‹ Hommes Et DieuxChapitre 38 sur 84 · LA COUR U’ESPAGNE · texte numérisé non relu

LA COUR U’ESPAGNE

veux dérangés sur le front de la reine, cracha dans ses mains pour les unir. « Sur quoy la reyne lui « arrêta le bras, disant d’un air de souveraine que « la meilleure essence n’étoit pas trop bonne, et « prenant son mouchoir, elle se frotta longtemps les « cheveux à l'endroit où cette vieille les avoit si « malproprement mouillés ^ »

La reine sortit, après son entrée, de la claustration du Buen-Retiro, mais ce fut pour passer dans ce que M'"*' de Villars appelle « la vie affreuse du Palais, » Les livres ascétiques, décrivant l’Enfer, parlent d’une horloge de bronze dressée spr l’abîme ; le balancier pend immobile-dans le vide du temps supprimé, et . les aiguilles marquent éternellement ces deux mots: Toujours! — Jamais! — Les journées de la cour d’Espagne auraient pu être marquées par cette horloge infernale : il y avait de l’éternité dans leur longueur et de la fatalité dans leur règlement. Le cérémonial supprimait la volonté et le libre arbitre : il agissait comme une mécanique qui fait passer par tous ses rouages l’être ou l’objet mis à sa portée, sans plus s’inquiéter des convulsions de l’homme que de l’inertie de la chose. D’après l’étiquette, les reines d’Espagne devaient se coucher à dix heures l’été, et, l’hiver, à huit heures et -demie. Marie-Louise, dans les premiers temps, oubliait parfois ce chiffre invariable : il lui arrivait de souper

Page 1