Y' - HENRI III. M
o voulez-vous que je vive? » Quand les Ëtats, lioa I contents de lui refuser l'aumône, lui disputèrent jusqu'au droit.de vendre ses domaines : «Voilà, dit- I « il, une énorme cruauté ; ils ne me veulent aider du « leur, ni me laisser aider du mien. » Et il se mit à pleurer. Le peuple de Paris bafouait ses processions monastiques. Ses propres pages les contrefaisaient, « aians mis leurs mouchoirs devant leurs visages « avec des trous à l'endroit des yeux. » Le roi fut obligé d'en faire fouetter quatre-vingts dans la cour du Louvre. Une autre fois, des écoliers parcoururent la foire de Saint- Germain, accoutrés d'énormes fraises de papier, en dérision de celles qu'il portait, et crièrent presque à ses oreilles : « A la fraize on connoist le veau 1 »
Les moines eux-mêmes se moquaient de leur confrère couronné. Us prenaient vis-à-vis de lui l'insolence de ces derviches musulmans qui arrêtent par la bride le cheval du sultan sortant de la mosquée, et lui crachent l'injure à la face. — « J'ai « été adverti de bon lieu, — s'écriait en chaire le a moine Poncet, — qu'hier au soir, qui estoit le « vendredi de leur procession, la broche tournoit a pour ces bons pénitents," et qu'après avoir mangé « le gras chapon, ils eurent pour leur collation de « nuit le petit tendron qu'on leur tenoit tout prest. « Ah ! malheureux hypocrites 1 vous vous moqués « de Dieu sous le masque, et portez pour contece nance un fouet à vostre ceinture? Ce n'est pas là,
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lù il vous le fau( sûr vos espaules L pas un de vo
■oi se vengea en bon prince : il exila ne abbaye de Melun, h sans lui fiùre ! la peur qu'en y allant on le jettast n Ce Poncet, d'ailleurs, n'était pas rter. Le duc d'Épernon, étant allé le épart, et lui reprochant de faire rire t ses sermons, en reçut ce fier coup e cloua sur la place : m Monsieur, je vous sçachiez que je ne presche que ieu, et qu'il ne vient point de gens pour rire, s'ils ne sont meschants et lussi n'en ay-je jamais tant fait rire ime vous en avés fait pleurer. » A un qui censurât ses algarades du t, le roi fit don de quatre cents écus lui dit-il, du sucre et du miel pour vostre caresme , et adoucir vos trop es paroles. » — Querelles de moines, / comme disait Léon X des premières ler.
)n passa bientôt à l'épée. Le duel et décimèrent ses Mignons. Quélus et :nt les premiers dans une furieuse les gentilshommes de la maison de is après, Saint-Mesgrin était assailli ;t hommes masqués, au sortir du
force de les pleurer ; e pompe infa [es prêtres état de Cybèle menaient \s deuil du jeune Atys, a' des cymbales. L'église Saint-Paul où il les fn velir côte à côte, en resta tarée comme un teir Sodome : on ne l'appela plus que le a Sén
Tout est bas et Lurlesque dans cette mép histoire. Plus tard, quand, après avoir , Henri III de Paris , la Ligue , effrayée de sa vi 1 «ffisaya de rentrer en grâce, elle lui envoya à Cl I une ambassade dérisoire. Un capucin, dégu I Christ, traînant sur ses épaules une croix de • su^t du sang de poulet sous une couronne d , artificielles, entra dans la ville. Des soldats li
te ceux des Mystères, marchaient à ses c nt semblant de le fustiger. Deux petits n tis en Saintes Femmes, pleuraient et p^^^nt derrière le cortège. La troupe nasillard grâce et merci a en mémoire de la Passion de J I — L'enfaotse fâchait; on le faîsîût jouer, pour I ser, à la petite chapelle. [ Même quand il tue, Henri III est plus vil I que terrible. C'est dans un traquenard qu'il a de Guise, c'est par des sbires qu'il le fai >toire le prend entre les deux battants i qu'il entrehâ^le, lorsque le Bala&é est il aa chacal qui sort de son trou à l'od
lA COUR D'ESPAGNE SOUS CHAI
