse à la violence. Par exemple : les Espagnols qui conquirent l'Amérique avaient un courage qu'on a pu nommer religieux, puisque souvent, au prix de leur sang , ils s'emparaient d'une terre sans autre but que d'en convertir les habitans; mais s'ils n'y parvenaient pas , ils les exterminaient : ce n'était point là du courage civil , toujours fondé sur la modération; ce n'était pas davantage du courage religieux , la vraie religion prohibe la violence. Ce courage de prosélytisme et de conquête, quel qu'en fut le but, la cause ou le prétexte, n'était que du fanatisme , de l'ambition, de l'esprit de parti.

Cependant cette exaltation a produit quelquefois des traits héroïques : le dévouement des croisés était bien un

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iirage religieux. Ils se livrèrent à beaucoup* d'excès; ils lient plus barbares que ceux qu'ils allaient combattre; lis on ne peut nier que dans ce sentiment qui poussait s hommes à sacrifier leur repos , leur fortune , leur ?ie *ur rhonneur de leur drapeau et de leur croyance, il Y eût quelque chose de magnanime.

Est-ce le courage religieux, civil ou miUtaire qui conlisit Jeanne d'Arc dans les murs d'Orléans? Tous les ois, peut-être, mais non à un égal degré. Dans la ûtriue de la jeune fille battait un cœnr français : elle t éminemment citoyenne. C'est la patrie qu'elle voulait nver, c'est l'Anglais qu'elle repoussait de ses vœux et ! son bras. Dans sa conduite, nulle trace de fanatisme. 1 voit-on , après la victoire , allumer des bûchers et rûler des hérétiques? A-t-elle fondé des monumens [piatoires , élevé des trophées de haine , institué des urs néfastes? Mon. Ce n'était donc point une ardeur 3 secte qui l'animait.

On ne l'entendit jamais parler de conquête : elle vouit éloigner l'étranger du sol de la France, mais non 1er piauler chez lui son drapeau : elle n'avait point le )urage de l'ambition ni même celui de la gloire mililire.

Ce n'était pas plus la palme du martyr que l'éperon B chevalier qu'elle cherchait ; elle n'ambitionnait que la 3uronne civique, la délivrance de ses frères, l'allégement 'un joug honteux : c'était enfin le courage civil qui la uidait. C'était ce courage que lui inspirait Fange qui li apparut au nom de Dieu, car Dieu n'est point le •ieu des armées , il abhorre le sang , il est le Dieu des ations, le Dieu de l'ordre ; c'est lui qui donne la force t la volonté, et c'est lui qui dirigea Jeanne contre envahisseur et le tyran.

La révolution de 1780 et celles qui suivirent , ont

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présenté quelques exemples de courage religieux , mail bien plus de courage civil. Les plus étonnans, peut-être, forent offerts par des femmes. La reine Bfa rie-Antoinette en fît preuve en plusieurs circonstances. D'autres épouses, d'autres mères montrèrent une énergie , une vigoeor d'ame non moins remarquable , et Ton en citerait nonseulement dans les hautes classes, mais dans les deroien rangs de la société. Oui, à cette époque, s'il y eut bencoup de crimes, il y eut aussi de grandes vertus.

Toutes cependant ne furent pas exemptes de fanatisme, car la vertu elle-même a le sien; mais toutes du moin prouvèrent un grand dévouement à la cause de Fhiimanité et de la famille, et encore un plus grand mépris de la mort.

Ce fut Faberration d'un beau caractère , une de ces convulsions de la raison qui dirigèrent le bras de ChaN lotte Corday; rien de personnel dans son action, qui fut sans haine. De l'exaltation, du patriotisme, la pitié peut-être, l'armèrent contre Marat; elle vit en lui Tennemi des hommes, le bourreau des citoyens. Pour les sauver d'un assassin , elle le devint elle-même. Sans applaudir à cette action, car l'assassinat est toujours un crime, nous pouvons dire : elle eut le courage civiL

]V|me Roland posséda éminemment ce courage; il ae l'abandonna pas un instant ni sur le trône ministériel, ni dans un cachot , ni sous le fer de la guillotine. Jamais , remarquez-le bien , elle ne se laissa entraîner par les passions du jour; elle fut logique dans la sienne, qui était l'amour du bien public ; elle le fut jusqu'au dernier moment , et mourut avec son opinion et sa couleur.

