‹ Hommes et dieux (volume 2)Chapitre 16 sur 42 · I. Souvent C · texte numérisé non relu

I. Souvent C

les II restait, en plein été, à Madrid, faute de

voir rassembler cette somme. La moitié ou le (

aurait sulB , mais le chiffre cabalistique était

flexible. L'Étiquette réglait encore les présenti

rois à leurs maltresses, la façon dont ils dev

les disgracier ou les établir, lorsqu'elles av

cessé de leur plaire. Le chef-d'œuvre produit

ce rituel royal fut un régicide : un jour, l'étiqi

espagnole tua le roi d'Espagne. Philippe III, aspt

par la vapeur d'un braseroy cria au secours ; 1

cier attaché à ce meuble s'était absenté; la cari.

du trépied avait déserté son poste. Lui seul av;

droit d'y toucher. On le chercha par tous les c

dore et par toutes les chambres : lorsqu'il arriv

roi était mort.

: Quelques fêtes variaient çà et là ce cérém

: immobile. C'étaient des combats de taureaux pn

1 aussi sanglants que les spectacles du Cirque ani

\ des auto-da-fè allumés aux grands jours commi

I feus d'artifice humains, de» processions moitié

' lantes et moitié mystiques où les sigisbés des

[ du palais avaient la liberté de courtiser leurs

;s ; pendant la semaine sainte, des courses

turnes de femmes parées cherchant leurs • amante d'église en église. Les bacchanales de Madrid couraient autour dik 'Calvaire.

Car une des bizarreries de la dévotion espagnole était de mêler T austérité à la volupté et la licence à rintolérçmce. Il y avait de l'hystérie dans son mysticisme. Elle faisait des toilettes de comédienne à ses madones plaquées de fard et pailletées de clinquant. Les entremetteuses hantaient les chapelles; les rendez-vous se donnaient autour du bénitier : on eût dit la conque de Vénus suspendue au seuil de r église. La Vie de la Sainte- Vierge ^ écrite par Marie d'Agreda, la grande Béate castillane du xvii® siècle, fit rougir Bossuet. — C'est dans les tableaux de Murillo que se montre nue cette piété profane. Est-ce à la Reine du ciel ou à une Infante de la terre que ses Anges amoureux qui jouent de la viole, donnent leur sérénade? Avec quelle ardeur étrange ses jeunes Saintes offrent à l'Époux le cœur qu'elles viennent d'arracher saignant et brûlant de leur poitrine en- ^r' ouverte I Son paradis ressemble à une Andalousie céleste : on dirait qu'on y monte par Téchelle de soie des romans. Les Vierges de ses Conceptions scandalisent les yeux en les ravissant. Je crois voir des Houris montant au ciel sur le croissant musulman.

Les offices du cérémonial espagnol ne s'accomplissaient pas, comme en France, avec la légèreté de l'esprit et les grâces de la politesse. Sombre d'hal 3 et de visages, attristée par la surveillance de l'Inc •

sous CHARLES II. 237

âtion, gouvernée dans son intérieur par de vieilles femmes intraitables, plus ponctuelles sur l'étiquette \ que des abbesses sur la règle., la cour de Madrid ^ offrait r aspect d'un clergé funèbre desservant la

, châsse d'un roi embaumé. Les costumes étaient

d'une laideur affreuse ; un deuil éternel enténébrait 1 le palais ; on n'abordait le roi que vêtu de noir. Les golilles qui prenaient le cou des hommes comme dans un carcan , leurs habits à longues basques, leurs chausses étroites, leurs pesants manteaux, les larges besicles prescrites par la mode déformaient la beauté et vieillissaient la jeunesse. Le costume des ;. femmes faisait peur; il effraya Saint-Simon lors- ^ qu'il le vit pour la première fois, dans son ambassade. C'étaient des guimpes monastiques, des mantes I qui masquaient les yeux, des corsages raides comme * des armatures, des vertugadins qui imprimaient au corps les escarpements de la forteresse. Les femmes dont les maris étaient en voyage, portaient une ceinture de cuir ou de corde. Au bal même, elles ne quittaient pas leurs rosaires, dont les grains machinalement défilés marquaient la mesure des menuets. Ajoutez un silence de mort à tous ces éléments de tristesse. On. comptait ses paroles, parce qu'on savait qu'elles seraient pesées. Chaque dame du palais avait son sigisbé; mais, en dehors des jours réservés, il ûe pouvait lui parler que de loin et par gestes. Aux spectacles, à la Chapelle, d'une fenêtre à l'autre, des mains levées échangeaient des signes mystérieux.

'238 LA OODR D'JSSPAGNE

L'amour se faisait par hiéroglyphes dans la royalêï nécropole. On eût cru voir les Muets du sérail courtisant les femmes du sultan.

Des nains et des bouffons tâchaient de divertir cette cour funéraire, pareils aux Faunes qui bondissent autour des sarcophages de l'antiquité. « Il y a ici deux « nains, dit dans sa correspondance M"*® de Yillars, « — qui soutiennent toujours la conversation. » — « Nous fûmes surpris, raconte un voyageur visitant (( en 1654 les jardins d'Aranjuez, — de l'imperti- « nence du bouffon de la reine, qui, avec un tuyau « de fer-blanc, s'en vînt à un de nous pour lui par- « 1er de près, faisant semblant d'être dur d'oreille. » Ces marottes officielles résonnaient d'ailleurs sans échos. Les bouffons entraient dans l'ordonnance du palais : on ne devait pas plus s'égayer de leurs grimaces que de celles des mascarons du portique. Cn jour, la reine Marie-Anne, femme de Philippe IV, étant à dîner, se prit à rire des contorsions du Fou de service. « On l'avertit que cela n'était pas séant « à une reyne d'Espagne, et qu'il falloit être plus « sérieuse; de quoy se trouvant surprise, étant jeune « et nouvellement arrivée d'Allemagne, elle leur dit « qu'elle ne s'en pouvoit empescher, si on ne luy « ostoit cet homme, et qu'on avoît tort de luy faire « voir si on ne vouloit qu'elle en rît *. »

Les princesses étrangères fiancées aux rois d'F •

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