BF^ ; DE LA UORT
« du pain et m'en retourner aussitôt « berger, Dieu fli'envoîe chercher ton i (1 âme ! je ne ta livre pas ainsi : je ne s <c ni malade. Viens, luttons ensemble t u de marbre. Si je suis vmncu, ô Charc i( dras mon âme; si je suis vainqueur, n va-t'en à ton pl^sir. » — Us allèren « depuis le matin jusqu'à midi. — Mais • du goûter, Gharon terrassa le bergt contraste entre cette lutte résolue d'ui reux contre le Trépas, et les jérémiades i les patients de la Dame Macabre réponi talion de la Mort I Plus de brouillards , chemars, plus de faotasmagorles grîma lumineux de la Grèce dissipe tes visions, un combattant qui tue et non un fantômi En touchant le sol de ta Grèce, elle redt et naturelle comme ses anciens Dieux.
L'Orient fataliste ne fait pas non plus Mort; son calme imperturbable ne se devant elle. Les cimetières musulmans dins délicieux ; les promeneurs s'asso tombes comme sur des divans, et font de café aux ossements blanchis qui jon( . loiises. La Mort musulmane s'appelle Azi de ces anges impassibles du Coran qa' pour les Muets du Sérwl divin. On le lorsque la peste menace une ville, errei et par les bazars, et marquer du bout d
assaut mysténeux dont le regard l'avait ; Salomon lui apprit que c'étfût l'Ange t. L'homme effrayé pria le roi d'ordonnt de l'emporter dans l'Inde, ce qui fut It. Alors l'Ange dit à Salomon ; « Voici 'ai regardé cet homme avec attention ; j'w 1er prendre son âme dans l'iade, et j'étais le rencontrer en Judée, a 'hui, la Mort a déposé sa faux, son sablier, iau, ses ailes d'ange ou d'oiseau de proie, tributs poétiques et terribles dont l'avMt agination. La science a étudié son œuvre, i a vu que le phénomène d'un organisme , vaincu après une lutte de quelques anles réactions chimiques qui tendent à le r et à le dissoudre. La Mort ne vient plus : attaquer et renverser l'homme, elle naît ille surgit de sa propre essence. Ce squen le Moyen-Age la personnifiait, c'est celui base et l'armature de notre être, et qui, ir porté quelques jours son vêtement de 'organes, ne tend plus qu'à l'user d'abord, à le rejeter. Destituée de sa mission surdépouillée de l'individualité
DE Lk
dont la foi l'avait revêtue, sinistre d'une loi naturellt nom que la science lui co la vie dont elle est l'indii rible Spectre auquel l'hoi et ses haines était moins sphinx vague, abstrait, ii aature, soumis au flux de de ses destructions, et, se' riable, rejetant les ëtrei engloutissant dans la oui!
a II était une fois un i le caporal Trim à l'oncle 1 — Et c'est tout ; l'histoir et ne fmit pas. L'histoir dans ce vague exorde d fois UD peuple appelé Zigeuner, Gipsies, Gitaru Les historiens des grands plus long que le capora cette peuplade excentriqi que celle de ce Nil d'où mots sanscrits que leur arj arrachés à tous les patoi reconnu leur mystérieuse iages rapportés de Boml
qui s*en approche y entend bruire l'écho de la mer des Indes, — Comment rint!|i immobile a-t-elle engendré cette tribu nomade? Quel crime expie sa proscription séculaire ? D'où vient qu'elle n'a pas emporté une seule idole, un seul fétiche, un seul rite de ce pays natal où les dieux pullulent ? Questions sans réponses. Le sphinx interrogé ne dit pas le mot de l'énigme. Il vous regarde avec son perfide et triste sourire; il bredouille au lieu de répondre : (( Affaires d'Egypte. » Gela ne regarde pas les gorgios.
On comprend la stupeur de l'Europe chrétienne, au xv« siècle, lorsqu'elle vit surgir sur tous les points de son territoire ces hordes baroques qui semblaient tombées d'une autre planète. Les chroniqueurs se signent en dépeignant leurs ramas d'hommes noirs, d'enfants grimaciers et de fauves sibylles. Ils allaient par petites bandes ou gros bataillons, flanqués de chiens de chasse, précédés de Comtes en loques et de Ducs en guenilles, chevauchant des rosses apocalyptiques, campant aux portes des villes, sous des tentes immondes ou sur des chariots qu'on eût dit revenus de la déroute de Sennachérib. Ici, ils se disaient condamnés par le pape à courir le monde, en pénitence d'une apostasie. Là, c'était Dieu lui-même qui les vouait au vagabondage, pour les punii- d'avoir refusé l'hospitalité à la Sainte Famille fuyant en Egypte. L'astuce orientale mystifia la candeur gothique. Le Moyen-Âge crut à ces bateleurs grimés en
énitents et en pèlerins ; il leur délivra d es saufs-conduits, des viatiques, il leu ïute sorte de privilèges bizarres et nîufs. C i race intruse l'envahissait en sourd tpre orientale gagnait la chrétienté tou îout à l'heure ce n'était qu'un point m leppes de la Valacbie, bientôt l'Europe to ùt tachée de leurs bivouacs suspects et S( 11 serût plus facile de décrire l'itinéraire Hi des sauterelles, que de suivre les trac masion. Le mystère inhérent à ce peupi snveloppe ses étemels voyages. Le vent ef preinte de ses pieds. Là où ils étaient ceni mille, lis se reproduisent avec l'effroyablf des insectes. L'Espagne se réveilla, un joui 4e cette vermine, comme lePouilleux de se Us envoyèrent en Angleterre une armée itraversa la mer, invisible, comme ces colon ique débarque un navire venu de mille liei Iqu'il ait relevé l'ancre, le pays en est subn passagers n'ont rien vu et rien entendu. un petit bruit sourd à fond de cale.
Tels ils étaient , tels ils sont encore. , tfiùts de leur premier type ne s'est ait 'retrouvez d;^s lescbûrières de l'Ecosse t cactus de l'Andalousie ces hommes basan crochu, aux yeux striés de bile, aux chev comme des touffes de crin, qui efTrayùen ctirooiqueurs. Callot signerait, pour copie
les fastueux haillons i^ trwt leurs charrettes h( poêlons et de cymbale de mégères et de jolies :
des truands harnachés i mites. C'est toujours I feu ni lieu, sans culte :
lui-même sur tous les sf ses noires caravanes. 1 wn indépendance égoïi du mal, sa rébellion te la contrainte. Immoral il ne réclame des civil -droit d'asile dans son villes policées, les maisi le champ qui enracine, travaux de l'intellige toullues, les sierras pit écroulés, la tente qu'o ■du bâton de voyage ; la à défaut d'autre proie, les licences et les hasi n'obéit qu'aux aiguillo fluences de la lune.
