‹ Hommes et dieux (volume 2)Chapitre 9 sur 42 · Relazione d% Faolo Capello, 28 septembre · texte numérisé non relu

Relazione d% Faolo Capello, 28 septembre

CÉSaH borgia.

et il fit garder à vue le jeune prince par sei gens. César dit simplement : « Ce qui ne fait à dîner, se fera à souper. » Ce qui fi fait. Un jour. César entra dans la chambn le prince déjà levé, fit sortir sa sœur et s. el le fît étrangler par Mîcheletto, son exécut ;Dïire. II Comme le duc ne voulait pas moui I ft blessures, il fut étranglé dans son lit, i> cbarddaQS son Dîarium. C'est le style ha ; cet honnête prélat alsacien, que le hasard i :■ des cérémonies d'Alexandre VI. Il rédige encre de lymphe sa chronique de sang : vo ;nn eunuque enregistrant, d'une main m ! les meurlres et les débauches du Sérail. Mai des choses lui arrache, par moments, des t [ironies, des sarcasmes, qu'on dirait de T j reste, l'imbécillité du scribe garantit la vé son griffonnage : on croit sur parole des comme Burchard ; ils n'ont pas assez d'im pour inventer un mensonge. Les grues sont d'irrécusables témoins.

Alexandre VI tremblait devant son terrib! jour il lui tua un de ses favoris, nommé Pei Bon manteau où il s'était réfugié ; si bien qu sauta à la face du pape. — « Chaque jour, da a dit une relation vénitienne, — il se trouv n nuit, on a tué quatre ou cinq seigneurs, Il prélats ou autres. C'est à ce point que 1 » tière tremble à cause de ce duc, chacun

manche de sa hache, frapper, Machiavel, rît d'abord à la Seine sait au juste la e que l'on peut dire elle a été la volonté moDlrer qu'il a le les hommes k son

. - o-.. r ' '* 3ur l'exécution de

■fiamiro dans son livre du Prince, il l'analyse et

'l'admire comme un coup de maître, n Le duc, sa-

{ « chant que la rigueur d'abord exercée avait excité

I « quelque bùne, et désirant éteindre ce sentiment

1 u dans les cœurs, pour qu'ils lui fussent entièrement

dévoués, voulut faire voir que si quelques cruautés

avaient été commises, elles étaient venues, non de

lui, mais de la méchanceté de son ministre... Sur

quoi, sa conduite pouvant encore servir d'exemple,

il n'est pas inutile de la faire connaître. »

Ce fut encore devant Machiavel que César Borgia

eut l'honneur de jouer la meilleure de ses tragédies,

celle du célèbre guet-apens de Sinigaglia. Vitelli,

Orsino, Liverotto, Gravîna, les quatre plus redou-

Iftbles capitaines de l'Italie, y furent attirés, pris,

Etranglés, d'un même coup de liletl César s'était

surpassé pour mériter le suffrage d'un juge si

ex|)ert. C'est une des plus curieuses rencontres de

l'histoire que celle d'un tel spectateur placé en face

d'un tel tragédien. César ne se dérange pas pour

lA. 103

roposer pour modèle

s au pouvoir souve-

ine et par les armes

irage et d'une haute

iduire autrement; et

put être arrêtée que

» i,oi .o. «..^.vv^ «V .» ,.^ V.V ^on père Alexandre et

« par sa propre maladie. Quiconque, dans une prio-

(1 cipauté nouvelle, jugera qu'il lui est nécessaire

([ de s'assurer contre ses ennemis, de se faire des

(i amis, de vaincre par force ou par ruse, d'être

« craint et aimé des peuples, suivi et respecté par

(I les soldats, de détruire ceux qui peuvent et doivent

(I lui nuire, de remplacer les anciennes institutions

« par de nouvelles, d'être à la fois sévère et gra-

n cieux, magnanime et libéral, de former une milice

« nouvelle et dissoudre l'ancienne, déménager l'ami-

« tié des rois et des princes, de telle manière que

" tous doivent ûmer à l'obliger et craindre de lui

ti faire injure; celui-là, dis-je, ne peut trouver des

« exemples plus récents que ceux que présente la vie

« politique du duc de Valentinois. »

César Borgia explique Machiavel : son Prince est calqué sur lui. Ce livre énigmatique a épuisé tous les commentaires. Il en est qui lui prêtent l'ironie du prophète Osée, épousant une prostituée et affichant l'adultère pour effrayer Israël par l'allégorie de sa propre honte. Quelques-uns croient y voir un piège à tigre tendu à Laurent de Médicis, auquel

CÉSAB BOBGU. 165

on époque autant que le sien. L'Italie emblmt retombée sous l'atroce loi de des faibles par les forts qui régit le Inférieurs par l'intelligence k César ices du temps l'égalaient en scéléraïoglio, seigneur de Bologne, massait la famille de son rival composée de plus de deux cents membres. — Oliveretto , une des victimes de Sinigaglia, neveu de Jean Fogliani, seigneur de Ferme, invitait son oncle, avec les citoyens les plus importants du pays, à un grand banquet, les faisait égorger en masse au milieu de la fête, et s'emparait de la ville terrifiée par ce coup de main, — Machiavel, ayant sous les yeux un homme supérieur à ces brigands subalternes , fait le Prince à son image, et d'après les adversaires contre lesquels il devra lutter. Il lui apprend à tisser les ruses, k machiner les embûches, à étouffer ses ennemis avant qu'ils n'^ent eu le temps de lui nuire, à ne voir dans les autres hommes que des instruments à employer 1 ou des obstacles à faire disparaître. On écrit Télémaquey à la cour de Louis XIV, et ad usum Serenis- (+i timi Delpkini ; on écrit le Prince, à l'usage du très-fourbe et très-cruel Laurent de Médicis, en sortant du massacre de Sinigaglia.

