‹ Hommes et chosesChapitre 84 sur 95 · SÎ DEN · texte numérisé non relu

SÎ DEN

dilatation ou de densité , tendent vers le vide , parce qu'elles y sont poussées par d'autres substances qui, eiles-mémes., manquent de place.

La densité des corps n'est donc qu'un refoulement de matières sur un point ; c'est la surabondance de ces matières qui, ne trouvant plus à se déployer en fluide, en vapeur , en poussière , se concentrent en un petit volume. La nature fait ici ce que nous faisons quand nous comprimons le gaz ou quand nous introduisou une grosse éponge dans un petit flacon.

La condensation d'un corps a lieu, comme nous l'avons vu , par le resserrement des molécules ou par l'introduction , entre celles-ci , d'autres molécules. Mais cette introduction peut aussi être immédiate et directe , ou s'effectuer à Taide d'un double mouvement que je m'explique ainsi :

La matière qui se condense fait refluer vers sa sur&ce les parties trop dilatées pour se condenser immédiatement. Par l'effet de ce refluement, qui est lui-même la suite d'une pression, ces parties seraietit projetées dans l'espace si elles n'étaient pas retenues par la matière extérieure. Mais renvoyées vers la masse d'où elles viennent, elles rentrent dans les vides de cette masse, ou s'ils sont comblés ou trop exigus pour qu'elles s'y introduisent, elles s'écoulent horizon talement et se rejettent sur d'autres masses , ce qui peut durer tant qu'elles trouvent ailleurs les mêmes obstacles. De là cette matière flottante qui circule continuellement autour du globe, entre son atmosphère et sa partie solide ou ce que nous appelons sa surface.

Bien qu'elle donne peu aux masses sur lesquelles elle passe et que souvent même elle leur enlève quelque chose, cette matière en fluctuation contribue à leur consolidation. Elle en adoucit les aspérités par son frottement;

elle efface les interstices qui s'y déclarent et les couvre parfois d'un vernis qui a l'apparence d'une vitrification. Mais il n'en est pas toujours ainsi : dans certains cas et sur certains corps , elle produit l'effet opposé et en hâte la décomposition.

La densité d'un corps , quelqu'extrême qu'elle soit , peut dater de sa formation et s'être opérée d'un seul coup par suite de la rapidité avec laquelle les molécules, poussées vers un centre d'attraction, s'y sont précipitées et rencontrées, puis ont été saisies et comprimées par les matières qui suivaient. C'est ainsi que les aérolithes se forment dans l'atmosphère.

La dimension de ces corps dépend de celle du vide qui 'leur a servi de moule. Ces vides , avons-nous dit , n'apparaissent qu'accidentellement dans l'espace : ils résultent d'un déplacement ou d'un resserrement de la substance éthérée. Mais quelle qu'eu soit la cause, il est évident que les corps ou les fluides, qui avaient pour base la matière déplacée, ne trouvant devant eux qu'un vide ouvert , doivent s'y précipiter avec une rapidité d'autant plus grande que la pression des matières dont ils sont eux-mêmes le point d'appui , est plus forte. Poussés à la fois par leur pesanteur et celle des élémens qui les surmontent, ils doivent être projetés dans ce vide et y courir en ligne droite jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli et le vide comblé par les matières qui y affluent

Ces matières arrivant de tous les points de l'espace» doivent , si eUes sont homogènes ou d'un mouvement égal, se rencontrer au centre du vide. Si elles sont de natures ou de densités différentes , leur mobilité et leur impulsion doivent l'être aussi. Elles ne s'en rencontrent pas moins, mais non plus au centre. C'est ce qui fait que les substances condensées ne le sont pas d'une manière égale et que leur forme n'est pas toujours ronde.

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Ce ne sont pas uniquement des matières dilatées qn sont ainsi projetées dans le vide : des corps solides, dtt aérolithes anciens, des globes même peuvent se tronver parmi ces fluides. S'il arrive que ces corps s'entrechoquent et que la pression extérieure ne soit pas assez puissante pour annuler leur élasticité, an lieu de s'anir, ils reculent sur le dioc, à peu près comme un ballonqui rebondit sur la terre. Les maHères qui continuent à affluer s'interposant entr'eux , ils ne peuvent plus se joindre:, alors, au lieu d'un seul centre d'attraction, il y en a plusieurs vers lesquels les substances isont attirées ou repoussée^ , selon leur nature , leur densité ou lei courans qui les ont saisies.

