‹ Hommes Et DieuxChapitre 14 sur 84 · MÉ LÉ AG UE · texte numérisé non relu

MÉ LÉ AG UE

Je m’arrête à cette fleur dernière. Méléagre a la légèreté de sou Aisigène. Comme elle il a si peu pesé sur la terre, que la louange même ne doit que glisser sur lui. Sa poésie est le chant du cygne de l’Éros ailé de la Grèce. Apres lui les Alexandrins et les Romains vont venir. Ils apprivoiseront un instant ce gracieux Amour comme un oiseau exotique; mais bientôt ils l’étoull'eront sous leurs caresses banales ou grossières. La vénusté grecque sourit dans Méléagre pour la dernière fois.

L’intérêt des vers de Méléagre et de ceux de ses contemporains de X Anthologie est aussi dans le jour qu’ils jettent, au déclin de l’antiquité, sur la Grèce demi- orientale de l’Asie Mineure et de l’Archipel. On se croirait transporté dans la Venise du xyiu" siècle : même mollesse de mœurs, môme énervation voluptueuse , même décadence oisive et lascive. Les courtisanes y pullulent, adulées et presque honorées comme les honeste merclrici de Venise; une bacchanale perpétuelle devance son carnaval de six mois. Les navires filent comme des gondoles, chargés d’amours et de doux messages. Tel voyage fait d’une île à l’autre, pour rejoindre pu ramener une maîtresse, semble une promenade galante au Lido. Les bouquetières qui -circulent, chargées de roses," dans les rues de Rhodes et de Chypre, et auxquelles les poètes lancent, en passant, des provocations libertines, rappellent ces petites marchandes de fleurs qui glissaient, parmi les colombes.

MKLKAGnE.

sur les dalles de la place Saint -Marc. Les épigrammes mêmes de Y Anthologie sont les Canzones et les Sonnets de la Grèce. — A deux mille ans de distance, sous une môme lueur de crépuscule, Venise, comme dans un miroir prophétique, se dessine en lignes ioniennes dans le cadre brillant de la mer Kgée.

Page 1