LE
. en lui chantant un lois : <i Tout ce qui
:commode moi-même.
are ni tardif qui est de « saison pour toi. Tout ce que m'apportent les heures 1 est pour moi un fruit savoureux. 0 Nature! tout a vient de toi, tout est dans toi, tout rentre dans toi I a Un personnage de théâtre dit : ii Bien-aimée cité « de Cécrops I a Mais toi , ne peux-tu pas dire du « Monde : « 0 bien-aimée cité de Jupiter ! » II l'adore jusque dans ses difformités et dans ses horreurs; il '.ire de la fange une louange à sa gloire, comme on fait jaillir la flamme du caillou. — « Même la gueule « du lion, les poisonsmortels, tout ce qui peut nuire, d comme les épines , la boue , sont des accompa- « gnements de ces choses si nobles et si belles. Ne " « va donc pas t'imaginer qu'il y ait rien là d'étranger « à l'Être que tu révères. Réfléchis à la source véri- « table de toutes choses, u Nul, d'ailleurs, plus que iui n'a eu le sentiment du néant de la vie mortelle absorbée dans l'inOnité. Salomon, du fond de son harem, le Bouddha indien, sous le figuier où le Nirvana lui fiit révélé, l'Ascète de la Thébaïde s'étonnant qu'on bâtit encore des maisons et des villes, n'ont pas jeté sur le monde un regard plus désenchanté et plus triste. — ii Oh ! que toutes choses « s'évanouissent en peu de temps 1 les corps au sein « du inonde, leur souvenir au sein des âges. » 11 dit à l'homme : « Tu es une âme chétive portant un ca-
«davre. »I1 s'étonne, comme d'mie folie, qu'on poursuive la gloire, là volupté, la fortune : a C'est « comme si on se prenait d'amour pour les oiseaux « qui passent en volant. » — Parfois, évoquant les générations mortes depuis deux mille ans, il rappelle, sous une forme antique, ce spectre de César que le poëte allemand nous montre passant la revue d'une armée funèbre. « Contemple d'un lieu élevé « ces troupeaux innombrables d'hommes, ces mille « cérémonies religieuses, toutes ces navigations pence da,nt la tempête ou le calme, cette diversité d'êtres « qui naissent, qui vivent ensemble, qui s'en vont... (I Vérus mort avant Lucilla, puis Lucilla; Maximus <( avant Secunda, puis Secunda ; Diotime avant Épi- (( tynchanus, puis Épitynchanus ; Faustine avant Anu tonin, puis Ântonin : il en est ainsi de toute chose. « Adrien mort avant Celer, puis Celer. Et ces hommes « d'un esprit si pénétrant, et ceux qu'enivrait Tor- « gueil, où sont-ils? Où sont Charax, Démétrius, c( Eudémon et ceux qui leur ressemblaient? Choses « éphémères, mortes depuis longtemps. Quelques- « uns n'ont pas même laissé un instant leurs noms; « d'autres sont passés au rang des fables; d'autres « ont disparu des fables mêmes. » Il a des images et des trivialités shakspeariennes pour peindre l'inanité des choses et les horreurs de la destruction. Conàme Macbeth, il compare l'existence à une far'^ folle. — (( Ce que nous estimons tant dans la v <c n'est que vide, pourriture, petitesse. Des chie.
qui se battent, qui ?s.,. Le vain appareil des de la scène , lea i bétail, les combats un os jeté en pâture in qu'on laisse tom- 3 fatigues de fourmis iroute de souris ef- ' 11 frayées, des marionnettes secouées par un fil I n ' — Comme Hamiet devant la fosse du cimetière d'El-
(seneur, il se demande, devant le goiifTre de l'infini, ce que la nature a fait des os d'Alexandre : — Il Alexandre de Macédoine et son muletier ont été ti réduits, après la mort, à la même condition, ou ^ « bien ils sont rentrés dans le même principe géné- ; <i rateur du monde, ou bien ils se sont l'un comme ' Il l'autre dispersés en atomes... Puanteur que tout \ « cela et pourriture au fond du sac I » I De cette vanité universelle le sceptique conclut à té et à l'insouciance. « Mangeons et buvons, s mourrons demain, » s'écrie l'Ecclésiaste ;é par le spectacle du monde et par l'immolaiitë de ses destinées. Mais au milieu de ces vicissitudes et de ces ténèbres, sous les lois fatales qui le pressent, entre les infinis qui l'écrasent, le Stoïcien découvre en lui-même un point fixe, pur, lumineux, avec lequel il refait tout le monde moral. C'est la Raison émanée de l'intelligence suprême qui régit le monde, particule de Dieu' disséminée dans chaque
i06 ' MARC-AURELE.