C'est peut-^tre ainsi, ou par la division de la condensation dans le vide , que forent posés les systèmes planétaires. L'atmosphère de chaque planète s'est formée des fluides repoussés par le noyau de l'astre, lorsque sa densité est arrivée au point que ses vides ne recevaieot plus que les parties les plus subtiles de ces fluides.

Ensuite, si Ton nous demande pourquoi les corps ainsi condensés par une pression instantanée, ne reprennent pas leur fluidité première quand cette pression a cessé, nous répondrons que la cause qui a amené cette pression ou la condensation immédiate étant une force d'impulsion des plus violentes, il faut une puissance au moins égale pour en détruire subitement Teffet. C'est ce qui arrive quelquefois : un monde est produit par un choc, puis détruit par un autre, ou bien vaporisé par nne combustion spontanée. Mais ces décompositions subites ne sont pas ordinaires, et c'est à la longue que s'opère la dilatation d'un corps et que ses molécules reprennent leur jeu et leur fluctuation première.

Pour qu'un corps soit durable, il faut que sa densité ou Tunion de ses parties soit proportionnée à l'attractioB

à laquelle il est soumis; sinon, les parties se séparant, elles sVn iraient les unes après les autres.

Les corps les plus éloignés du soleil doivent ainsi être les moins denses et les moins rapides. Les autres corps, moins attirés à leur surface, y ont aussi moins de poids. Ei^o, la densité doit faire la mesure du mouvement et de Fattraction. Nous avons vu que la masse la plus attractive était, toute proportion gardée, celle qui offrait les vides les plus fractionnés, les plus exigus, les plus stables ou les moins pénétrables.

Je pense que cette masse, surtout si elle constitue un globe, un monde, doit avoir aussi l'atmosphère à la fois la plus lourde et la plus étendue, et qu'elle doit conserver sa chaleur plus long-temps que les corps qui n'offrent pas les mêmes conditions.

En définitive , ce sont les corps les plus denses qui contribuent, pour la plus grande part, aux mouvemens d'ensemble. Attirant le plus fortement , ils sont aussi les plus fortement attirés vers le centre commun, parce qu'ils pèsent le plus vers ce centre, et ceci par la raison que les autres corps pèsent le plus sur eux.

Nous savons que toutes les planètes n'ont pas le même degré de densilé, mais on n'est pas parfaitement d'accord sur leur différence comparative. L'astronome Francœur attribue à la Terre la densité de la pierre calcaire ou du soufre; à Uranus et Jupiter, celle de la résine; à Mars, celle du manganèse ; à Mercure , celle de la mine de fer; à Venus, celle du grès. Lalandc donne au Soleil et à Jupiter la densité de la pierre ; à la Terre, une densité tenant du marbre et du fer ; à Saturne, colle du sapin.

Rien ne prouve, d'ailleurs, que la densité des planètes ait toujours été la même ; il est probable que cette densité a varié et qu'elle varie encore. Quelques degrés en plus ou eu moins peuvent ici exercer une influence

notable. Il n*cst personne qui n'ait remarque la rapidité avec laquelle le calorique agit sur certains corps et les ifait passer de la densité à la fluidité , puis à l'état de vapeur.

On croirait que le feu forme un vide relatif autour des substances qu'il attaque, qu'il en dilate certaines parties et en concentre d'autres. C'est donc cet élément que nous mettrons en première ligne dans les causes de la dilatation et de la condensité des masses : état qui a dû être alternatif dans beaucoup de corps , sinon dans tous, car, malgré l'apparence, le feu ne détruit rien; il met un métal en fusion et lui donne un mouvement en séparant ses molécules entre lesquelles il introduit les siennes. Il peut aussi les dilater à l'infini, les vaporiser, et en ouvrant de nouveaux vides , les injecter dans .d'autres substances.

En déiinitive, il n'y a là qu'un déplacement ; rien n'est perdu, tout subsiste et se retrouve, et chaque molécule reprend, tôt ou tard, son état primitif.

Conséquemmcnt une planète peut être mise en fusion et lïK^me réduite en vapeur sans être dissoute ; et si , dans cet état , elle peut se diviser et être attirée partiellement vers d'autres corps , il est également possible que cette attraction n'ait pas lieu et que la masse, ainsi dilatée , se resserre peu à peu et retourne à son état primitif.

