‹ Hommes et chosesChapitre 93 sur 95 · MO DOC · texte numérisé non relu

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pris leurs degrés au Parnasse. L'inspiration poétique leur était venue de bas en haut; enfin c'était à coups de fouet qu'on les avait lancés dans la carrière et mis lear Pégase au galop.

Si le fouet faisait les poètes, il faisait aussi des docteurs : Fénélon , Bossuet , Massillon lui devaient toote leur éloquence. Us en convenaient modestement.

Rousseau ne se prononce pas aussi eatégoriquemeat sur Futilité de la fustigation ; mais suppléant à sot silence, plus d'un père philosophe à fait cette légère addition aux soins à donner à Emile, et it lui a, dès son entrée dans la vie , appliqué une fessée de teaips à autre pour Phabituer à celles qn'il pourrait recevoir par la suite.

L'usage du fouet n'est pas chose nouvelle. Dans les gouvememens primitifs, il remplaçait la charte constitutionnelle et souvent avec avantage , en simplifiaot beaucoup ses rouages.

Chez les chrétiens, le fouet, à la fois civil et religieux, avait ses patrons béatifiés et pour fête le jour des Saints Innocens , pendant lequel le pieux Louis XI , en bon prince et homme jovial qu'il était, ne voulait rien entendre de sérieux. En ce beau jour on allait , de grand matin, surprendre les paresseux dans leur lit et on les y fouettait, ce qui s'appelait bailler les innocm ou innocentes, comme disait le bon Pantagruel dans ses Fcdcts et Dicts héroicques. Les jeunes filles, servantes et chambrières, n'en étaient pas exemptes ; et les Escraigm dijonnoises en citent une qui, pour s'en préserver, avait paré le lieu exposé de l'écusson des armoiries royales. Aussi, depuis ce temps, le fouet, devenu populaire, estil passé du gouvernement à l'enseignement supérieur H de celui-ci à l'instruction primaire.

Dans quelques bonnes villes on en fiaisaît même uie

a)>plication collective, et l'on y fouettait, comme mémoratif et médecine de précaution , tous les petits enfens quaod on pendait un criminel, afin qu'il leur en souvînt.

Dans ropinâon monarchique, la fustigation faisait partie de la légitimité : c'était une des lois fondamentales da royaume. Les princes du sang y étaient soumis comme tout le mcNEide, et le dauphin héritier de la couronne, tout le premier. Seulement on le fouettait sur le der^ rière d'un autre , et à cet effet , on tenait près de lui M ou deux enfans de son âge qui recevaient la correctàuk quand il avait fiait la sottise. C'est , probablement , -ce qui a donné Tidée des ministres responsables.

Aujourd'hui , cette infaillibilité de la férule pour la confection ées docteurs, bacheliers-ès-lettres , poètes et firinces régnans, est moins universellement admise. Il n'y a plus de fouetteurs publics à la porte des collèges; «on «le fofuette guère qu'en famille. C'est le père ou la mère qui s'en charge, quelquefois tous les deux. Il est vrai qu'en grandissant les enfans le leur rendent : c'est uii échange de procédés.

Je ne vois pas à quoi battre peut être bon. Battez un animal, il devient rétif ou malade. Battez un enfant, il n'en est pas meilleur. Battez une femme, elle n'est ni plus aimante ni .plus heureuse. •

Pourquoi donc la loi ne défendrait-^lle pas de battre même un enfant, même une femme, même un animal? Un coup en amène un autre, puis un troisième; et tous les assassins ont commencé par un <ïoup de poing.

Si une réprimande, une amende ou quelques heures de prison avaient puni cette première violence , peutêtre ne seraient-ils jamais devenus des meurtriers.

On préviendrait bien des maux, bien des crimes, si toute violence, quels qu'en fussent le prétexte et l'objet, était prohibée. Quel mal pourrait résulter de cette dé-

feuse? Un enfaDt obéirait un peu moins vite, un cheral marchcraft un peu plus doucement.

D'un autre côté , quel bien ne résulterait-il pas de cette prohibition des coups? L'eufant cosserverait un caractère doux et compatissant; les cheTaox vivraient plus loiig-tcmps et seraient meilleurs, car il est proaTé que, sauf des exceptions rares, on tire plus de parti des animaux par la douceur que par la brutalité.

Que les coups cessent done d'être à Tordre dn jour; que quiconque frappe un être humain, quel qu'en soit le motif autre que celui de légitime défense, soit pom.

Qu'il en soit de même de ceux qui maltraitent les animaux utiles.

Le peuple qui aura le courage et le bon sens de se soumettre ù ce régime, verra bientôt diminuer, chez lui, le nombre des rixes, des crimes, des maladies.

Et pourtant croyez-vous qu'on le fera? Non, on ne changera rien à ce qui est. On lira ceci et l'on dira: cVst vrai; et Ton fera comme si c'était faux. Le mari contimiera à ballre sa femme, son fils, son cheval, son chien. La femme continuera à exécrer son mari, elle fils à battre son père qui l'a battu. 11 faut croire que cela est bon , puisque ch<ncuu tient à ce que ce soit. Courage donc, mes bonnes gens, battez-vous, assommez-vons, mangez-vous, mais du moins cessez de vous plaindre : vous êtes servis comme vous voulez l'être.

JNos conclusions, les voici:

Vu (|ue les coups donnés ne profitent pas plus à celui qui les donne qu'à celui qui les reçoit , la fustigation est interdite à tout le monde , sauf à ceux qui , pour leur agrément ou leur moralisation , voudront se l'appliquer à eux-mêmes.

Voyez : Battre, mariage.

DOCTORAT. Il se confère de bien des manières. Les peuples de la Guyane , pour faire un médecin , le font danser et jeûner ; puis , pour Taceoutumer aux remèdes , on lui met dans la bouche un entonnoir et on lui fait avaler un plein vaisseau de jus de tabac. S'il n'en crève pas, il est docteur.

Chez nous, on lui pose une série de questions telles que celles-ci: comment vous porte&vous? Quel est votre âge? Quel temps fait-il?

S'il répond juste, il est docteur; s'il répond faux, il est docteur; s'il ne répond pas, il est docteur.

Cela fait , il a droit de vie et de mort sur toute la chrétienté.

Il est pourtant une circonstance qui peut empêcher le candidat d'être docteur: c'est le manque d'argent pour payer son diplôme.

DOT. * Je ne connais rien de si beau, disait M™® C***, que l'action d'un homme riche qui prend une femme sans dot. » C'était placer la femme un peu bas ; et dans ce cas, on aurait pu répliquer qu'il est plus beau encore de payer pour l'avoir. Or, si l'action est belle, elle n'en est pas moins commune , car c'est ce qui arrive à peu près dans tous les pays de la terre , sauf quelques Etats européens.

Au Congo, on donne un veau pour une petite fille, et une vache pour une fe^nme. Chez nous , il n'en est pas ainsi , et l'on ne prend pour rien ni femme ni petite tille , quand il s'agit de mariage , s'entend ; et chose étrange ! c'est que plus on est riche , plus on se fait grassement payer.

Ainsi , la dot que nous exigeons pour accepter la femme doit être d'autant plus forte que nous en avons

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