être, qui lui révèle le Devoir, et l'associe à l'œuvre ' magnifiquement belle, souverainement juste de la création. Marc-Aurèle parle comme d'un Génie vivant de cet être moral qui réside en lui ; il lui oCFre ses vertus comme des sacrifices intérieurs; il se purifie, pour mieux l'honorer, de tout vice et de toute souillure , comme on lave un tabernacle pour le rendre digne du dieu qui l'habite. « Offre au dieu qui est « au dedans de toi un être viril, un citoyen, un émit pereur, un soldat ^ son poste, prêt à quitter la vie « si la trompette sonne. » Quel effort vers l'idéal! quels élans vers la sainteté! On suit pour ainsi dire sa croissance vers la perfection ; on le voit grandir en héroïsme, en justice, en beauté morale : il monte au sommet de la vertu humaine par des degrés de sublimité. Il a des exhortations à son âme qui résonnent comme des coups de clairon réveillant en sursaut un combattant endormi : « -Couvre-toi dï'igno- « minie, ô mon âme! Oui, couvre-toi d'ignominie! a car c'est dans les âmes des autres que tu places « encore ta félicité. » — Il en a d'autres où il lui parle comme à une vierge vouée aux autels : « Em- « bellis-toi de simplicité, de pudeur, d'indifférence « pour les choses qui tiennent le milieu entre le vice (( et la vertu. Chéris le genre humain, obéis à Dieu... « Il faut vivre avec lui! »
Jamais homme, en effet, n'a vécu plus intimement avec sa conscience ; il s'y replie et il s'y retire aussi loin du monde extérieur que s'il allait prier
lerche des retraites :
es rustiques, monquoi boo? puisqu'il n toi7mâme. » Les ;has8éea par lui de rtume, sans colère, Qt doucement à des profanes l'entrée d'un sanctuaire : — a Que fais-tu « donc ici, Imagination? Va-t'en, par les dieux ! Tu u es venue, suivant ta vieille coutume. Je ne me « fâche point contre toi, mais va-t'en 1 » De ces retraites en lui-même, il sort fortifié et tranquillisé, muni, comme d'un viatique, d'un optimisme calmant qui le fait compatir au mal en lui révélant sa fatalité : — « C'est toujours malgré elle qu'une âme est pri- 1 vée de la vérité et de la justice. Cette pensée te « rendra plus doux envers tous les hommes. » Sa vertu n'attend pas de récompenses par delà la vie : elle se suffit à elle-même. L'arbre demande-t-il son salaire après avoir fructillé î — « Comme le che>val « après la course, comme l'abeille quand elle a fait 1 son miel, l'homme qui a fait le bien ne le crie point u par le monde ; il passe à une autre action géné- « reuse, de même que la vigne se prépare à porter « d'autres raisins dans la saison. » Avec quelle sérénité il se prépare à la mort ! Elle est pour lui ■ l'automne naturel de l'humanité, la récolte bienfaisante qui fera lever de nouvelles moissons. Les comparaisons qu'il en tire respirent une grâce pastorale :
408 ' MARC-AUaiiLE.
on croit voir ces idylles que Tart antique sculptait sur les sarcophages : « Il y a bien des grains d'en- « cens destinés au ipêrae autel; l'un tombe plus tôt, «l'autre plus tard dans le feu; mais la différence « n'est rien. » — « Il faut partir de la vie avec rési- « gnation, comme l'olive mûre qui tombe en bénis- « sant la terre sa nourrice, et en rendant grâces à « l'arbre qui l'a portée. » — La théologie stoïcienne ne lui permet pas de croire à l'immortalité personnelle; il en conçoit, parfois, un noble regret. Sa grande âme se sent digne de revivre dans la lumière d'une existence supérieure, mais elle replie tristement ses ailes qu'elle croit incapables de voler si haut. « Comment se fait-il que les Dieux qui ont ordonné si « bien toutes choses, et avec tant de bonté pour les a hommes, aient négligé un seul point : à savoir, que « les gens de bien d'une vertu véritable, qui ont eu, « pendant leur vie, une sorte de commerce avec la « Divinité, qui se sont fait aimer d'elle par leur « piété, ne revivent pas après leur mort et soient (( éteints pour jamais?» Mais il se reproche bientôt cette objection à la Loi suprême : « Tu vois bien « que faire de pareilles recherches, c'est disputer a avec Dieu sur son droit. »
Ces pensées étaient celles du Maître de la terre, de l'Empire fait homme, du Monde incarné. Conversations sublimes du Pan terrestre et du Pan div'^t Par instants, on croirait entendre la voix d'un I e du désert. Le Prince a déposé sa pourpre au se il
MARG-AUEËLB. 109