Ses larcins ressemble sassiers. 11 vole au joui icjum, «uio cuiicic-yoïini de prévoyance ou d'épargne. Il s'adjuge le droi' '~' loup sur le haras, du milan sur la basse-cour, reptile sur les bestiaux qu'il empoisonne avec
LES bOUËMIENS.
enins rapportés des jungles, et doat
laln mendier les cadavres. De tous le
ravûl, il ne cultive que la parodie. Moi
Dndre des mules, jouer des gobelets,
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{E^e et paye l'ér'jt de sa vie. 11 se i
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nage. I3n jour de foire est pour lui ce i
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gleur, Rossinante devient robuste comi
Le squelette fourbu qui, la veille, trai
boiteux, le séton au cou, se métamori
isier fringant qui fume et trépigne. L
vidé sa bourse pour l'acquérir; il 1
'i'éperonne... En un temps de galop,
'Cryphe se dessèche entre ses genoux
point fond comme de la neige au sole
posticbe reste dans la main du rustre i
quefois encore, le Bobéme se fait l
c'est en virtuose qu'il bat son enclumt
' soufflet lui rappelle le vent soufflant da
le cliquetis du marteau réjouit son orei
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« expirent après avoir dessiné les rc
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Ainsi des métiers; quant aux arts, i
3t0 LES BOHÉS
qu'un, la musique. Cet art fl est l'élément de son âme ; i il ne se confie qu'à lui seul qu'avec son violon. Là encore pendance. La musique boh sonore : pas de règles, aucune bondissent, les notes s'éparpi apparue s'évade en zigzags fioriture ; le sanglot finit en i qui se traînait langulssamme le galop d'une strette cnragéi à emporter l'âme, des ara féerique, des phrases qui j voix de femmes se lamentée couleur d'or de l'instrument d'une soudaineté enthousias l'imaginadon en plein ciel el les entrailles de la terre. — entendu la Marche de Rakot à leur école. L'air, attaqué s se perdait en imperceptibl l'heure, c'était le hourrah d l'épée haute... maintenant guerre d'une armée d'insect( La grande poésie de la 1 mienne. Lorsqu'elle est belle, sa oeaute est un enchantement. Son teint cuit au soleil a la savea ces fruits qui sollicitent la morsure ; ses yeux fé' où jamais ne passe une lueur de tendresse, U
sut par leur magique clairvoyant [ans des babouches éculées des p 'appuyer sur un socle ; elle étale > lompacte et solide par laquelle on li iaptives au char du vainqueiu*. Le ( iette fille du hasard et de la fie rivant , elle s'harmonise avec tous le la toilette et de la parure. Son corps ^e à ravir dans les étofFes rayées ( verroteries, les amulettes, les sacl [ausses, les baies rouges, les moi voilà les écailles qui font reluire ce se irais goût convient aux idoles. — « ; « fille, — dit un des livres sacrés Il donne-lui un nom sonore, abonda « et qui soit doux aux lèvres de l'homi miennes n'ont pas oublié cette recon vieux brames. Elles s'appellent Ma Preciosa, Meridiana, ÂgrifQna, Orland fleurs ou d'étoiles. Leur rôle dans la in miroir dans la chasse aux aloi l'étranger, allécher le chaland, fasc itlirer, avec leurs yeux aimantés, les doigts et les sequins de sa bourse t^he dont elles s'acquittent avec ui Silènes. Ce n'est pas un des moindres Bohème que la chasteté de ses femme feus et des éj)ices d'une coquetterie luan a déroulé des noms de toutes 1<
Les I cosmopolite : . gauche, à l'em ' trouverez pas s Gipsies, à laqi d'Angleterre, d'une créole a
Imées du Caire mnes de Moscou Ile, et font le cl nés. C'est une t
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danse : on dii imusent à irrite eur costume f iroce. C'est une
-, LES BOUËMIEffS.
d'étoffe rouge découpés en cœurs :
cœurs transpercés, cœurs pris comn au vol dç la danse, brûlés au feu de et splendides, et piqués sur la jiipe 1 a séduits avec les épingles de Yenvc enDemis exposés sur la basquine ' 'des tôtes de giaours entre les crén écrin de cœurs massacrés étalé -cruelle qui s'en pare, comme la paai de sa robe I
Cette fidélité aux hommes de leur d'ailleurs une vertu qu'un instinct c pris les préserve et non la pudeur. Ces ■que n'attendrlriùt pas une pluie d'or, une guinée l'honneur d'nne jeune fiï Bohême qu'on rencontre des vierges \ Ces hermines excellent à vanter la i duire au bourbier.
La beauté chez les Bohémiennes i comme un météore. Elles vieillissent!
I les dévore. Tout en elles est estrêmt entre la Péri et le monstre. Qui a re chemin une de ces vieilles horrifiqi médusé. Le soleil les brûle, la plu!
