‹ Hommes Et DieuxChapitre 11 sur 84 · U * HÉLÈNE · texte numérisé non relu

U * HÉLÈNE

Phèdre et Médée respecte ce sein tranquille sur lequel les sculpteurs venaient prendre l’empreinte des coupes de l’autel. Elle est froide comme le sont les beautés parfaites, destinées à ravir les yeu.x plutôt qu’à troubler les sens, et pour lesquelles l’amour de- , vrait n’être qu’une contemplation. Partout où elle apparaît, dans les drames, dans les poëmes, dans les odes et. les élégies antiques, elle se montre grave, silencieuse, recueillie en elle-même, et comme noblement attristée des amours auxquelles les Dieux la condamnent. Sa parole est toujours décente; les désirs quelle excite l’effrayent et l’aflligent; elle s’y livre sans les partager, comme pour obéir à une loi sévère. Lorsque Vénus, dans l’Iliade, l’invite au lit adultère où l’attend Pâris, c’est avec le mépris d’une vierge repoussant une entremetteuse qu’elle refuse d’abord d’obéir. — a Cruelle,

<1 lui dit-elle, pourquoi veu.x-tu me séduire encore?

« Que n’y vas-tu toi-même? Renonce aux voies « célestes, ne porte plus tes pas dans l’Olympe,

« mais, toujours auprès d’un mortel, endure' ses i( caprices jusqu’à ce qu’il fasse de toi son épouse « ou bien son esclave. Pour moi, je n’irai pas où tu « veux me conduire. Non, je ne veux plus honorer « sa couche. Toutes les femmes de Troie me couvri- « raient de honte, et mon âme endurerait d’iutolé- '

« râbles douleurs. »

Ainsi, cette femme merveilleuse ne subit pas la destinée des filles de la chair. L’Amour, l’Esclavage,

Page 1