‹ Hommes Et DieuxChapitre 4 sur 84 · AK K · texte numérisé non relu

AK K

Car, de son origine lunaire, Diane a gardé un caractère mystérie'ux. Elle est changeante comme la planète qu’elle personnifie. Gontemplez-la dans le ciel : le croissant limpide va se métamorphoser en face grimaçante. Regardez-la sur la terre ; elle vous montre tour à tour le visage d’une déité secourable, ou le profil violent d’une Furie. Ses vengeances sont impitoyables ; elle livre Actéon aux dents de ses chiens; elle tue Galisto, sa nymphe infidèle; elle extermine en masse les filles de Niobé. Junon, indignée, dans Y Iliade, lui reproche son « cœur de lionne « contre les femmes. » A Pellène, nul n’osait regarder sa statue en face; lorsqu’on la portait en procession, les plus hardis détournaient les yeux. Son regard, disait-on, stérilisait les arbres et faisait tomber les fruits verts. En Tauride, Diane se réjouit du sang des victimes; à Sparte, du cri des adolescents et des vierges fouettées sur son autel. Pendant la flagellation déchirante, sa prêtresse, tenant entre ses bras sa statue de bois, s’écrie que le poids l’écrase et qu’elle va la laisser tomber, chaque fois que le bras qui frappe ralentit ses coups. Effrayante surtout, lorsqu’elle revêt le masque d’Hécate, et que du haut du ciel son disque livide brouillé de nuages plane sur le trépied magique dont il consomme les philtres et fait bouillir les poisons. — « Je K t’invoque, terrestre Hécate! » — s’écrie la Symétha de Théocrite composant ses charmes, — « devant K qui les chiens mêmes tremblent de terreur, lors-

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UlANIi.

« que tu arrives à travers les tombes, et dans le sang « noir des mo^ts. Salut, consternante Hécate! et « jusqu’au bout sois-nous présente, faisant que ces « poisons ne le cèdent en rien à ceux ni de Circé, ni <1 de.Médée, ni de la blonde Périmède. » Origène nous a transmis la prière liturgique que lui adressaient les magiciennes de la Tbessalie : elle égale en horreur l’incantation des trois sorcières de Macbeth ; « Viens, infernale, terrestre et céleste Hécate, déesse « des grands chemins, des carrefours, toi qui apportes « la lumière , qui marches la nuit, ennemie de la « lumière, amie et compagne de la nuit, toi que « réjouissent l’aboiement des chiens et le sang versé, « (jui erres au milieu des ombres, à travers les tom- ^ « beaux; toi qui désires le sang et qui apportes la

« terreur aux mortels, Bombo ! (îorgo ! Mormo ! Lune « aux mille formes! assiste d’un œil propice à nos « sacrifices. » Plus tard encore, corrompue par l’Asie, la déesse dorienne s’identifie avec la Diane monstrueuse du temple d’Éphèse. Sa faille élancée s’emboîte dans la gaine informe d’une momie; sa chaste poitrine se charge d’un triple rang de mamelles. Elle a pour prêtres des eunuques et pour fêtes d’obscènes mascarades.

La vraie Diane n’est pas responsable des métamorphoses impures ou perverses que subit son type. Ces Dieux grecs, si humains et si sympathiques, avaient contracté dans leur passé oriental des engagements qu’il leur fallait acquitter. Sortis des cultes

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