‹ Hommes et dieux (volume 2)Chapitre 30 sur 42 · HT · texte numérisé non relu

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L'idée de toutes les Danses macabres est la même; c'est r égalité des hommes devant la mort, le nirellement du cimetière appliqué aux écrasantes inégalités de la vie. Du Pape au serf, du trône pontifical au sillon , la Mort visite en gambadant les mille étages de la Babel humaine. Elle n'affecte pas l'air tragique ; c'est en bouffonnant qu'elle invite les hommes à sa ronde. Mais elle redouble d'ironie méchante lorsqu'elle aborde les grands de la terre : alors son ricanement devient goguenard et presque féroce. Regardez bien : à travers ce masque décharné, on entrevoit une tête plébéienne. Le faible se venge du fort en l'assignant au cercueil ; l'opprimé enterre vivant l'oppresseur. — Qu'est-ce que la Danse macabre ? La Jacquerie de l' éternité.

C'est par le Pape que la Mort commence ; elle le prend à l'élévation de sa gloire, au moment où Tempereur d'Allemagne, le César, l'Auguste, le porte-glaive de Dieu, rampe à ses pieds et baise sa pantoufle. — Non tibiy sed Petro^ seHlble dire l'empereur humilié, comme fit son aïeul, Frédéric, lorsque dans la basilique dé Saint-Marc il baisa le pied d'Alexandre III. Mais, comme son prédécesseur, le Pape répondrait sans doute : Et Petro, et mihil Quel transport d'orgueil doit le saisir à ce faîte des gran-

«leurs terrestres, lui pauvre moine, qui nagi être portât le bissac , et ramenùt au cou de la quête chargé de sportulesl Comir oublier la ^ave admonition que lui donti de son avénemeut, le prêtre qui, soufflant < «ne torche d'étoupes, chanta par trois fo Sancle, tic transit glnria mundi! La Mor souvenir; elle soulève la pourpre du da frappe brusquement t'épaule... Les cardina partent déjà pour le conclave.

Plus familière encore avec l'Empereur saute h. catifourchon sur ses épaules et lut sa couronne. Pour arriver au Roi, elle s eo échanson, et verse dans sou gobelet d'< de l'étiier du grand voyage. Puis elle Reine, au Caroinal, à l'Évèque, au Prince pire. — Quand il arrive à l'Abbé, le specti bouffon , et un gros rire luthérien di: mâchoire. L'Abbé est un moLne obèse, proéminent, au triple menton. La Mort 1' de sa mitre, et, le tibia tendu, la tête à la sa crosse abbatiale sur l'épaule, elle le tire de son froc avec de grotesques eiforts.

Le Chanoine, dans une image plus ancî un beau contraste & cette caricature m C'est un digne vieillard aux traits austèn ment assis dans sa stalle. 11 tient à deu] brévisûre que sa vie s'est usée à lire. La ] proche de lui sur la pointe du pied; e

32i > ' LES COMÉDIE S :

à Tarçille, comme pour ne pas troubler l'ofSce, que riieure est sonnée et qu'il faut la suivre. Le vieux prêtre la regarde d'un air tranquille ; il lui fait signe d'attendre qu'il ait fini l'antienne commencée, et il marcpie d'Un signet l'endroit de l'office où elle est venue l'interrompre, comme s'il allait le reprendre au ciel.

Mais le Spectre dansant revient bientôt à sa burlesque nature. Un Prédicateur est en chaire; il déclame, il gesticule, et ne voit pas que la Mort, . debout derrière lui, imite ses mouvements, parodie ses gestes, et contrefait, avec son menton pelé, les inflexions tonnantes et pathétiques de sa bouche. Tout en jouant sa comédie, le terrible mime l'a dépouillé de son étole et lui a pris son bonnet carré qu'il plante effrontément sur son crâne. — Un Prêtre porte le viatique à un moribond. La Mort, grimée en sacristain, marche devant lui, tenant d'une main la lanterne et de l'autre secouant la clochette. — On moine mendiant rapporte au couvent une valise gonflée de dîmes et d'aumônes; la Mort l'arrête au pas- 1 sage par la pointe de son capuchon, et rafle du même coup le quêteur et la quête. — A l'air familier dont elle aborde le Médecin, on devine qu'elle visite un collaborateur. — Tandis que l'Astrologue, dressé sur son fauteuil, contemple la sphère planétaire pendue à la voûte de sa cellule, le Squelette lui met sous les yeux un globe plus profond et plus mystérieux : c'est une tête de mort. — Il entre avec effraction dans le caveau de l'Avare, pille les sébiles, vide les

r - DE LA HORT.