Je pense que les nébuleuses, quand elles ne sont pas un système ou une réunion de corps divers , sont des planètes qui, tour-à-tour, se dilatent et se condensent, et que la terre elle-même a dû passer plusieurs fois de Tun à l'autre état.

Les astres les plus denses sont probablement ceux qui ont le plus souvent subi l'action du feu jusqu'à la fusion, et qui , refroidis , ont pu arriver à un état analogue à

celui des matières qu'on nomme réfractaires et dont la différence avec les corps fusibles ne vient que de ce qu'ils ont en eux moins de vides ou qu'ils ont des vides moins pénétrables.

La combustion, la fusion et même la vaporisation des corps n'est qu'une fermentation poussée à l'excès et conduisant à une dilatation extrême qui peut néanmoins ne pas amener la dissolution des parties et leur laisser, comme nous venons de le voir , la faculté de revenir vers leur centre ou leur noyau et de s'y condenser de nouveau et peut-être d'une manière plus intense.

Cependant lorsque la dilatation d'un corps embrasé a lieu à proximité d'autres corps , ses molécules , diversement attirées, se répandent sur l'ensemble et contribuent à des recompositions de détail ou à la constitution de corps végétaux ou animaux. C'est ainsi que la substance qui sert à la formation de notre enveloppe corporelle a des rapports très-grands avec le calorique et le fluide lumineux. C'est au moyen de ce calorique ou de ce vide Dacilitant l'introduction de la chaleur, ou par l'entrée et le contact simultané de l'un et de l'autre, que les substances s'uniraient, se mélangeraient et se modifieraient à l'infini.

Toutes les confections , toutes les formes , toutes les organisations sortiraient donc de la chaleur, du vide et de la division des substances. C'est dans la combinaison de ces causes que serait la possibilité de l'œuvre. Ce serait l'application du' calorique et du vide aux molécules diverses, et la différence des proportions de ce mélange et aussi de celui des élémens entr'eux qui amèneraient tout ce que nous nommons effet, production, développement ou croissance.

Les faces et les séries inépuisables de ces combinaisons dont chacune , pour ainsi dire , ouvre un nouvel

inOni, composeraient rimmeiisité de. la erëaAion présente et rëternité croissantes de Pnoivers futnr.

Mais ceci nous écarterait de la qaestiaii : elle se bonus à cette simple induction que les molécules, dégagée» de la masse par FefiPet de la chaleur et de la lomière, se portent vers les vides ; puis saisies par les germes ^ elles contribuent à la formation et à la croissance da corps.

11 est clair que la densité absolue de ces corps, ea u lenr permettant pas d'absorber des parties de la matière intérieure , serait incompatible avec lenr développoneot

D'nn autre côté , si la matière extérieure et toute matière en général n'étaient pas divisibles et ne pouvaicat passer par tous les degrés de densité et de fluidité, non-seulement aucune absorbtion de matière n'aarait lieu par les corps, mais aucune ceuvre, aucun geste ne seraient possibles.

La faculté d'action et de modiGu^ition de la matière vient de celle de la séparation des molécules et de ce passage continu de la dilatation à la concentration, et réciproquement.

IN'oublions point que le principe de chaque élément ne change jamais et que les molécules retournent Ionjours à Leur nature ou à leur dimension première. Type régulateur , ces molécules sont la base de l'équilibre universel : elles servent partout à faire le poids. Le mouvement des substances, dans leur dilatation comme dans leur condensation, dans leur fermentation comme dans leur décomposition, est toujours celui de ces oiolécules qui cherchent leur aplomb.

L'élasticité des corps, leur faculté de s'étendre et de se resserrer n'est donc encore qu'une conséquence de cette loi de Téquilibre ou de l'impossibilité d'un poiè sans contre-poids.

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Le corps le plus dense est ainsi celui dont les moleeoles se sont le plus rapprochées de Féquilibre parfait ou qui se sont le mieux assises sur leur base et dèslors celles qui sont le plus près de l'immobilité absolue. Mais cetle immobilité n'a qu'un temps : eHe oesse dès qae la fermentation ou la dilatation recommence, et le mouvement de la matière ne s'arrêtera plus jusqu'à ce que ses molécules , se contractant de nouveau , soient revenues à leur densité première, ou bien encore qu'attirées par un corps dense, elles s'y soient unies.