du portique idéal où il va penser : pas un repli n'en traîne dans son livre. L'être pensif semble étranger en lui à Thomme impérial. Tandis que l'empereur juge, harangue, décrète, préside le Sénat, combat les Quades et triomphe dans Rome, le philosophe, abstrait du tourbillon qui l'entraîne, médite à l'écart. Quelquefois pourtant les événements extérieurs réagissent sur ce pur esprit. L'écho des temps qu'il traverse retentit dans sa contemplation solennelle, comme, dans un temple, un cri de douleur poussé du dehors. Quel crime ou quelle turpitude lui arracha cette plainte pathétique ? « Ils n'en feront pas moins « ce qu'ils font, quand tu en crèverais! » Il vient sans doute d'écouter quelque honteuse délation ou d'avaler jusqu'à la lie la louange vénale d'un flatteur, lorsqu'il s'écrie avec un dégoût indigné : — a Voilà « donc les pensées qui les guident ! Voilà l'objet de tt leurs souhaits ! Voilà pourquoi ils nous aiment, ils « nous honorent I Habitue-toi à considérer leurs « âmes toutes nues. Us s'imaginent nuire par leurs « blâmes, servir par leurs louanges. Vanité ! » Tenté peut-être, un jour, d'un acte arbitraire, il jette à la tentation, comme un exorcisme, ce barbarisme énergique qui peint si bien l'effroi que sa toute -puissance lui inspire : « Prends garde de Césarisery » dpà {jLYi â7roxai(yapw9Yiç. L'idée de son isolement semble parfois le désespérer ; il se voit seul assis sur son trône, comme sur un écueil, au milieu du naufrage moral de son siècle, et il souhaite de mourir. -—
ilO MARC-AURÈLE. "^
<( Tu vois aujourd'hui combien il est fâcheux de vivre « avec 4.es hoipmes dont tu partages si peu les sen- « timents. Viens au plus vite, ô Mort ! de peur qu'à «la fin je ne m'oublie moi-même. » Un instant, las de régner sur ce monde pervers, il appelle les glaives des prétoriens ou les poignards des sicaires : — « Que les hommes voient, qu'ils contemplent en <( toi un homme véritable, vivant conformément à sa « nature. S'ils ne peuvent supporter cet homme, « qu'ils le tuent ! Cela vaudra mieux que de vivre « ainsi. »
La mort vint le prendre à son poste, en Germanie, sur la brèche de l'Empire assailli par une nouvelle levée de Barbares. C'était un rude métier que celui des Empereurs à cette fin de Rome : toujours à cheval, parcourant la terre, subissant toutes les races et tous les climats, montant tour à tour l'éléphant africain et le mulet des Alpes, buvant dans la. même année les eaux du Nil et celles du Danube, passant] des sables de la Perse aux neiges de la Bretagne,] essuyant les flèches des Parthes après les framéeaj germaines. La consigne de toute leur vie était celle daj dernier jour de Sévère : Laboremus^ « Travaillons. ■:
Marc-Aurèle partant, vieilli et malade, pour la] Pannonie, fut le martyr de l'Empire. Selon Gapitolin,j sa mort fut un suicide expiatoire. « A peine frappé,! « il s'abstint de manger et de boire dans le àet in] (( de mourir. » Le monstre commençait à pe dans Commode ; il l'aperçut dans ses derniers je s»j
MARC-AURÈLE. ili
j. et il s'échappa de la vie pour ne plus le voir. Sachant
à qui il laissait l'Empire, il aurait pu s'écrier encore
comme Sévère mourant : Omnia fuiy nihil prodest.
« J'ai été tout, et rien ne sert. » Ses amis lui deman-
. dèrent à qui il recommandait son fils. — « A vous,
«répondit-il, et aux Dieux Immortels, s'il. en est
; « digne. » — Les voyant s'éloigner de son lit déjà
■ funèbre, hâtés peut-être d'aller saluer le nouveau
• César, une plainte lui échappa, et comme un triste
adieu à l'humanité : « Si vous prenez déjà congé de
« moi, adieu donc, je vais devant vous. » Si jam me
dimittitiSy vole vobis dico^ vos prœcedens. Il avait
prévu cette défection de la dernière heure. « N'y aura-
; « t-il pas quelqu'un pendant ton agonie — dit-il dans
« ses Pensées — qui se dira à lui-^même : « Enfin, nous
i « allons respirer, délivrés de ce pédant; sans doute,
£ « il ne faisait de mal à aucun de nous, mais je me
l « suis aperçu qu'en secret il nous condamnait. » Oui,
« songe en toi-même : je sors d'une vie où ceux qui
« la partageaient avec moi, pour qui j'avais tant
« travaillé , tant fait de vœux , pris tant de soucis,
a sont ceux-là qui désirent que je m'en aille et qui
tt espèrent qu'il leur en adviendra quelque bien. »
Le tribun des soldats vint lui demander son dernier
mot d'ordre : « Va au soleil levant, dit-il, moi je suis
tt à l'heure du couchant. » Le septième jour de sa
maladie , se voilant la tête , comme pour dormir, de
son manteau militaire, il expira tranquillement.