Et c'est une chose rare dans notre siècle qu'une opinion et une couleur; non que chacun n'ait la sienne, mais au premier vent elle fuit, elle disparaît. Devant

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rage, personne ne la conserve, car pour la conserver faut de la force d'ame et , de plus, une grande con-

^OQ.

C'est la réunion de ces deux qualilës qui fait le urage civil. Quelle que soit Ténergie de votre cœur, la conscience ne la soutient pas, si vous n'êtes pas uvaincu , si vous ne croyez pas à la justice de votre use, tôt ou tard vous vacillerez et vous faiblirez. Si, avec cette conviction, vous n'avez pas la. fermeté cessaire pour la soutenir, vous céderez encore. C'est r l'absence de l'une ou l'autre de ces vertus, qu'il y si peu d'hommes dont la conduite ait été conséquente puis quarante ans, si peu d'hommes qui aient suivi la êmc ligne; ils ont manqué de vigueur ou de croyance, I bien ils n'en ont eu que par instant et au-dessous ! leur position.

Parmi les exemples de lâcheté civile, je mettrai en eniière ligne celle de cet autour qui manifeste dans 1 écrit ce qu'il n'ose pas signer, se réservant ainsi la culte de changer de drapeau ou de conscience , selon

peur ou son intérêt.

Dans quelque situation que vous soyez , maintenez )tre opinion si elle est honnête. Quand vous Tim- •imez, signez-la. Si vous ne le faites pas, c'est l'absence ; courage , bien plus que la modestie , qui vous en npêche. Pour tous, c'est un devoir d*a vouer sa pensée, ir chacun en est responsable dès qu'il la pubUe; et *. pas signer ce qu'on affiche , c'est en jeter le blâme ir d'autres, si ce blAmo est mérité. Le courage civil est >nc incompatible avec la dissimulation : il ne s'arme mais d'une épée à deux Irauchans. Fidèle à son parti,

ne prend pas le masque d'un autre, il marche partout

front découvert.

Montrons-nous donc ce que nous sommes , c'est le

moyen de devenir ce qae nous devons être. Si chaque administrateur, si tout citoyen en était convaincu: si Finutile mystère, si l'hypocrisie, fille de la fausseté et de la peur , n'enveloppait pas notre vie , nous verrions moins de mauvaises actions, de mauvais écrits, de mauvaises pensées. L'homme se garde de £aire le mal, qnané au bas de V œuvre il faut qu'il écrive : c'est moi qui Tai faite.

Si donc vous voulez étendre ce courage civil, si rare encore, mais si nécessaire à la patrie, notez d'infânrie celui qui manque de bonne foi. Que Fimprobité politique ne soit pas plus tolérée que l'autre, qu'elle ne soit plus un jeu dont on s'accuse en riant.

Si la franchise et le patriotisme sont les premières conditions du courage civil , ce. sont aussi ces qualités qui doivent nous diriger dans un bureau d'élection, comme à la tribune, comme partout. Il y a du courage, si vous êtes candidat , à ne pas flatter les électeurs , i ne pas les tromper par des promesses vaines, à ne pas céder à leurs demandes injustes, à ne pas être leur valet, ni l'homme d'un village ou d'une ville, au lieu d'être celui de la France. Il y a encore du courage à le leur dire et à repousser les voix offertes à des conditions qui enchaînent la conscience et la liberté.

II y en a aussi, quand on a réuni les suffrages, quand on est le mandataire, le représentant d'une ville, d'âne province, à cesser d'être celui de ses propres passions, et, faisant abnégation de soi-même, à savoir, sans y répondre , entendre une insulte personnelle , une provocation, un défi. Ah! ce silence, cette mansuétude exigent une grande force de cœur ; et le député qui ne l'a pas , qui , envoyé par ses concitoyens pour défendre leurs droits, pour faire respecter les lois et donner l'exemple de l'obéissance et de la modération, ce député abandonnant

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volontairement une si belle mission, oubliant son mandat, la foi jurée , le code du pays , va , lui législateur , lui magistrat, égorger un homme ou s'en faire égorger; ce député , dis-je , non-seulement manque de courage civil, mais de probité; il blesse la délicatesse, la morale, le bon sens et la loi.

