Musée de Versailles
S- Collection de M. Lachnieho.
20O DIANE DE POITIERSk
<( eut et enfs^nta un fils à /acob. — Rachel dît : Dieu' (( m'a jugée, il a exaucé ma voix , et m'a donné un « fils. -^ Bilha, servante de Rachel, conçut encore (f une seconde fois, et enfanta un second fils à Jacob, a — Rachel dit : J'ai lutté contre ma sœur dans des « luttes divines, et je l'ai vaincue. »
Il faut passer aux affaires sérieuses. Écartez cet appareil olympien, soufflez sur le Croissant, dissipez les fantasmagories mythologiques qui la voilent et la transfigurent, vous trouvez une femme, non pas d'État, mais d'affaires, exploitant et pressurant sa faveur. La chasseresse s'entendait aux pièges et aux curées. Sa seule passion fut l'avidité : une avidité immense, insatiable, que ne rassasia pas la France dépecée et dévorée pendant quatorze ans. Que sont les concussions de la Pompadour, les dilapidations de la Du Barry, auprès de celles de Diane de Poitiers ? Des larcins et des grappillages. Diane aspirait, et absorbait tout, les confiscations, les bénéfices, les procès, les ventes de grâces et de charges, Anet, Chenonceaux, le duché de Valentinois, des provinces. Un moment, elle se fit adjuger « toutes les terres vacantes au royaume : » ce n'était rien moins qu'un quart de la France. On la voit dans une de ses lettres, brocanter avec son cousin, M. de Charlus, des captifs espagnols pris en mer par le baron de La Garde, et dont le roi lui avait fait don. Il s'agit '^'î les vendre le plus cher possible : « Vous regardei s « qui en baillera le plus des capitaines des gallèi >
erez à ceux-là. n^ t vingt-cinq écus - ce n'est raisonoit qu'à environ ;nt le Turc, allié de capture : « Je myeulx, et y user « de diligence, car on m'a dict que le Grand Seï- « gneur envoyé ung homme par deçà, pour en faire « quelques remontrances au roy, et je voudroya B bien que cela fust vuidé avant que il fust arrivé. » — Spectacle étrange^t presque incroyable I La Diane de Jean Goujon tenant le comptoir d'un bazar d'esdaves!
Les supplices faisaient partie des revenus de la I (avorite. Elle battit monnaie à la place de Grève. Pour les protestants, ce fut la féroce Diane de Tauride. Elle les dépouillfdt en les égorgeant sur son coffie taillé en autel. « La vache à Colas, » comme on appelait alors la Réforme, fut sa vache à lait et à sang. — Une scène tragique, que l'histoire nous a conservée, est celle de cet ouvrier calviniste qu'elle manda dans sa chambre pour le faire abjurer devant Henri II. L'homme nullement effrayé, parla haut et soutint sa foî, et, lorsque Diane voulut intervenir dans la controverse, il éclata comme aurait fait Ëlie. apostrophant Jézabel : — « Madame, contentez- vous < d'avoir infecté la France, et ne mêlez votre ordure « parmi chose si sacrée qu'est la vérité de Dieu, a
202, DIÀNï: DE t>OITIERS.
Le roi, furieux, voulut aller le voir brûler vif; nii il recula transpercé d'effroi, devant le regard fixe que' le martyr attacha sur lui, du milieu des flammes.
Ainsi, parmi ses phases brillantes et divines, Diane, comme sa patronne, avait une phase infernale. Les feux qui l'entourent, dans les fresques de Fontainebleau où elle figure sous l'image d'Hécate, proviennent du reflet des bûchers ardents.
Ses curieuses lettres, récemment publiées, mettent à nu sa dureté d'âme et sa volonté implacable. Elles sont courtes, serrées, précises, tendues au fait, dénuées d'agrément. Aucune larme, aucune effusion n'attendrissent ces missives arides. Pas une fleur dans leurs brousailles de chicane. Il en est que pourrait signer un vieux greffier de Basoche. Çà et là, au bas des pages, des protestations de bienveillance ou de modestie feinte qui ressemblent à de faux sourires. Rien de plus sec et de plus glacial. Gela semble écrit, de la pointe d'une flèche, sur du sable ou sur de la neige.
Des attitudes majestueuses, un imposant décorum masquaient cette vie de fraude et d'exploitation. L'orgueil de Diane ne fléchit jamais; elle vécut sur un piédestal. Après la mort du roi, elle sortit en reine du théâtre où elle avait régné si longtemps. Henri II respirait encore lorsque Catherine de Médicis l'envoya sommer de rendre les joyaux delà Couronne qui remplissaient ses écrins. « Elle â • « manda soudain à M. l'harangueur : « Comment! !
- Tant qu'U luy lit-elle, je veus i ne les crains tant qu'il sera le courage. Mais ilus vivre après
{lui ; ei louies les amenumes qu on me sçauroit donner ne me seront que douceurs auprès de ma ""rte. Et par ainsy mon roy vif ou mort, je ne ins pas mes ennemys *. » — Le roi mort, elle i envers et contre tous cette fière contenance, ndit rien, sauf Chenonceaux, dont Catherine se nta pour rançon, et se retira lentement, traniraent, lourde des dépouilles de la France. Elle vécut sept ans encore dans son château d'Anet, bientôt réconciliée. avec le nouveau règne; toujours belle, s'il faut en croire Brantôme qui chante un hymne à son crépuscule. Son testament hérissé de clauses, de restrictions, de réserves équivaut à une autopsie morale. Le cérémonial de sa sépulture, les messes, les prières, les aumônes mortumres, les habifs de deuil payés à ses gens, les cierges et les chapelets fournis aux bons pauvres, qui devront se répéter l'un à l'autre : « Priez Dyeu pour Dianne de Poytiers, » y sont réglés avec une précision pointilleuse : « Que je sois bien servie en