I. Hamlet, scène xix. — 8. Ihid
Cependant Charles II vit, san 'émotion, défiler cette race deux f a'elle allait expirer en lui. Lorsi pparat, il baisa froidement sa main uand vint le tour de Louise d'Oi evit ia jeune et douce femme qui e lie et son seul amour, son cœur se uUirent, il tomba les bras étend Uverte, embrassa longuement la m ^ndit s'écrier parmi ses sanglots :
r ma reine I — Mi reina ! — avant r drù vous tenir compagnie. »
' Quelques mois après, Charles éguant l'Espagne au duc d'Anjou.
H Rien n'influe tant sur le grand e I la mécanique extérieure du jou I verains. C'est ce qu'une expéri I apprend à ceux qui sont initiés t par la faveur ou par les aOaire il dehors assez en confiance avec '} qu'ils leur parlent librement. Je c « par l'expérience que j'ai faite de '» et plus en l'une et l'autre manier 1 naissance est une des meilleures fl autres, et qu'elle manque toujoi
3'}2 LA COUR D'ESPAG.l^E
« souvent aux Mémoire^, dont les plus intéressants é « les plus instructifs le seraient bien davantage s'H « avaient rtioins négligé cette partie, que celui (ja « n'en connaît pas le prix regarde comme une bag» « telle indigne d'entrer dans un récit. Toutefoi (( suis-je bien assuré qu'il n'est point de ministii (( d'État, de favori, de ce peu de gens de tous étage « qui se trouvent initiés dans l'intérieur des souTe- ('. rains par le service nécessaire de leurs emploi (( ou de leurs charges , qui ne soit en tout de moi (( sentiment là-dessus. »
Ces lignes de Saint-Simon pourraient servir d'épigraphe à l'esquisse que nous venons de tracer. L( tableau de genre explique souvent le tableau d'histoire. Ce n'est pas l'histoire politique du règne à Charles II que nous avons voulu raconter, mais s^ chronique intime, le journal de sa décadence. ÏÂ exposant l'intérieur du palais de Charles II, doo! avons fait, pour ainsi dire, l'ouverture du corps. Le mal est là, et non pas ailleurs : l'Espagne meurt de la maladie de ses rois. Au xvii' siècle, les monarchies se font hommes ; les peuples perdent leur caractère multiple et leur existence collective : incamés dans le roi, une individualité les résume. Ils prospèrent ou ils dépérissent, non-seulement du génie ou ^ l'incapacité du prince, mais encore de sa santé fo ou débile, de son régime vicieux ou saluore. comprend, dès lors, l'importance qu'acquiert la privée d'un homme dont le cerveau estlaloi,doi
sous CHARLES II.
nerfs sont les mobiles d'une hatioi ievient historique : son tempérament, IBS infirmités, son entourage, ses mattn le vie sérieux ou frivole, dissipé ou sol ipose le cérémonial. S'il est supérieu lurs par quelque c6té à ces influences it médiocre, elles l'accaparent et le ( Witier : la politique devient alors unt Cambre à coucher.
"" Or, l'existence factice et baroque à ^ette condamnait la plupart des s ïTii' siècle, semblât faite pour énerv ptËie et alTaiblir leur intelligence. Ce i iapparence, n'est en réalité que l'escla'v naissance. Sa grandeur le condamne à '. m si kaut qu'il est inaccessible. La Beuil de son palais, comme la végéta inières assises des hautes cimes. En peuple tous les liens se brisent, toutf .rompent : il devient aussi étranger à choses et des hommes que s'il habi planète. La captivité s'ajoute à la sollti coite à cette mythologie monarchiqui prince un dieu matériel. Une fiction si ne peut se soutenir qu'en s'entourant du cérémonial. L'Étiquette s'empare d chante, en quelque sorte, dans un cercli franchir. Elle dicte ses paroles, elle mi elle réglemente ses démarches. Ohaqu
304 LA COUR D'IESPAGNE }
un cahier de plus à ces charges de la royauté. L-cd traditions s'accumulent, Jes formalités se complkl quejQt, les fonctions de cour» en se multipliant,! finissent par separtager le corps du monarque. Après leur avoir donné sa liberté, son temps, son loisir, il est contraint de leur livrer sa personne. Chacun de ses membres appartient à un dignitaire investi sur lui d'un droit exclusif. Sa jambe droite appartient à un courtisan et sa jambe gauche à un autre. Il ne peut mettre sa chemise sans un chambellan, et sa cravate sans Tempeseur ordinaire. Souvent même l'Étiquette entre effrontément dans Talcôve, et saisit le couple royal dans le filet de Vulcain.