> vent les tanne, l'âge les déforme et 1( Leur visage n'est plus qu'un fouillis creusent âprement à la lumière du ■ les yeux ont gardé leur éclat sidéri phétique y remplace la flamme i
royaume en plein vent de la danse ailée , elles di cendent dans l'empire mystique des ténèbres; el ne font que changer de trône. Que d'incrédules convaincus les oracles que grommellent ces boucl sépulcrales 1 Que de cœurs ont percés à jour prunelles de braise qui lisent dans la nuit! d'hommes, arrivés le sourire aux lèvres, sont soi de leur antre rêvant comme Macbeth après l'app tion des Sorcières 1
On a déchiffré les hiéroglyphes de l'Egypte etl signes cunéiformes de Ninive ; personne encore tf deviné l'énigme de cette race vivante et présente Est-ce au philosophe, est-ce au naturaliste, qu'il appartient d'analyser son âme dépourvue, en appa^ rence, de toutes les facultés de la réflexion et dg sens moral? Peuple sans tradition, composé d'individus sans mémoire ! Quel miracle a conservé cetta agglomération de molécules si mobiles 7 II n'a pas d'histoire : arrivé au milieu de nous dans un nuage de contes, il s'est habitué à y vivre, et il en a â bien épaissi les ombres, qu'il ne pourrait aujourd'hui distinguer sa réalité de sa fable. Aucun souvenir d'une ère primitive, aucune nostalgie d'un pays na-| tal. On dirait qu'au premier jour de son Exode, il a traversé à la nage le Fleuve de l'oubli. Il n'a pas de; Dieu : sa religion est celle des cigognes qui perchent i indifféremment, suivant la saison, sur la corniche des cathédrales et sur le balcon des pagodes. Catholique en Espagne, protestant en Angleterre, m?ho- 1
lètan en Asie, il passe du temple à la i circoncision au baptême, avec une in isouciance. Le peuple dit, en Valachie, i des Bohémiens ayant été construite chiens l'ont mangée, n Leur athéisme 1 ie;ilsnenîentpa3,ilsn'afnrmentpas, mi pgace se dérobe aux entraves du do; Bur corps agile aux liens de l'existenct Is ne croient qu'à la Nature, ils n'adi fatalité qui régit leur vague existence, ace a été observé et constaté de tout te poant des Réaux raconte que la Reine A ebe mit au couvent, pour la convertir, un leuse bohémienne, appelée Liance, qui }k cour de Louis XIIL a Elle pensa fdre le monde, dit-il, car elle se mettait i (qu'on parlait d'oraison. »
Comment le Bohème s'éléverait-il k V [i peine a-t-il conscience de son être. 1 |natt pas plus lui-même que l'oiseau ne i iiaturelle. Chaque nuit efface pour lui lea 'le la veille; chaque matin il s'éveille au Je papillon s'élance de sa larve. Interroj vie passée, il s'embrouille, il balbutie, conte des fragments de rôves... — Bon no propos de vieux Gitano qui jette un , sut Viiitérieui" de ces tètes obscures. 1 tt viens, — lui dit son guide Antonio, " enfant, je me mis un jour à battre 1
qui s'en approche y entend bruire Técho de la mer des Indes. — Comment rint!^^ immobile a-t-elle engendré cette tribu nomade? Quel crime expie sa proscription séculaire ? D'où vient qu'elle n'a pas emporté une seule idole, un seul fétiche, un seul rite de ce pays natal où les dieux pullulent ? Questions sans réponses. Le sphinx interrogé ne dit pas le mot de l'énigme. Il vous regarde avec son perfide et triste sourire ; il bredouille au lieu de répondre : « Affaires d'Egypte. » Gela ne regarde pas les gorgios.
On comprend la stupeur de l'Europe chrétienne, au XV' siècle, lorsqu'elle vit surgir sur tous les points de son territoire ces hordes baroques qui semblaient tombées d'une autre planète. Les chroniqueurs se signent en dépeignant leurs ramas d'hommes noirs, d'enfants grimaciers et de fauves sibylles. Ils allaient par petites bandes ou gros bataillons, flanqués de chiens de chasse, précédés de Comtes en loques et de Ducs en guenilles, chevauchant des rosses apocalyptiques, campant aux portes des villes, sous des tentes immondes ou sur des chariots qu'on eût dit revenus de la déroute de Sennachérib. Ici, ils se disaient condamnés par le pape à courir le monde, en pénitence d'une apostasie. Là, c'était Dieu lui-même qui les vouait au vagabondage, pour les punir- d'avoir refusé l'hospitalité à la Sainte Famille fuyant en Egypte. L'astuce orientale mystifia la candeur gothique. Le Moyen-Age crut à ces bateleurs grimés en
énitentaet en pèlerins; il leur délivra les aaafs-cooduits, des viatiques, il 1 oute sorte de privilèges bizarres et naïfs. i race intruse l'envabissaît en soui Èpre orieDtale gagnait la chrétienté t [out à l'heure ce n'était qu'un point teppes de la Valachie, bientôt l'Europe tit tachée de leurs bivouacs suspects et 11 serait plus facile de décrire l'itinérai >u des sauterelles, que de suivre les tr nvasion. Le mystère inhérent à ce peu Enveloppe ses étemels voyages. Le vent pteinte de ses pieds. Là où Us étaient a inille. Ils se reproduisent avec l'elTroyal desinsectes. L'Espagne se réveilla, un jo de cette vermine, comme le Pouilleux de ils envoyèrent en Angleterre une arm traversa la mer, invisible, comme ces coli ([ue débarque un navire venu de mille 1 qu'il ait relevé l'ancre, le pays en est sul passagers n'ont rien vu et rien entend Va petit bruit sourd à fond de cale.
Tels ils étaient , tels ils sont encore. *r^ts de leur premier type ne s'est s retronveî djjis les clairières de l'Ecosse cactus de l'Andalousie ces hommes bas:
crochu, aux yeux striés de bile, aux chi comme des touffes de crin, qui eifrayaii chroniqueurs. Gallot signerait, pour cop
Telle est, dans son rapide abrégé, cette conception étrange, qui, sous la forme du spectacle, du tableau, de la peinture ou du livre, fascina le Moyen-Age pendant plus d'un siècle. On peut dire qu*à cette époque la Mort fut littéralement à la mode ; tous les esprits la méditaient, tous les cœurs battaient à son approche si fréquente. Chacun rêvait d'elle, comme l'amant rêve à sa maîtresse, lorsque l'heure du rendez-vous s'avance, et que d'une minute à l'autre elle peut arriver... — N'est-ce pas elle qui monte l'escalier? N'avez-vous pas entendu frémir les plis de sa robe ? — N'en tendez- vous pas claquer ses ossements et siffler sa faux ? — Ses artistes la peignent avec une sorte d'amour ; ils s'ingénient à varier son crâne immobile ; ils lui prêtent des jeux de physionomie aussi expressifs et aussi nuancés que ceux du visage ; ils font parodier toutes les attitudes du corps vivant à sa frêle charpente ; ils lui donnent tous les âges, tous les sexes, tous les caractères. — Ici, la Mort est vieille : sa tète branle , ses fémurs chancellent ; là , elle roidit des biceps d'athlète : son torse vide ressemble à un antre d'où le lion est sorti. Ailleurs, elle affecte les allures folâtres de la jeunesse :
vous diriez le svelte squelette d'une danseuse ou d'un écolier.
DE LA HOBT.
A travers ces jeux de la forme i dominante : celle de la fraternité t vant avec effroi entre les bras di traction.