Au reste, c'est en naturaliste plutôt qu'en historien que Machiavel envisage les affaires hum^nes. Il formule les lois du succès, sans les blâmer ni les justifier ! il n'a ni préférence ni système. Gomme il

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enseigne au tyran, dans le livre du Prince^ l'art d'asservir le peuple, il apprend au peuple, dans les Discours sur Tite-Livey Fart de renverser le tyran. Son cruel génie est à deux tranchants ; il en présente la poignée et il en démontre l'escrime aussi bien au conspirateur et au tribun qu'au despote. On pourrait se représenter son œuvre comme un cabinet de consultations politiques plein de circuits et de dédales, avec des entrées et des issues doubles. Sylla peut en sortir par une porte, avec une liste de proscription cachée sous sa toge, et Ghéréas, par l'autre, avec un poignard.

Est-ce un fait, est-ce une légende que le souper tragique où, à en croire Bembo et Paul Jove, Alexandre et son fils burent la mort en se trompant de verre? Il s'agissait d'empoisonner cinq cardinaux à la fois; la table était dressée dans la vigne de Saint- Pierre-aux-Liens. Le pape et César, arrivant altérés, demandèrent à boire. Le sommelier qui avait le secret des fioles mortelles était allé chercher une corbeille de pêches au palais ; son valet prit au hasard parmi les flacons et leur versa le vin de Chio apprêté. Le poison agit sur le vieux pape avec la violence de la flamme ; il tomba presque foudroyé. César avait dompté l'empoisonnement comme on apprivoise un reptile ; il s'était fait un estomac de Mithridate, à l'épreuve des plus noirs venins. I" cantarellay cette poudre sucrée qui recelait un 1( corrosif, entama pourtant ses entrailles. On dit qu

pour guérir, il se fit enfermer dans le corps d'un taureau fraîchement éventré. Le conte, si c'en est un, a la beauté d'un mythe. Cet homme de meurtres et d'incestes incarné dans l'animal des hécatombes et des bestialités antiques en évoque les monstrueuses images. Je crois entendre le taureau de Phalaris et le taui*eau de Pasiphaé répondre, de loin, par d'effrayants mugissements, aux cris humains de ce bucentaure.

César en sortit pelé, dit-on, par la cuisson du ve- • nin, mais souple, nerveux et vivace comme un serpent qui a jeté sa vieille peau. « Le duc de Valenti- « nois, rapporte Machiavel, me disait, lors de la no- : « mination de Jules II, qu'il avait pensé à tout ce « qui pouvait arriver si son père venait à mourir, et I « qu'il avait trouvé remède à tout, mais que seule- 1 « ment il n'avait jamais imaginé qu'à ce moment il j « se trouverait lui-même en danger de mort. » — Ecelto che non pensa mai y in sulla sim morte^ distare ancor lui per morire. Le péril était grand, à en juger par les haines qui se déchaînèrent. Le corps du pape, délaissé dans une chapelle de Saint-Pierre, sans cierges et sans prêtres, fut livré toute une nuit aux brutalités et aux moqueries obscènes de quelques manœuvres. Le matin venu, ils couvrirent d'une vieille natte le cadavre à moitié pourri et le jetèrent dans un cercueil qui se trouva trop étroit : alors ils l'y enfoncèrent à coups de pied et de poing, et le roulèrent dans son tombeau en crachant dessus.

168 CÉSAl^ BORGIA. ••

— D'une autre part, on massacrait dans les rues les partisans des Borgia. Fabius Orsini , ayant tué un homme de la maison du duc, se rinça la bouche avec une gorgée de son sang.

. César se tira pourtant très-grandement de ce désastre subit ; il tint devant ses ennemis une fîère contenance, fortifia le Vatican contre la ville, négocia avec le conclave, se fit livrer par le cardinal trésorier, avec le poignard sur la gorge, toutes les richesses de son père, et imposa au nouveau pape ses conditions de renoncement et d'exil. Sa sortie de Rome égala le faste de ses entrées. Il en partit couché sur une litière portée par douze hallebardiers et recouverte d'un manteau de pourpre. A côté, deux pages menaient son cheval de main, caparaçonné de harnais de deuil. Autour de lui, chevauchaient, l'escopetteau poing, ses vieux reltres noircis au feu de toutes les guerres civiles d'Italie. Satan, exorcisé de la ville sainte, en sortait suivi de sa bande, mais avec un orgueil d'enfer et portant haut son front foudroyé. A partir de là. César « commença à n'être plus rien, » comme le lui dit Sannazar, dans un distique injurieux. . . Incipis essenihiL Heureux malgré tout, il parvint à s'évader, au moyen d'une corde jetée sur un gouffre, de la forteresse de Médina, où le roi d'Espagne l'avait enfermé. «Seigneur, — disait le gardien du fort à Brantôme, en lui montrant ^a lucarne de sa prison , — par là , se sauva , très- raculeusement, César Borgia : » Senor^ por aqv e

}à César Borgià por gran milagiro. Lès crimes lui

it devenus inutiles par la chute de son ambition,

fëst probable qu'il n'en commit plus, et qu'il rede-

it simplement un vaillant chef de condottieri. Les

>mmes de l'espèce dont il est le type ne font pas

lus le mal pour le mal, que les animaux carnassiers

['attaquent une proie quand ils n'ont plus faim. On

perd de vue pendant sept années, jusqu'au jour

on le retrouve bataillant bravement au siège de

fiana, à côté du roi de Navarre, son beau-frère. Il

fut tué, dans une sortie, d'un coup de zagaie.

i*amour immoral que la Fortune portait à ce bandit

manifesta jusqu'au dernier jour : elle le fit mourir

soldat. Ce damné du Dante tomba comme un

iros de TArioste.