Excessive en France où elle perdit la monarchie en l'exagérant, l'Étiquette, en Espagne, touche à h folie. Les minuties du cloître s'y mêlent aux hyperboles du sérail ; le roi est adoré et garrotté , la reine divinisée et emprisonnée. La théocratie qui règne en leur nom, les soumet à l'immobilité que celle de rÉgypte imposait aux dieux. Volontiers comme à ces dieux, elle leur aurait donné des têtes d'animaux.
Un tel culte devait avoir pour résultat de dégrader ses idoles. Les plus généreuses races, les plus robustes génies n'auraient pu résister à son régime accablant. De Charles-Quint à Charles II, la dynastie
sous CHARLES IL
abâtardit à vue d'oeil. Elle dépérit Sgénère au moral, par gradations ignant les portraits, en comparanl nq rois de cette dynastie , on obtie lène produit par cette série de tête ans laquelle l'inclinaison d'une ransforme insensiblement le profil 6te de grenouille.
Les reines meurent de cette serv £S rois. Elles vont vite en Espagne 188 Morts de la ballade germanique enterre deux, trois, et quelquefois les tuait à petit feu. L'air opaque et jDOur presque africaine était irresf princesses nées dans des royautés te Philippe V et ses successeurs offr Memple de l'action délétère des ma Cette dynastie neuve, qui semblait l'Espagne et raviver son gang appau 'la torpeur morbide qui règne dai
Madrid. La race de Philippe II n'éta
venin n'était pas mort avec elle ; il [ miasmes malsains. La tradition, p ' naissance, s'empare de la dynastie r , dans son moule et la façonne sur
Elle lui inocule les vices organiqu ' usée à qui elle succède ; le favoriti ' drie, rinsouciance, la dévotion soml , l^aéantise monacale.
' Philippe V reproduit exactement Charles II : dirait une métempsycose. Le tempérament seul diffère : Timpuissance fait place au satyriasis, mais ces extrêmes aboutissent au même résultat. Enchaîné par sa piété au lit conjugal, Philippe V devient Tesclave de ses deux femmes : il dépend d'elles autant que Taffamé de celui qui le rassasie. La première reine, Marie-Louise de Savoie, secondée par la princesse des Drsins, le séquestre comme un idiot ; elle le fait invisible et inabordable ; elle lui défend le jeu, la chasse, les promenades, les conversations. Lés rideaux de l'alcôve nnptiale s'étendent, entre lui et le monde, aussi épais qu'une muraille. M'"® des Drsins a seule le droit de les entr'ouvrir et d'interrompre ce perpétuel tête-à-tête. Sa seconde femme, Elisabeth de Parme, resserre encore sa captivité. Lui-même s'y complaît, d'ailleurs, et ne demande qu'à la rétrécir. Comme ces prisonniers dont le corps a pris le pli de l'angle de leur cachot, et que l'espace déconcerte, il n'est à l'aise que dans la clôture.
Saint-Simon décrit en détail cet accouplement enchaîné : c'est le supplice des Jumeaux Siamois aggravé par la représentation et par l'étiquette. Le roi et la reine n'ont qu'un lit, qu'un appartement, qu'un prie-Dieu, qu'un carrosse; s'il faut le dire, qu'une même garde-robe. Us se gardent Fun l'autre mutuellement à vue. Dans toute sa journée, calculée seconde par seconde, la reine est libre un demi-quart
r. sous CHARLES 11
iS'lieure : c'est le matin, tandis qne
^ç Yassafeta la chausse. Le par
trique de leurs existences décrit
léger écart. La reine peut alors
l'oreille de sa confidente, ou recevo
furtivement serré dans son guardh
de cette échappée, respiration hâti'
aion du jour et celle de la nuit, la
de l'ombre du roi. «La chaîne i
« tendue, — dit Saint-Simon, — (
: « jamais le côté gauche du roi. Je
: n fois au Mail, emportée des iostan
; <i par la conversation, marcher ui
« ment que le roi et se trouver à q
': « en arrière , le roi se retourner
i " même regagner son côté en deux
« Quer la conversation ou le récit i
<i peu de seigneurs qui la suivîûen
" elle, et moi avec eux, regagnai
0 aussi ce si peu de terrain qi
u perdre. » — La confession mêm
Le roi surveillait son entrevue avi
cabinet contigu ; il en comptait les
le temps pieacrit était dépassé, i
chambre et la confession finissait.