Peut-être murmura-t-il en mourant ces paroles qui
il2
terminent son livre et qui sont les Novissima Verba de son âme : « 0 homme ! tu as été citoyen dans la grande Cité. Que t'importe de Faroir été pendant cinq ou pendant cent années? Ce qui est conforme aux lois n'est inique pour personne. Qu'y a-t-il donc de si fâcheux à être renvoyé de la cité, non par un tyran, non par un juge inique, mais par la Nature même qui t'y avait fait entrer? C'est comme quand un comédien est congédié du théâtre par le même préteur qui l'y avait engagé. — Mais je n'ai pas joué les cinq actes, je n'en ai joué que trois. — Tu dis bien, mais c'est que dans la vie les trois actes suffisent pour faire la pièce entière. Celui qui détermine la fin , c'est celui qui a constitué autrefois l'ensemble des parties, et qui aujourd'hui est cause de la dissolution : ni l'une ni l'autre chose ne vient de toi. — Va-t'en donc paisible. Celui qui te congédie est sans colère. » Ce monde indigne de le posséder eut du moins la pudeur de le regretter. Rome sentit que sa dernière vertu se retirait d'elle avec ce gVand homme. Son apothéose ne fut pas la cérémonie officielle, service banal de tous les Césars, qui divinisait indistinctement Tibère et Titus : ce fut un acte de foi enthousiaste dans l'ascension de cette grande âme vers la Divinité dont elle était, sur la terre, la royale image. Un cri sortit de la multitude : « Ne le plei i « point, adorez-le. Prêté aux hommes par les BU , a il est remonté vers les Dieux. » Le Sénat et e
ne s'était jamais v la suite, le procl lara sacrilège tout in portrait de Marc dît Gapitolin, — sei ; Dieux pénates. »
oord'hui Marc-Auri au premier rang parmi les dieux propices, p énates intellectuels de l'esprit humain.
être, qui lui révèle le Devoir, et l'associe à Toeuvre magnifiqfuement belle, souveraiiremeQt juste de la création. Marc-Aurèle parle comme d'un Génie vivant de cet être moral qui réside en lui ; il lui offre ses vertus comme des sacrifices intérieurs; il se purifie, pour mieux Thonorer, de tout vice et de toute souillure , comme on lave un tabernacle pour le rendre digne du dieu qui l'habite. « Offre au dieu qui est « au dedans de toi un être viril, un citoyen, un em- « pereur, un soldat à son poste, prêt à quitter la vie « si la trompette sonne. » Quel effort vers l'idéal! quels élans vers la sainteté! On suit pour ainsi dire sa croissance vers la perfection ; on le voit grandir en héroïsme, en justice, en beauté morale : il monte au sommet de la vertu humaine par des degrés de sublimité. Il a des exhortations à son âme qui résonnent comme des coups de clairon réveillant en sursaut un combattant endormi : « -Couvre-toi d'igno- « minie, ô mon âme! Oui, couvre-toi d'ignominie! « car c'est dans les âmes des autres que tu places « encore ta félicité. » — Il en a d'autres où il lui parle comme à une vierge vouée aux autels : « Em- « bellis-toi de simplicité, de pudeur, d'indifférence (( {)our les choses qui tiennent le milieu entre le vice (( et la vertu. Chéris le genre humain, obéis à Dieu..« « Il faut vivre avec lui! »
Jamais homme, en effet, n'a vécu plus intimement avec sa conscience ; il s'y replie et il s'y retire aussi loin du monde extérieur que s'il allait prier
^- MARC-AORÈLE. iOl
-dans un Bois Sacré. « On se cherche des retraites : 0 grottes pastorales, chaumières rustiques, monf tagnes, plages des mers; à quoi bon? puisqu'il «t'est permis de te retirer en toi-même. » Les passions et les illusions sont chassées par lui de cet asile inviolable, sans amertume, sans colère, comme ferait un prêtre fermant doucement à des profanes l'entrée d'un sanctuaire : — « Que fais-tu « donc ici, Imagination? Va-t'en, par les dieux ! Tu u es venue, suivant ta vieille coutume. Je ne me « fâche point contre toi, mais va-t'en I » De ces retraites en lui-même, il sort fortifié et tranquillisé, muni, comme d'un viatique, d'un optimisme calmant qui le fait compatir au mal en lui révélant sa fatalité : — tt C'est toujours malgré elle qu'une âme est pri- « vée de la vérité et de la justice. Cette