XIÏ.

Benvenuto Gellini avait cinq ans, lorsqu'un soir i'hiver, son père, qui jouait de la viole au coin de âtre, crut voir un animal pareil à un lézard qui lansait tout vif dans la flamme. 11 dit à l'enfant 'approcher, et lui appliqua sur la face un soufflet ïui lui fit jaillir les larmes des yeux. Mais le père les essuya bien vite avec ses caresses : « Cher petit, » lui dit-il, je ne te frappe point pour te punir, mais

t seulement pour que tu te souviennes que ce lézard que tu aperçois dans le feu est une salamandre, » animal que n'a vu aucun homme vivant sur la «terre. »

Ce phénomène de son enfance fut le présage et le bole de sa vie : lui aussi fut un animal vivant ans la flamme, un homme de feu, de fiel et de bile,

robi

Ue.

ifai£

ime, itisn ismi idoi

I col it ai ; â( itej

lyclc ima )lus cara I es .bo ,éls

ivr'-jn

passionné de la force. Il rugit et il se hérisse contre ^ ses émules, comme le lion contre les concurrents de son antre pu de sa citerne. A vingt ans, on le voit donner tête baissée dans une boutique d'orfèvres rivaux. « Traîtres! m'écriai-je, voici le jour où je vais tous vous tuer ! » Plus tard, il poignarda, en pleine rue de Rome, Pompeo, le joaillier du pape, dont il avait à se plaindre. « Je ne voulais que le saigner, dit-il, mais, comme on dit, on ne mesure pas ses ; coups. » A Paris, il entra, armé jusqu'aux dents, { dans l'atelier du Primatice qui lui disputait une stal tue, et il le fit renoncer à sa commande, l'épée sur la ; gorge. «Messer Francesco, sache que si jamais j'àp- [ « prends que tu reparles de façon ou d'autre de i «cette commande qui m'appartient, je te tuerai « comme un chien! » A Florence, il se rencontre \ avec ce sombre et haineux Baccio Bandinelli, qui i usait ses dents sur le ciseau de Michel-Ange, plus t dur encore que la lime mordue par le serpent de la fable. Type de l'artiste envieux, que Dante aurait placé dans son Purgatoire^ parmi ces âmes qui rampent, dans des postures de cariatides, courj bées sous d'énormes pierres. — Mais sa charge, : à lui, aurait été un bas-relief de Buonarotti, pour qu'il fût écrasé deux fois, sous le poids du marbre et sous la beauté du chef-d'œuvre. — La lutte fut terrible entre Baccio et Benvenuto. Ici l'attaque et la défense s'équilibrent : même hauteur d'orgueil, môme noirceur de tempérament, mêmes facultés

d'acrimonie et de haine. 11 faut les voir se disputer chaque bloc de marbre qui arrive au duc, de Carrare ou de Grèce : on dirait qu'ils vont le briser pour se lapider avec ses fragments. D'autres fois, ils se rencontrent devant un ouvrage que l'un d'eux vient de terminer. Alors, au pied de la statue ou du groupe, s'engage une rixe qui rappelle ces sculptures des socles antiques représentant deux béliers furieux s'entre-heurtant de la corne. Mais Cellinia l'avantage dans ces invectives homériques : il sonne de l'injure comme de la trompette. Écoutez-le éreinter X Hercule de son rival ; sa parole vaut le couteau d'Apollon disséquant Marsyas : elle entre dans le marbre comme dans la chair vive : « On prétend que ( si l'on coupait les cheveux de ton Hercule, il ne lui resterait pas assez de crâne pour contenir sa < cervelle ; on ne sait si son visage est celui d'un homme, d'un lion ou d'un bœuf; on dit que sa ( tête n'est pas à l'action et ne tient pas à son cou; que ses deux épaules ressemblent aux paniers d'un âne ; que les mollets ne sont pas copiés sur un modèle humain, mais sur un mauvais sac rempli de melons que l'on aurait appuyé tout droit le long d'un mur ; que le dos produit Teffet d'un sac de courges longues ; on cherche en vain de quelle manière les deux jambes sont attachées à ce torse hideux qui ne s'appuie ni sur l'une ni sur l'autre. Cette pauvre statue tombe en a\ at « de plus d'une brasse, ce qui est la plus grand et

BENVENDTO CELLINI. 175

a la plus affreuse erreur que puissent commettre les « artistes à la douzaine que nous connaissons ; on « trouve que les bras pendent si disgracieuse- « ment, que l'on est tenté de croire que tu n'as « jamais vu de gens nus et vivants; que la jambe « droite d'Hercule et celle de Cacus n'ont pas même a un mollet à elles deux ; on dit encore qu'un des « pieds d'Hercule est en terre et que l'autre semble « posé sur du feu... »

