‹ Hommes et dieux (volume 2)Chapitre 2 sur 42 · Les Posthomëriques de Quintus de Smyrne · texte numérisé non relu

Les Posthomëriques de Quintus de Smyrne

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,ux. Dans cette crainte, le :ret, et, s'étant couvert la ivait pas à pas les traces de igissantes de honte, comme Cypris lorsque les habitants de l'Olympe l'aperçurent à découvert dans les bras de Mars k travers les mailles du filet du savant Vulcain. C'est pareille à elle en beauté comme en rougeur naturelle qu'Hélëue marchait elle-même, avec les Troyennes prisonnières de guerre, vers les beaux vaisseaux des Grecs. Tout autour les troupes étaient éblouies en voyant l'éclat et la merveille umable de cette beauté sans défaut, et personne n'osa l'attaquer de traits méchants ni en arrière ni en face, mais ils la regardaient comme une divinité, avec délices; car elle leur apparut à tous comme l'objet désiré. » — Comme pour compléter ■écit de Quintus, un admirable bas-relief* nous ntre Hélène rentrant à Sparte sur son char, avec lélas, non en captive, mais en triomphatrice, l'air iré, l'attitude haute, et tenant d'un geste royal rênes du quadrige.

I Cette grande femme représente la beauté pas- . siïe, innocente des ravages qu'elle cause et des

i' fléaux qu'elle suscite : car Vénus s'attache à elle sans la posséder. Le trouble qu'elle porte dans le sein des hommes n'agite point son cœur ; le feu qui dévora

; 1. Musée Campana.

4t BÉLÈKE.

Phèdre et Médée respecte oe seit quel les sculpteurs venaient prent coupes de l'autel. Elle est froide beautés parfaite?, destinées à rai qu'à troubler les sens, et pour lest] vrait n'être qu'une contemplatioi apparaît, dans les drames, dans les odes et les élégies antiques grave, silencieuse, recueillie en ell noblement attristée des amour Dieux la condamnent. Sa parole cente; les désirs qu'elle excite 1 fligent; elle s'y livre sans les part obéir à une loi sévère. Lorsque \( l'invite au Ut adultère où l'attenc le mépris d'une vierge repoussa teuse qu'elle refuse d'abord d'ob « lui dit-elle, pourquoi veux-tu n a Que n'y vas-tu toî-mêmeî B <i célestes, ne porte plus tes pa « mais, toujours auprès d'un m « caprices jusqu'à ce qu'il fasse H ou bien son esclave. Pour moi, « veui me conduire. Non, je ne ' « sa couche. Toutes les femmes d< <c raient de honte, et mon âme ei « râbles douleurs. »

Ainsi, cette femme merveilleuse ne sudu pas idestinée djs filles de la chair. L'Amour, l'Esclavage

ter dans leurs bras fou- Ire, se la renvoyer l'un à s étreintes une virginité léme ne peut U flétrir ; luer. Elle parcourt l'esle de la poésie antique, îsirable. Vivante image nme peut souiller ses nt pas son ^e éternel.

« Les arbres, dit un proverbe, empéchen la forêt. » Souvent aussi la forât empécbe l'arbre, et le jardin d'apprécier la fleur, S s'il était arrivé à nous isolé, aurùt été plat parmi les Dieux, du moins dans le groupe d dieux de la poésie grecque. Perdu dans le ^ pertoire de \' Anthologie, ce poëte original i y a été longtemps oublié. On ne le discernj de la foule médiocre et obscure des imitatei

\. Voir sur Méléagre un admirable article de ! fieuve {Portraits comlemporains et divers, t. Il premier dans la critique française, l'a révélé et mis e Nous avons emprunté quelques-unes des traduclioni insérées dans celle belle étude. C'est comme un busl aotiquei laillé dans le marbre même de la Grèce, Bode serait orné des plus délicats bas-reliefs. Ap mallre, il n'y a plus qu'à redire et qu'à surmouler.

MELËAGRE.

même, une première fois, avait rassemblé cette gerbe dont l'épaisseur Fa voilé. On peut dire que de ses propres mains il s'est enseveli sous les roses. Imaginez ce que seraient les poésies d'André Ghénier disséminées dans YAlmanach des Muses.

V Anthologie^ dans ses mauvaises pages, pourrait s'appeler en effet « l'Almanach des Muses » de l'antiquité. La Grèce a eu son « Rococô » et son « Pompadour. » Sa littérature, transportée d'Athènes à Alexandrie, y fut prise du mauvais goût asiatique. Les raffmements du langage et de la pensée amollirent la noble muse de Pindare ; les subtilités l'étiolèrent, la galanterie l'affadit. G^est l'époque de ces « petits poètes » qui fourmillaient à la cour des Ptolémées et des Séleucides, vrais musiciens de sérail, dont les vers semblent faits pour être chantés par des voix d'eunuques. Toutes les hautes sources de l'inspiration sont taries; la patrie est morcelée par la conquête; le sens des grands symboles s'est perdu; des contes équivoques ont remplacé les traditions vénérables ; une mythologie sucrée et confite corrompt l'auguste théologie des premiers âges; les grands dieux chantés par Homère et sculptés par Phidias se changent en petites idoles licencieuses, jouets des rhéteurs et des romanciers. G'est alors qu'une Plaie pire que celle des Sauterelles envahit la poésie grecque transplantée sous le ciel d'Egypte : la plaie des Amours. L'Éros d'Anacréon a l'effroyable fécondité de l'abeille à la-

