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« les corbeaux faisaient leur nia ; ces corbeaux Ten- « nuyant, il fit ôter les nids, une fois, deux fois ; au « bout de Tan, les corbeaux recommençaient tou- (t jours. Mon père fit déraciner Tarbre, et depuis il « en dormit mieux. »
Sa politique était équivoque et louche comme son caractère, toute de police, d'inquisition, d'espionnage. Elle fit horreur à ce que ce siècle avait encore de chevaleresque et de seigneurial. On comprend la colère des hommes de force et de violence qui le combattaient, en se sentant enlacés par cette diplomatie hypocrite. On admire le rugissement de lion que poussa Charles le Téméraire aux prises avec son inextricable réseau : « Je combats, — s'écrie-t-il dans une proclamation, — l'universelle araignée. » 11 la combattit en vain. C'était l'araignée magique des légendes, qui enferme un héros dans ses toiles aussitôt refaites que rompues : il a beau les trouer à grands coups d'épée, la prison subtile se dédouble et se multiplie.
Mais, encore une fois, qui sait si cette allure oblique ne fut pas l'escrime nécessaire des luttes compliquées qu'il eut à subir? Imaginez un saint comme Louis IX ou un chevalier comme François l*', se débattant contre cette tempête faite homme qui s'appelait Charles le Téméraire. Il périssait au premier choc, et peut-être la France avec lui. L'héroïsme n'aurait pas suffi à vaincre ce Roland furie c en qui le moyen âge aux abois avait ramassé tou s
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es forces et toutes ses puissances. Pour l'abattre, il allait le grimoire, le bredouillement, les prestiges, les changements à vue d'un nécromant politique.
Le drame admis, il n'y a plus qu'à louer le comédien. Ses ridicules mêmes ajoutaient à la perfection de son jeu. Ce surtout de futaine râpé qu'il ne quitta |î de sa vie, et qui lui donnait l'air d'un vieux renard sorti demi-pelé de maint piège , était le costume de son rôle. Il faisait de lui l'antithèse vivante de la ; Chevalerie dorée et empanachée : il caractérisait, j par un frappant contraste, son opposition aux pompes f et aux œuvres du monde féodal. Roi du peuple contre les grands, il portait la livrée et le chapeau plébéien. Au banquet de son sacre, gêné par la couronne trop large. pour sa tête, il l'ôta sans façon, et
[ la posa sur la table, comme il aurait fait d'un bonnet.
\ Ce geste annonçait et mimait son règne. Il eut touj jours des amitiés de bas étage et des accointances populaires. Le seigneur du Haillant raconte dans sa Chronique, qu'à Paris « il allait maintes fois de rue « en rue, de maison en maison, dîner et souper chez tt l'un et chez l'autre, parlant privément à chacun tt pour se rendre agréable au peuple. » Il s'était fait inscrire <( frère et compagnon de la grande confrairie « aux Bourgeois de Paris. » Ce qu'il prisait en ses « Compères , » comme il les appelait après boire, c'était justement leur roture. Il l'apprit à ses dépens ; ce marchand avec lequel il avait souvent banqueté, et qui, s' ennuyant de s'entendre appeler messire Jean,
le supplia de le faire écuyer. Louis XI lui donna ses titres de noblesse , mais depuis ne lui soufHa mot, et, lorsqu'il Tapercevait, il rallongeait sa mine déjà si longue par elle-même. Le marchand voulut s'en plaindre ; alors le roi prit sa voix royale pour lui dire : a Quand je vous faisois asseoir à ma table, je « vous tenois comme le premier de vostre condition, « et ne faisois tort aux gentilshommes de vous honot< rer pour tel. Maintenant que vous avez voulu estre ;( gentilhomme, et qu'en ceste qualité, vous estes « précédé de plusieurs qui l'ont acquis par les espées « de leurs devanciers et leurs propres mérites, je :( leur ferois tort de vous faire la mesme faveur. Allez, « monsieur le gentilhomme. »
Il eut toujours pour le peuple des velléités d'affection. Ses registres de comptes, que nous avons ouverts tout à l'heure aux feuillets sanglants, sont remplis d'aumônes distribuées comme de la main à la main, et d'articles tels que les suivants : « Ung escu « pour donner à une femme, en récompense d'une « oye que le chien du Roy, appelé Muguet, tua au- H près de Blois. » — « Ung escu, pour donner à ung
pouvre homme, près le Mans, en récompense de « ce que les archiers du roy avoient gasté son blé, « en passant par un champ, pour eulx aller joindre (i droict au grandt chemin. » — a Dng escu, pour « donner à une pouvre femme, en récompense de ce « que les chiens et lévriers du roy luy tuèrent ung « chat, près Montloys à aller de Tours à Amboise. *
(Hest à croire, par moments, qu'on lit le livre de
[ ménage^ d'un Louis le Débonnaire. — On est presque touché de le voir, dans sa dernière maladie, faire venir des bergers du Poitou , qui chantaient devant lui les airs de leur pays, en s'accompagnant de a bas et doux instruments. »
Vers le soir de sa vie, lorsqu'il déclinait et s'as-
I sombrissait, il se plaisait de plus en plus à s'enfoncer dans le peuple et dans les forêts ; écoutant, pendant ses chasses, la doléance du paysan, l'avis du bûche-
I ron; questionnant le charbonnier sous sa hutte et le berger dans sa maison roulante. Plus tard encore,
■ quand il se fut cloîtré tout à fait derrière les grilles de son donjon de Plessis, et qu'il ne chassait plus
I qu'aux souris avec de petits chiens dressés tout exprès à ce jeu de chats, il prenait plaisir à descendre dans les offices et à causer avec ceux qu'il y rencontrait. — Un jour il trouve dans sa cuisine un enfant qui tournait la broche. 11 lui demande ce qu'il
• gagne. Le marmiton, qui ne l'avait jamais vu, répond : « Autant que le roi, car il n'a que sa vie « non plus que moi la mienne. Dieu nourrit le roi et « le roi me nourrit. » Louis XI, ravi, fit un page de ce gâte-sauce et assura sa fortune. Ses favoris furent, on le sait, son barbier et son coupe-tête.