Et il poursuit ainsi, raillant, outrageant, vociférant à perdre haleine. Il n'y eut pas un instant de repos, pas une trêve de Dieu dans cette existence agressive. Dégainer, tirer son poignard était le plus naturel et le plus fréquent de ses gestes. Tous les griefs semblaient égaux devant sa rancune. Il taxait de mort l'irrévérence et l'outrage, l'offense futile aussi bien que l'affront sanglant. Gomme il s'était sacré lui-même et couronné monarque absolu de son art, chaque délit à son égard devenait crime de lèsemajesté. — Son frère est tué dans une rixe de corps de garde ; il « lorgne comme une maîtresse » l'arquebusier qui a fait le coup, jusqu'à ce que, le rencontrant à la porte d'un cabaret, il l'égorgé, par derrière, d'un coup de stylet entre l'os du cou et la nuque, — Un hôtelier de Ferrare, chez lequel il entra, voulut être payé d'avance avant de le recevoir : même fureur, même ressentiment. Il passa la nuit à forger des projets de vengeance. « Je pensai « d'abord à mettre le feu à la maison, puis à égorger

BENVENUTO CE1.LÏNI.

« quatre chevaux que Thôtelier avait dans son écu- « rie. » Mais le temps lui ayant manqué, il déchargea sa colère, avant de partir, sur les lits de l'auberge, dont il tailla les draps à grands coups de couteau, u Je hachai si bien quatre lits, que j'y fis pour plus « de cinquante écus de dégât. » — Ses querelles avec ses maîtresses tournaient à la rixe et à la tuerie. Ayant à se venger d'une jeune fille qui lui servait de modèle, et qui l'avait trompé avec un de ses apprentis, il la forçait de poser, durant des heures, dans les attitudes les plus fatigantes. Quand elle voulut se plaindre, il la battit jusqu'à Tassommer, « Enflammé de fureur, je la saisis par les cheveux « et je la traînai dans la chambre, en la rouant de « coups de pied et de coups de poing, jusqu'à ce « que la fatigue m'obligeât de m'arrêter. »

Cette violence fiévreuse était d'ailleurs le tempérament de son siècle. Rien de plus curieux que les rapports de Cellini avec ses patrons ; il y règne je ne sais quelle cordialité bourrue et acerbe. — Un évêque espagnol lui fait attendre le salaire d'un vase, il le reprend sous prétexte de le finir, et tîontre aux valets qui viennent le réclamer des dents de dragon gardant son trésor. L' évêque envoie une bande de coupe-jarrets Tassaillir dans son atelier ; il les reçoit l'escopette au poing, puis il endosse sa cotte de maille, et, le vase d'une main, ''* poignard de l'autre, pénètre fièrement dans le paU du prélat. Il traverse une antichambre jonchée

BENYENUTO CELLINI. 171

sbires assis sur leurs armes. « Je crus passer au (( milieu du Zodiaque ; l'un avait la mine du Lion, « l'autre du Scorpion, celui-là du Cancer. » A sa vue l'évoque éclate en imprécations : il veut son calice, Cellini réclame son argent. L'affaire se termine par un troc à Tamiable mêlé de louanges et d'injures.

Les papes eux-mêmes ne l'intimidaient pas : il tint tête à Clément VII, à Paul III, ces terribles pontifes gui tenaient le bâton pastoral de façon à faire trembler leurs troupeaux. Il les ajournait, il les faisait attendre, il travaillait pour eux à sa fantaisie, à ses heures. Voici comment se passaient d'ordinaire ces altercations. — Le pape compte sur le calice ou la tiare qu'il a commandés ; l'artiste n'est pas prêt et envoie au diable ses messagers. On le mande au Vatican, il comparait tête haute ; Sa Sainteté est en colère, elle gronde, elle menace. « En vérité de Dieu, je te déclare, à toi qui fais pro- « fession de ne tenir compte de personne, que si « ce n'était par respect humain, je te ferais jeter « par les fenêtres avec ton ouvrage I » Cellini réplique, il élève le ton au diapason de cette voix qui bénit le monde et qui excommunie les empires ; le Vatican tremble, les cardinaux inquiets se regardent... Cela finit par un baisement de pied et par un sourire paternel.

Car les grands artistes étaient les enfants gâtés de cette papauté athénienne de la Renaissance. Elle

leur passait toutes leurs excentricités et tous leurs caprices ; elle les comblait de ses absolutions et de ses largesses : ils se brouillaient et se raccommodaient impunément avec elle.

Ce violent Iules II, qui faisait tout trembler, ne se déridait que pour Michel-Ange. C'était un cas d'anathème que de lui enlever son sculpteur. Lorsque l'artiste, rudoyé par lui, s'enfuit à Florence, il lança à la Seigneurie des brefs fulminants pour la sommer de le rendre. Michel-Ange vint le retrouver à Bologne ; il entra, avec une moue de lion privé battu par son maître, dans la salle où le pape soupait, entouré du Sacré Collège. Iules, fronçant son sourcil blanchi, le toisa d'un œil irrité : « Enfin, au lieu de venir « nous trouver à Rome, tu as attendu que nous « ayons été nous-même te chercher à Bologne 1 » Sur quoi, un des évoques de sa suite se prit à dire : « Que Votre Sainteté lui pardonne, ces sortes de gens « sont des ignorants qui ne connaissent que leur mé- « tier. » Mais le pape, furieux, se redressant à demi, frappa de sa canne le porte-mitre imbécile: « Ignorant « toi-même ï Tu l'outrages quand nous ne lui disons « pas d'injures, nous ! IgnorarUe sei tu che gli di « villanîa^ che non gliene diciam noi. » Cellini eut, avec ses papes, des scènes toutes pareilles. Il avait beau remplir Rome de meurtres et d'algarades, il lui suffisait de montrer une bague, un joyau, un camée pour rentrer en grâce. — Ainsi, lorsqu'il vient d'expédier le meurtrier de son frère. Clément VII se