ka xTii* siècle, l'Espagne présente le d'une décadence mortelle au milieu < sance intacte. Le colosse vidé au deda ' debout encore, les pieds sur deux m énorme empire est à peine entamé ; ell* Portugal, la Hollande, le Roussillon et Comté : mais c'est comme si l'on aval ongles d'un géant. 11 lui reste encore, ei royaume de Naples et le duché de Mil daigne, la Sicile et les Flandres ; une c< en Afrique ; des royaumes en Asie, avec vage de l'océan des Indes ; en Amérique, le Pérou, le Brésil, le Paraguay, le Yuca1 velle-Espagne ; sur la mer des îles in: parmi lesquelles les Baléares, les Àçore
WST"
« marie plus, ou, marié, on n'engendre plus. Per- « sonne pour cultiver les terres. . . Il n'y aura pas « seulement de pilotes pour fuir ailleurs. Encore un « siècle, et l'Espagne s'éteint. »
A la fin du siècle, en effet, on compte à peine six millions d'hommes clair-semés dans la Péninsule. Trois cents villages en ruine dans les deux Gastilles, deux cents autour de Tolède, mille dans le royaume de Gordoue. Un proverbe dit : « L'alouette ne tra- « verse les Gastilles qu'en portant son grain. » Une paresse morne et superbe stérilise encore cette stérilité. L'Espagne renonce au travail considéré comme œuvre servile ; son idéal est la vie oisive du seigneur et du prêtre. L'industrie est méprisée ; le commerce jeté comme un os à ronger aux juifs convertis et aux étrangers ; l'agriculture est anéantie par la double main-morte du clergé et de la Grandesse. Le pauvre mendie fièrement; le riche vit à la mode arabe, d'un trésor qui croupit dans un coffre ou dans un silo. Au rude labeur de la charrue, les paysans préfèrent la fainéantise pastorale. Le chevrier ne croit pas déroger en gardant ses bêtes : immobile, drapé dans sa loque il est Yhîdalgo de la Sierra, le gentilhomme de la solitude. — G'est pourquoi la vaine pâture envahit et sèche la campagne : on se croirait en Ghaldée aux temps des Patriarches. L'Estramadure tout entière est livrée aux mérinos ; les pâtres du marquis de Gebraleon gouvernent à eux seuls un troupeau de huit cent mille moutons.
Aussi, une misère affreuse dévore l'Espagne jusqu'aux os. Gomme l'avare des légendes enterré vivant dans sa cave, elle meurt de faim sur ses mines d'or. Ses guerres perpétuelles, sa police européenne, ses garnisons cosmopolites, les frais énormes de sa lourde Cour creusent un gouffre qui absorbe le revenu de deux mondes. Une fiscalité insensée résout le problème de pressurer sans rien rendre. Les peuples suent l'or de Mexico à Bruxelles, et les coffres du roi sont toujours à sec. Le royaume improductif est à la merci de ses colonies. 11 y a des jours où l'Espagne rôde désespérément sur les quais de Cadix, attendant le galion de Lima ou de Vera-Gruz en retard. Souvent la mer l'a noyé, l'ennemi l'a pris; quelquefois même la flotte d'un prince créancier l'a confisqué insolemment en pleine mer. Alors tout est perdu; on croit que l'État va périr.
Ce revenu aléatoire n'était d'ailleurs que le résida de la fraude. Un proverbe italien disait des gouverneurs espagnols : « Uofficier de Sicile ronge, ToflS- « cier de Naples mange, l'officier de Milan dévore. » Il aurait pu ajouter : Les vice-rois du Mexique et du Pérou engloutissent. Ces gouvernements d'outremer avaient organisé le pillage. Les rois d'Espagne et des Indes recevaient les restes de leurs vice-rois. Les dettes et les hypothèques étrangères amoindrissaient encore ce revenu si précaire. Jamais riche""'*' ne fut plus stérile. L'or d'Amérique ne faisait q ! traverser l'Espagne pour aller enrichir les autres r •
' " ' soirs CHARLES II. 223
ti6bs« Un écrivain du temps assimilant le mondé à un corps, la compare à la bouche qui reçoit les aliments, les mâche, les triture; mais qui les envoie aussitôt aux autres organes, et n'en retient, pour sa part, qu'un goût fugitif, ou les bribes qui, par hasard, s'attachent à ses dents.
