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dire une ouverture entre les dents de devant. Les naturels de la Nouvelle-Hollande ont bien soin de s'en faire une. Ce vide est, selon eux, d'une grande distinction.
Quelques peuplades nègres n'ambitionnent qu'une choseb c'est que les canines s'élançant hors de leur bouche se présentent en manière de défenses , comme chez les sangliers, les éléphans et quelques autres mammifères.
11 y aurait encore bien des choses à dire sur les dents qni sont , avec les ongles , les premières armes que la nature nous donne , et en même temps celles dont on n'a besoin d'enseigner l'usage et le maniement à qui que ee soit. Je ne sache pas qu'on ait jamais appris à un nourrisson à égratigner et à mordre, et pourtant je n'en ai jamais vu un seul qui n'essayât de le faire, même avant que ses ongles et ses dents fussent poussées.
DESSÈCHEMENT. C'est par le dessèchement que le monde périra. Les mers et les lacs baissent. Journellement nous voyons des rivières se tarir et disparaître, jamais nous n'en avons vu se former.
Une partie de l'Afrique , une autre de l'Asie , aujourd'hui stériles faute d'eau , étaient autrefois arrosées par des milliers de sources et, plus anciennement, par de grands fleuves.
Ceux d'Amérique, immenses par leur cours, leur largeur , leur profondeur , arriveront successivement à la dimension des rivières européennes. Mais celles-ci, alors, auront cessé d'être.
Il en sera ainsi successivement de toutes les contrées de la terre , à moins qu'un nouveau déluge ne vienne loi apporter une autre fois la fraîcheur et l'abondance, en la débarrassant du même coup des hommes et autres eafèees nuisibles.
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DESTRUCTION. C'est le goût général. Forts ou faibles, tous s'en mêlent, et chez Thomme plus activement encore que chez l'animal . Chez celui-ci , il ne s'étend que sur la créature : l'homme veut frapper jusqu'à la matière. Après • avoir caressé sa poupée , l'enfant a un plaisir plus vif : c'est de lui ouvrir le ventre oa de lui casser la tête. Si l'homme employait à construire le temps qu'il a mis à détruire, la terre serait couverte de monumens utiles et de chefs-d'œuvre, et nos routes seraient bordées de temples et de palais.
Quant à massacrer des êtres, à les déchirer, à les mettre en pièces, c'est une occupation à peu près universelle. Non-seulement on en tue pour les manger , on en tue aussi pour s'amuser; enfin, on en tue pour en tuer.
Mettez un loup au milieu de vingt moutons , il eo tuera vingt pour n'en manger qu'un. Mettez un homme dans la même position et appelez les moutons lièvres ou chevreuils, il fera absolument de mêuie. 11 les tuera pour dire : j'ai tué vingt bétes.
C'est un grand honneur, sans doute, mais il en est un plus grand : c'est de tuer vingt hommes; et en ceci, rhonirae l'emporte sur le loup qui ne fait pas la guerre aux loups.
DEUXIEME EDITION. Snvez-vous bien, seigneur Jupin , lui disait un jour , eu le coiffant , son barbier ordinaire , qu'il y a bien des choses à dire sur cette machine terrestre , et plus d'une pièce à refaire dans l'homme, votre œuvre capitale? Si j'examine un à un ces êtres humains, je vois que les trois quarts sont fort mal bâtis et que, lorsqu'accidentellement ils le sont bien, c'est l'affaire de quelques années : vieillir et enlaidir est chez eux synonyme. En preuve , voyez leur tête qui blanchit, puis qui devient chauve, leurs dents qui branlent
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et tombent. Puisque vous oe leur donniez, comme dit la chanson, qu*un temps à vivre^ ne pouviez-vous donc pas le leur donner un peu meilleur, et dans tous les cas , les laisser entiers jusqu^au bout? C'est vraiment pitié de les voir ainsi tomber par pièces et morceaux, comme des figures de plâtre ou des poupées de carton. Ab ! seigneur, ne fût-ce que pour votre réputation, vous auriez dû les faire un peu plus solides.
— Sans doute , reprit Jupin qui ^ comme tous les grands seigneurs de l'époque, permettait bien des choses à son coiffeur; sans doute, mais n'aurais-tu pas pu me dire cela plus tôt et lorsque j'en étais au premier?
— Mieux vaut lard que jamais , seigneur ; on est toujours à temps de bien faire. Croyez-moi, mettez-les en réparation.
— Eu réparation! que me propose-tu là, imbécile? Tu veux que j'aille les retoucher tous les uns après les autres. C'est absolument comme si tu disais à un auteur d'aller , après le tirage , corriger tous les exemplaires d'une édition. Ce serait même cent fois pis , car dans une édition, les erreurs sont les mêmes partout; mais ici, autant d'individus, autant de corrections à faire. L» belle besogne l
— Je ne dis pas qu'elle soit belle , reprit l'entêté barbier; aussi, ce n'est pas ainsi que je l'entends. Quand âne édition est mauvaise, on la met au pilon; quand une maison n'est pas solide, on la démolit; quand la paille est cassée, on en chauffe le four; quand notre chien est galeux , on le jette à l'eau. Faites de même : le travail est manqué ; il faut le recommencer.
— Bien dit ! s'écria Jupin , frappé de l'idée ; et il expédia une comète qui, en deux heures, fit l'affaire. Puis, quand tout fut brisé , brûlé , pulvérisé , il recommença la besogne.