Cette naturalisation si rapide et
flea plus étranges phénomènes de 1
Saint-Simon, qui avait connu Phil
iou, le retrouva roi d'Espagne dar
de 1718, il fut frappé de stupeur. Le prince français s'était transformé en moine espagnol : on eût dit un portrait de Mignard repeint par Zurbaran. « Le pre- <( mler coup d'œil, lorsque je fis ma première rêvé- « rence au roi d*Espagne, en arrivant, m'étonna si « fort que j'eus besoin de rappeler tous mes sens « pour m'en remettre. Je n'aperçus nul vestige du (( duc d'Anjou, qu'il me fallut chercher dans son « visage fort allongé, changé, et qui disait beaucoup « moins que lorsqu'il était parti de France. Il était « fort courbé, rapetissé, le menton en avant fort ' « éloigné de la poitrine, les pieds tout droits qui se « touchaient et qui se coupaient en marchant, quoi- « qu'il marchât vite, et les genoux à plus d'un pied tt l'un de l'autre. Ce qu'il me fit l'honneur de me « dire était bien dit, mais si l'un après l'autre, les « paroles si traînées, l'air si niais, que j'en fus con- « fondu. »
L'analogie alla jusqu'au bout. En léguant sa couronne au duc d'Anjou, Charles II lui avait transmis sa démence. Comme lui Philippe V devint fou de tristesse, après quarante années de royauté cellulaire. Il errait dans les salles du Buen-Retiro et de l'Escurial, en haillons, la barbe longue, aussi hagard et aussi sordide que le roi Léar courant dans les bruyères de Cornouailles. Quelquefois il restait six mois dans son lit sans quitter la chemise qui poi rissait sur son corps, laissant pousser sa barbe et s > ongles. Sa folie avait des fantaisies shakspearienne
s CHARLES II.
U voulait monter les chevaux représentés tapisseries qui tendaient sa chambre. D'aut il demandait pourquoi, puisqu'il était mort, liait tant à l'ensevelir. La voix féminine du ( Farinelli pouvait seule calmer son délire. On '. venir, lorsque les accès s'emparaient du roi, on appelait David et sa harpe au secours de 1 de Saûl : Adducite tnihî psaltem.
Ses successeurs le continuent, avec des insensibles. Aucun réveil, aucune résistai Génie du lieu qui les absorbe et qui les é Louis I", fils de Philippe V, n'eut déjà plus français. Son caractère sombre, sa dévotion rappelaient Philippe II. Quand il mourut, à ans, après un règne de six mois, l'Inquisiti( en lui son Joas. — Ferdinand VI hérita de la et du médecin de son père. Pendant vingt-i Farinelli berça ses mélancolies incurables i de Basse : Per quesio dolce amplesso- Le ca lien prit sous son règne l'influence que les i exerçaient sur les Césars byzantins. Il y joi d'un Maire du Palais. — Charles 111, le donne signe de vie, dans cette procession de fcules couronnés, ne put éviter la folie 1 mort de sa femme ébranla sa raison. Pou
traire, il s'enfonçait dans mâlée, massacrant en r vreuils, les parquant, f encelatea de toi e canon. On le ûl de fatigue et le Charles IV, d terribles carie îravé d'une pc ivénal racontan
;ne reste faite )ns montrée au
auverait jusqu'à v^usnca m. jueuic uepupuèros stériEté, même paresse, même mépiis strie, même réprobation du travail. La ite un instant, par l'entrée de la nouvelle à la grande muraille cbinoise qui s^are la de l'Europe, se referme bientôt, plus que jamais. L'Inquiàtioa maintient son ;norance et de terrorisme ; sa férocité ne accroître. Philippe V refuse d'assister à ses es ; elle se passe âe sa présence et n'allume Lgot de moins. On compte sme cents vieliées vives pendant les quarante années de : i sept cent quatre-vingt-deux brûlées en onze mille fouettées, pilaràées ou enterrées în-pace. C'est cet exécrable feu sacré qui l'Espagne, étouffe son génie, endurcit ses
sons CHARLES II. 311
irit en elle toute source de vie active et e. Tant qu'il dure, tant qu'il flamboie, le change pas plus que la zone aride qui ;s volcans. Le* rois passent, les dynasties lent, les événements se succèdent, mais e immobile, et Philippe II règne toujours.'