Et nous public, nous peuple, dont l'estime fait son honneur, sommes-nous iunocens de sa faute, de sa folie; et avons-nous le courage civil quand, cédant à nos préjugés , nous conduisons sous le glaive d'un spadassin riiomme chargé des intérêts de tous? Quoi! épargné par l'opinion, il pourra impunément être un lâche s'il s'agit de l'honneur national; et sous peine d'être écrasé par cette même opinion , il faudra qu'il s'arme s'il n'est question que de son individu ! Quoi ! nous voulons que, délégué pour nous et par nous, il se batte pour lui! Etrange contradiction! on nous oblige à l'action du duelliste; on nous dispense du courage du citoyen! on veut que nous tuïons ou que nous soyons tués, si Ton a froissé notre amour-propre ; et on nous engage à vivre en paix quand nous avons compromis le salut de la patrie et ruiné son avenir !

S'il y a du courage civil à ne pas céder aux cris, aux menaces, aux insultes, aux provocations, il y en a plus encore à résister aux séductions, aux flatteries, à la douceur d'une vaine popularité; à préférer ce qui est bien à ce qui est brillant ; à renoncer aux acclamations pour ne suivre que la voix solitaire de la conscience. Calculez le courage nécessaire à un homme d'Etat qui a devant lui deux votes: l'un est celui de la masse qui l'appuie à grands cris, car il flatte son orgueil ou son caprice, prestige brillant , mais trompeur , semblable au mirage qui ne laisse après lui qu'un désert. L'autre, au contraire , s'il exige un sacrifice présent , assure au pays

un long avenir , il cicatrise une plaie ou brise un poignard.

Mais le peuple aveugle ne voit ni le danger ni le remède.

Si l'homme d'Etat embrasse la première voie , la voie nuisible , il est au pinacle : les journaux , les salons louent sa vertu , son savoir , son dévouement; il est l'élu du siècle, il obtient à la fois la gloire et la fortune.

S'il suit la seconde , la voie utile , il devient l'exécration de tous : non-seulement on doute de sa raison, mais on attaque sa probité : il est vendu , c'est on traître, un infâme.

L'homme d'Etat qui a prévu ces injures, ces calomnies, et qui les affronte, qui les accepte, qui vit devant elles selon sa conviction, a réellement le courage civil.

Quiconque s'assied au ministère, doit surtout en être grandement pourvu. Sans doute, il y a de la modestie, de la résignation à refuser un portefeuille, si l'on croit ne pouvoir pas l'employer au bien ; mais il y on a aussi à le conserver, lorsqu'on peut le faire servir à empêcher le mal.

Quitter son poste au premier dégoût , à la première contrariété, le quitter même à la centième , si l'on y est utile, c'est véritablement l'opposé du courage civil, c'est sacriiier l'Etat à son amour-propre , à son égoïsaie. Il y a peut-être là de la prudence, mais du courage il ny en a pas.

Si nous arrivons à des succès , si nos entreprises réussissent, si nous avons mérité la couronne civique, si enlin nous sommes devenus riches et puissans , le courage civil est aussi de résister à la prospérité , de ne pas nous abantlouuer à l'orgueil. Oui, c'est ce courage du souvenir qui nous empêche d'oublier ce que nous fûmes et quels étaient nos égaux ; c'est lui qui, en

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rêtant les cflFcts de renivrement de nous-mêmes , nous uvera probablement d'une chule imminente.

Ce n'est pas seulement dans les hauts emplois ni dans 5 sommités d'une nation qu'on peut trouver le courage rîl : c£t agent de la régie , ce commis qui , pour un ince salaire, chargé de faire exécuter une loi pénible sur qui le contrebandier épuise sa mauvaise humeur ir des affronts et des outrages , ce commis qui les ipporte sans se plaindre , qui n'en rendra l'exécution ; sa consigne ni plus amère ni moins exacte, qui, ne idant à aucune passion , remplira fidèlement son devoir, î commis n'a-t-il pas le courage civil?

Et ce môme homme n'en montre-t-il pas plus encore land il résiste à la corruption, quand, sourd aux cris * sa famille affamée, il repousse le sac d'or que lui résente le tentateur à la seule condition qu'il fermera s yeux quelques instans.

Et ce pauvre artisan dont on a fait un garde national, ni abandonne son métier, sa femme et ses enfans pour :1er se présenter , je ne dis pas aux balles , cela serait u courage militaire, mais a la boue, aux immondices, [ix injures d'une populace plus vile, plus infecte que îlte boue môme, et cela sans espoir d'être remarqué ni léme aperçu, ah! celui-là n'a-t-il pas le courage civil?