pensée te « rendra plus doux envers tous les hommes. » Sa vertu n'attend pas de récompenses par delà la vie : elle se suffit à elle-même. L'arbre demande-t-il son salaire après avoir fructifié ? — « Comme le chaval « après la course, comme l'abeille quand elle a fait « son miel, l'homme qui a fait le bien ne le crie point « par le monde ; il passe à une autre action géné- « reuse, de même que la vigne se prépare à porter « d'autres raisins dans la saison. » Avec quelle sérénité il se prépare à la mort ! Elle est pour lui l'automne naturel de l'humanité, la récolte bienfaisante qui fera lever de nouvelles moissons. Les comparaisons qu'il en tire respirent une grâce pastorale :
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on croit voir ces idjdlës que Tart antique sculptait sur les sarcophages : « Il y a bien des grains d'en- « cens destinés au ipême autel ; l'un tombe plus tôt, « r autre plus tard dans le feu; mais la différence « n*est rien. » — « Il faut partir de la vie avec rési- « gnation, comme T olive mûre qui tombe en bénis- « sant la terre sa nourrice, et en rendant grâces à « l'arbre qui l'a portée. » — La théologie stoïcienne ne lui permet pas de croire à l'immortalité personnelle; il en conçoit, parfois, un noble regret. Sa grande âme se sent digne de revivre dans la lumière d'une existence supérieure, mais elle replie tristement ses ailes qu'elle croit incapables de voler si haut. « Comment se fait-il que les Dieux qui ont ordonné si « bien toutes choses, et avec tant de bonté pour les « hommes, aient négligé un seul point : à savoir, que a les gens de bien d'une vertu véritable, qui ont eu, « pendant leur vie, une sorte de commerce avec la « Divinité, qui se sont fait aimer d'elle par leur « piété, ne revivent pas après leur mort et soient (( éteints pour jamais?» Mais il se reproche bientôt cette objection à la Loi suprême : « Tu vois bien « que faire de pareilles recherches, c'est disputer (( avec Dieu sur son droit. »
Ces pensées étaient celles du Maître de la terre, de l'Empire fait homme, du Monde incarné. Conversations sublimes du Pan terrestre et du Pan div'" I Par instants, on croirait entendre la voix d'un P e du désert. Le Prince a déposé sa pourpre au s( il
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du portique idéal o(t il va penser : pas un' re) iMtne dans son livre. L'être pensif semble é en lui à l'homme impérial. Tandis que l'eu juge, harangue, décrète, préside le Sénat, les Quades et triomphe dans Rome, le phih abstrait du tourbillon qui l'entratne, médite à Quelquefois pourtant les événements extérieu gissent sur ce pur esprit. L'écho des tem[ traverse retentit dans sa contemplation sok comme, dans un temple, un cri de douleur poi dehors. Quel crime ou quelle turpitude lui ■• cette plainte pathétique? « Ils n'en feront pa: « ce qu'ils font, quand tu en crèverais 1 m j sans doute d'écouler quelque honteuse delà d'avaler jusqu'à la lie la louange vénale d'un f lorsqu'il s'écrie avec un dégoût indigné : — « donc les pensées qui les guident I Voilà l'o d leurs souhaits ! Voilà pourquoi ils nous aim ■ nous honorent I Habitue-toi à considérei Il âmes toutes nues. Ils s'imaginent nuire pa « blâmes, servir par leurs louanges. Vanité ! peut-être, un jour, d'un acte arbitrûre, il je tentation, comme un exorcisme, ce barbarism gique qui peint si bien l'elTroi que sa t^ute sance lui inspire ; « Prends garde de Césa. ofi [t/i «iro^aiSfipioGïii;. L'idée de son isolement parfois le désespérer ; il se voit seul assis trône, comme sur un écueil, au milieu du n moral de sou siècle, et il souhaite de moi
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La mort vint le prendre à son poste, en Germanie, sur la brèche de l'Empire assailli par une nouvelle levée de Barbares. C'était un rude métier que celui des Empereurs à cette fin de Rome : toujours à cheval, parcourant la terre, subissant toutes les races et tous les climats, montant tour à tour l'éléphant africain et le mulet des Alpes, buvant dans la. même année les eaux du Nil et celles du Danube, passant des sables de la Perse aux neiges de la Bretagne, essuyant les flèches des Parthes après les framées^ germaines. La consigne de toute leur vie était celle dtt dernier jour de Sévère : Laboremus^ « Travaillons. »