Cette misère était de vieille date. En 1556, Charles- Quint, voulant passer en Espagne, fut retenu, faute d'argent, pendant quatre mois dans les Pays-Bas. Il proclama son abdication dans une salle encore tendue du deuil récent de sa mère : l'argent manquait pour d'autres tentures. — La correspondance de Philippe II avec Granvelle n'est qu'un long cri de famine. A bout d'expédients, il propose de vendre des indulgences dans un jubilé. Mais le ministre lui répond que les Flandres, qui viennent d'avoir un jubilé gratuit, n'apporteront pas un ducat à celui du roi. Au XVII® siècle, le dénûment augmente. Sur une solde de douze écus par mois, les officiers de Philippe IV n'en reçoivent pas six en dix ans. Dn voyageur ne compte que quatre seigneurs riches dans tout le royaume : don Luis de Haro, le duc d'Albe, le marquis de Laga'nes et le comte d'Ofînate. Sous Charles II, le commerce reprend, dans quelques provinces, les échanges du monde primitif : on troque des bestiaux contre du blé, et du drap contre de la toile. La Grandesse met en gage ses meubles et ses habits chez les usuriers. Le fisc n'impose point de taj^e personnelle , parce que les contribuables, dé-
" ' '[ ' S'ODS CHARLIS 11. .
que licenciés desséchés, bacheliers ram* diants dont les os soDuent comme des ladres, et qui, ayant oublié comment i mange, portent à leurs yeux le more qu'on leur jette. Quel dénûment et qu* ces posadas de Don Quichotte, où des merluches sèchent sur une planche poi d'un morceau de pain his moisi! Tout Cervantes vous laisse l'impression d'ui versé à jeun par une caravane. La noi rare, la bonne chère y semble un prodi des noces de Gamache joue, dans le liv la Terrre promise dans l'Esode.
Mms la plus horrible plaie de l'Espag qui la corrompt et qui la dévore, c'est En luttant corps à corps contre l'Afriqui cisme espagnol s'était empreint de son minateur, il avait refait au Christ l'aute il encensait le Dieu du Calvaire avec I sang et la fumée des bûchers. Son ortl rait celle de Rome : le Saint-Office, du flammes, bravfut les conseils et les ce: ■papauté. On eût dit Pluton revendif l'Olympe son autocratie infernale. Les l'Inquisition furent ceux d'un incendie Au XV' siècle, elle ouvrit des cratères
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points de l'Espagne. Torquemada mit la Gastille en feu. En dix-huit ans, dix mille condamnés brûlés vifs ; sept mille brûlés en effigie. Vers 1483, on comptait cinq mille maisons vides dans l'Andalousie. Les statues d'Apôtres dressées aux quatre coins du bûcher de pierre de Séville, s'enfumaient d'une suie de chair consumée.
Ce cannibalisme sacré coïncida étrangement avec la conquête du Mexique. Les terribles moines qui suivaient l'armée de Gortez y trouvèrent des dieux carnivores nourris par un clergé de bourreaux. Le meurtre était le dogme, les tortures étaient les rites de ce culte atroce. Le Grand-Sacrificateur se revêtait^ pour officier, d'une chasuble rouge de sang caillé; il arrachait le cœur des victimes enchaînées aux briques de l'autel, et l'enfonçait avec une cuillère d'or dans la bouche monstrueuse de l'idole. L'inauguration du grand temple de Mexico fut fêtée par une boucherie de soixante-quatre mille victimes. Tapia, le lieutenant de Gortez, compta cent trente mille crânes dans les charniers du sanctuaire. — L'Inquisition sembla prise, à ce spectacle, d'une émulation sanguinaire. Ge fut l'époque de ses plus vastes supplices. On eût dit qu'elle s'inspirait de ces dieux funèbres. Elle apporta le Ghrist au Mexique, et elle en rapporta Yitzlipoutzli en Espagne.