Il y a trente ans, Grandville ent Daose Macabre à l'usage du su* :
un squelette déguisé en groom, ei macien, en garde national, par< visiter les musons du Paris mo( manquait à cette parodie des a vieux temps. La Mort, dans les frt de Grandville, prend la forme pros spectre bureaucrate qui gère le cii arrondissement silencieux.
En dehors de la Danse Macab toujours sous l'effigie d'un squelei montre dans les allégories de la ; Tantôt elle s'habille en chasseres curée humaine, le cor à la boucl le poing. Tantôt elle parade aux appuyée sur une grande lance et ronne du roi mort. Pétrarque la pi de triomphe des anciens Césars ; h à cheval, une horloge de sable à un cavalier pensif qui s'enfonce dî
breuse. Rembrandt l'évoque d'une fosse entr'ouverte, devant deux fiancés en habits de fête. Les sculpteurs de la Renaissance lui font ouvrir avec ua fracas théâtral la porte des mausolées.
Çà et là, cependant, l'imagination humaine prête à la Mort des traits moins hideux et moins répulsifs. La Grèce moderne a gardé l'antipathie qu'inspirait au génie hellène l'image physique de la destruction. Ses Chants populaires représentent la Mort sous la figure archaïque de Charon , l'ancien batelier des Ombres. Gomme le Génie étrusque, Charon emmène à cheval les âmes des trépassés. « Il fait aller les « jeunes gens devant et les vieillards derrière, — et <( les tendres petits enfants rangés de file sur sa <{ selle. — Les vieillards le prient, et les jeunes gens a le supplient : — a 0 Charon ! fais halte près de <( quelque village , au bord de quelque fraîche fon- « taine : — les vieillards boiront, les jeunes gens a joueront au disque, et les tout petits enfants cueil- « leront des fleurs. » — « Je ne fais halte près d'auu cun village, au bord d'aucune fraîche fontaine : — <( Les mères qui viendraient puiser de l'eau recona naîtraient leurs enfants ; — les maris et les femmes « se reconnaîtraient, et il ne serait plus possible de a les séparer. » — Dans un autre chant, l'agonie d'un pâtre frappé à la fleur de l'âge prend la forme plastique d'un combat d'athlètes. Charon l'attend au défilé d'une montagne. — «D'où viens-tu, svel**». <* berger aux cheveux nattés ? — Je vais chercha '
DE LA UORT.
c du pain et m'en retourner aussitô 0 berger, Dieu ip'envoSe chercher ton n âme ! je ne la livre pas ainsi : je ne « ni malade. Viens, luttons ensemble « de marbre. Si je suis vwncu, fi Char « dras mon âme; si je suis vainqueur, « vap-t'en à ton plaisir. » — Us allërei <i depuis le matin jusqu'à midi. — Mai; 0 du goûter, Charon terrassa le berg contraste entre cette lutte résolue d'u reux contre le Trépas, et les jérémiades les patients de la Dame Macabre répon tation de la Mort ! Plus de brouillards, chemars , plus de Tantasmagories grim lumineux de la Grèce dissipe les visions un combattant qui tue et non un fantôrc En touchant le sol de la Grèce, elle red et naturelle comme ses anciens Dieux.
L'Orient fataliste ne fait pas non plu Mort; son calme imperturbable ne se devant elle. Les cimetières musulmans dins délicieux ; les promeneurs s'assi tombes comme sur des divans, et font de café aux ossements blanchis qui jon louses. La Mort musulmane s'appelle A:
de ces anges impassibles du Coran qi pour les Muets du Sérûl divin. On le lorsque la peste menace une ville, erre et par les bazars, et marquer du bout t
DE Lk HORT. 333
dont la foi l'avait revêtue, la Mort a pris la sérénité
sinistre d'une loi naturelle. Elle a perdu jusqu'à son
nom que la science lui conteste, en la mêlant avec
la vie dont elle est l'indispensable al'
rible Spectre auquel l'homme prêtait
et ses haines ét^t moins effrayant pei
sphinx vague, abstrait, impassible, p
aature, soumis au Qux de ses nalssauc
de ses destructions, et, selon cette ait
riable, rejetant les êtres vers la lu
engloutissant dans la nuit.
« II ét^t une fois un ce le caporal Trîm àl'oiicle To — Et c'est tout ; l'histoire et ne finit pas. L'histoire dans ce vague eiorde de fois un peuple appelé R Zigeunery Gipsïes, Gîtanos Les historiens des grands ( plus long que le caporal^ cette peuplade excentrique que celle de ce Nil d'où il mots sanscrits que leur arga arrachés à tous les patois reconnu leur mystérieuse ( lages rapportés de Bombs
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LES BOHËMIENS.
"éniteots et en pèlerins; il leur délivra [es saufs-conduits, des viatiques, il oute sorte de privilèges bizarres et naïfs a race intruse l'envahissait en sou èpre orientale gagnait la chrétienté fout à l'heure ce n'était qu'un point iteppes de la Valachie, hientôt l'Europe ut tachée de leurs bivouacs suspects et Il serait plus facile de décrire l'itinéra ju des sauterelles, que de suivre les ti invasion. Le mystère inhérent à ce pei enveloppe ses étemels voyages. Le vent preinte de ses pieds. Là où ils étaient c mille. Ils se reproduisent avec l'effroya des insectes. L'Espagne se réveilla, un j< de cette vermine, comme XtPouilîeux de Ils envoyèrent en Angleterre une arn traversa la mer, invisible, comme ces col que débarque un navire venu de mille 1 qu'il ait relevé l'ancre, le pays en est su passagers n'ont rien vu et rien entend un petit bruit sourd à fond de cale.
