‹ Hommes Et DieuxChapitre 2 sur 84 · LA VÉNUS DE MILO · texte numérisé non relu

LA VÉNUS DE MILO

La hanche droite, assouplie par l’inclinaison de la . pose, prolonge son ondulation dans la draperie glissante que le genou, porté en avant, laisse retomber en plis majestueux.

Mais la beauté sublime est la beauté ineffable. La langue d’Homère et de Sophocle serait seule digne de célébrer cette royale Vénus ; la rondeur du rhythme hellénique pourrait seule mouler, sans les dégrader, ses formes parfaites. Par quelle parole exprimer la majesté de ce marbre trois fois sacré, l’attrait mêlé d’effroi qu’il inspire, l’idéal grandiose et ingénu qu’il révèle? Le visage ambigu des sphinx est moins mystérieux que cette jeune tête en apparence si naïve. D’un côté, son profil exhale une douceur exquise; de l’autre, la bouche contracte le tour, l’œil prend l’obliquité d’un dédaigneux défi. Regardez-la de face : la figure apaisée n'exprime plus que la confiance de la victoire, la plénitude du bonheur.

— La lutte n’a duré qu’un instant; d’un regard, Vénus sortant des flots a mesuré son empire. Les Dieux et les hommes^ ont reconnu sa puissance... Elle met le pied sur la plage et s’expose, demi-nue, à l’adoration des mortels.

Mais cette Vénus n’est pas la Cypris frivole d’Anacréon et d’Ovide, celle qui forme l’Amour aux ruses érotiques, et à laquelle on immole les oiseaux- lascifs. C’est la Vénus Céleste, la Vénus Victorieuse, toujours désirée, jamais possédée, absolue comme la vie, dont le feu central réside dans son sein ; invincible comme

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LA VÉNLS DE Ml 1,0.

l’attrait des sexes auquel elle préside, chaste comme l’ÉternelIe Beauté qu'elle personnifie. C’est la Vénus . qu’adorait Platon, et dont César donnait le nom — Vernis victrix — pour mot d’ordre à son armée, la veille de Pharsale. Elle est la flamme qui crée et qui conserve, l’instigatrice des grandes choses et des projets héroïques. Ce qu’il y a de pur dans les affections terrestres, l’âme des sens, l’étincelle créatrice, la particule sublime mêlée à l’alliage des passions grossières, tout cela lui appartient de plein droit. Le reste revient aux Vénus vulgaires, épreuves profanées de son type qui se parent de ses attributs et usurpent son piédestal. Quelques-uns croient que son pied mutilé reposait sur un globe; ce symbole compléterait sa grandeur. Les astres gravitent en cadence autour de la Vénus Céleste, et le monde roule harmonieusement sous son pied.

On a attribué la Vhms de Milo à Praxitèle : rayons ce nom du socle sans tache. Praxitèle modelait ses déesses sur des courtisanes; il amollit le marbre divinisé par Phidias. Sa Vénus de Gnide enflamma la Grèce d’une impure ardeur. Contemporaine du Parihénon, la grande Vénus est née, comme ses héros et ses dieux, d’une conception idéale. 11 n’y a pas un atome de chair dans son marbre auguste ; ces traits grandioses ne reflètent aucune ressemblance ; ce corps, où la grâce se revêt de force, accuse la génération de l'esprit. Il est sorti d’un cerveau viril fécondé par l’idée et non par la présence de la femme.

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