Cependant, le gibier manqua bientôt à ce limier portant une torche ardente dans sa gueule, que le Saint- Office prenait pour emblème. Les Maures de
irurent ; il ne resta ion, tenace dans sa éternel. Les autres isaient ; ils le marquaient d'un signe dérisoire et le cloîtraient dans la « cité dolente » du Ghetto. En somme, ils le laissaient, pendant de longues trêves, vivre et commercer à sa guise. Pourvu que Shylock rentrât h l'heure fixée dans son antre, il y couvait en pûi ses trésors. L'Espagne seule n'admit jamais ni pacte ni trêve avec Israël, Des quatre éléments, elle ne lui accordait que le feu. Le Juif persistait à faire souche sur cette terre ingrate, et, de cette souche opiniâtre, l'Inquisition alimentait ses brasiers. Elle était la bûche de Noël de son noir foyer, cette bûche inextinguible qui dure tout l'hiver. Les Juifs qui restèrent se firent chrétiens pour échapper à la Qamme, mais la loi des suspects pesait sur les Maranosy — on donnait ce nom aux juifs convertis. — Au moindre signe de rechute, au plus vague indice d'hébrEûsme, le Marane, saisi comme relaps, étaitreplongédanslefeu, L'Inquisition ne tyrannisa pas seulement l'héroïque Espagne, elle l'endurcit et la déprava. Pour ne pas être sa victime, la nation se fit sa complice. Le Saiot- OfTice engendra une -horrible tribu d'affiliés, d'affidés, d'espions et de sbires. Les plus hautes existences furent â la merci des plus abjectes délations. A la fin du xvi' siècle, on peut dire que chaque Castillan est un espion espionné.
Plus il fit autour de lui la nuit et le vide, et plus le monstre devint ombrageux. Les rois eux-mêmes tremblaient devant lui. Il les forçait d'assister officiellement à ses holocaustes. — Philippe II ordonna qu'un vice-roi xendît le dos au fouet du Saint-Office, pour avoir frappé un de ses familiers. C'est, dit-on, à r Inquisition qu'il sacrifia son fils don Carlos. Il avait dit , à son avènement , en lui livrant son précepteur, l'archevêque de Tolède : « Si j'ai du sang a hérétique dans les veines, moi-même je donnerai « mon sang. » — On disait que Philippe III avait expié un mot de pitié, qui lui échappa, pendant un auto-da-fé, de quelques gouttes de sang tirées de son bras par la main du bourreau.
L'Inquisition dégénéra vite, d'ailleurs, de son esprit primitif; car le mal lui-même a sa décadence. Son fanatisme tourna en routine ignare et perverse. C'était une croisade à son début ; bientôt ce ne fut plus qu'une police. L'Ange Exterminateur se fit alguazil. Une noire méchanceté devint le fond de son caractère. Le catholicisme pratiqué par elle mêlait l'atrocité du molochisme à l'intolérance de l'Islam.
Il y a au Louvre un tableau qui semble son portrait de famille : tous les types du Samt-Office y sont rassemblés, comme dans le groupe d'une apothéose. C'est le Saint Basile dictant sa doctrine d'Herrera le Vieux. Au centre de la toile siège saint Basile, vieillard farouche à face léonine, dont la barbe s'épanche à flots de crinière, et qui rugit l'anathème.
IS CHAULES II. Ï29
iragé brandit, comme un stylet,
le. L'ovale du capuchon encadre
eux visage; une fréuésie
et fait cligner ses yeu)
[A gauche, un évoque rébarbatif se renver
arrogante attitude. Derrière, se dresS'
de moines furieuses, menaçantes, c
flambent comme des tisons de bûcb(
i9 du sanhédrin démoniaque plane le
it; mais sous ce pinceau sinistre, la C
le a pris des grifTes et des prunelles de v:
s'abat sur saint Basile comme si elle voi
îr les yeux. Les têtes même des chérut
lient le ciel du tableau, fout des grimace
> colériques. C'est l'Enfer tenant son con<
voir ces démons qui, dans les légendes.
t d'habits sacerdotaux pour parodier les :
ibgùse.
La dépopulation avait fût de l'Espagne pauvre pays de l'Europe, son terrorisme relig d'elle la plus triste et la plus insociable des i A la fin du ïvu^ sicle, cette décadence se tla,Q3 sa Cour et se personniiie dans son Roi. ( paTaisde Madrid qu'il faut descendre pour en i le fond ; c'est sur Charles 11 qu'il faut étudier ^ dont l'Espagne se meurti