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fâche d'abord, le mande au Quirinal et le regarde avec des yeux menaçants. Gellini tire de son escarcelle un bouton de chape, au milieu duquel il a gravé, en demi-relisf, un merveilleux Dieu le Père, assis sur un gros diamant supporté par de petits anges. Â l'instant, la colère du pape se dissipe; son visage s'illumine, comme frappé par le reflet du divin joyau. Ce n'est plus un juge irrité, un souverain prêt à punir, c'est un amateur idolâtre tournant et retournant un bijou unique entre ses mains tremblantes d'enthousiasme, a Benvenuto mio^ tu « aurais été là, dans ma t^, que tu ne l'aurais pas « fait autrement. » — Le premier acte de Paul III fut de l'absoudre du meurtre de Pompeo, commis pendant l'interrègne ; et comme un Monsignor objectait la loi à cet excès de clémence : « Apprends^ « lui dit le pape, que des hommes uniques dans leiL « profession, comme Benvenuto, ne doivent pas être <i soumis aux lois, et lui moins qu'un autre. »

Ainsi la raison d'art était mise au-dessus de la raison d'État dans cette Rome de la Renaissance qui fêtait comme des Saints les dieux de l'Olympe et qui promenait par ses rues le groupe exhumé du Lao^ cooriy ainsi qu'elle aurait fait d'un corps de martyr retrouvé dans les Catacombes. L'art était la seconde religion de ces pontifes patriciens ; ils voulaient que le catholicisme l'emportât, même par la forme, sur le paganisme, et que le crucifix fût aussi bien modelé que le Jupiter II était la première affaire et la

BENVENDTO CELLINI.

dernière sollicitude de leur règne. — Clément VII avait commandé des médailles à Benvenuto ; la maladie le prend-, il se les fait apporter à son lit de mort. Le vieux pape moribond se soulève sur ses oreillers, on allume des cierges, il met ses lunettes; mais la taie de l'agonie voile déjà ses yeux ; il ne peut plus rien discerner. Alors il palpe, en tâtonnant, de ses mains sénîles, les faibles reliefs de ces belles médailles qu'il renonce à voir ; puis il pousse un grand soupir et retombe, en bénissant pour la dernière fois son Benvenuto.

Jamais siècle n'eut une admiration si naïve et si profonde pour les chefs-d'œuvre de la main humaine. On sortait du chaos des époques barbares, la sculpture antique surgissait du sépulcre ; des types inconnus de grandeur et de beauté apparaissaient au soleil. Sous leur divine influence, le génie humain, si longtemps stérile, recouvrait ses forces plastiques : il concevait, il engendrait des formes exquises et grandioses. Le monde vivant contemplait, ébloui et ravi, ce monde immobile. C'était comme une seconde Création aussi féconde, aussi spontanée que l'autre. L'homme se retrouvait dans l'attitude étonnée d'Adam s' éveillant au milieu du peuple infini dee êtres éclairés par la première aurore.

On comprend, alors, le prix que le xvi* siècle attachait à ses grands artistes, depuis l'architecte qui bâtissait ses palais, jusqu'à l'orfèvre qui cisela ses anneaux. On comprend surtout l'accueil que h

/se.

BENVENOTO CELLINI, 181

Barbares faisaient à ces Italiens, qui leur arrivaient, comme les Mages de la Renaissance, les mains pleinés de raretés et de merveilles exotiques. — Rien n*est touchant comme la conduite de François !•' envers Benvenuto Gellini, lorsque, sur son appel, il Vint installer en France sa forge de Polyphème. Il le combla de largesses, il lui donna un château pour atelier, il l'appelait « son ami. » « Je te noierai dans For, » lui dit-il un jour. A chaque aiguière, à chaque coupe, à chaque statue nouvelle c'étaient des flatte- ^ries royales et des louanges magnifiques : « Voilà un 1« homme qui mérite véritablement d'être aimé I » .Ou bien encore : « En vérité, je ne crois pas que «les Anciens aient jamais rien produit d'aussi tt beau! » Ce roi, gaulois et batailleur, mais sensuel Husqu'au bout des ongles, tombe en adoration de- ^•Tant les délicates figurines que lui pétrit cette main d'enchanteur. 11 s'émerveille de boire dans une aiguière sur laquelle une Nymphe recourbée en [anse mire dans le vin sa tête élégante. Il se plaît à prendre son sel dans la conque d'Amphitrite enlaçant Cybèle de ses longues jambes florentines. 11 ne se lasse pas d'admirer les grâces et les fiertés du style toscan, pour lui si nouvelles. C'était la surprise du guerrier du Tasse transporté du camp farouche des Croisés, dans ce jardin d'une fée d'Orient, où les fleurs pleuvent, où les oiseaux parlent, où l'Amour plane dans l'air lumineux.