Marc-Aurèle partant, vieilli et malade, pour la Pannonie, fut le martyr de l'Empire. Selon Capitolin, sa mort fut un suicide expiatoire. « A peine frappé, « il s'abstint de manger et de boire dans le des in « de mourir. » Le monstre commençait à pe er dans Commode ; il l'aperçut dans ses derniers jo s,
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I et il s'échappa de la vie pour ne plus le voir. Sachant à qui il laissait l'Empire, il aurait pu s'écrier encore comme Sévère mourant : Omnia fui^ nihil prodest. « J'ai été tout, et rien ne sert. » Ses amis lui deman-
, dèrent à qui il recommandait son fils. — « A vous, «répondit-il, et aux Dieux Immortels, s'il. en est « digne. » — Les voyant s'éloigner de son lit déjà funèbre, hâtés peut-être d'aller saluer le nouveau César, une plainte lui échappa, et comme un triste adieu à l'humanité : « Si vous prenez déjà congé de « moi, adieu donc, je vais devant vous. » Sijam me dimittitiSy vole vobis dico^ vos prcBcedens. Il avait prévu cette défection de la dernière heure. « N'y aura- « t-il pas quelqu'un pendant ton agonie — dit-il dans a ses Pensées — qui se dira à lui-^même : « Enfin, nous « allons respirer, délivrés de ce pédant ; sans doute, « il ne faisait de mal à aucun de nous, mais je me a suis aperçu qu'en secret il nous condamnait. » Oui, « songe en toi-même : je sors d'une vie où ceux qui « la partageaient avec moi, pour qui j'avais tant « travaillé , tant fait de vœux , pris tant de soucis, a sont ceux-là qui désirent que je m'en aille et qui tt espèrent qu'il leur en adviendra quelque bien. » Le tribun des soldats vint lui demander son dernier mot d'ordre : « Va au soleil levant, dit-il, moi je suis « à l'heure du couchant. » Le septième jour de sa maladie , se voilant la tête , comme pour dormir, de son manteau militaire, il expira tranquillement. Peut-être murmura-t-il en mourant ces paroles qui
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terminent son livre et qui sont les Novissima Verba de son ârae : « 0 homme ! tu as été citoyen dans la « grande Cité. Que t'importe de l'avoir été pen- « dant cinq ou pendant cent années? Ce qui est « conforme aux lois n'est inique pour personne. <( Qu'y a-t-il donc de si fâcheux à être renvoyé de « la cité, non par un tyran, non par un juge inique, <{ mais par la Nature même qui t'y avait fait entrer? « C'est comme quand un comédien est congédié du « théâtre par le même préteur qui l'y avait engagé. « — Mais je n'ai pas joué les cinq actes, je n'en ai « joué que trois. — Tu dis bien, mais c'est que dans (( la vie les trois actes suffisent pour faire la pièce « entière. Celui qui détermine la fin , c'est celui qui « a constitué autrefois l'ensemble des parties, et qui « aujourd'hui est cause de la dissolution : ni l'une a ni l'autre chose ne vient de toi. — Va- t'en donc « paisible. Celui qui te congédie est sans colère. »
Ce monde indigne de le posséder eut du moins la pudeur de le regretter. Rome sentit que sa dernière vertu se retirait d'elle avec ce ^and homme. Son apothéose ne fut pas la cérémonie officielle, service banal de tous les Césars, qui divinisait indistinctement Tibère et Titus : ce fut un acte de foi enthousiaste dans l'ascension de cette grande âme vers la Divinité dont elle était, sur la terre, la royale image. Un cri sortit de la multitude : « Ne le plei î2 « point, adorez-le. Prêté aux hommes par les Du f, a il est remonté vers les Dieux. » Le Sénat el e
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qui ne s'était jamais vu, et ce par la suite, le proclam*-""* déclara sacrilège tout ho lui un portrait de Marc-Ac , — dit Capitolin, — ses st a se voient au milieu des Dieux pénates. » Ce n'a pas cessé : encore aujourd'hui Marc-Aurèle ,u premier rang parmi les dieux propices, parn lénales iutetlectuels de l'esprit bumam.
