HÉLÈNE
niyménée ont beau l’emporter dans leurs bras fougueux, la rejeter, la reprendre, se la renvoyer l’un à l’autre, elle garde sous leurs étreintes une virginité mystérieuse. La vieillesse meme ne peut la flétrir; le Temps n’ose point l’attaquer. Elle parcourt l’espace d’un siècle dans le cycle de la poésie antique, toujours jeune, toujours désirable. Vivante inaage de la Beauté idéale , l’bomme peut souiller ses formes éphémères, il n’atteint pas son type éternel.
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« Les arbres, dit un proverbe, empêchent de voir la forêt. » Souvent aussi la forêt empêclie de voir l’arbre, et le jardin d’apprécier la fleur. Méléagre, s’il était arrivé à nous isolé, aurait été placé, sinon parmi les Dieux, du moins dans le groupe des demidieux de la poésie grecque. Perdu dans le vasbï répertoire de V Aiilhologic, ce poète original et exquis' y a été longtemps oublié. On ne le discernait guère de la foule médiocre et obscure des imitateurs. Lui- •
I. Voir sur .Méléagro un admirable article de M. Sainte- Beuve {l’orlraits comte mporains et divers, t. III) qui, le pi cinier dans la critique française, l’a révéle et mis en lumière. Nous avons emprunté quelques-unes des traductions exquises insérées dans cette belle étude. C’est comme un buste de iroëte antique, taillé dans le marbre même de la Grèce, et dont le socle serait orné des plus délicats bas-reliefs. Apres un tel inaUro, il n'y a plus qu’à redire et qu’à surmouler.
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même,, une première fois, avait rassemblé cette gerbe dont l’épaisseur l’a voilé. On peut dire que de ses propres mains il s’est enseveli sous les roses. Imaginez ce que seraient les poésies d’André Chénier disséminées dans V Almanarti des Muses.
\' Anthologie, dans ses mauvaises pages, pourrait s’appeler en effet « l’Almanach des Muses » de l’antiquité. La Grèce a eu son « Rococo » et son « Pompadour. » Sa littérature , transportée d’Athènes à Alexandrie, y fut prise du mauvais goût asiatique. Les rallinements du langage et de la pensée amollirent la noble muse de Pindare; les subtilités l’éiiolèrcnt, la galanterie l’affadit. C’est l’époque de ces M petits poètes » (jui fourmillaient à la cour des Ptolémées et des Séleucides, vrais musiciens de sérail, dont les vers semblent faits pour être chantés par des voix d’eunuques. Toutes les hautes sources de l’inspiration sont taries; la patrie est morcelée par la conquête; le sens des grands symboles s’est perdu ; des contes équivoques ont remplacé les traditions vénérables; une mythologie sucrée et confite corrompt l’auguste tliéologie des premiers âges; les grands dieux chantés par Homère et sculptés par Phidias se changent en petites idoles licencieuses, jouets des rhéteurs et des romanciers. C’est alors qu’une Pluie pire ([ue celle des Sauterelles envahit la poésie grecque transplantée sous le ciel d’Égypte : la plaie des Amours. L’Éros d’Anacréon a l’effroyable fécondité de l’abeille à la-
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