Et cet homme de lettres, qui soutient son indépenance aux dépens de sa fortune, qui n'a jamais sacrifié

Baal , qui dédaigne les lambris dorés pour habiter un aletas , et qui , pouvant tout , vil de privations et ne icndie pas, n'a-t-il point le courage civil?

Et ce prôtre de village qui, pauvre lui-même, donne nx pauvres ce qu'il peut épargner sur sa nourriture; ui, jour et nuit sur pied pour secourir les malades et onsoler les mourans , n'a pas en dans sa vie entière ne heure de repos; qui, dédaigné du grand et souvent

du petit , résiste non-seulement aux tournions C|ue \m infligent les hommes, mais à toutes les tortures des passions, a-t-il le courage civil ou religieux? Ah! il lésa tous deux.

Ce simple serviteur , dans son modeste état , lui aussi n'a-t-il pas le courage civil , quand , respectueux sans être bas , quand , toujours patient et résigné , il se soumet à l'inégalité de notre caractère; quand il supporte, sans murmurer, des réprimandes ou des soupçons injustes ; quand , en nous voyant abuser de tout , il n'use de rien ; quand , fermant les yeux à notre luxe, à nos folles dépenses , à nos désordres , il est lui-méiac fidèle , économe et rangé ; ah ! n'est-ce pas le courage civil qui le maintient dans la ligue du devoir et de la probité, au milieu de tant de pernicieux exemples?

La femme aussi ne peut-elle prélcndre ;ni courage civil? ?i'est-ce pas de ce même courage que dérivent toutes ses vertus? Qui arrête cette épouse, jeune et belle, qu'un mari inconstant, débauché, délaisse, ruine, maltraite? Quelle est sa sauvegarde contre elle-même? Est-ce le sentiment mnlomel? Mais elle n'est pas encore mère. Est-ce Tamour de son époux? Elle le lîait oii le méprise. Sont-ce ses parens? Elle n'en a plus ou ils sont loin d'elle. Et celte femme est sage: entourée d'hommages et de séductions, elle restera pure. Pourquoi? C'est qu'elle a ce bon sens qui nous fait préfiTcr une bonne réputation et la satisfaction du cœur au plaisir, à la volupté, m^me à la vengeance; c'est qu'elle a l'énergie qui maintient dans la ligne honorable qu'on s'est tracée; enfin, c'est qu'elle possède le courage civil.

Ce même courage produit la force maternelle, celle qui fait supporter à la jeune mère la douleur, les veilles, l'allaitement, la fatigue de la première éducation, et qui donne, par ses soins, un homme à la patrie.

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C'est aussi ce seutiment qui soutient la sœur de charité ; c'est par lui qu'elle afiFrorite l'horreur et le dégoût des maux qui l'entourent. C'est par lui qu'on la voit passer d'un champ de bataille à la salle d'un hospice, ^ courir de la souffrance à l'agonie, car teUe est sa vie; et s'il y a dans sa conduite de la foi et de la religion, il y a aussi du courage civil.

Les enfans même ont le leur. S'il n'est pas plus commun à l'âge mûr , c'est qu'on n'en cultive pas le germe naissant. Arrêtons-nous un instant ici.

Si le courage peut tenir en partie de notre organisation et de la résolution du moment, c'est néanmoins réducation qui inûue principalement sur son développement et sa mesure. Nous avons vu qu'il n'est pas de position , je dirai plus , point d'âge qui ne l'admette. Examinons les jeux des enfans , nous y trouverons en miniature toutes \cr> ambitions, toutes les joies, toutes les douleurs de la vie. L'enfance a, comme l'âge mûr, ses passions , sa politique , ses opinions , et aussi ses faussetés et ses intrigues. Oui , parmi les écoliers il y a des despotes , des usurpateurs du droit commun , des ennemis des lumières, de l'égalité, de l'indépendance ; et toujours, quand les enfans sont entr'eux, on entrevoit des tyrans et des esclaves. Eh! bien, celui qui, à l'oppression et à la force brutale, oppose le raisonnement et une patience énergique, a le courage civil, ou du moins il en a le germe : il faut le cultiver.