Tels ils étaient, tels Us sont encore traits de leur premier type ne s'est i retrouver Asps les clûrières de l'Ëcosst cactus de l'Andalousie ces hommes bas crochu, aux yeux striés de bile, aux ch comme des touffes de crin, qui effrayai chroniqueurs. Gallot signerait, pour cop
338 " tES BOHÉMIENS,
les fastueux haillons qui ^es drapent; il recoi trait leurs charrettes héroï-comiques encombrées poêlons et de cymbales, d* oripeaux et de vol; de mégères et de jolies filles, qu'escortent gravei des truands harnachés et des enfants coiffés de mites. C'est toujours le même peuple errant, feu ni lieu, sans culte ni code, épars et identique' lui-même sur tous les sentiers du monde où il ses noires caravanes. Il a gardé sa paresse rèvei son indépendance égoïste, son ignorance du bien du mal, sa rébellion tenace aux lois du travail et I la contrainte. Immoral et poétique comme la Natoii il ne réclame des civilisations qu'il traverse quel droit d'asile dans son vaste temple. Aux autres U villes policées, les maisons solides, le foyer qui fondi le champ qui enracine, la sécurité du bien-être, U travaux de l'intelligence. Au Bohême les forêl touffues, les sierras pierreuses, les arches de ponl écroulés, la tente qu'on roule chaque matin autonj du bâton de voyage; la marmite immonde où cuisenf à défaut d'autre proie, le hérisson et la taupe. A là les licences et les hasards de la vie instinctive qd n'obéit qu'aux aiguillons de la chair et qu'aux ht fluences de la lune.
Ses larcins ressemblent aux rapts des animaux ca^ oassiers. Il vole au jour le jour, sans arriëre-peiisé< de prévoyance ou d'épargne. Il s'adjuge le droit du loup sur le haras, du milan sur la basse-cour, do reptile sur les bestiaux qu'il empoisonne avec des
LES 60HÉMIENS.
irenins rapportés des jungles, et dont
main mendier les cadavres. De tous le
travail, il ne cultive que la parodie. Moi
tondre des mules, jouer des gobelets,
aventure, c'est avec cette monnaie (
gagne et paye l'éc'jt de sa vie. Il se i
dans les ruses et dans les prestiges d
nage. Un jour de foire est pour lui ce (
sabbat est pour un sorcier. Entre ses
gleur, Rossinante devient robuste comt
Le squelette fourbu qui, la veille, tra]
boiteux, le séton au cou, se métamori
aiev fringant qui fume et trépigne. L'
' vidé sa bourse pour l'acquérir; il l
l'éperonne... En un temps de galop,
crypbe se dessèche entre ses genoux
point fond comme de la neige au sole
' postiche reste dans la main du rustre é
' quefois encore, le Bohème se fait fi
c'est en virtuose qu'il bat son enclume
soufflet lui rappelle le vent soufflant da
le cliquetis du marteau réjouit son orei
mobile s'envole et s'ébat parmi les étino
u une centaine de délicieuses OUes, elle
u roses, empourprées, et, dans le t
d expirent après avoir dessiné les rc
u gracieuses. » C'est un couplet de
hême.
Ainsi des métiers ; quant aux arts, i
3i0 LES BOHÉMIENS.
- qu'un, la musique. Cet art fluide où la pensée flol est Télément de son âme ; il s'y plonge, il y il ne se confie qu'à lui seul. Un Bohême ne cai qu'avec son violon. Là encore il revendique son indi pendance. La musique bohème est une fm sonore : pas de règles, aucune discipline. Les rhythnw bondissent, les notes s'éparpillent, la mélodie àpeîi apparue s'évade en zigzags dans les dédales de fioriture ; le sanglot finit en éclat de rire, Tandanlej qui se traînait languissamment sur les cordes, preu le galop d'une strette enragée. Mais ce sont des trait à emporter l'âme, des arabesques d'une richesse féerique, des phrases qui pleurent, comme si dej voix de femmes se lamentaient entre les planchettes couleur d'or de l'instrument enchanté, des passages d'une soudaineté enthousiaste, qui tantôt enlèvent l'imagination en plein ciel et tantôt l'enfoncent dans les entrailles de la terre. — Je me souviens d'avoir entendu la Marche de Rakocy par un virtuose formé à leur école. L'air, attaqué avec un éclat fulgurant, se perdait en imperceptibles rumeurs... Tout à l'heure, c'était le hourrah d'un escadron chargeant l'épée haute, .r maintenant on eût dit le chant de guerre d'une armée d'insectes.
La grande poésie de la Bohême , c'est la Bohémienne. Lorsqu'elle est belle, sa beauté est un enchantement. Son teint cuit au soleil a la saveur de ces fruits qui sollicitent la morsure ; ses yeux félins, où jamais ne passe une lueur de tendresse, fa i-
aent par leur magique clairvoyan
dans des babouches éculées des |
s'appuyer sur un socle ; elle étale
compacte et solide par laquelle on li
captives au char du vainqueur. Le (
.cette fille du hasard et de la (ic
■vivant , elle s'harmonise avec tous le
la toilette et de la parure. Son corps
tille à ravir dans les étoffes rayées <
yerroteries, les amulettes, les sad
fausses, les baies rouges, les moi
.voilà les écailles qui font reluire ce sf
vais goût convient aux idoles. — «
u lîUe, — dit un des livres sacrés
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Les Aimées du Cmre j Bohémiennes de Moscou.
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Bohême qu'on rencontre des vierges er Ces hermines excellent à vanter la fa ■ duire au bourbier.
La beauté chez les Bohémiennes res comme un météore. Elles vieillissent vit les dévore. Tout en elles est extrême; entre la Péri et le monstre. Qui a renc chemin une de ces vieilles horrifique médusé. Le soleil les brûle, la pluie vent las tanne, l'âge les déforme et les i Leur visage n'est plus qu'un fouillis d creusent àprement à la lumière du ci( les yeux ont gardé leur éclat sidéral phétique y remplace la flamme vol
qui s* en approche y entend bruire Técho de la mer des Indes. — Comment rinC!|p immobile a-t-elle engendré cette tribu nomade? Quel crime expie sa proscription séculaire ? D'où vient qu'elle n'a pas emporté une seule idole, un seul fétiche, un seul rite de ce pays natal où les dieux pullulent ? Questions sans réponses. Le sphinx interrogé ne dit pas le mot de l'énigme. Il vous regarde avec son perfide et triste sourire ; il bredouille au lieu de répondre : « Affaires d'Egypte. » Cela ne regarde pas les gorgios.