Remarquez qu'il y a dans un corps deux mouvemens bien distincts : celui de la masse et ceJui des molécules. 11 ne £aut donc pas confondre l'équilibre de l'ensemble avec celui des parties : ces parties peuvent être en mouvement quand la masse est immobile, et réciproquement. Lancez une pierre, ses molécules n'en sont pas moins aussi inunobiles que la terre quand elle fait sa révolution.

Si, eu tombant, la pierre se brise, il y aura séparation «les parties: au lieu d'une pierre, il y en aura trois ou quatre. Chacune de ces fractions courra horizontalement sur le sol ou tombera en ligne droite jusqu'à ce qu'elle trouve une base, un point d'appui, un contre-poids, ou qu'elle se soit confondue dans une autre masse. Mais dans tout ceci l'immobilité des molécules est restée la même : elle ne cesse que lorsque la fermentation commence , c'est-à-dire quand ces molécules , se serrant ou se gonflant, font un mouvement vers une densité ou une dilatation plus grande: dilatation qui peut les conduire a une séparation absolue ou à ce que nous appelons décomposition ou dissolution; et ceci peut avoir lieu de monde à monde, comme de rooléeule à molécule.

Dans cet état, les molécules attirées par tous les corps voisins , ou phitôt se précipitant vers eux par suite de

cette même loi d'équilibre qui régit les atomes comme les masses , sont surtout entraînées vers les molécoles analogues à elles-mêmes; non peut-être parce qa^dks sont similaires de nature , mais parce qu'elles le soot de forme et de mesure, et qu'elles s'offrent réciproqiwment un contr(ypoids égal à leur poids et des ouvertore égales à leur dimension.

La molécule qui ne rencontre pas son analogue n^cn finit pas moins par trouver aussi son aplomb en s'nni»sant à des substances d'une nature plus ou moins voisiDf. de la sienne. Ce sont ces unions de molécules de types divers qui font les substances mixtes , c'est-à-dire la presque totalité des substances terrestres. Mais quels que soient ces mélanges, chaque molécule n'^n conserve pas moins sa spécialité et finit, tôt ou tard , par s'unir à d'autres molécules semblables à elle.

Ainsi, malgré la complexité persqu'infinie des mélanges moléculaires , chaque élément , par suite de cette loi d'équilibre ou d'attraction des semblables, tend sans cesse à revenir à son homogénéité ou à sa pureté première. C'est ce qui fait qu'aucune création, qu'aucune oelbvre, qu'aucun mélange de matière n'est éternel ; il ne le serait que s'il était d'une substance unique ou d'une seule espèce de molécules , ce qui ne paraît pas possible. L'esprit seul ou l'élément de Tame est un : c'est pour cela qu'il est impérissable, même dans son individualité.

Le mélange des substances prouve d'ailleurs le mouvement passé et présent des molécules : sinon , comment ce mélange se serait-il opéré? Mais aussi comment, si chaque espèce de substances ne retournait pas tôt ou tard à sa nature, existerait-il aujourd'hui un seul élément distinct ou conservant la qualité qui lui est propre? Le chaos était la confusion des choses : la main créatrice y a mis fin en séparant ces choses. C'est alors que,

d'une masse obscure et stérile, sortit chaque substance dans toute sa pureté. Ce n^était pas le chaos , mais ce n'était pas encore l'œuvre : il n'y en avait que les élémens. Seulement , ils n'étaient pas divisés. Si leur division eut été absolue , tout n'en restait pas moins immobile : c'était le néant sous un autre aspect. La combinaison des substances pouvait donc seule rendre l'œuvre possible ; et ce mélange que nous nommons élémens , la lumière , l'air , le feu , l'eau , la terre , fut la combinaison première qui ouvrait la voie à toutes les autres.

Les bases du mouvement et de l'œuvre ainsi posées, il fallait, pour empêcher la confusion, mettre devant le chaos une digue insurmontable. Cette digue fut la pesanteur des corps et cette loi de Téquihbre qui, dans un temps donné , ramène chaque élément à sa position ou à sa nature primitive.

La loi de l'équilibre, qui garantit à chaque sub'stance sa spécialité et son essence , est elle-même établie sur ce double principe :

1^ Que toute substance est composée de molécules indestructibles et immodifîables , sauf dans leur dimension qui peut indéfiniment s'étendre ou se resserrer , selon la pression et l'espace.