Dn jour ciiie le roi ployait sous les anxiétés d'une

i82 BEiNVENUTO CELLINI.

guerre désastreuse, le cardinal de Ferrare le mena voir une porté dont Gellini venait d'achever le modèle. Il se laissa conduire, soucieux et morose encore. Mais à peine eut-il vu la Nymphe de Fontainebleau, accoudée sur lé flanc d'un cerf, et voluptueusement allongée dans la courbe de Thémicycle, que sa physionomie s'éclaircit : ses yeux reprirent leur joyeux regard, son sourire de faune amoureux revint à ses lèvres. 11 ne pensait plus à l'Empereur ni au Milanais: il était tout à ces joies de l'admiration artistique, qui correspondaient en lui aux sensations de l'amour. « Mon ami, — dit-il à Benvenuto en lui frappant sur « l'épaule, — je ne sais quel est le plus heureux, du « prince qui trouve un homme selon son cœur, ou « de l'artiste qui rencontre un prince qui sache le « comprendre. »

Gomment s'étonner, après ces récits, de l'orgueil d'un homme devenu le compère des papes et l'ami des rois I — Un trésorier de François I" veut le faire voyager en poste. « Ainsi voyagent les fils de duc, » lui dit-il pour le décider. « N'ayant jamais été fils « de duc, — répond Gellini, — je ne sais comment (( ces personnages voyagent, mais les fils de mon art « voyagent à petites journées. » — Un majordome du duc de Florence, qu'il rudoie selon sa coutume, s'étonne « qu'il l'ait jugé digne de parler à une K personne telle que lui. — Les hommes tels que « moi sont dignes de parler et aux papes et aux « empereurs et aux grands rois. On n'en trouverait

« compter du lever du soleil, surtout quand le gazon « est couvert de rosée, et le soir, au crépuscule. Je « la remarquai en France, à Paris, où on la voyait « beaucoup mieux qu'en Italie, parce que, dans ce « pays, Tair est plus souvent chargé de vapeurs. Je f( puis cependant la voir et la montrer aux autres en « tous lieux , mais toutefois moins- distinctement « qu'en France. »

Tel qu'il est, tel qu'il s'est peint de couleurs bilieuses et sanglantes, on l'aime et on l'admire ce hravo de génie. Ses excès sont ceux de la force, ses passions celles de la vie exaltée à son paroxysme. Le zèle de Fart le dévore ; il se bat pour une statue cQmme pour une maîtresse, il approuve les élèves de Raphaël qui voulaient tuer le Rosso parce qu'il avait dénigré leur maître. La « force superbe de la .forme, » Vis superba formœ^ comme dit un poète latin de son temps, le transporte d'admiration. Il faut l'entendre, dans son Discours sur les principes de Vart du Dessin y parler en idolâtre de la beauté du corps humain, de ses ossements, de ses membres, des ressorts internes qui le font mouvoir et agir. « Tu feras copier à ton élève un de ces ma- (( gnifiques os des hanches qui ont la forme d'un « bassin, et qui s'articulent si admirablement avec « Fos de la cuisse... Quand tu auras dessiné et bien « gravé dans ta mémoire ces os, tu commencera « dessiner celui qui est placé entre les deux hf « ches; il est très-beau et se nomme sacrum.,.

186 BENVPNDTO CELLINI.

corps les palais et les temples, sortent du charnier fécondé, comme des fleurs de la pourriture. Le xvi« siècle inaugure le triomphe plastique delà Mort.

Toutes les choses du burin et de Tébauchoir sont sacrées pour Benvenuto. Son art le possède si bien tout entier qu'il le poursuit jusque dans ses rêves. Il sculpte l'impalpable, il cisèle le songe. Emprisonné par Paul III , au château Saint- Ange, une vision lui apparaît où il voit le soleil comme un disque énorme, représentant tour à tour le Christ et la Vierge, a Le soleil, sans rayons, ressemblât <( à un bain d'or fondu. Pendant que je considérais « ce phénomène, le centre de Tastre se gonfla et il « en sortit un Christ sur la ôroix, formé de la même « matière lumineuse. Il respirait une grâce et une « mansuétude telles, que l'esprit humain ne pourrait (( en imaginer la millième partie... puis le centre de « l'astre se gonfla comme la première foî^, et prit la « forme d'une ravissante Madone assise et tenant « sur son bras l'Enfant divin qui semble sourire. « Elle était placée entre deux Anges d'une incroyable « beauté. » L'orfèvre, persistant dans l'halluciné, frappe le soleil à. l'effigie des médailles.

Par ses qualités comme par ses défauts, par son talent comme par sa folie, Benvenuto Cellini est la plus originale personnification de cette Italie artistique du XVI® siècle, qui produisit des êtres à j rt dans les séries de l'histoire. Étranges créatures or inisccs pour le mal et pour le génie, pour les viol i-

fres de Tir l'étonipaût décoré pai 3s bandits à t des Phid :t s'embusq aes sont at concurrenc lais un soi ;e humaine randit au f e bronze i aounes et c

SI. Georges GuifTrey.

allongent leurs cofps ondoyants au hord des fontaines, ou marchent nues dans la campagne, au milieu d'une troupe de nymphéa qu'elles dépassent du front. L'imagination confond dans un même type ces sveltes images ; elle leur donne à toutes le nom de la maîtresse triomphante qui les inspira. L'histoire a beau crier que cette jeune déesse était une vieille femme, que Diane de Poitiers avait près d'un demisiècle à l'aurore même de son règne; on n'y croit p^.s, on n'en veut rien croire. On préfère, aux dates rigoureuses, le chiffre amoureux qui marie l'H royal à deux croissants enlacés. La postérité a pour Diane les yeux éblouis d'Henri IL w