Les jeux de l'enfant ne seraient pas un des moindres incitans de son éducation, si on savait les comprendre et les diriger; c'est là qu'il est lui-même, c'est là qu'il montre ses dispositions bonnes ou mauvaises, ses vices, ses vertus; c'est là qu'il met à nu son caractère que souvent le maître connaît moins que le dernier de ses élèves. Vous, professeur, c'est ce caractère, ce sont ces

penchans qu'il faut étudier, combattre ou favoriser. Récompensez nou-seulement le travail de la classe, mais la bonne œuvre de la récréation. Ne montre-t-îl pas de la force de cœur , cet écolier qui prend le parti de la faiblesse ou de la laideur , qui défend un malheureux condisciple, pauvre, infirme, rebuté, objet habituel des railleries de tous, qui le couvre de sa poitrine, qui, soutenant pour lui vingt combats, empêche qu'on ne Tabrutisse, qu'on ne le tue peut-être? Car il n'est pas un collège, pas une école qui n'ait des martyrs de cette espèce, victimes dont à la longue la raison ou la santé succombe, si un bras fort ou une voix généreuse ne s'élève pas en leur faveur. Celui qui a fait entendre cette voix , celui qui a montré ce poing défenseur de l'opprimé , qui a bravé le sarcasme, les moqueries, les coups, n'a-t-ilpas le courage civil, n'a-t-il pas rendu service à Thumanité? Oui , cette plante rachitique qu'il protège va se développer, et cet enfant débile sera peut-être un jour un grand honi:nc.

Le courage civil dérive surtout du raisonnement. Quiconque raisonne Hmix ne peut pas l'avoir à un haut dogri^, ou s'il l'a, s'il est possible qu'il l'ait, cet homme sera plus nuisible qu'utile , parce qu'il n'agira qu'à contresens : prenons donc garde de fausser l'esprit des i^.nfans.

A ce sujet, je vous dirai que nous ne les prémunissons pas assez contre les faits que nous leur mettons sous les yeux. Ces portraits, vrais ou imaginaires, ces figures que l'on appelle illustres dans les livres de collège , et que nous continuons à nommer ainsi tout le reste de notre vie, parce qu'on nous les a montrés tels à notre début , sont souvent de très- mauvais guides et de plus mauvais modèles. Grands peut-être dans leur siècle , ils ne le seraient pas dans le nôtre: ce ne fut point

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par le courage civil que se distingué reut les demi-dieux.

En faisant étudier aux enfans l'histoire et la fable, en leur indiquant les beautés du récit et la richesse des images , faisons-leur bien sentir que si le style est Phomme , ce style ne fait pas Thonnêteté de ses personnages ; que la modération , la justice et la raison sont des qualités dans tous les temps , et les conditions sans lesquelles il n'y a pas de grandeur.

Mais ce n'est pas seulement la doctrine des maîtres qui peut ainsi conduire les jeunes gens au bien et en faire des hommes forts, c'est aussi le courage de famille, c'est cet amour réûéchi qui arrête la faiblesse d'un père et l'empêche de céder à sou cœur. Ah! c'est là encore un genre de courage qui n'est pas à dédaigner, car il est difficile à acquérir et à pratiquer. Le sourire d'un fils , les prières li'une fille ont sur nous une grande puissance , et pourtant il fout savoir y résister , sous peine de perdre ces êtres chéris. C'est le défaut de fermeté des parens qui souvent a produit les mauvais fils, les mauvais époux, les mauvais citoyens.

La faiblesse est plus dangereuse que la perversité même. Nuisible à nous, elle l'est aux autres. Elle est pire qu'un vice , parce qu'elle les reçoit tous. L'enfant gâté par la faiblesse paternelle sera, toute sa vie, dupe et victime de la sienne; partout naîtront sous ses pas des fautes et des malheurs, car l'absence de volonté qui fait glisser sur toutes les pentes , conduit à tous les précipices. Presque tous les troubles, tous les désordres viennent du manque de résolution; on projette toujours le bien et on ne le fait jamais : ce que Ton reconnaît juste et bon cède aux plus misérables, aux plus fausses . considérations.