On comprend la stupeur de l'Europe chrétienne, au XV* siècle, lorsqu'elle vit surgir sur tous les points de son territoire ces hordes baroques qui semblaient tombées d'une autre planète. Les chroniqueurs se signent en dépeignant leurs ramas d'hommes noirs, d'enfants grimaciers et de fauves sibylles. Ils allaient par petites bandes ou gros bataillons, flanqués de chiens de chasse, précédés de Comtes en loques et de Ducs en guenilles, chevauchant des rosses apocalyptiques, campant aux portes des villes, sous des tentes immondes ou sur des chariots qu'on eût dit revenus de la déroute de Sennachérib. Ici, ils se disaient condamnés par le pape à courir le monde, en pénitence d'une apostasie. Là, c'était Dieu lui-même qui les vouait au vagabondage, pour les punii- d'avoir refusé l'hospitalité à la Sainte Famille fuyant en Egypte. L'astuce orientale mystifia la candeur gothique. Le Moyen-Age crut à ces bateleurs grimés en
énîtentset en pèlerins; il leur délivra des bulles, les saafs-conduits , des viatiques, il leur octroya oute sorte de privilèges bizarres et naïfs. Gependantr a race intruse l'envahissait en sourdine. I èpre orientale gagnait la chrétienté tout ent fout à l'heure ce n'était qu'un point noir su iteppes de la Valachie, bientôt l'Europe tout en ùt tachée de leurs bivouacs suspects et sordide Il serait plus facile de décrire l'itinéraire des n ju des sauterelles, que de suivre les traces de invasion. Le mystère inhérent à ce peuple étn enveloppe ses étemels voyages. Le vent elîace 1 freinte de ses pieds. Là où ils étaient cent, les mille. Ils se reproduisent avec l'effroyable fécoi des insectes. L'Espagne se réveilla, un jour, cou' de cette vermine, comme le Pouilleux de son Mui lis envoyèrent en Angleterre une armée, et traversa la mer, invisible, comme ces colonies de que débarque un navire venu de miUe lieues, k qu'il ait relevé l'ancre, le pays en est submergé. passagers n'ont rien vu et rien entendu... à i Un petit bruit sourd à fond de cale.
Tels ils étaient, tels ils sont encore. Aucur traits de leur premier type ne s'est altéré, retrouve! Jïfls les clairières de l'Ecosse et sou cactus de l'Andalousie ces hommes basanés, ai crochu, aux yeux striés de bile, aux cheveux n comme des touffes de crin, qui effrayaient les ^ chroniqueurs. Gallot signerùt, pour copie confo
les fastueux haillons qui \es drapent; il recoi trait leurs charrettes héroï-comiques encombrées i poêlons et de cymbales, d'oripeaux et de voL de mégères et de jolies filles, qu'escortent graveoM des truands harnachés et des enfants coiffés de m< mites. C'est toujours le même peuple errant, feu ni lieu, sans culte ni code, épars et identique lui-même sur tous les sentiers du monde où il et ses noires caravanes. Il a gardé sa paresse rêvei son indépendance égoïste, son ignorance du bien du mal, sa rébellion tenace aux lois du travail et la contrainte. Immoral et poétique comme la Nal il ne réclame des civilisations qu'il traverse que droit d'asile dans son vaste temple. Aux autres villes policées, les maisons solides, le foyer qui fonde le champ qui enracine, la sécurité du bien-être, k travaux de l'intelligence. Au Bohême les forèis touffues, les sierras pierreuses, les arches de pont écroulés, la tente qu'on roule chaque matin autooi du bâton de voyage ; la marmite immonde où cuisent, à défaut d'autre proie, le hérisson et la taupe. A lai les licences et les hasards de la vie instinctive qui n'obéit qu'aux aiguillons de la chair et qu'aux iiH fluences de la lune.
Ses larcins ressemblent aux rapts des animaux carnassiers. Il vole au jour le jour, sans arrière-pensée de prévoyance ou d'épargne. Il s'adjuge le droit da loup sur le haras, du milan sur la basse-cour, du reptile sur les bestiaux qu'il empoisonne avec des
LES fiOHÉMIEMS. 339
Venins rapportés des jungles, et dont il va le lendemain mendier les cadavres. De tous les exercices du travail, il ne cultive que la parodie. Montrer des ours, tondre des mules, jouer des gobelet ' aventure, c'est avec cette monnait
■ gagne et paye l'éoJt de sa vie. H si dans 1^ ruses et dans les prestiges nage. Un jour de foire est pour lui c
* sabbat est pour un sorcier. Entre si gleur. Rossinante devient robuste coi ' Le squelette fourbu qui, la veille, t y boiteux, le séton au cou, se métamt I sier fringant qui fume et trépigne.
I vidé sa bourse pour l'acquérir; il ! Téperonne... En un temps de gale f- cryphe se dessèche entre ses geno > point fond comme de la neige au se f postiche reste dans la main du rustn '■ quefois encore, le Bohème se fait ! c'est en virtuose qu'il bat son enclui I soufflet lui rappelle le vent soufflant
■ le cliquetis du marteau réjouit son o mobiles'envoleets' ébat parmi leséti « une centaine de délicieuses filles, e
i u roses, empourprées, et, dans le
« expirent après avoir dessiné les
« gracieuses. » C'est un couplet i
bëme.
Ainsi des méUers ; quant aux arts.
3i0 LES BOHÉMIENS.
- qu'un, la musique. Cet art fluide où la pensée flo! est Télément de son âme; il s'y plonge, il y il ne se confie qu'à lui seul. Dn Bohême ne qu'avec son violon. Là encore il revendique son indéj pendance. La musique bohème est une fantasii sonore : pas de règles, aucune discipline. Les rhythinq bondissent, les notes s'éparpillent, la mélodie àpeini apparue s'évade en zigzags dans les dédales de I4 fioriture ; le sanglot finit en éclat de rire, randantej qui se traînait languissamment sur les cordes, prend le galop d'une strette enragée. Mais ce sont des traiti à emporter l'âme, des arabesques d'une richesse féerique, des phrases qui pleurent, comme si des voix de femmes se lamentaient entre les planchettes couleur d'or de l'instrument enchanté, des passages d'une soudaineté enthousiaste, qui tantôt enlèvent l'imagination en plein ciel et tantôt l'enfoncent danS; les entrailles de la terre. — Je me souviens d'avoir: entendu la Marche de Rakocy par un virtuose formé à leur école. L'air, attaqué avec un éclat fulgurant, se perdait en imperceptibles rumeurs... Tout à l'heure, c'était le hourrah d'un escadron chargeant l'épée haute.. r maintenant on eût dit le chant de guerre d'une année d'insectes.