Renaud dans les jardins d'Armide, Roger charmé par Alcine, Merlin captivé par la fée Viviane dans le buisson de la forêt des Ardennes, donneraient une faible idée de l'ensorcellement de ce roi crédule par une magicienne qui avait l'âge des sorcières. Il l'aima toute sa vie uniquement et absolument. La faveur de Diane n'eut pas un instant d'éclipsé. Pas un nuage ne passa sur son Croissant symbolique qui devint l'astre du règne. On a quelques lettres da Henri II à sa favorite : elles respirent une servitude passionnée: jamais le sigisbéisme italien n'a parlé plus'liumble langage : « Madame, je vous suplye de (( me mander de vostre santé... afin que, selon cela, a je me gouverne. Car si vous contynuyés à vous a trouver mal, je ne vouldroys faillyr vous aller troua ver pour vous faire servyce, selon que j'y suys

DIANI

Mais je crégnoyi Ne se voulut at> De fayre cas de N'avoya playair, Jusques ï l'heur Que j'obéisse à I

Maltresse en titre, Heuri II et Catberui troisième personne di adultère officiel décoi dômes des palais, lei royales ; le roi le poi gala toujours semés c même de Catherine, celle de Henri, s'étà fète^^-^uand le roi vi retour d'Italie, la vill tant la u Chasse de ) théose éclatante de la a — dit Brantôme, a de laquelle cette < « contente, et depuis

M de Lyon. » Au tournoi où Henri II tomba sous le coup de lance de Montgommery, — Diane avait alors soixante ans, — il portait encore ses couleurs.

A quoi -tint cette passion si étrange et si absorbante que Nicolas Pasquier l'attribue au cbarme d'une bague encbantëe? Diane était belle sans doute, et d'une beauté taillée dans le marbre

es marquent 'écrie : « J's inois, en l'aa 1 soisanté-dk ans, aussi belle de (ace aussi fr 1 et aussi aimable, comme en l'aage de trente . D'une autre part dès 1538, des épigrammes 1 liù reprochent, avec une rudesse cynique, rides, sa peau flasque, ses fausses dents et âei La vérité doit être entre l'adulât ^e. 11 est certain que Diane lutta héroïqui "^ l'âge. Elle n'avait pas seulement l'orgu la Déesse dont elle portait le nom redoutable en eut aussi l'activité virile, les habitudes mati la passion pour la chasse, le goût des eaux g où elle se plongeait au fort de l'hiver. Un tel r la maintint longtemps : ces froides ablutions su d'après les chroniqueurs, furent sa vraie fonta' Jouvence. L'ambassadeur vénitien, Lorenzo C fini, qui la vît en 1552-, avec les yeux clairvc d'un indifférent, fait d'elle un portrait aussi é du dénigrement que de l'enthousiasme : h Li 0 sonne, — dit-il, — que, sans nul doute, ï wme le mieux, c'est M"" de Valentinois. Ces •> femme de cinquante- deux ans, autrefois l'é « du grand sénéchal de Normandie et petite-fi «■ H. de Swnt-Vallier, laquelle restée veuve, " et belle, fut aimée et goûtée du roi Franc « d'autres encore, selon le dire de tous; pui « viDt aux mains de ce roi, lorsqu'il n'était que

lU DIANE DE POITIERS. .

« phin. Il Ta beaucoup aimée, il Taime, et elle « sa maîtresse, toute vieille qu'elle est, cosiveccMi (c corne è. Il est vrai de dire que bien qu'elle n' « jamais employé de fards, et peut-être en vertu d « soins minutieux qu'elle prend, elle est loin d€ « paraître aussi âgée qu'elle l'est en effet. » — leâ rares effigies authentiques qui restent de Diane s'ac-i cordent avec ce portrait impartial. Ce sont celles d'une matrone robuste, sculptée à grands traits, aa front hautain, à l'œil dur, au nez impérieux. La gorge est ample, l'épaule plantureuse; la bouche serrée et rentrante semble faite, non pour le baiser, mais pour le secret. Nulle mollesse, aucune volupté;^ l'air d'une Junon romaine avec les formes massives d'une patricienne de Venise.

Ce n'est pas non plus à l'attrait des sens qu'on peut attribuer son empire. Henri II n'avait rien du tempérament pantagruélique de son père. Chaste plutôt, d'un sang lent et lourd, caractère engourdi dans un corps agile. Le Faune avait engendré un amant transi. On note à peine, dans toute sa vie, deux esclandres : une passade italienne d'où résulta Diane de France, et son amourette pour une petite | Écossaise qu'un complot de cour jeta dans ses bras. | Diane de Poitiers, de son côté, avait la froideur de sa j patronne païenne, sinon sa virginité. On ne trouve- ' rait pas un caprice dans cette vie active, dont tous ' les actes vont droit au but, comme des flèches sûre- , ment lancées. Ses rares amours, si elle en eut avant '

instrumen'

était si dé

— « Le Dai

a — écrit M

is, les mei

B lui suffît.

le de Madai

le quarante

éritable, mj

t que, dans

j « affecdon, c'est comme entre mère et fils. On al

] « qu« cette dame a entrepris d'endoctriner, de

, • riger, de conseiller M. le Dauphin, et de le

j o aer à toutes les actions dignes de lai. »