La plupart des crimes n'ont pas d'autre cause que cette débonnaireté, cette nullité de caractère ; on ne veut

pas les commettre , et Ton u^a pas la force de s'tB préserver ; oi> (le?ieat malhoonête, perfide, traître, scélérat par laisser-aller, par abandon, par complaisanee, par défaut de courage. Visitez les prisons , interrogez les individus qui s^ trouvent , vous verrez qne c^est leur inertie, leur paresse, leur involonté,- si je puis m'exprimer ainsi , qui les y a conduits : avec un pea de courage civil, utiles à la société, ils y seraient demenrés probes et honorés.

Celte même faiblesse a amené presque tons les for&ils politi({ues. Qui a fait la force des terroristes, des massacreurs de tous les temps? La peur. Qui a enfontd les crimes de la Convention? La lâcheté civile. Et les fautes de TEmpire, et celles de la Restauration, d*où viennentelles? Du même vice-

Ne Toubliez donc pas, pères de famille; chefs d'institution, gardez-vous des erreurs du passé; travaillez jonr et nuit à inspirer à vos élèves , à vos enfans , une volonté ferme, une résolution soutenue de bien faire; en un mot, donnez-leur le courage civil ; et pour cela, ayez-en vous-mêmes , ne soyez jamais faibles devant eux, ne cédez pas à leurs fantaisies. En même temps, ne les soumettez point aux vôtres, et encore moins à vos préjugés.

C^cst le courage civil qui , en nous garantissant de toute mollesse, en nous faisant remplir nos obligations de père et de professeur, nous maintiendra dans la ligne des devoirs réciproques, dans celle de la confraternité, dans celle des égards et de l'amitié. C'est lui qui nous sauve de cette inconséquence souvent mortelle qui immole l'honneur d'autrui à un propos, à un vain désir d'esprit ou de malice. Oui , la charité des paroles , la discrétion de langue a aussi son énergie. Conserver un secret, résister à ses propres sensations, aux questions

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malignes ou flatteuses , est un courage civil , et celui surtout nécessaire aux diplomates , aux jurisconsultes , aux juges.

C'est encore le courage civil, père de la probité et de la bonne foi , qui nous rend esclaves de notre parole , qui nous fait garder notre serment. Le parjure est une faiblesse. Il y a donc de la vertu a ne pas prêter un serment qu'on ne pourra pas tenir / à repousser un acte qui répugne à notre conscience. Mais il faut être conséquent avec soi-même , ne pas refuser d'une part pour accepter de Fautrc. Ici point de milieu , on est placé entre la fausseté et la faiblesse : il faut quitter un pays dont on réprouve les lois et le gouvernement; ou bien si l'on se couvre de ces mêmes lois, si on en profite, il faut s'y soumettre.

C'est ce que sentira tout homme qui a vraiment le courage civil, courage toujours franc et loyal, qui ne transige avec aucune vérité ; courage qui , partout , nous maintient dans la voie directe ; qui nous sauve du fanatisme de toutes les ambitions ; qui nous inspire la tolérance et l'amour de la liberté; qui ne veut pas de la renommée imprégnée de sang , ni de la gloire qui s* élève sur des ruines.

Mais ce courage si utile, si indispensable, est-il apprécié et soutenu chez nous ? Hélas ! comment pourrait-il l'être. N'est-ce pas lui qui sert de digue aux autres. N'est-ce pas le tempérament de tous les excès, n'est-ce pas le courage de la modération? Et aux heures de passion , pendant la fièvre des révolutions, lorsque la raison est proscrite, les gens raisonnables ne sont>ils pas des ennemis publics ? Sous le nom de réactionnaire, de modéré, d'idéologue, de juste-milieu, n'ont-ils pas de tout temps été en butte à toutes les injures. N'est-ce pas contre eux que les chansonniers, les poètes, les pamphlétaires

aiguisent Icars épigrammes et leurs couplets. N'est-ce pas sur eux que sont jetées à pleine main toutes les huées et toutes les fanges.

Certes , sous la Convention et naéme sous Père napoléonienne, il fallait beaucoup de courage, et de celui qui brave la mort , pour tester ferme dans ses principes. Aujourd'hui, si l'on n'a pas à lutter contre le bourreau, il ne faut pas croire qu'on n'ait point d'autres ennemis, et cette opposition incessante de dédain est plus redoutable peut-être que le glaive même.

