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du pouvoir absolu ou la fièvre chaude de la cruauté. César Borgia les dépasse de sa tète qui resta toujours froide et lucide. Rien de malade en lui, ni d'aliéné, ni de chimérique. Il a son plan, la souveraineté de la Romagne ; il a sa politique , elle peut se résumer dans cette brève formule : « Les morts ne reviennent point. » Une logique atroce règle sa vie en apparence effrénée. Allégé du poids de l'âme, de la conscience, du remords, de tout ce bagage moral qui ralentit la marche des scélérats ordinaires, il va vite, se multiplie, tranche au lieu de dénouer, et porte des coups d'autant plus sûrs que son bras ne tremble jamais* Son frère aîné, le duc de Gandie, était le chef naturel de cette maison des Borgia, dont le pape voulait faire une dynastie royale ou princière. Son droit d'aînesse reléguait César au second plan de la scène. On l'avait fait cardinal, comme plus tard oo faisait abbés ou chevaliers de Malte les cadets de famille. César assista d'abord tranquillement à la grandeur croissante de son frère ; il laissa le pape le charger de richesses, accumuler sur lui les duchés, les dignités, les honneurs. C'était la patience du bandit embusqué, regardant avec joie l'homme que tout à l'heure il va dépouiller, revêtir ses plus riches habits et se parer de tous ses joyaux. Quand le duc de Gandie fut mûr, bon à tuer et à remplacer. César le fit assassiner par cinq sbires, monta à cheval, prit le cadavre en croupe, tête pendante, et alla le jeter, la nuit, dans le Tibre. Burchardi ce Dangeau
deà Borgia, nous donne le bulletin de Texécution. « Le là juillet, le seigneur cardinal de Valence (( (César Borgia) et l'illustre seigneur Jean Borgia, « duc de Gandie, fils aîné du pape, soupèrent à la « vigne de M™* Yanozza, leur mère, près de l'église (1 de Saînt-Pierre-aux-Liens. Ayant soupe, le duc et le « cardinal remontèrent sur leurs mules. Mais le duc, (( arrivé près du palais du vice -chancelier, dit « qu'avant de rentrer, il voulait aller à quelque « amusement ; il prit congé de son frère et s'éloi- « gna, n'ayant avec lui qu'un estafier et un homme « qui était venu masqué au souper, et qui , depuis « un mois, le visitait tous les jours au palais. Arrivé « à la place des Juifs le duc renvoya 1* estafier, lui « disant de l'attendre une heure sur cette place, « puis de retourner au palais, s'il ne le voyait revête nîr. Gela dit, il s'éloigna avec l'homme masqué, « et je ne sais où il alla, mais il fut tué et jeté dans « le Tibre, près de l'hôpital Saint-Jérôme. L'esta- (( fier, demeuré sur la place des Juifs, y fut blessé à « mort et recueilli charitablement dans une maison ; « il ne put faire savoir ce qu'était devenu son a maître. Au matin, le duc ne revenant pas, ses « serviteurs intimes l'annoncèrent au pape, qui, « fort troublé, tâchait pourtant de se persuader « qu'il s'amusait chez quelque fille et qu'il revien- « drait le soir. Gela n'étant pas arrivé, le pape, « profondément affligé, ému jusqu'aux entrailles, « ordonna qu'on fît des recherches. Un certain
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n pied venir par la ruelle à gauche
II vers la cinquième heure de la nuit " gens ayant regardé de côté et d'au 0 apercevait et n'ayant vu personne ,
0 étaient bientôt sortis de la ruelle, avî a anssi et fait signe à un cavalier qi « cheval blanc et qui portait en croupt
1 doDt la tête et les bras pendaient d'i « pieds de l'autre. Deux des hommes qi « denière le cavalier prirent le cadavri fl'et par les pieds, le balancèrent av 0 lancèrent dans le fleuve aussi loin < 0 Celui qui était à cheval leur dema 8 plongé ; ils répondirent : Signor, si. B son cheval ; mais, en tournant la tê1 « le manteau qui flottait sur l'eau.
" Qu'est-ce que je vois donc de noir sui " Ds répondirent : « Seigneur, c'est 1 •> Alors, l'un d'eux jeta des pierres, 0 enfoncer. Gela fait, piétons et cavalie " par la ruelle qui mène à Saint-Jacqui digne de Shakspeare, termine ce témo laire. « Les camérîers du pape de « Georges Schiavoni pourquoi il n'a « révéler le fait au gouverneur de la vi
« dit : « Depuis que je suis batelier, j'ai vu jeter- « plus de cent cadavres dans cet endroit du fleuve, « sans qu'on ait jamais fait d'information. C'est « pourquoi j'ai cru qu'on ne mettrait pas à la chose « plus d'importance que par le passé. »
Dans la nuit même de son fratricide , César partit pour Naples, où le pape l'envoyait assister en qualité de légat a latere au couronnement du roi Frédéric. Il y fit une entrée superbe, bannières au vent, clairons sonnants, avec force pages, écùyers, timbaliers, cavaliers de toutes armes et de tout costume, montés sur des chevaux ferrés d'or.
Quelque temps après , il empoisonna à sa table le cardinal Jean, son cousin. Puis l'envie le prit de faire sa sœur Lucrèce, duchesse de Ferrare. Elle était mariée en troisième noces à don Alphonse d'Aragon, un bâtard de la maison de Naples, adolescent doux et timide. L'enfant effrayé avait fui à Naples, où il se tenait pendu aux jupes de sa mère. César fit si bien qu'il le décida à rentrer dans Rome. Trois jours après, il le poignarda, à quatre heures de la nuit, sur l'escalier de Saint-Pierre. « Le prince, « tout sanglant, courut vers le pape, s' écriant : Je « suis blessé ! et il lui dit par qui ; et JMladona Lu- « crezia, fille du pape et femme du prince, se « trouvant alors dans la chambre de son père, « tomba évanouie*. » Cette fois, le pape s'indigna,