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A-MI mieux réussi, je vons te demande, et la denûème édition vaut-elle la première?
DEVIN. Une des prétentions les pins communes en France est celle de deviner , et les prophètes y sont si drus , qu'EIie , Elysée , Ezéchias et le roi Da?id n'y auraient pas trouvé place pour se faire éconter; cari peine auraienl-ils ouvert la bouche, que la foule aurait déjà prophétisé la prophétie qu'ils allaient faire.
11 résulte, chez nous , de celte habitude d'entendre ce qu'on n'a pas dit , que si l'orateur n'a pas grand soin de déguiser sa phrase, l^inditoire en a prononcé la fin avant qu^ii n'en ait atteint le milieu. Mais nous sommes si bien accoutumes à cette façon d'agir, que nous n'y faisons plus attention , el que nous croyons parier tout smI quand il n'y a que denx personnes qui parlent en même temps que nous.
Malgré la confusion inévitable et l'harmonie problématique de ces discours à deux ou trois voix, nous n'en finissons pas moins par nous comprendre. Mais Tétranger qui n'en a pas l'habitude et qui défile paisiblement son chapelet, est quelquefois tout surpris, en regardant autour de lui, de se trouver seul au milieu de sa première période et d'entendre ses auditeurs discuter sur la seeondç, à laquelle il n'est pas encore. Bref, l'on contredit ce qu'il n'a pas encore dit.
Le mal ne serait pas grand si le devin était infaillible, mais parfois il se trompe. Vous avez conomencé en majeur , il finit en mineur ; vous êtes monarchique, il vous fcut républicain. C'est égal, ce que vous n'avez pas dit, vous deviez le dire. Ce n'est pas lui qui a m^ deviné, c'est vous qui Tavez trompé en changeant de thème. Est-ce sa faute, si vous êtes une girouette.
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sa TOUS tournes à tout veat? Enfin^ tous avez tort, et soD oracle subsiste.
C'est ordinairement de cette manière qu'on discute dans nos assemblées délibérantes. Tel député devin siège depuis dix ans, sans avoir jamais commencé une phrase pour son compte. Mais la chambre n'y perd rien; et de son banc, qu'il ne quitte guère, il finit celles de tons les autres. Depuis dix ans , il a mis ainsi la main à toutes les éloquences. Mais il fout lui rendre cette justice qu'il n'y a, de sa part, aucune intention malveillante ; et quand il interrompt le préopinant , ce n'est point pour le contredire , mais pour dire ce qu'il va dire. L^orateur a pensé pour l'oracle : foracle veut parler pour l'orateur: c'est une peine qu'il tient à lui éviter. D'ailleurs, en se mettant deux, la besogne va plus vite: l'un imagine, l'autre met en œuvre.
Cet art divinatoire, passé en coutume et en pratique générale , a tué dans nos salons , sinon la conversation, dtt moins Fart du conteur, si estimé autrefois, si rare aujourd'hui , parce qu'il y est à peu près impossible. Essayez une historiette , sortit-elle immédiatement de votre cerveau , dès le premier mot le devin en trouvera le (dénouement, et dès le second, il vous le jettera à la figure.
Si ce dénouement est indevinable, le devin trouvera moyen d'y substituer le sien. H n'a pu prévoir le vôtre, il l'annule; et par ses interruptions, ses questions, ses cteervations saugrenues, $es si, ses mais, il rend le récit $i traînant, si pénible pour le narrateur, que celui-* €• y renonce ou que les auditeurs se sauvent. Alors le devin sTécrie triomphant : je savais bien qu'il n'y avait pas de dénouement possible.
C'est donc l'art du devin qui a détruit celui du conteur, comme il a gâté le talent de l'orateur et comme
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il finira par annihiler la conversation elle-même: elle n'est déjà plus , en France , ce qu'elle était il y a on siècle.
En affaires, la divination a aussi ses inconvéniens, car elle nous mène à en faire de mauvaises. C'est la foi que Ton a en sa propre prescience et la prétention de tout savoir, qui nons pousse à jouer à la bourse, à parier dans les courses et les j[eux, et même à calculer sur le hasard. C'est ainsi que le devin est conduit à sa ruine par la conviction même qu'il a de s'enrichir.
Deviner , absolument parlant , ou prédire , est chose tout-à-fait conjecturale dès qu'une volonté autre que la nôtre peut en décider. Je ne sais pas toujours ce qqe je voudrai et ce que je ferai dans cinq minutes, comment saurais-je ce que voudront, ce que feront les autres dans six mois, dans un an, dans vingt? Suis-je le maître de toutes les volontés et de tous les élémens? Puis-je diriger les effets de toutes les causes? Si je ne le puis pas , par quel moyen saurais-je les prévoir ? Par l'expérience. Elle nous indique certaines probabilités , elle nous conduit à quelques certitudes , mais combien plus souvent nous abuse-t-elle sur les unes et sur les autres ! C'est que chez nous , hommes d'un jour , l'expérience ne date que de la veille. La raison nous dit donc que l'homme ne devine point. S'il le fait , c'est qu'il est plus qu'un homme , c'est qu'il est inspiré de Dieu ou qu'il est Dieu lui-même.
Mais ces êtres inspirés sont rares. Néanmoins, il n'est aucun peuple ni aucun siècle qui n'ait eu ses devins. Nos pères en avaient , nous en avons et nos fils en auront ; et ces devins les tromperont , comme ils nous ont trompés , comme ils nous trompent.
Voyez: Ecouter,