Le cœur qui a dominé , sur la place publique , les hurlemens de la foule , ne résistera peut-être pas aux chuchottcmens , aux murmures , aux interpellations, aux rires, quand, à la tribune, poursuivant l'orateur, ils couvriront sa voix, quand, prisant ses paroles, ils dénatureront sa pensée. Pour qu'il conserve là son caractère et son opinion , et en même temps sa dignité et sa modération, il lui faut un vrai courage. Oui, le rôle de modéré est méritoire en France, car ce qu'on y craint le plus , c'est le ridicule , et tel marchera sous la mitraille qui reculera devant une caricature.

A Paris encore, la hauteur de la position, l'étendue des résultais, la grandeur de la persécution, même de la renommée de l'insulte, soutiennent jusqu'à un certain point le courage ; mais en province, placé sous le boisseau, sans chance d'honneur, où est son véhicule? Là, quelque bonnes que soient ses intentions , quelques services qu'elles rendent , on ne dira jamais : c'est bien ; il est même probable qu'on dira : c'est mal.

Ah ! combien n'a pas déployé de courage cet homme inconnu, col habitant d'une ville obscure qui, pénétré du besoin de progrès , d'améliorations , de Pinstruction , de la moralité de tous, parvient à l'inspirer à ses compatriotes. Combien n'a-t-il pas eu à combattre contre les

tracasseries, les petites passions, et surtout contre cette apathie, cette force d'inertie, si coninoune aux provinces où chacun veut tout faire pour ne faire rien; où l'on est de toutes les commissions , de toutes les œuvres , pour les entraver toutes; où l'on court du malin au soir, pour que rien ne marche. Oui, le degré de volonté nécessaire dans nos déparlemens, pour y faire le bien ou seulement pour y prévenir le mal, excède toutes les prévisions ; et si cette volonté résiste aux soucis , aux dégoûts dont on l'abreuve , on peut , à juste titre , se croire pourvu du courage civil.

Voyons un exemple, et suivons dans sa carrière un notable de département.

Propriétaire, cultivateur, jurisconsulte, il vit paisible, il jouit d'une honnête aisance. Considéré , estimé , il n'a point d'ennemis , il a même beaucoup d'amis. Que lui manque-t-il ? II n'est pas ambitieux, il a refusé tous les emplois. 11 ne veut pour lui ni or, ni rubans, il n'en veut pas même pour les siens. Aussi heureux , aussi indépendant qu'on peut l'être sur la terre, rien donc ne l'empêcherait de rester dans celte douce situation; mais on a besoin d'un maire, d'un adjoint, d'un membre du conseil municipal ou d'arrondissement, et lui seul est propre à l'être. Cependant il résiste. On l'en prie avec tant d'instance , on lui démontre si clairement le bien qu'il peut faire , que , sacrifiant sa volonté , ses goûts, ses intérêts, il accepte enOn.

11 remplit son mandat avec zèle et conscience, et de mois en mois , d'année en année , il le continue ainsi pendant vingt-cinq ans. Ce n'est que lorsque l'âge et la fatigue l'y forcent qu'il retourne à la vie privée.

Or. cet homme qui a sacrifié son temps et sa fortune à sa petite ville, à ses habitans, qui, pendant un quart de siècle , n'a pas passé un seul jour sans leur rendre

au moins un senrice , croyez-vous qu'il y aura gagné un ami? Non, il aura peut-être perdu ceux qu'il avait, il n'aura pas fait un seul cœur reconnaissant ; et si Ton se souvient qu'il a été quelque chose , c'est pour loi donner un charivari ou le stigmatiser dans un libelle.

Si nous considérons l'administrateur et l'employé, sont-ils plus heureux? Comment les traite-t-on? Qu'on lise les journaux. Dès qu'un homme est le délégué ou le représentant du pouvoir, il devient le but de toutes les calomnies. S'il est ministre, il aura à sa solde des assommeurs; il invente, il organise des conspirations; il crée des agens provocateurs pour faire condamner et fusiller les citoyens.

S'il est magistrat, il est le persécuteur d« Ions ks innocens, le protec^ur de tous les coupables.

S'il est préfet ou ëvéque, c'est pour faire incendier les villages.

S'il est agent du fisc, c'est pour prendre le denier de la veuve et s'engraisser des sueurs du pauvre.

S'il est commis, c'est pour vivre aux dépens du public, c'est pour ne rien faire, c'est pour empêcher qu'on fasse.

S'il fait parlie de la force civile , c'est pour égorger le peuple.