La grande poésie de la Bohême, c'est la Bohémienne. Lorsqu'elle est belle, sa beauté est un enchantement. Son teint cuit au soleil a la saveur de ces fruits qui sollicitent la morsure ; ses yeux félins, où jamais ne passe une lueur de tendresse, fasci- 1
aent par leur magique clalrvoyanc
dans des babouches éculées des pi
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captives au char du vainqueur. Le c.
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vieux brames. Elles s'appellent Moi
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l'étranger, allécher le chaland, fasci:
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. doigts et les sequins de sa bourse.
tâche dont elles s'acquittent avec un
Sirènes. Ce n'est pas un des moindres
Bohème que la chasteté de ses femmes
feux et des épices d'une coquetterie
Juan a déroulé des noms de toutes le
sa liste cosmopolite : il y en a même écrits, de droite à gauche, à l'encre de Chine. Cherchez bien, vous n'y trouverez pas un nom de Bohême. La dernière des Gipsies, à laquelle on donnerait pour amant un lord d'Angleterre, se redresserait avec l'indignation d'une créole accusée de s'être livrée à un nègre.
Les Aimées du Caire pâliraient, dit-on, auprès des Bohémiennes de Moscou. Elles ensorcellent la jeunesse de la ville, et font le dégât d'une invasion dans ses patrimoines. C'est une mode et une rage de les avoir dans les fêtes. Elles y exécutent des danses d'Hérodiade , des danses qui semblent piquées au talon par une cantharide. L'air s'allume au tournoiement de leurs robes ; leurs yeux fous, leurs gestes lascifs promettent des voluptés enflammées. Un frisson d'amour circule dans la salle, les têtes s'exaltent, les cœurs bondissent, on lance des poignées d'or et de bijoux à leurs pieds... elles, restent froides comme des salamandres dansant au fond d'un brasier. Elles s'enfuient après avoir allumé ce grand feu, et, qui les suivrait à la sortie de ces bals, les verrait couru: au loin, dans la plaine, vers un camp nocturne, ou rejoindre un noir saltimbanque ronflant sur le fumier d'une étable. Il y a de la méchanceté dans l'hystérie de leur danse : on dirait que ces cruelles baladines s'amusent à irriter la passion et à torturer le désir. Leur costume favori semble l'emblème de ce jeu féroce. C'est une jupe jonchée de morceaux
d'étoffe rouge découpés en cœurs : cœui cœurs transpercés, cœurs pris comme def au vol de la danse, brûlés au feu de ces y et splendides, et piqués sur la jupe brillai a séduits avec les épingles de l'envoûtenti ennemis exposés sur la basfpiine lascivi des têtes de giaours entre les créneaux écrin de cœurs massacrés étalé sur cruelle qui s'en pare, comme la panthère de sa robe I
Cette fidélité aux bommes de leur race d'ailleurs une vertu qu'un instinct du san pris les préserve et non la pudeur. Ces mémi que n'attendrirait pas une pluie d'or, vendr une guiûée l'honneur d'une jeune fille. 11 1 Bohême qu'on rencontre des vierges entrei Ces hermines excellent à vanter la fange duire au bourbier.
La beauté chez les Bohémiennes resplei comme un météore. Elles vieillissent vite, el les dévore. Tout en elles est extrême; pas entre la Péri et le monstre. Qui a renconti chemin une de ces vieilles horrifiques ei médusé. Le soleil les brûle, la pluie les vent las tanne, l'âge les déforme et les casa Leur visage n'est plus qu'un fouillis de ri creusent âprement à la lumière du ciel bl les yeux ont gardé leur éclat sidéral : 1'^ phétique y remplace la flamme volupté
royaume en plein vent de la danse ailée , elles d( cendent dans l'empire mystique des ténèbres; el ne font que changer de trône. Que d'incrédules convaincus les oracles que grommellent ces bouchi sépulcrales 1 Que de cœurs ont percés à jour prunelles de braise qui lisent dans la nuit! d'hommes, arrivés le sourire aux lèvres, sont soi de leur antre rêvant comme Macbeth après l'appî tion des Sorcières 1
On a déchiffré les hiéroglyphes de l'Egypte et le signes cunéiformes de Ninive ; personne encore tfj deviné l'énigme de cette race vivante et présente. Est-ce au philosophe, est-ce au naturaliste, qu'il appartient d'analyser son âme dépourvue, en apparence, de toutes les facultés de la réflexion et da^ sens moral? Peuple sans tradition, composé d'individus sans mémoire ! Quel miracle a conservé cet agglomération de molécules si mobiles ? Il n'a d'histoire : arrivé au milieu de nous dans un nuage de contes, il s'est habitué à y vivre, et il en a si bien épaissi les ombres, qu'il ne pourrait aujourd'hui 1 distinguer sa réalité de sa fable. Aucun souvenir d'une ère primitive, aucune nostalgie d'un pays natal. On dirait qu'au premier jour de son Exode, il a; traversé à la nage le Fleuve de l'oubli. Il n'a pas de Dieu : sa religion est celle des cigognes qui perchent indifféremment, suivant la saison, sur la corniche des cathédrales et sur le balcon des pagodes. Catholique en Espagne, protestant en Angleterre, mr lO-
étan en Asie, il passe du temple à la , circoncision au baptême, avec une i isouciance. Le peuple dit, en Valachîe, des Bohémiens ayant été construite chiens l'ont maagée. n Leur athéisme ie;il3 ne nientpas, ils n'affirment pas, n: (igace se dérobe aux entraves du d( BUT corps agile aux liens de l'existenc Is ne croient qu'à la Nature, ils n'ad ïatalité qui régit leur vague existence, l'ace a été observé et constaté de tout t nant des Réaux raconte que la Reine che mit au couvent, pour la convertir, u: Kuse bohémienne, appelée Liance, qu la cour de Louis XIU. « Elle pensa faire le monde, dit-il, car elle se mettait i^n'on parlait d'orùson. »
, Comment le Bohême s'élèverait-îl à '. [4 peine a-t-il conscience de son être, [naît pas plus lui-même que l'oiseau ne (naturelle. Chaque nuiteEFace pour lui le 4e la veille; chaque matin il s'éveille a le papillon s'élance de sa larve. Interro vie passée, il s'embrouille, il balbutie conte des fragments de rêves... — Boi Ml propos de vieux Gitano qui jette un «ur l'intérieur de ces têtes obscures.
« viens, — lui dit son guide Antonic « enfant, je me mis un jour à battre
:S BOHl
! enteDd aent l'Ii nomad ire? D' ,dole, ur i les di< phinx in us regai redouiU . » Cela
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LES BOHËUIENS.