[ Marino CavalU touche à peu près juste. Le pri

fut flans la fascination romanesque el

le qu'elle exerçût sur Henri. Elle l'éb!

ournois, l'étourdissùt de rêves, lui se

d'armes et les entreprises, le nourriss

abstractlous et de quintessences espagi

lait vis-à-vis de lui comme une « Dan

plutôt que d'alcôve. L'ostentation du

. .nel qu'elle portait de son vieux ma

I sénéchal de Brézé, avait tout d'abord élevé h:

te. Venir à bout de la vertu de Diane, i

i séduire la reine Artémise. A qui lui

lé son secret, elle aurait pu répondre o

;aï à ses juges : « L'inQuence d'une âme

ne âme faible, d'une femme d'esprit s

« balourd, n Mais ce t paladin de la Table Bi mine sornoolente et 1 tique. Les visions de 1 velle : YAmadis était s Don Quichotte dans ce Poitiers fut sa Dulcii aussi chimérique que les arts, incessammeni logiques où elle se po.

ment ressemblantes < roi, comme des appar de chaque allée de pa:

bord et de Fontainel tresse. Elle apparaisss fresque et de groupt enfilade de miroirs mi la femme ; la blancheu de la chair ; l'immc rajeunissait la matron< Où finissait la duch déesses? Discrimen ol dans les incantations [ dique. Les voûtes des f lunes, célébraient l'a ciel étoile chante la gl( En ce genre de sor le chef-d'œuvre de la le plan d'un magicien (

Corée d'élégants portiques, ré^

et par le chaot des e *

ivi'aient à la pèche, à ES meutes, des volièr !t, comme dans le pi des cages pour les ]out alentour, par di ts, des plaines et t d'une molle ceintur e de l'enchanteresse lues, sous l'influencf ses guerres d'Italie luiigiiti , uu m vuii aspirer aux fontaine comme le cerf de David aux sources.

On cherche la reine dans toute cette hisi parait à peine, éclipsée qu'elle est par la Croissant. C'est une Cenerentola couronut f temps stérile, craignant le divorce, disgrac que rebutaient ses gros yeux à fleur de bouffissure maladive, Catherine de Médl< anéantie devant sa rivale. Ne pouvant la i elle se jetait dans ses bras. Diane la protéf consolait, et de temps à autre, avec une ait impérieuse comme la Yénus de l'Iliade jel ■ sur la couche d'IIélfene, elle poussait le rc lit nuptial. Gontarini le dit nettement i dépêche au sénat de Venise : — « La reine « continuellement la duchesse, qui, de sor « rend les meilleurs offices dans l'esprit d

<c souvent, c'est elle qui Texhorte à aller dormir av( « la reine. » Selon le rituel chevaleresque, dansls sphère sublimée où Henri et Diane avaient pW leurs amours, ce n'était pas là une infidélité de Tamant. Qu'importait l'épouse matérielle à la maltresse de l'âme, la génitrice dynastique à Tinspirarj trice de la royauté? Rachel n'avait-elle pas ouvert à sa servante Bilha la tente de Jacob ? Gomme la fille de Laban , Diane de Poitiers , envoyant le roi dans la) chambre de Catherine, pouvait dire : « Voici ma série vante. Viens vers elle ; elle aura des enfants; je les! <( élèverai sur mes genoux, et je serai glorifiée par] <( elle. »

Une seconde fois, le verset biblique fut accompli I à la lettre. Catherine eut des enfants, Diane les éleva! sur ses genoux , et elle en fut glorifiée. L'imitation de la Déesse dont elle portait le nom est visible dans tous ses actes : ici, encore, elle fut fidèle à son type. La mythologie attribuait à la sœur d'Apollon la délivrance des femmes en travail et le patronage des enfants. Diane revendiqua, auprès de la reine, cette fonction propice. Elle l'assistait dans ses couches, elle la soignait dans ses relevailles, elle présidait au choix des nourrices, et s'occupait, par menus détails, de la santé des princes nouveau-nés. Ses lettres sont remplies de ce tracas de nourrices et de nourrissons. Ce ne sont que règles d' aménagera t intérieur, changements de résidence ordonnés i moindre soupçon d'épidémie ou de mauvais air, h ^

des gouvernantes, )édiës. — Un jour pour la rougeole qui sied, venant

Cet empiétement de maternité autorisé du roi, subi par Catherine, mettait le comble à sa puissance. Les enfants seuls auraient pu éloigner d'elle son amant en le ramenant vers la reine. Diane se les adjugeant de haute main, accaparant les soins de leurs berceaux, ne laissant à la reine que la fonction de les mettre au monde, l'annulait encore plus qu'avant. La mère passive, destituée de l'éducation, s'ef-t derrière la seconde mère vigilante, active, ice, génie tutélaire de la dynastie. — Deux ta- II du temps célèbrent insolemment cette usurpation maternelle. L'un monti'C' Diane assise, nue, dans son bain, au milieu des enfants de France allaités ou jouant dans la cbambre '. L'autre la représente nue encore, selon son privilège de déesse, entourée des dames de la cour en costumes de fête, et recevant solennellement un prince nouveau-né qu'une femme agenouillée lui présente. La reine, très-reconnaissable , s'éloigne, à pas lents sur le second plan '. Elle a enfanté, sa tâche est remplie. C'est toujours l'histoire de la Bible : — « Bilha con-

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