2« Qu'une molécule ayant son poids ne peut trouver son contre-poids que dans une molécule égale à elle en dimension et en pesanteur.

Le corps le plus dense est celui dont les molécules, ayant atteint leur base, sont les mieux affermies et comprimées sur cette base. Leur équilibre étant atteint, elles sont complètement immobiles; mais cette immobilité dure peu.

Quand l'immobilité cesse, c'est que l'équilibre n'existe plus; et il n'existe plus, parce que la dilatation commence.

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Cette dilatation aurait donc poar canse première le mouvement, non de la masse qu'il faut bien distingner de celui des parties , mais des molécules qui perdent kur aplomb à mesure que l'espace s'élai^ssant on h pression diminuant, des ouvertures permettent le jeu ou ia fluctuation des molécules et bientôt Tintroduction entr'elles d'autres molécules qui en amènent la sépantion. Ainsi divisées, elles cèdent à Tattraction des masses voisines et sont entraînées par un autre équilibre.

Cette loi est générale. Aucune masse , aucun corps n'est à Tabri de ia dissolution ou de la perturbation de son équilibre , parce qu'aucune nasse, aucun corps, et le diamant lui-même, n'étant sans vide, n'est impénétrable, et qu'en outre il n'est pas d'union étemelle entre les substances diverses.

C'est donc par suite de Fexistence de ces vides et de l'introduction qu'ils facilitent d'une matière dans une autre , que celle-ci perd son aplomb et que commence sa dissolution , non par une cause ou un effet opposé à la loi de Féquilibrc , mais parce que ces matières cherchent aussi le leur et n'ont de refuge que ces vides, et Id'autre base que leurs parois.

Le mouvement de la matière ou de ses molécules a donc ici un double terme possible , et il s'arrête quand cette matière est arrivée à toute la densité ou à toute la dilatation dont elle est susceptible.

Parvenue à l'un ou l'autre extrême, la matière resterait immobile si le choc ou l'introduction de nouvelles molécules ne remettait les siennes en mouvement.

Ensuite, si l'on se rappelle que nous avons attribué la condensation des fluides et de tontes les substances en général à leur refoulement dans un espace trop petit pour les contenir lorsqu'elles sont dilatées et à l'affluence des masses supérieures qui les empêchent de s'échapper

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da cercle des matières qui les ëtreignent, on verra que la formation des corps et leur densité respective peuvent être attribuées aux causes suivantes :

10 La nécessité de Téquiiibre, nécessité qui est le principe du mouvement.

20 La surabondance des matières relativement à l'espace dans lequel elles sont entraînées.

30 La rapidité de cet entraînement et la violence du choc qui résulte de la rencontre des substances diverses.

40 De la pression de la matière supérieure, provenant à la fois de sa masse et de son mouvement.

50 De rélasticité des molécules plus ou moins susceptibles d'adhésion et de compression, ou de concentration dans un moindre espace.

Voyez: Vide, poids ^ contre-poids, immobilité ^ mouvement.

DENTS. Le peuple français doit-il avoir des dents? (Test une question que je me suis souvent faite. S'il doit en avoir , si le bon Dieu lui en a accordé comme è tous les autres peuples de la terre , pourquoi est-il celui qui en a le moins?

A ceci je répondrai : c'est parce qu'il est aussi celui qui veut le moins en avoir, quoiqu'il en fasse un trèsgrand usage , quand il en a.

Il est tel peuple sauvage dont chaque individu s'arrache une dent; chez tel auti*e, deux; chez tel autre encore , trois , quatre ou enfin toute une rangée. Ils ont sans doute une raison pour agir ainsi : c'est leur affaire. Mais la chose faite et les dents proscrites extirpées, ils prennent soin des autres et y tiennent d'autant plus qu'ils en ont moins. Chez nous , le bon peuple nonseulement n'y tient pas, mais il trouve mauvais que les

autres y tiennent : se nettoyer la bouche lui paraît une sottise , presqu'une énormilé ; et le père ou la mère jette avec dédain les brosses à dents et autres inslrumens de propreté que la charité intelligente aura donnés à leurs enfans.