dans un Bois Sacré, « On se cherche des retraites : .• grottes pastorales, chaumières rustiques, mon- Ittagnes, plages des mers; à quoi bon? puisqu'il «t'est permis de te retirer en toi 7 même. » Les passions et les illusions sont chassées par lui de : cet asile inviolable, sans amertume, sans colère, ! comme ferait un prêtre fermant doucement à des profanes l'entrée d'un sanctuaire : — « Que fais-tu K donc ici, Imagination? Ya^t'en, par les dieux I Tu « es venue, suivant ta vieille coutume. Je ne me « fâche point contre toi, mais va-t'en I » De ces retraites en lui-même, il sort fortifié et tranquillisé, muni, comme d'un viatique, d'un optimisme calmant qui le fait compatir au mal en lui révélant sa fatalité : — « C'est toujours malgré elle qu'une âme est pri- « vée de la vérité et de la justice. Cette pensée te tt rendra plus doux envers tous les hommes. » Sa vertu n'attend pas de récompenses par delà la vie : elle se suffit à elle-même. L'arbre demande-t-il son salaire après avoir fructifié ? — « Comme le chôval « après la course, comme l'abeille quand elle a fait n son miel, l'homme qui a fait le bien ne le crie point « par le monde ; il passe à une autre action géné- « reuse, de même que la vigne se prépare à porter « d* autres raisins dans la saison. » Avec quelle sérénité il se prépare à la mort ! Elle est pour lui l'automne naturel de Thumanité, la récolte bienfaisante qui fera lever de nouvelles moissons. Les comparaisons qu'il en tire respirent une grâce pastorale :
on croit voir ces idylles que Tart antique sculptait 1 sur les sarcophages : « Il y a bien des grains d'en- « cens destinés au piêrae autel ; l'un tombe plus tôt, «l'autre plus tard dans le feu; mais la différence « n'est rien. » — « Il faut partir de la vie avec rési- « gnation, comme l'olive mûre qui tombe en bénis- « sant la terre sa nourrice, et en rendant grâces à « l'arbre qui l'a portée. » — La théologie stoïcienne ne lui permet pas de croire à l'immortalité personnelle; il en conçoit, parfois, un noble regret. Sa grande âme se sent digne de revivre dans la lumière d'une existence supérieure, mais elle replie tristement ses ailes qu'elle croit incapables de voler si haut. <{ Comment se fait-il que les Dieux qui ont ordonné si « bien toutes choses, et avec tant de bonté pour les « hommes, aient négligé un seul point : à savoir, que « les gens de bien d'une vertu véritable, qui ont eu, « pendant leur vie, une sorte de commerce avec la « Divinité, qui se sont fait aimer d'elle par leur « piété, ne revivent pas après leur mort et soient (( éteints pour jamais?» Mais il se reproche bientôt cette objection à la Loi suprême : « Tu vois bien « que faire de pareilles recherches, c'est disputer « avec Dieu sur son droit, »
Ces pensées étaient celles du Maître de la terre, de l'Empire fait homme, du Monde incarné. Conversations sublimes du Pan terrestre et du Pan divin I Par instants, on croirait entendre la voix d'un Père du désert. Le Prince a déposé sa pourpre au seuil
UARC-ACItËLE.
du portique idéal oîi il va penser : pas un' repli
traîne dans son livre. L'être pensif semble étri
en lui à l'homme impérial. Tandis que l'emp
juge, harangue, décrète, préside le Sénat, co
I les Quades et triomphe dans Bonne, le philosi
abstrait du tourbilloD qui l'entraîne, médite à l't
Quelquefois pourtant les événements extérieurs
gissent sur ce pur esprit. L'écho des temps
. traverse retentit dans sa contemplation soleni
comme, dans un temple, un cri de douleur pous
dehors. Quel crime ou quelle turpitude lui ar
cette plainte pathétique 7 « Ils n'en feront pas i
I « ce qu'ik font, quand tu en crèverais! » Il
sans doute d'écouler quelque honteuse âélati(
i d'avaler jusqu'à la lie la louange vénale d'un flai
; lorsqu'il s'écrie avec tin dégoût indigné : — «
I « donc les pensées qui les guident I Voilà l'obj
! d leurs souhaits I Voilà pourquoi ils nous ^mei
I « nous honorent 1 Habitue-toi à considérer
I « âmes toutes nues. Ils s'imaginent nuire par
I a blâmes, servir par leurs louanges. Vanité I ii
: peut-être, un jour, d'un acte arbitraire, il jett
tentation, comme un exorcisme, ce barbarisme
^que qui -peint si bien l'effroi que sa toute -
sance lui inspire : « Prends garde de Césari
\ opà [jivi âTro^ai«apw97iç. L'idée de son isolementst
I parfois le désespérer ; il se voit seul assis su
, trône, comme sur un écueil, au milieu du nati
; moral de son siècle, et il souhaite de mour
« Tu vois aujourd'hui combien il est fâcheux de vivre (( avec des hommes dont tu partages si peu les sen- « timents. Viens au plus vite, ô Mortl de peur qu'à « la fin je ne m'oublie moi-même. » Un instant, las de régner sur ce monde pervers, il appelle les glaives des prétoriens ou les poignards des sicaires : — « Que les hommes voient, qu'ils contemplent en « toi un homme véritable, vivant conformément à sa « nature. S'ils ne peuvent supporter cet homme, « qu'ils le tuent ! Cela vaudra mieux que de vivre « ainsi. »