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quelle le poète le compare ; il engendre des milliers de petits bâtards faux, maniérés, alambiqués, pé* dantesques^ qui transforment en jargon galant la langue de Sophocle. Ces Gupidons de pacotille fourmillent dans ï Anthologie y parmi de divins chefsd'œuvre. On y trouve « l'Amour mouillé, » « l'Amour noyé, » « TAmour oiseau, » « l'Amour prisonnier, » a r Amour laboureur, » « l'Amour chasseur, » « FA- Inour écolier, » « l'Amour à vendre... » Gène sont que niches à Véiius, bouquets à Ghloé, ex-votos de Cythère, cœurs en brochette, madrigaux mignards, vignettes libertines. Le miel corrompu coule à pleins bords; on marche jusqu'aux genoux dans les fleurettes artificielles de la décadence.

Il faut dire que Y Anthologie eut quatre éditions , dont la quatrième seule nous est parvenue. La première, recueillie par Méléagre , offrait la fleur dés « poésies fugitives » de l'antiquité; la dernière, 'Compilée dans le x* siècle par un scholiaste du Bas- Empire, n'est plus qu'un fouillis et qu'un résidu. Les pièces fausses se sont glissées dans cette « glyputothèque » où tout était rare et de premier choix. j- Que de purs camées , que de fines intailles , signés 1 du nom de Sapho ou de Stésichore, ont disparu des ; tablettes livrées au pillage ! Et quel bric-à-brac les I a remplacés I

\\ Il en reste assez cependant pour faire de YAntho-^ I logicy telle que nous l'avons, un des plus précieux I reliquaires de la Muse antique. Le médiocre abonde,

m MÉLÉAGRE.

mais aussi l'exquis étincelle; l'or pur brille parmi Talliage et le clinquant entassés. Il est telle série de Y Anthologie qu'on pourrait comparer à ces bracelets bizarres que la mode recherche aujourd'hui : entre une piastre turque et une monnaie byzantine resplendit Teffigie sublime d'une belle médaille sicilienne.

Méléagre, du moins, nous est resté tout entier, et ses cent vingt-huit épigrammes forment ce qu'on pourrait appeler le fond du trésor. Est-ce un Grec pur que Méléagre ? Non, sans doute. Né en Palestine, il passa sa jeunesse à Tyr et se retira dans l'île de €os pour y vieillir longuement, à la façon d'Anacréon, son aïeul. Lui-même signale son origine étrangère dans Tépitaphe anticipée qu'il avait composée pour son tombeau : — « Ma nourrice est l'île a de Tyr, pour patrie attique j'ai eu la syrienne <{ Gadara. Moi, Méléagre, fils d'Eucrates, j'ai grandi <c avec les Muses, et ma première course s'est faite a en compagnie des Grâces Ménippées. Que je sois <( Syrien, qu'y a-t-il d'étonnant ? 0 étranger I nous <( habitons une seule patrie, le monde. Dn seul Chaos a a engendré tous les mortels. Âgé de beaucoup « d'années, j'ai gravé ceci sur mes tablettes, en vue « de la tombe, car celui qui est voisin de la vieilce lesse n'est pas loin de Pluton. Mais toi, si tu m'a <( dresses un salut, à moi le babillard et le vieu: « puisses- tu atteindre toi-même à la vieillesse babi' « larde. » Ailleurs, Méléagre mêle gracieusement s<

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Irois patries dans le salut funèbre que son Ombre ^plore î — « 0 étranger I approche sans crainte. * Avec les âmes pieuses repose dans TÉlysée, depuis y qu'il dort du dernier sommeil, Méléagre, fils d'Eu-^ « crates, Méléagre qui a célébré l'Amour aux douces « larmes, les Muses et les Grâces enjouées. Son âge « viril, il Ta passé dans la divine Tyr et sur la terre a sacrée de Gadara; l'aimable Cos a abrité, a nourri « sa vieillesse. Donc, si tu es Syrien, salami si tu [« es Phénicien, haydouil Es-tu Grec? khairé (adieu), l« Et toi, dis de même. »

i On définirait donc Méléagre en l'appelant un créole |de race athénienne : il y a du « sang mêlé » dans s vers. L'atticisme s'y pare déjà des hyperboles e rOrient ; leur subtilité tourne au raffinement :

verve fiévreuse et sensuelle n'a plus l'ampleur jui caractérise l'inspiration des premiers Lyriques. Il est telle de ses épigrammes, qu'avec d'insensibles variantes on pourrait attribuer à un poëte indien ou persan.

Ce titre d^ Épigrammes^ que portent tous les opuscules de Y Anthologie^ n'a pas le sens que lui 4onne notre poétique. Les épigrammes grecques ii'affectent pas , comme les nôtres , le ton satirique. Elles ont les ailes et la petite taille, mais non le dard "des abeilles. Ce sont des miniatures d'idylles, des raccourcis d'odes, des jeux d'esprit qui n'ont qu'un .trait, des élégies qui n'ont qu'un soupir, des groupes erotiques, exigus et fins comme les petits bronzes du

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