Un respectable curé, très-soigneux de la santé de ses ouailles, avait Thabitude de faire examiner par un dentiste les mâchoires des enfans qu'on envoyait au catéchisme et de faire assainir , a ses frais , les bouches malades. Croiriez-vous que ceci manqua d'amener une émeute? Ses inteiligens paroissiens voulaient le lapider, parce qu'il prétendait qu'ils eussent des dents et pas de fluxions; ce qui serait cause, ajoutaient-ils, que leurs fils deviendraient soldats.

Les gens du peuple ne vont chez les dentistes que pour se faire arracher des dents; encore, il en est beaucoup qui aiment mieux souffrir toute leur vie que de permettre qu'on leur en ôte une seule. Quant à s'en laisser plomber, Hraer, redresser ou nettoyer, vous leur offririez une fortune qu'ils n'y consentiraient pas ; et ce gaillard de cinq pieds six pouces qui, dans les cabarets, s'expose sans sourciller à se les voir briser toutes à coups de poings , et ce soldat que le canon et fa baïonnette n*ont pas fait reculer d'une semelle, tomberont p«11es de frayeur à l'approche d'une liuie de deux pouces ou d'une sonde grosse comme une épingle. Dans leur effroi, ils les prendront pour le glaive exterminateur, et pendant des mois et des années ils feront un détoiu* pour ne point passer devant la porte du dentiste , de peur de l'y apercevoir armé de son terrible instrument.

Si ce dentiste humain , en examinant l'une de ces mâchoires avariées, parvient, par la pression, à extirper d'olfice quelque reste de racine qui tient à peine, opération qu'aurait supportée un enfant, l'opéré pousse m

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cri de détresse. Le sang qu'il crache avec le chicot lai cause un indicible effroi, il croit voir sa tête dans le bassin de l'opérateur : le cœur lui faillit, il va se trouver mal; et c'est, je viens de le dire, un vieux cuirassier ou l'un de ces fiers à bras, la terreur du quartier et l'Achille des guinguettes.

Revenu de son épouvante et bien assuré qu'il n'est pas mort , croyez- vous qu'il va remercier son libérateur ? Nullement ; il se met dans une colère furieuse et l'accuse presque d'assassinat. Puis, emportant le chicot, il sort pour le montrer à tout venant, comme preuve de l'hor- ' rible danger auquel il vient d'échapper. 11 est bien entendu qu'il ne donne rien à celui qu'il considère comme son bourreau ; il croit déjà beaucoup faire en ne l'assommant pas. Quelquefois même il s'humanise jusqu'à lui frapper sur l'épaule en disant: mauvais farceur!

Qu'on ne pense pas que ces grands imbéciles fassent exception. Je puis affirmer que , dans le bas peuple , cette pusillanimité en matière de dents est à peu près générale. J'ai maintes fois offert à des ouvriers dont la denture menaçait ruine de les envoyer, à mes frais, chez le dentiste , et même de leur payer la journée perdue : il3 refusaient. « Elles ne me font pas souvent mal, disaient-ils, on se moquerait de moi: on croirait que je Uns le monsieur. •< Jls mentaient. Ce n'était pas là le motif, mais la peur. Preuve : c'est que parfois, se ravisant, ils allaient jusqu'à la porte. Quelques-uns même consentaient à s'asseoir dans le fauteuil de l'opérateur; mais dès qu'il ouvrait la boite aux outils, ils se disaient guéris et se sauvaient

Leurs femmes sont moins timides. Cependant le nombre de celles qui consentent à se laisser nettoyer ou arranger les dents est encore très-petit. Elles aiment mieux qu'on les leur arrache : c'est au moins chose connue. Mais

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limer , mais plomber , c'est à en mourir , -disent-eUes.

Les enfans sont les plus traitabies. On les persuade assez vite , et quelques-uns souffrent avec un courage réel : ils sont encore sans préjugé.

C'est ce préjugé qui exagère la douleur : douleur vive, sans doute, quand il s'agit de l'extraction d'une dent> mais seulement incommode lorsqu'on emploie la Unie, et tout-à-iait nuJle dans le plombage qui consiste aujoa^ d'hui à introduire dans la carie une pâte composée et mercure et de limaille d'argent, laquelle, en peu d'heures, devient aussi dure que la dent même.

