‹ Hommes et dieux (volume 2)Chapitre 13 sur 42 · HENRI · texte numérisé non relu

HENRI

tinct de sa faiblesse lui faisi choisit ses favoris parmi les

les plus fiers spadassins. Ses Ganymèdes étiùent taillés en Achilles. Un cercle d'épées flamboyantes environna cette royauté tombée en quenouille. Mais le maître imposant à ces vaillants son honteux costume, leur faisait porter une livrée d'eunuques. — « Ces beaux mignons, — dît Lestoile, portaient n leurs cheveux longuets, frisés et refrisés par artin fices, remontans par-dessus leurs petits bonnets « de velours, et leurs fraises de chemises de toile Il d'atour empesées et longues de demi-pied, de le façon qu'à voir leurs testes dessus leur fraise, -l Il seisbloit que ce fust le chef de Saint-Jean sur un Il plat, n Lestoile revient à chaque page sur ces parures scandaleuses. On devine à son insistance la révolte de l'esprit gaulois indigné de ces folies orientales. — (I Le dimanche 29 octobre, le roy arriva à fi Olinville en poste, avec la troupe de ses jeunes fi mignons fraisés et frisés, avecq les crestes levées, « les rattepenades en leurs testes, un maintien fardé Il avecq l'ostentation de même; pignés, diaprés et H pulvérisés de pouldres violettes, de senteurs odo- <i riférantes, qui aromatisoient les rues, places et « mîùsons où ils fréquentoient. n

Cet état-major ambigu lui coûtait autant qu'un sértûl. Les Mignons pillaient la France, gaspillaient le trésor, pressurfùent les villes, confisquaient les rentes. Le roi dépensa onze millions aux accès de

le éblouit encore.

C'est le luxe sinistre, à force d'être excessif d'une Drgiè romaine. Un banquet de dix^sept jours, toute la cour habillée de drap d'or et de toile d'argent, des profusions de perles, des pluies de bijoux, des mascarades et des cavalcades, des tournois et des joutes nautiques... Ou ne sait si on lit Suétone ou Lestoile.

Ce fut lui encore qui introduisit à la cour de France cette étiquette byzantine qui réglementa la servilité. 11 prit le premier le titre de Majesté, auquel un long i^ge nous a habitués, mEÙs qui indigna les esprits r^res du temps, comme s'il s'était déguisé en dieu. ! Ronsard lui-même, protesta par un fier sonnet contre ce titre féminin, qui semblait revêtir les rois français de la robe des empereurs de Bysance :

Ne t'étOQue, Binet, si mainlenanltu vois Notre France, qui fut autrefoia couronnée De m'ile lauriers verts, ores abandonoée, Ne servir que de fable aux peuples et aux rois.

On 03 parle en la coUr que de Sa Majesté. Elle va. Elle vieot, Elle est, Elle a été : N'est-ce faire tomber le royaume en quenouille.

Jusqu'alors, les rois vivùent en France avec leurs courtisans, dans une sorte de familiarité féodale : Henri 111 lui substitua un cérémonial idolâtre. Les Reglemens faicts par le Boy, lesquels U est très ré-

'«o/îi rf^ garder y et veut désormais esire observez de chacun pour son regard^ publiés en 1585, inaugurent les rites de la bigoterie monarchique. Les honneurs à rendre à la serviette et à la chemise, au bouillon et au vin royal y sont minutieusement détaillés. On y voit le Prince s'enfermer dans des balustrades, écarter de lui ses gentilshommes et ses serviteurs, les tenir à distance, leur tracer Torbite qu ils doivent décrire, de près ou de loin, autour de sa personne déifiée. En de certaines occasions, ils doivent « reculer contre la muraille. » Tel des articles de ce manuel de servitude a une portée historique ; celui-ci entre autres : « Lorsque Sa Majesté sortira, pour aller à la messe ou ailleurs, en public, elle veut et entend estre accompagnée de tous les princes, cardinaux, seigneurs et gentilsommes, jusqu'à ce qu'EUe se mette à table, s'ils n'ont excuse légitime. » Texte fatal qui va domestiquer la Noblesse française, et paralyser toutes ses forces vives, en la clouant, pour deux siècles, sur des banquettes d'antichambre.

Il est impossible, d'ailleurs, de voir sans pitié ce prince énervé, fait pour croupir au fond d'un harem, , ou pour présider les fêtes d'une petite cour d'Italie au xvii* siècle, dépaysé dans cette âpre et violente époque. Autour de lui ce n'étaient qu'embûclfts, complots, traliisons. Il était pris entre les deux feux des guerres religieuses : d'un côté, la féodalité protestante ralliée autour du roi de Navarre ; de l'autre»

la noire populace de la Ligue, lancée et soi les Guise; plus loin, Philippe II, du food rial, mettant en branle oe réseau d'intrigu de lui, le duc d'Anjou, un frère haineux jus tricide ; derrière, sa mère Catherine, ce filandière de lacs et de pièges, fatale et an comme une Parque, qui, secrètement et d chette, brouillait et débrouillait des fils m Isolé au milieu de ces factions et de ces Henri III n'avait pour se défendre que les a perfidie ; mais il était trop faible pour les m: samment. Il avait beau trahir de tous les machiavélisme indécis ne réussissait qu' haïr. Le mépris creusait autour de lui un { s'élargissait tous les jours. — Une satire appelle sa cour l'Ile des HermaphrodiU l'image exacte de cette camarilla licencieu. par les haines et par les passions. 11 y pourtant son train de momeiies et d'orgie; taisies et d'enfantillages. Sa cour chantait e nail à travers les catastrophes de l'époque, galère de Cléopâtre au milieu des carnages — Le voilà « qui s'en va en coche avec la " les rues et maisons de Paris, prendre " chiens damerets qui à lui et à elle i « plaisir ; va semblablement par tous les n « de femmes faire pareille queste de peti « au grand regret des dames auquelles « appartenoient. » Sa « chenaille, » comm

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