balances, fwt rendre gorge au sac gonflé d du pauvre, et, de sa toile, fait k l'usurier Dans le nombre des invités à la Danse, il résistent, et qu'il faut entraîner de fore Chevalier, bardé et empanaché comme un t bataille, que la- Mort dépouille pièce à p lourde armure. — Tel encore ce Capital contre elle sa lourde épée à deux mains; spectre moqueur riposte en dégainant ment.

D'autres, au contraire, parmi ces învi

■■ Mort, lui font un accueil cordial ou indilléi

dite en haut, elle est, en bas, bien reçu

appelée N'est-elle pas la consolatrice de:

labiés et l'espérance des désespérés? Le

donnent à ïama, leur Dieu de la mort, det:

l'un effrayant et redoutable, l'autre bien'

; doux. — Le Laboureur traîne dans l'âpre

I maigre attelage : la Mort lui apparaît,

en valet de ferme, un fouet à la main. Le

s' effarent ; mais le vieux paysan n'est pas n

Sa grosse tôte obscure et ridée comme 1';

; fend sa charrue, n'exprime qu'une résigna

; nolente. 11 est las des soleils, il se couche:

sépulcre comme il se couchait à midi dan;

U tête sur une pierre. Qu'il est touchant,

colique quatrain inscrit au bas de la vieille

A la sueur de ton visaige j Tu gagoeraa ta pauvre vie,

Après long travail et usaige, Yoicy la mort qui te convier

Elle n'est pas moins douce au pauvre Messager qui chemine vers la ville^ ployé en deux par sa lourde balle. Il a la sueur au front et Iç souffle aux dents; il rappelle ces patients du Dante, qui rampent sous d'énormes pierres dans les sentiers du Purgatoire, s'arrêtent çà et là, respirent longuement et murmurent d'une voix si basse que le poète les entend à peine : Più non possol « Je n'en puis plus! » — Pas de borne où déposer son fardeau , pas de Gyrénéen pour le porter à sa place. Mais la Mort survient, charitable et compatissante ; le rictus de sa bouche grimace un vague sourire de bonté. Elle défait doucement les dures courroies de la besace du pauvre homme, et lui adresse ce miséricordieux appel :

Venez, et après moi marchez, Vous qui êtes par trop chargés, C'est assez suivi les marchés, Vous serez par moi déchargés.

Le Fou , non plus , ne craint pas la Mort. Elle lui a pris sa marotte et sa cornemuse, et elle l'emmène avec de grotesques gambades. Le bouffon lui rend grimace pour grimace, et part, en pirouettant, avec elle. Qu'importe à cet homme de farce et de joie? H n'a pas vécu, il a passé sur la vie, fantastique et superficiel comme l'Ombre chinoise. Qu'y a-t-il de changé dans sa destinée? Lorsqu'il glt à terre entre les

P^ I " ' DE LA MOBT.

fleurs flétries et les flambeaux éteints d

■ le masque ne cesse ni de grimacer ni ou vivant, nul ne le prend au sér Hamlet, au cimetière, ramassera so par le vent d'automne, ce sera po»

encore de mélancoliques facéties.

C'est dans une chaumière que la Mon l'Enfant ; elle l'arrache du coin de l'ât feu clair, et l'emmène par la portt l'obscurité. Le pauvre petit appelle, e mère qui se tord les bras, — « 0 Mi i dire, avec une naïveté poignante, un mand, n 0 Mortl comment dois-je e « Tu veux que je danse, et je ne saii

■ 0 encore. »

La proces^on funèbre se termine par l'Enfant , mais le peintre de la D de Bâle y a ajouté un saisissant épil représenté lui-môme, dans le cimetiën le cloître, accosté par la Mort, aumomt ie dernier coup de brosse à ses fresqu I e Hug Klauber, lui dit-elle, laisse là t(

Hans Hug Klauber ! lass mohleo stoha

Et le vieux peintre se lève pour entn dans la ronde funèbre qu'il vient d'évc

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