Les sociétés de bienfaisance, les curés de paroisse, les professeurs et tous les chefs d'ateliers devraient s'efforcer de détruire ces préventions de l'artisan quand elles soot si préjudiciables à sa santé. La corruption des dents Diiil non-seulement à la beauté du visage, mais en readaat la mastication difficile , elle peut , à la longue , fatigaer l'estomac; elle vicie la pureté de l'haleine; euiin, elle cause des douleurs atroces qui empêchent de travailler l'homme de peine et qui rendent stupide l'homme de science.

Je ne prétends pas que les soins, la propreté et l'art du dentiste puissent guérir toutes les mâchoires , mais ils peuvent en guérir beaucoup. La génération qui aurait soigné ses dents serait suivie d'une autre qui les aurait meilleures encore.

La mauvaise denture tient non-seulement à la localité , mais à des habitudes de famille. H en est dont tous les enfans sont édentés. La science ne pourrait-elle, avec un peu d'étude, arriver à prévenir cette corruption des dents ou du moins la douleur qui l'accompagne? Jusqu'ici en a-t-on bien étudié le principe, et ne s'est-oi pas plus occupé à chercher le secret de hire de faussis dents que celui de conserver les bonnes? Disons mieux:

n'a-t-on pas, au moyen de certains opiats, perfectionné Tari d'en avoir de mauvaises?

La cause du mal de dent ne paraît pas être dans la dent même. Extirpez-en une, mettez-la dans une boîte, die y restera toujours saine; et la carie, si elle existait avant l'extraction, cessera de faire des progrès. La maladie tient donc à une cause extérieure ou aux affections de la mâchoire. 11 me semble qu'il est une époque, celle de la formation des secondes dents, où Ton pourrait les opérer, les embaumer, les momifier, et arrêter ainsi un développement trop grand qui les déforme et les affaiblit.

On nous répondra que lorsque la dent cesse d'être alimentée par les sucs vitaux et que les nerfs ou fibres qui l'unissent à la mâchoire sont détruits ou paralysés, il faut qu'elle tombe. Cela est vrai, mais ne pourrait-on prévenir cet accident eu rendant la dent insensible sans en amener la chute? Serait-ce en bouchant le conduit intérieur ou le vide que présente la racine? Non , car c'est ce qui a quelquefois lieu naturellement chez les vieillards. La dent prend alors une dureté extrême. Mais ici encore, elle se déchausse » s'ébranle et se détache de l'alvéole.

Qu'on trouve donc un autre moyen : je suis trop ignorant pour l'indiquer. Mais je reste convaincu que , tôt ou tard , on le découvrira et qu'on parviendra à rendre les dents moins corruptibles, moins fragiles et surtout moins douloureuses. Alors , science ou hasard , celui qui obtiendra le premier ce résultat aura bien mérité de l'humanité.

J'ai parié des chirurgiens dentistes , disons un mot des charlatans dentistes : il sont beaucoup moins rares que les premiers. Grâce aux encouragemens qu'on leur accorde, nos places et nos carrefours en sont pavés, nos campagnes en surabondent, nos foires en regorgent, et le

nombre de gens, en France, qui jouent joyeusement de la mâchoire par la ruine de celle des autres, peut se compter par milliers. Comment donc voulez-vons que nous ayons des dents, lorsque tant d'industriels, y compris les fabricans de faux râteliers, sont intéressés à ce que nous n'en ayons pas? C'est absolument comme si un coiffeur febricaol de toupets était assez niais pour vendre de la pommade qui ne fit pas tomber les cheveux , ou qu'un barbier n'ébréchât pas les rasoirs que nous lui donnons i repasser. Ne faut-il pas que chacun vive? En un mot, les mauvaises dents faisant la fortune et la gloire da charlatan dentiste , comme les têtes chauves font celle du fabi*icant de perruques, il y aura des bouches sans dents et des têtes sans cheveux tant qu'il y aura des faiseurs de dents et .de toupets.