La mort vint le prendre à son poste, en Germanie, sur la brèche de l'Empire assailli par une nouvelle levée de Barbares. C'était un rude métier que celui des Empereurs à cette fin de Rome : toujours à cheval, parcourant la terre, subissant toutes les races et tous les climats, montant tour à tour l'éléphant africain et le mulet des Alpes, buvant dans la. même année les eaux du Nil et celles du Danube, passant des sables de la Perse aux neiges de la Bretagne, essuyant les flèches des Parthes après les framées germaines. La consigne de toute leur vie était celle du dernier jour de Sévère : Laboremus^ a Travaillons. »
Marc-Aurèle partant, vieilli et malade, pour la Pannonie, fut le martyr de l'Empire. Selon Capitolin, sa mort fut un suicide expiatoire. « A peine frappé, « il s'abstint de manger et de boire dans le des 'in « de mourir. » Le monstre commençait à pej it dans Commode ; il l'aperçut dans ses derniers je s,
MARC-AURÉLE. Hl
■ et il s'échappa de la vie pour ne plus le voir. Sachant à qui il laissait l'Empire, il aurait pu s'écrier encore comme Sévère mourant : Omnia fuij nihil prodest, « J'ai été tout, et rien ne sert. » Ses amis lui demandèrent à qui il recommandait son fils. — « A vous, a répondit-il, et aux Dieux Immortels, s'il. en est « digne. » — Les voyant s'éloigner de son lit déjà funèbre, hâtés peut-être d'aller saluer le nouveau César, une plainte lui échappa, et comme un triste adieu à l'humanité : « Si vous prenez déjà congé de <c moi, adieu donc, je vais devant vous. » Si jam me dimiltitisy voie vobis dico, vos prœcedens. Il avait prévu cette défection de la dernière heure. « N'y aura- « t-il pas quelqu'un pendant ton agonie — dit-il dans « ses Pensées — qui se dira à lui'-même : « Enfin, nous « allons respirer, délivrés de ce pédant ; sans doute, a il ne faisait de mal à aucun de nous, mais je me « suis aperçu qu'en secret il nous condamnait. » Oui, « songe en toi-même : je sors d'une vie où ceux qui « la partageaient avec moi, pour qui j'avais tant a travaillé , tant fait de vœux , pris tant de soucis, « sont ceux-là qui désirent que je m'en aille et qui « espèrent qu'il leur en adviendra quelque bien. » Le tribun des soldats vint lui demander son dernier mot d'ordre : « Va au soleil levant, dit-il, moi je suis « à l'heure du couchant. » Le septième jour de sa maladie , se voilant la tête , comme pour dormir, de son manteau militaire, il expira tranquillement. Peut-être murmura-t-il en mourant ces paroles qui
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terminent son livre et qui sont les Novissima Verha de son âme : « 0 homme ! tu as été citoyen dans la « grande Cité. Que t'importe de l'avoir été pence dant cinq ou pendant cent années? Ce qui est « conforme aux lois n'est inique pour personne. « Qu'y a-t-il donc de si fâcheux à être renvoyé de « la cité, non par un tyran, non par un juge inique, « mais par la Nature même qui t'y avait fait entrer? (( C'est comme quand un comédien est congédié du « théâtre par le même préteur qui l'y avait engagé. « — Mais je n'ai pas joué les cinq actes, je n'en ai « joué que trois, — Tu dis bien, mais c'est que dans « la vie les trois actes suffisent pour faire la pièce <( entière. Celui qui détermine la fin , c'est celui qui « a constitué autrefois l'ensemble des parties, et qui « aujourd'hui est cause de la dissolution : ni l'une « ni l'autre chose ne vient de toi. — Va-t'en donc « paisible. Celui qui te congédie est sans colère. »
Ce monde indigne de le posséder eut du moins la pudeur de le regretter. Rome sentit que sa dernière vertu se retirait d'elle avec ce ^and homme. Son apothéose ne fut pas la cérémonie officielle, service banal de tous les Césars, qui divinisait indistinctement Tibère et Titus : ce fut un acte de foi enthousiaste dans l'ascension de cette grande âme vers la Divinité dont elle était, sur la terre, la royale image. Un cri sortit de la multitude : « Ne le plei n « point, adorez-le. Prêté aux hommes par les Die î, 0 il est remonté vers les Dieux, » Le Sénat et le
, peuple confoi^dus, ce qui ne s'était jamais vu, et ce
qui ne se vit jamais par la suite, le proclamèrent
: ce Dieu propice. » On déclara sacrilège tout homme
' qui n'aurait pas chez lui un portrait de Marc-Aurèle.
H Aujourd'hui encore, — dit Capitolin, — ses statues
« se voient au milieu des Dieux pénates. » Ce culte
': n'a pas cessé : encore aujourd'hui Marc-Aurèle reste
: au premier rang parmi les dieux propices, parmi les
pénates intellectuels de l'esprit humam.