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Tels ils étaient , tels ils sont encore traits de leur premier type ne s'est t retrouvez JiSAS les cUûrières de l'Écosst cactus de l'Andalousie ces hommes bas:
crochu, aux yeux striés de bile, aux ch comme des touffes de crin, qui effrayai chroniqueurs. Callot signerait, pour cop
Telle est, dans son rapide abrégé, cette conception étrange, qui, sous la forme du spectacle, du tableau, de la peinture ou du livre, fascina le Moyen-Age pendant plus d'un siècle. On peut dire qu'à cette époque la Mort fut littéralement à la mode ; tous les esprits la méditaient , tous les cœurs battaient à son approche si fréquente. Chacun rêvait d'elle, comme l'amant rêve à sa maîtresse, lorsque l'heure du rendez-vous s'avance, et que d'une minute à l'autre ^lle peut arriver... — N'est-ce pas elle qui monte l'escalier? N'avez-vous pas entendu frémir les plis de sa robe ? — N'entendez- vous pas claquer ses ossements et siffler sa faux ? — Ses artistes la peignent avec une sorte d'amour ; ils s'ingénient à varier son crâne immobile ; ils lui prêtent des jeux de physionomie aussi expressifs et aussi nuancés que ceux du visage ; ils font parodier toutes les attitudes du corps vivant à sa frêle charpente ; ils lui donnent tous les âges, tous les sexes, tous les caractères. — Ici, la Mort est vieille : sa tète branle , ses fémurs chancellent ; là, elle roidit des biceps d'athlète : son torse vide ressemble à un antre d'où le lion est sorti. Ailleurs, elle affecte les allures folâtres de la jeunesse : vous diriez le svelte squelette d'une danseuse ou d'un écolier.
A travers ces jeux de la forme per dominante : celle de la fraternité liui Tant avec effroi entre les bras de I truction.
Il y a trente ans, Grandville entre] Danse Macabre à l'usage du iiz* siè' un squelette déguisé en groom, en a macien, en garde national, parcoi visiter les mùsoas du Paris modei manquait à cette parodie des ausl vieux temps. La Mort, dans les froid de Grandville, prend la forme prosaït spectre bureaucrate qui gère le cime arrondissement silencieux.
En dehors de la Danse Macabre toujours sous l'efTigie d'un squelette montre dans les allégories de la poi Tantôt elle s'habille en chasseresse curée humaine, le cor h la bouche le poing. Tantôt elle parade aux ob appuyée sur une grande lance et cf ronne du roi mort. Pétrarque la pror de triomphe des anciens Césars ; Alb' à cheval , une horloge de sable à la un cavalier pensif qui s'enfonce dans
breuse. Rembrandt l'évoque d'une fosse entr'ouverte, devant deux fiancés en haiits de fête* Les sculpteurs de la Renaissance lui font ouvrir avec ui\ fracas théâtral la porte des mausolées.
Çà et là, cependant, l'imagination humaine prête à la Mort des traits moins hideux et moins répulsife. La Grèce moderne a gardé l'antipathie qu'inspirait au génie hellène l'image physique de la destruction. Ses Chants populaires représentent la Mort sous la figure archaïque de Charon , l'ancien batelier des Ombres. Comme le Génie étrusque, Charon emmène à cheval les âmes des trépassés. « Il fait aller les « jeunes gens devant et les vieillards derrière, — et <( les tendres petits enfants rangés de file sur sa <( selle. — Les vieillards le prient, et les jeunes gens <i le supplient : — a 0 Charon ! fais halte près de <i quelque village , au bord de quelque fraîche fonce taine : — les vieillards boiront, les jeunes gens a joueront au disque, et les tout petits enfants cueil- <( leront des fleurs. » — « Je ne faià halte près d'auu cun village, au bord d'aucune fraîche fontaine : — <( Les mères qui viendraient puiser de l'eau recon- <i naîtraient leurs enfants ; — les maris et les femmes (( se reconnaîtraient, et il ne serait plus possible de « les séparer. » — Dans im autre chant, l'agonie d'un pâtre frappé à la fleur de l'âge prend la forme plastique d'un combat d'athlètes. Charon l'attend a défilé d'une montagne. — «D'où viens-tu, sveJ^ <t berger aux cheveux nattés? — Je vais chercb
DE LA UORT.
« du pain et m'en retourner ai u berger, Dieu m'envoie cherche a âme ! je ne la livre pas ainsi : j « si malade. Viens, luttons ense « de marbre. Si je suis vùncu, ô « dras mon âme; si je suis vainqi « va^t'en à ton plaisir. » — Us î « depuis le matin jusqu'à midi. — « du goûter, Gbaron terrassa le contraste entre cette lutte résolu reux contre le Trépas, etlesjérémi les patients de la Danse Macabre tation de la Mort ! Plus de brouill cbemars, plus de fantasmagories lumineux de la Grèce dissipe les y un combattant qui tue et non un ù En touchant le sol de la Grèce, éli et naturelle comme ses anciens Di L'Orient fataliste ne fait pas no Mort; son calme imperturbable i devant elle. Les cimetières musul dins délicieux ; les promeneurs tombes comme sur des divans, el de café aux ossements blanchis qi louses. La Mort musulmane s'appe de ces anges impassibles du Cor pour les Muets du Sérail divin, lorsque la peste menace une ville, et par les bazars, et marquer du 1
lumuu lui ajtprK i^ui:; t; viou, i Augts bomme effrayé pria le roi d'ordonl'emporter dans l'Inde, ce qui fut lors l'Ange dit à Salomon : « Voici gardé cet bomme avec attention : j'ai endre son âme dans l'Inde, et j'étais acontrer en Judée, n la Mort a déposé sa faux , son sablier, ;es ailes d'ange ou d'oiseau de proie, ts poétiques et terribles dont l'avait ,tion. La science a étudié son œuvre, u que le phénomène d'un organisme icu après une lutte de quelques anéactions chimiques qui tendent à le . le dissoudre. La Mort ne vient plus per et renverser l'homme, elle naît irgit de sa propre essence. Ce sque- Uoyen-Age la personnifiait, c'est celui et l'armature de notre être, et qui, rté quelques jours son vêtement de nés, ne tend plus qu'à l'user d'abord, rejeter. Destituée de sa mission surluillée de l'individualité faDtaâtiqu<