Cette fantaisie de souverain qui va chercher trèsbas son confident pour l'élever jusqu'à lui et lui parler à l'oreille se rencontre chez presque tous les rois du caractère de Louis XL Qui trouve-t-on le
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plus souvent, dans T ancienne histoire, sur lar première' marcbie du trône des Césars, des czars, des sultao^] des rois absolus et défiants, que préoccupent de sombres pensées? Dn eunuque, un affranchi, un mougick,, un batelier du Bosphore. Le despote ne se fie guère qu'aux petits créés et façonnés par sa main. — Comme le roi de la Fable antique, il fait un trou dans la terre pour y déposer ses secrets.
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Si rhîstoîre, comme les bibliothèques, avait son En fer y César Borgia, duc de Valentinois, y mériterait une place à part. Il présente ce phénomène unique d'un être né, conformé, organisé pour le mal, aussi étranger aux idées de moralité humaine que l'habitant d'une autre planète peut l'être aux lois physiques de ce globe. Les grands scélérats, qui ont effrayé le monde par la stature et les proportions de leurs crimes , eurent tous plus ou moins leur côté faible, leur défaut de cuirasse, leur quart d'heure d'attendrissement ou de repentir. Il y a un moment dans leur vie où ils s'arrêtent et où ils regardent en arrière d'un œil effrayé. La jeunesse de Néron a une forme humaine ; Ivan le Terrible, après avoir tué son fils, s'enferme dans le Kremlin en rugissant de douleur. Ali-Pacha laisse un vieux derviche
l'arrêter par la bride de son cheval au seuil d'une mosquée de Janina; il essuie, sans sourciller, les injures sanglantes que le vieillard lui crache à la face, et de grosses larmes roulent silencieusement sur sa barbe blanche. Alexandre VI lui-même, le père de César, assemble x^^ consistoire après le fratricide de son fils, où il ouvre avec horreur son âme aux cardinaux, se confesse et frappe sa poitrine. César Borgia, lui, est coulé d'un jet dans l'endurcissement. Le doute et la lassitude lui sont inconnus. Il bondit, rampe, s'embusque et tue, dans le siècle agité et compliqué qu'il habite, comme un tigre indien dans sa jungle. Il en a l'éclat, la force, la souplesse, l'effrayante élégance, les bonds et les mouvements élastiques. Il obéit comme lui à des instincts de destruction qui ne discutent pas. Ce qui frappe à première vue, lorsqu'on étudie de près le jeune monstre, c'est la verve et le naturel qu'il met à commettre ses crimes. Rien de forcé ni de théâtral; son ambition a l'élan d'un appétit carnassier, son astuce même tient de cette acuité de flair et d'ouïe dont la nature a doué les fauves. Tel nous le montre le grand portrait que l'on voit de lui au palais Borghèse , et qui a la « beauté du diable » dans la plus haute acception du mot. La main sur son poignard, tenant de l'autre une de ces boules d'or qui servaient à contenir des parfums , il vous regarde en face, avec une sérénité impassible. Ce n'est poi '» la haine ni la colère qu'exprime ce regard, mî !
inflexible, tendue lagination pénétrée te et le froid. L'art
vif da proie tnceté ie et ( , inatti I père pape ! Fran El coui
equi n'a d
I absol « grands ses enfants : d'autres soins, H Ne d'altro ha cura, n
On rêve, on croit rêver en voyant C mouvoir avec l'entrain et l'incombi démon au milieu de l'enfer pittoresqu du XV' siècle. L'énormiié des choses les incompréhensibles. Fils d'un pape et sane, il est l'homme d'action de ce poi dans l'histoire qui réalisa la farce i parlent les vieilles légendes : Satan mltré, parodiant les divins mystères, i d'un antique autel. — Il y a au musé
„ , , 3, du fromage; et,
pour le roi et ses capitaines, seize des plus belles filles de joie de la ville'. Eq hôte prévoyant, il avait ffût dresser, au lieu de l'étape, des teulcs de feuillage. — Après douze siècles de relâche, les jeux sanglants du Cirque recommencent, à l'endroit même où Néron brûlait les martyrs. Un jour, après souper, César, en habit de chasse, fait venir six condamnés, gladiandi, sur la place Sùnt-Pierre barrée par des poutres ; il monte à cheval, chasse à courre ce gibier humain, et les tue tous à coups de flèches*. Le pape, sa fille, son gendre et sa maîtresse Giulia Bella assistent, d'un balcon, à cette reprise du spectacle antique : Ave, papa, mortiuri te salutant. Alexandre YI hérite du sacré collège, comme Caligula héritait du sénat romain : l'épidémie qui décimait les Pères Conscrits opulents se réveille pour emporter les cardinaux trop riches. La cantarella des Borgia vaut les champignons et les essences de Locuste. Après avoir empoisonné le cardinal Orsini, le pape dît ironiquement au sacré collège : u Nous a l'avons bien recommandé aux médecins, u Rome, comme ce groupe de Laocoon que l'on venait de découvre, se sent attaquée aux plus nobles membres
1. < Qmb illorum necessitaUlius providerenl. » Burchard, dp. Eccard, t. il, p. 3131.