Bref, on appelle son obéissance, tyrannie; sa justice, cruauté; sa probité, intrigue, ambition, partialité; son dévouement, trahison, dilapidation et ruine. Oui, voilà comme on récompense le magistrat , le notable , l'employé, le fonctionnaire, voilà comme on l'aide et l'encourage.

Or , pourquoi agissons-nous ainsi ? Pourquoi , après avoir persécuté le courage civil, l'avons-nous dédaigné? Comment se fait-il qu'aujourd'hui encore , chez nous comme chez tous les peuples du monde, toutes les glorieuses, toutes les couronnes, toutes les palmeSi

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tous les poèmes louangeurs , soient pour le courage qui tue; et tous les mépris, toutes les insultes, toutes les tortures pour le courage qui vivifie? Pourquoi cette différence?

Âh! cela vient peut-être moins de la perversité que de rignoran«e. Le courage civil , mieux défini , serait mieux compris et plus apprécié : l'homme ne voit que ce qui le frappe et ce qu'il sent.

Un acte de courage militaire est un fait qui se pèse, un spectacle que tout le monde conçoit ; mais le courage civil , quelqu'immenses que puissent être ses résultats , comment le saisir, comment le mesurer? Souvent il n'est pas même une action, il n'est qu'une suite de pensées, de réflexions et de conduite qui ont préparé de grandes circonstances , de hauts faits et de belles pages , mais qui , elles-mêmes , n'en présentent pas.

Puis ce courage de l'humanité , si fort pour aider autrui, ne sait pas se faire valoir lui-même.

Un homme brave ne doute pas qu'il ne le soit, il croit même l'être quand il ne l'est pas.

L'homme qui a le courage civil ne le sait pas toujours, ou il finit par l'oublier. Tel pauvre magistrat de département en a donné mille preuves, sans qu'il se souvienne d'une seule, ni lui, ni personne; il est tellement accoutumé à faire le bien, et ses concitoyens à le lui voir faire, que nul n'y prend plus garde.

Ensuite , il est une autre cause qui , partout , fait prospérer le courage militaire au détriment du courage civil, c'est que le premier tolère la tyrannie ou même la protège et la sert, tandis que le courage civil est son plus redoutable ennemi, car il est le père de la liberté : là où le courage civil existe dans le cœur des citoyens, il n'y a plus d'esclaves, plus de tyrans. Aussi, tous les despotes Font proscrit. C'est contre ce courage.

qui se dëfènd par les lois et la raison, quMIs ont employé le fer et le feu. 11 faut bien le dire, lorsque la liberté, lorsque la civilisation ont été en péril , c^est toujours le courage militaire qui les y a mises ; c^est toujours le courage civil qui les a sauvées. L'un est l'antidote de l'autre: la passion dos combats est le mal; le courage de b paix est le remède.

En vain on dira que le glaive met la société à Pabri des insultes ; je crois plutôt que c'est lui qui , souvent, les provoque. Tant qu'un homme est brave , il veot régner ; il attaque ses voisins, il tue les uns, il enchatae les autres, et leur dit : je suis votre empereur. Ensuite, se faisant un rempart de leurs corps, il défendra ce qu'il a pris ou prendra ce qui reste à prendre. Mais oiï mènent les victoires? A la destruction, à la ruine de tous.

Le courage civil ne fait point de conquêtes; il les dédaigne. Il estime à leur valeur ces formules d'orgueil dont on couvre la violence; il ne croit pas à l'honneur là 011 n'est pas l'équité.

Il dit qu'il n'y a qu'une gloire: la raison; qu'une patrie: l'humanité; qu'une indépendance: la vertu.

En vain nos habitudes , nos préjugés enseignent le contraire : le premier, le plus grand de tous les courages est celui qui résiste aux superstitions, au fanatisme; qui combat les prestiges, les couleurs trompeuses ; qui, avec le flambeau du bon sens et de la conscience, lutte contre la folie et ses spectres.

Où est donc , dira-t-on , le courage qui n'a à combattre que des fantômes? Ah! ces fanlômes sont puissans, sont terribles, car ils enveloppent notre ame. Ils sont en nous , ils sont mêlés à notre sang. Ces erreurs , ne les avons-nous pas sucées avec le lait? Oui, on nous crée eofans pour rester enfans. Aiyourd'hui encore , la moitié

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