On peut diviser les charlatans dentistes on deox catégories distinctes : ceux qui arriichent des dents et ceux (|ui n'en arrachent pas. Ceux qui arrachent des deuts en arrachent toujours à quiconque leur présente la nukhoire : qu'elles soient bonnes ou mauvaises , pea importe! C'est que Textractioii des dents n'est ordinaiieinent (pie la partie secondaire de leur industrie. Docteurs ambulans» ils guérissent tous les maux, et leurs opérations sur les mâchoires n'ont lieu que pour attirer la foule : c'est l'afliche de leur panacée , c'est la parade de leur spectacle. Le patient , par ses cris et ses grimaces , sert ici de trompette et d'annonce : c'est un paillasse qui paie au lieu d'être payé. Jugez de ce que peuvent l'éloquence et la promesse du sans douleur: un seul de ces arracheurs à la pointe du sabre abat plus de dents que vingt dentistes ; et tel individu qui aura reculé devant la clé légère du vrai praticien, ira, sans sourciller , contier sa tête aux tenailles du saltimbanque.

Le charlatan dentiste qui n'arrache jamais de dents est celui qui, renonçant à sa vie nomade, s'établit, avec un assortiment de mâchoires vraies et fausses, dans quelque bonne ville du royaume où il n'existe pas de dentiste, ou bien d'où il l'aura fait déloger par des procédés à lui connus. Or , sauf quchfnes passans à qui il détache une molaire de temps à autre pour s'entretenir la main, jamais il ne consentira à arracher , à une pratique , même le plus petit chicot. C'est que la dent malade d'un client est une renie pour le dentiste charlatan. Telle dent a été, par lui, nettoyée vingt fois et plombée trente, et le propriétaire en a souffert vingt ans à son profit. .

Cet autre amateur s'est vu édentcr en détail, moyennant un limage qui a duré dix ans. Sa denture, mise en coupe réglée par le prudent opérateur , était aménagée comme un bois réserve ou une forêt de la couronne.

Telle belle dame enfin s'est fait, par sa main savante, implanter peu à pou , d.ms les alvéoles , la valeur d'une défense d'éléphant et de deux d'hyppopotame ; et elle aurait eu des dents à elle toute sa vie, si mon industriel n'avait pas jugé la forme de sa bouche propre à l'essai d'un râtelier d'un mécanisme nouveau dont il espérait le plus grand succès.

Mais un râtelier dentaire fonctionne rarement sans deux têtes: celle qui le porte et celle qui Ta fait. Bref, de tous les engins mécaniques, c'est celui qui exige le plus d'additions et corrections, de pièces de rapport, de vis, contre-vis et tournevis.

On pourrait conclure de ceci que l'art d'avoir des dents exige bien moins de frais et de soins que celui de n'en avoir pas, et que si nos chiens et nos chats, qui vivent à peu près comme nous et des mêmes mets, ont tous de bonnes dents , c'est probablement parce qu'ils n'ont pas de dentistes , de dentistes charlatans ,

bien entendu , car je n'ai jamais mis en doute Tutilité des autres.

Pour préserver la pauvre humanité d'une partie de ces fléaux , on devrait , selon moi , avoir dans chaque ville et même dans les communes rurales , outre le médecin des pauvres , le dentiste des pauvres. Je sais bien que ceci existe jusqu'à certain point, et que les dentistes, les vrais dentistes, par une charité qu'on ne saurait trop louer , ont ordinairement un jour par semaine ou une heure par jour destiné aux malheureux qu'ils opèrent gratuitement. Mais vous avez vu comme ceux-ci en profitent. 11 serait donc urgent de leur en faire sentir l'utilité et de rendre officiel ce qui n'est qu'officieux ou de pure charité.

Le dentiste serait tenu de faire, tous les trimestres, la tournée des ménages ou des établissemens confiés à ses soins. Ce serait, pour les villes, une dépense minime et pourtant une dépense bien faite qui améliorerait, à la longue, lu constitution du peii|)le et lui rendrait en partie cette beauté dont étaient doués nos pères : beauté que le vice, la misère , l'eau-de-vie et la malpropreté rendent de jour eu jour plus rare dans les classes pauvres. Encore un siècle de ce régime , et le peuple français sera le plus laid de la terre.

Ce qui pourra nous consoler , du moins en ce qui concerne les dents , c'est qu'on est loin d'être d'accord sur ce que nous appelons leur beauté. Nous les trouvons belles quand elles sont blanches. Les femmes Banianes dans rindoustaii, les Malgaches à Madagascar, et la plupart (les Malais ne les estiment que quand elles sont noires, parce que les chiens, disent-ils, les ont blanches.

Nous les aimons petites, serrées et bien rangées. D'autres peuples les veulent grandes, séparées et pointues.

Nous détestons ce qu'on appelle une lunette, c'est-à-

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